Laveissière
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Laveissière et la Grande Guerre

21/04/2022

De 1914 à 1918, 117 Vallagnons sont mobilisés et partent pour le front défendre la Patrie. Vingt-cinq d’entre eux ne reviendront pas. Agés de 18 à 45 ans, ils sont généralement cultivateurs et plus rarement aubergistes, menuisiers, étudiants, tailleurs d’habit, forgerons. Tous les hommes en âge de combattre sont concernés, hormis les exemptés pour cause d’infirmités et les employés de certains corps de métier (employé ferroviaire, buronnier, sapeur-pompier).

Ils partent pour le front de l’Ouest (Nord-Est de la France) et même parfois pour le front de l’Est (Serbie, Balkans). Là-bas, leurs conditions de vie sont déplorables : horreurs des combats, froid, faim, manque d’hygiène (poux, rats, boue, cadavres).

Pourtant, certains se distinguent par leur bravoure. Ainsi, Jean Pounhet de la Bourgeade, sous un violent bombardement, « a relevé avec le plus grand dévouement les blessés jusqu'aux avant des lignes et a continué son service bien qu'il ait subi un commencement d'intoxication ». De même, Jean Pierre Delpirou de la Chassagne « s'est particulièrement distingué au moment d'une forte contre-attaque ennemie en se précipitant à coup de grenade sur les Allemands ». D’autres se distinguent de manière plus originale, comme Jean Antoine Teissedre de Malpertuis qui semble être un « objecteur de conscience » (soldat refusant de tuer). Ainsi, il est cassé de son grade de caporal parce que ses hommes n’ont pas tiré « sur les Allemands qui se montraient en dehors de la tranchée et cherchaient a engagé la conversation avec eux ». Toutefois, il récupère son grade après avoir « poursuivi à la course des fuyards ennemis et [avoir] réussi à en ramener deux ».

A leurs retours du front, chacun revient meurtri, que ce soit physiquement (cicatrice, membres amputés, maladies) ou psychologiquement (cauchemars, troubles mentaux, folie). En 1985 s’éteint le dernier Poilu du Vallagnon, Jean Teissedre de Laveissière. Pour autant, les Vallagnons continuent encore aujourd’hui d’honorer leurs morts chaque 11 novembre.

Artisanat de tranchée

Taillé dans du bois de buis, cet objet semble être une boîte d’allumettes. Son auteur, Jean-Marie Coulon de la Bourgeade, a inscrit son nom sur la tranche, son régiment d’infanterie sur une face et la date de production sur l’autre face. Le cœur transpercé d’une épée, qui sépare les chiffres de l’année 1914, semble malheureusement prémonitoire. En effet, Jean-Marie Coulon sera tué « en entraînant brillamment ses chasseurs à l’assaut » au lac de Schiessrothried (Haut-Rhin) en 1915, la veille de son 26ème anniversaire.

Le curé et l’instituteur de Laveissière dans le roman national

En février 1915, de nombreux bulletins paroissiaux à travers toute la France rapportent l’histoire du curé et de l’instituteur de Laveissière, jadis ennemis puis amis une fois au front. L’anecdote est certes touchante, mais en réalité elle participe à ce que l’on appellera plus tard le « bourrage de crâne ». Par cet exemple de réconciliation entre le curé (l’Eglise) et l’instituteur (l’Etat), la presse souhaite montrer que toute la Nation est unie dans la guerre.

Le Chambon : berceau d’une pensée

Durant la guerre, c’est depuis ce lieu-dit que Marguerite Teillard-Chambon entretient une correspondance dense avec son cousin Pierre Teilhard de Chardin, prêtre jésuite et scientifique, qui se trouve au front. Cette correspondance se révélera être un élément fondateur dans la naissance de la pensée du futur philosophe.

Première femme agrégée de France et future biographe, Marguerite Teillard-Chambon est aujourd’hui inconnue du grand public, parce qu’elle a toujours voulu rester dans l’ombre de son cousin. Cette correspondance sera publiée en 1961 sous le titre Genèse d’une pensée.

