Paysages insolites
LES TRAVAILS A FERRER
18/06/2013

Le « travail à ferrer », le « métier à ferrer », « L’entrave », « l'encastré » ou « lou ferradou » comme on l’appelle en Haute-Auvergne, permettait à un forgeron, qui faisait office de maréchal-ferrant, de ferrer une bête en toute sécurité, selon une technique largement éprouvée. Le ferrage des bœufs pouvait également être réalisé par un charron, également spécialiste de la fabrication et de la réparation des charrettes, roues et outils agraires.

Le mot travail vient du mot latin « tripalium » (ou trépalium, déformation de tripalium), désignant un instrument d’immobilisation et de torture à trois pieux, deux verticaux et un transversal, utilisé par les Romains pour entraver les esclaves et les punir.

Le but de la ferrure sur l’espèce bovine est de préserver l’usure de la corne qui constitue ses onglons. Dans certains cas, elle peut concourir à la guérison de quelques maladies du pied, mais elle sert rarement à remédier aux défauts de l’aplomb.

Attelage de boeufs Salers

 

L’usure pouvait être parfois si grande, que des bœufs en troupeaux, par suite des marches forcées, avoir les chairs des pieds à nu, meurtries et déchirées quelquefois jusqu’aux os. Cela se produisait d’autant plus vite, que la corne de la sole est peu épaisse et que ces animaux marchent avec lenteur.

 

Cet élément typique de la vie rurale dans le Cantal est toujours installé près des bâtiments agricoles où sur le couderc des villages.

 

Même si ils ne sont plus utilisés de nos jours, la force motrice des animaux pour les travaux agricoles étant, depuis plus d’un demi siècle, remplacée par le tracteur,  les métiers à ferrer restent les témoins d'un passé et d'un savoir-faire oublié.

 

On trouve encore cinq « ferradou », sur la commune de Laveissière, à Fraisse-Haut, Fraisse-bas, La Bastide, Le Meynial et Chambeuil. Pour raviver la mémoire, au-delà des gestes et des compétences, ils ont été restaurés par la municipalité.

Travail à ferrer du Meynial
Métier à ferrer de Chambeuil
Travail à ferrer de Fraisse-Haut
métier à ferrer de La Bastide

 

Une structure bien adaptée

 

Ce petit dispositif était d’une grande utilité alors que la traction animale était le seul moyen de se déplacer, tirer les charrettes et les charrues, effectuer différents travaux de la ferme et aussi aller à la foire et au marché.

 

Il est constitué d’un cadre en bois très robuste dans lequel le bœuf était entravé à l’aide de sangles, autrefois en chanvre tressé, actionnées par deux rouleaux. L'animal était légèrement soulevé par deux ventrières, ses cornes étaient attachées à une « têtière » en bois sinon c'était la tête de l'animal qui était fixée aves des lanières en cuir (des julios) à un joug (d'une tête).

Le dispositif est d'abord caractérisé par sa rigidité et son extrême robustesse. Il s'agit en effet de limiter les mouvements d'animaux particulièrement vigoureux et pouvant peser jusqu'aux environs d'une tonne. L’usage de « l'entrave » était essentiellement pour le ferrage des bœufs ou des vaches car ces animaux ne se tiennent pas debout sur trois pattes, contrairement aux chevaux.

 

Averegnat allant au marché
Attelage cantalien

 

L’immobilisation était par ailleurs indispensable pour la sécurité des paysans car le bœuf est l’animal se prêtant le moins facilement au ferrage, il se débattait fort quand on lui découpait la corne.

 

Pour protéger le « travail » on le couvrait d’un toit à deux pans. Il fut d’abord en chaume ou en planche, puis en ardoise et plus récemment en tôle galvanisée.

 

Pratique de la ferrure

 

Pour pratiquer la ferrure du bœuf, il faut d’abord forger les fers, les étamper et les ajuster. Pour cela, il faut un atelier avec sa forge et les instruments nécessaires à la préparation du fer.

 

C’était généralement un travail du printemps. Les bêtes étaient préparées pour les gros travaux à venir et le forgeron avait employé ses temps d’hiver à préparer tout un stock de fers.

Forge mobile
Fer à boeuf

 

Dans le Valagnon, les maréchaux ferrants utilisaient des forges amovibles et se déplaçaient de village en village.

 

On ferrait chaque onglon des bœufs ou des vaches, soit deux onglons par patte. Les instruments du forgeron étaient : le ciseau, le poinçon, les tenailles, le marteau à main et à panne dit traverse.

 

L’étampe doit être un peu plus grosse que celle pour le cheval, par suite de la moindre épaisseur du fer, ce qui fait qu’elle ne peut s’enfoncer aussi profondément, et cependant, les étampures doivent être assez évasées pour bien loger la tête du clou.

 

Le fer du bœuf consiste en une plaque en métal ayant évidemment la forme de la face inférieure de l’onglon à laquelle il doit être adapté. Il offre à considérer : la pince, la mamelle, le quartier et le talon.

 

Les instruments employés pour ferrer le bœuf sont les mêmes que ceux qui servent pour le cheval. Ils comprennent le brochoir, le boutoir, les tricoises, le rogne-pied, la râpe et le repoussoir.