Paysages insolites
LES CROIX
18/06/2013

Rien de plus inévitable, mais rien aussi de plus méconnu que nos croix de chemins...

Le département du Cantal compte environ 3000 croix de chemin, les recenser serait fort difficile en raison de leur dispersion.

Ce patrimoine très intéressant mérite d'être entretenu et mis en valeur pour ne pas risquer de disparaître.

Toutes ces croix ont une signification bien précise et souvent s'y rapportent légendes et croyances populaires.

On peut les classer en plusieurs catégories : croix de chemin, de menhirs, de limite, de villages, de cimetières, de ponts, de sommets, de maisons, de sources, de fontaines,...

On distingue les croix grecques et les croix latines sue lesquelles on retrouve des personnages principaux, le Christ, la Vierge et les Saints aux quels s'ajoutent des symboles tels que des petites croix, des cœurs, des couronnes, le soleil, la lune, un cadran solaire, la coquille et le bâton du pèlerin, un agneau, la fleur de lis, des têtes, des étoiles,...

Voici un aperçu de quelques unes de ces croix découvertes au hasard des promenades, dont celle classée du village de Mons de Chalinargues, ci-contre.

Ce tableau ne demande qu'à être étoffé, aussi un appel est lancé, envoyez nous des photos nous nous ferons un plaisir de les publier.

Notre Commune est riche de ce patrimoine à la fois religieux et populaire, qui veille sur les sommets, les ponts, les fontaines, les entrées et les places de nos villages, qui sacralise nos carrefours et nos chemins creux.

 

Croix de chemins

Le premier rôle d'une croix est de christianiser un lieu. Les croix de chemins témoignent donc avant tout de l'avancée du christianisme et de la présence de l'Église. C'est ce qui explique qu'un nombre important de menhirs ont été christianisés par l'adjonction d'une croix. On a dit que les autorités religieuses avaient cherché à détruire ces monuments pré-chrétiens. C'est en effet ce que plusieurs conciles ordonnent, mais, le plus souvent, on préféra récupérer ces objets de culte : il suffisait d'en changer la destination.

Les carrefours ont toujours fait l'objet d'une attention particulière. Il y a, en effet, un symbolisme de la croisée des chemins, et souvent les carrefours provoquent ce que l'on nomme chez nous une "peur". La croix fait donc office ici de talisman. Il ne faut pas négliger pour autant un rôle plus prosaïque d'indicateur : quand le croisement est sous la neige, la croix continue d'indiquer sa position.

Enfin, un certain nombre de croix de chemin sont aussi des croix sur la voie des morts. De la maison du défunt à l'église paroissiale, le convoi funéraire s'arrêtait à toutes les croix et l'on récitait quelques prières appropriées.

 Croix du Chambon

Croix des Rogations et de processions

Certaines croix de chemins servaient aussi aux processions, et notamment aux Rogations, fête aujourd'hui bien oubliée mais essentielle en milieu rural.

Les Rogations constituaient une fête liturgique s’échelonnant sur trois jours, du lundi au mercredi précédant l’Ascension. Ces Rogations, ou litanies mineures, furent instituées en 469 par saint Mamert, évêque de Vienne en Dauphiné. Grégoire de Tours nous informe que l’usage fut introduit très tôt en Auvergne.

Curé en tête, la procession des paroissiens traversait le terroir de part en part, s’arrêtant aux croix pour bénir les prés et les champs. Chaque journée était consacrée, en principe, à la bénédiction d’un type particulier de culture : prés, champs, vignes ou quelque autre culture secondaire. Le but était évidemment de garantir, par des prières adéquates, la prospérité de la communauté villageoise en immunisant ses diverses productions contre les attaques des forces obscures. C’est pourquoi il importait aux paysans de disposer des croix aux endroits stratégiques, certes au bord des chemins, mais donnant sur les prés et les cultures.

Il y avait cependant beaucoup d'autres occasions de fleurir les croix, car les processions étaient nombreuses. 

A partir du XVIIIe siècle surtout, les Missions se multiplient dans les paroisses. Là encore on processionne largement puis, pour fêter dignement la clôture de la Mission, on érige une croix dans un grand concours de foule.

Croix de La Chassagne

 

Croix des villages et des cimetières

Chaque village, on l'a dit, s'ouvre et se ferme par des croix (du moins en terre catholique). Mais les places sont également christianisées, ainsi que les cimetières.

Nous savons que les cimetières se trouvaient tous, originellement, à proximité immédiate de l'église. Ce n'est qu'à la fin du XIXe siècle que la nouvelle « morale » de l'hygiène les a rejetés à l'extérieur des bourgs. La croix qui trônait au centre du champ des morts a pu faire le même voyage, ou bien est restée sur place pour devenir une « croix d'église ».

 

Croix des ponts, des sommets, des sources et des fontaines

Chaque point important du paysage fait l'objet d'une christianisation.

Les ponts sont des points de passage obligés, et souvent étaient le lieu d'un péage. Une croix pouvait garantir (en théorie) la légitimité de cet impôt. Malheureusement les ponts anciens sont extrêmement rares aujourd'hui : Saint-Flour, Allanche, Saint-Simon.

Presque tous les sommets, en revanche, ont conservé une croix. Le rôle de christianisation, de signal ou de rappel est ici évident.

Enfin, les sources et les fontaines ont également reçu la marque du christianisme. D'abord parce que l'eau a toujours été sacrée, ensuite pour combattre (et en fait récupérer) les cultes antérieurs.

 Croix de Chambeuil

 

Croix mémoriales

Pour terminer ce panorama, rappelons qu'un grand nombre de croix servent de témoins. C'est ainsi que le lieu d'une mort brutale, ou au contraire d'un coup de chance, font l'objet d'une érection de croix.

Dans le même registre citons les croix de peste, qui rappellent (et conjurent) une épidémie, ou les croix de pèlerinage, qui le plus souvent ne marquent pas une étape sur un trajet, mais rappellent le pèlerinage du donateur.

Certaines "croix des batailles" se souviennent seules, et confusément, d'un conflit.