Un Vallagnon en Serbie

Si l’essentiel des combattants partent pour le Nord-Est de la France, quelques-uns partent pour le front de l’Est comme Jean-Louis Roche d’Ampalat. Il embarque le 15 mai 1915 à Marseille à bord du « Savoie » avec 1200 autres soldats. Après 6 jours de navigation, les troupes débarquent sur la côte européenne de Turquie. Ils participent à la bataille des Dardanelles contre les Ottomans mais après 4 mois de combat sur cette terre aride et inhospitalière, Français et Britanniques doivent évacuer. Après un passage en Macédoine, le jeune Vallagnon arrive chez les alliés serbes pour lutter cette fois-ci contre les Bulgares durant l’année 1916. Mais le 22 novembre, alors que les Français occupent les hauteurs du lac Mala-Prespa, loin des combats, Jean-Louis Roche est porté disparu. Le mystère reste encore entier.

Deux Danois en Vallagnon

En 1914, 30.000 Danois du Schleswig, annexé par l’Allemagne, furent enrôlés malgré eux dans le conflit. Consciente du sort qu’ils subissaient, la France accorde aux prisonniers danois un régime spécial et leur aménage un camp à Aurillac.

En décembre 1915, deux de ces prisonniers danois s’évadent et sont signalés dans le presse : le sergent-major Nicolay Hansen et le sergent Segaard Christian Nelson. Ils sont arrêtés au château d’Anterroches, après avoir était signalés à la gendarmerie.

Le monument aux morts civil

Inauguré en 1922, ce Poilu dans la tourmente se particularise avant tout par son coût, financé par une coupe de bois de 500 m³ : 23.500F, une fortune pour l’époque.

L’autre particularité du monument est la date qui y est inscrite, « 1914-1919 ». Il ne s’agit pas d’une erreur de frappe. L’armistice a certes était signée le 11 novembre 1918, mais il ne s’agit que d’une suspension temporaire des combats sur le front de l’Ouest. En revanche, ce n’est qu’au traité de Versailles, en 1919, que la guerre contre l’Allemagne prend officiellement fin.

Au lendemain de la guerre, les communes désireuses d’avoir des trophées de guerre pouvaient en obtenir gratuitement, à condition de supporter les frais de transport. Laveissière reçoit six obus : quatre pour son monument, un au carrefour de l’auberge et un autre à l’entrée de l’église (enlevé dans les années 2000).

La plaque commémorative paroissiale

Inaugurée en 1919, cette plaque de marbre entourée d’un cadre de chêne est située dans la chapelle Nord de l’église. 

Tombes des morts pour la France

Les combats au front étant particulièrement violents, la plupart des corps n’ont pas pu être inhumés. Certains ont été enterrés près du champ de bataille, tandis que d'autres ont été rapatriés par les familles.

Ainsi, le cimetière de Laveissière abrite plusieurs tombes de Poilus Morts pour la France, comme Jean-Marie Coulon, Henri Pissavy, Antonin Pouderoux, Charles Delroux et Louis Dechambre.

Veuves et orphelins

Parmi les Vallagnons tués aux combats, quatre sont pères de famille. Les neufs orphelins de guerre de la commune bénéficient du statut de Pupille de la Nation et des aides qui en découlent (subvention scolaire, emplois réservés dans l’administration, etc.).

Quant aux veuves de guerre, elles peuvent prétendre à une pension.

Des cadeaux pour les Poilus

Conscients des conditions de vie difficiles des Poilus au front, ceux qui sont restés au village leur envoient ce dont ils auraient besoin. Ainsi, de nombreuses femmes se mobilisent, comme Mme Ristelhueber du Lioranval, marraine de 3 poilus sans famille. De même, les filles des écoles de Laveissière et Chambeuil leur confectionnent notamment des vêtements. En parallèle, la municipalité de Laveissière envoie 153 kilos de Cantal au front.

Le Lioran, une parenthèse dans la guerre

Loin des combats, les deux hôtels du Lioran et leurs 75 chambres accueillent de juin à septembre les touristes en quête d’air pur et de repos. Français, Anglais, Italiens, Belges, Australiens et même des Argentins, viennent chercher le calme ou approfondir leurs études sur la botanique, activité à la mode à cette époque.

Parmi eux, des médecins, des rentiers, des soldats en permission, des hommes de lettres … et un certain Pierre Laval. Avocat âgé de 34 ans, cet homme de gauche, fervent pacifiste, passe la nuit du 9 au 10 août 1917 à l’hôtel Daude. Il deviendra plus tard Chef du gouvernement de Vichy et le principal maître d’œuvre de la collaboration avec l’Allemagne.

Symboliquement, la chapelle Notre-Dame de la Paix est consacrée le 6 juillet 1916 par l’évêque de Saint-Flour. Celle-ci sera détruite en 2007, lors de la construction du nouveau tunnel et du réaménagement de la RN122.

Le dernier envoyé au front

Adrien Albisson de Chambeuil est le dernier des hommes de la vallée à être envoyé au front le 20 avril 1918. Il finit son service en 1921 et rentre sain et sauf.

La vie paroissiale

L’abbé Chanson, curé de Laveissière, est mobilisé dès 1914, ce qui n’empêche pas la vie paroissiale de suivre son cours. En effet, il est remplacé par les curés d’Albepierre, de Bredons et de la Chapelle-d’Alagnon.

De plus, chaque soir, la sœur Adélaïde Esdoluc vient réciter le chapelet à l’église, jusqu’à sa mort en 1918, à l’âge de 57 ans.

En 1919, une messe solennelle est dite pour tous les Poilus morts et vivants.

Du 18 avril au 2 mai 1920, une mission est faite par deux pères franciscains. Les missions sont des événements durant lesquels l’Eglise cherche à ré-évangéliser un territoire et ses habitants. A Laveissière, c’est un véritable succès, seuls 18 femmes et 40 hommes n’ont pas répondu à l’appel. Cette mission est rythmée tous les soirs par des sermons et par des messes spectaculaires.

Liste des Poilus vallagnons

AGUTTES
Antoine
de Chambeuil
AGUTTES
Louis
de Fraisse-Haut
AGUTTES
Albert Marie
de Fraisse-Haut
ALBISSON
Adrien
de Chambeuil
BASTIDE
François-Louis
de Fraisse-Haut
BENET
Antoine
du Meynialou
BENOIT
François
de Chambeuil
BENOIT
François Jean
de Chambeuil
BENOIT
François Léon
de Chambeuil
BENOIT
Jean Marius
de Laveissière
BENOIT
Jules
de Fraisse-Haut
BERNARDON
Philippe-Georges
de Laveissière
BERTRAND
Pierre-Alphonse
de Laveissière
BREUIL
Antoine
de Fraisse-Haut
CAIRON
Antoine
du Prégrand
COMBE
Jean Pierre
de Laveissière
CONDAMINE
Antoine
de la Chassagne
CONDAMINE
Jules
de la Chassagne
COSTE
Pierre
de Fraisse-Haut
COUDERC
Louis-François
des Cheyrouses
COULON
Jean Marie Louis
de la Bourgeade
DELPIROU
Alexis François
de Grand-Champ
DELPIROU
Léon
de Chambeuil
DELPIROU
Pierre
de Fraisse-Bas
DELPIROU
Joseph
de Fraisse-Bas
DELPIROU
Jean Pierre
de la Chassagne
DELTOUR
Jules
de Fraisse-Bas
DOLY
Raymond Felix
des Cheyrouses
ESDOLUC
Henri-Alexis
du Meynial
ESDOLUC
Laurent
du Meynial
ESDOLUC
Jean-Baptiste
du Meynial
ESDOLUC
Augustin-Antoine
des Cheyrouses
ESDOLUC
Louis Eugène
des Cheyrouses
ESDOLUC
Eugène Charles
des Cheyrouses
FAGEOL
Joseph
de Fraisse-Bas
FAGEOL
Louis
de Fraisse-Bas
FAYET
Justin
de la Bourgeade
FIOCRE
Louis François
de Fraisse-Haut
FOURGOUX
Jean Louis
de Chambeuil
GANDILHON
Edouard
de Laveissière
GARD
François
de Fraisse-Haut
HERMABESSIERE
Jules
de Chambeuil
HURGON
Jean
de Fraisse-Bas
HURGON
Guillaume
de Chambeuil
HURGON
Jean
de Chambeuil
JACOMY
Etienne
de Fraisse-Haut
JACOMY
Guillaume Marie
de Fraisse-Haut
JOUVE-LANTEUR
Jean
de la Bastide
LANTUEJOUX
Gilbert
de Fraisse-Haut
LEYMARIE
Antoine Calixte
de Chambeuil
LOMBARD
Jean
des Cheyrouses
MANHES
Pierre
du Lioran
MARQUET
Jean Eugène
de Fraisse-Bas
MEYNIEL
Henri
de Fraisse-Bas
MEYNIEL
Jean
de Fraisse-Haut
MEYNIEL
Jean Charles
de Fraisse-Haut
MEYNIEL
Louis Durand
de Fraisse-Haut
MIJOULE
Antoine Jean
de Fraisse-Haut
PALUT
Jacques
du Lioranval
PISSAVY
Eugène-Henri
du Chambon
PORTE
Etienne
de Chambeuil
PORTE
Jean Marie
de Chambeuil
POUDEROUX
Alexandre
de la Bastide
POUDEROUX
Antoine
de Fraisse-Haut
POUDEROUX
François
de Fraisse-Haut
POUDEROUX
Louis Alexandre
de Fraisse-Haut
POUDEROUX
Antonin
de Laveissière
POUDEROUX
Jean Louis
de Fraisse-Bas
POUDEROUX
Joseph-Marius
du Meynialou
POUDEROUX
Joseph Vital
de la Chassagne
POUDEROUX
Marie Antoine
de Fraisse-Bas
POUDEROUX
Jean
de Fraisse-Bas
POUNHET
François Félix
de Chambeuil
POUNHET
Guillaume
de Fraisse-Bas
POUNHET
Jules François
de Fraisse-Bas
POUNHET
Jean
de la Bastide
POUNHET
Jean Antoine
de la Bourgeade
RANCILHAC
Jean
de Fraisse-Haut
RIOM
François
des Cheyrouses
RIOM
Jean Alphonse
des Cheyrouses
ROCHE
Jean-Louis
de Fraisse-Haut
ROCHE
André
de Fraisse-Haut
ROCHE
Noël-Barthélémy
de Laveissière
ROCHE
Guillaume
de Laveissière
ROCHE
Jean Alphonse
de Fraisse-Haut
ROCHÈS
Jean Louis
de la Bastide
ROCHÈS
Frédéric
de la Bastide
ROCHÈS
Jean Pierre
de la Bastide
ROQUET
Baptiste
de Fraisse-Bas
ROUX
Gabriel Jean
de Laveissière
ROUX
Antoine
de Laveissière
RISPAL
Antoine
de Fraisse-Bas
SARRAZIN
François
de Chambeuil
SAUTOU
Jean Pierre Albert
SOURJAC
Louis Martin
de Fraisse-Haut
SOURJAC
Thomas Maurice
de Fraisse-Haut
TEISSEDRE
Jean
de Chambeuil
TEISSEDRE
Jean Antoine
de Malpertuis
TEISSEDRE
Léopold
de Malpertuis
TEISSEDRE
Pierre
de Malpertuis
THIOLIERE
Jean
de Fraisse-Haut
TISSANDIER
Antoine
de Laveissière
TISSIER
Guillaume
du Meynialou
TISSIER
Jean Pierre
du Meynialou
VECHAMBRE
Ignace Léon Jean
de Chambeuil
VIALLARD
Antoine Victor
de Laveissière
VIEILLEMARD
Pierre
de Chambeuil
VINCENT
Sylvestre-Marius
de Chambeuil