1914 à 1918 - Laveissière et la Grande Guerre

Par Alexandre Albisson

 

Le front

De 1914 à 1918, 117 Vallagnons sont mobilisés et partent pour le front défendre la Patrie. Vingt-cinq d’entre eux ne reviendront pas. Agés de 18 à 45 ans, ils sont généralement cultivateurs et plus rarement aubergistes, menuisiers, étudiants, tailleurs d’habit, forgerons. Tous les hommes en âge de combattre sont concernés, hormis les exemptés pour cause d’infirmités et les employés de certains corps de métier (employé ferroviaire, buronnier, sapeur-pompier).

Ils partent pour le front de l’Ouest (Nord-Est de la France) et même parfois pour le front de l’Est (Serbie, Balkans). Là-bas, leurs conditions de vie sont déplorables : horreurs des combats, froid, faim, manque d’hygiène (poux, rats, boue, cadavres).

Pourtant, certains se distinguent par leur bravoure. Ainsi, Jean POUNHET de la Bourgeade, sous un violent bombardement, « a relevé avec le plus grand dévouement les blessés jusqu'aux avant des lignes et a continué son service bien qu'il ait subi un commencement d'intoxication ». De même, Jean Pierre DELPIROU de la Chassagne « s'est particulièrement distingué au moment d'une forte contre-attaque ennemie en se précipitant à coup de grenade sur les Allemands ».

D’autres se distinguent de manière plus originale, comme Jean Antoine TEISSEDRE de Malpertuis qui semble être un « objecteur de conscience » (soldat refusant de tuer). Ainsi, il est cassé de son grade de caporal parce que ses hommes n’ont pas tiré « sur les Allemands qui se montraient en dehors de la tranchée et cherchaient a engagé la conversation avec eux ». Toutefois, il récupère son grade après avoir « poursuivi à la course des fuyards ennemis et [avoir] réussi à en ramener deux ».

A leurs retours du front, chacun revient meurtri, que ce soit physiquement (cicatrice, membres amputés, maladies) ou psychologiquement (cauchemars, troubles mentaux, folie).

En 1985 s’éteint le dernier Poilu du Vallagnon, Jean TEISSEDRE de Laveissière. Pour autant, les Vallagnons continuent encore aujourd’hui d’honorer leurs morts chaque 11 novembre.

 

Artisanat de Tranchée

Taillé dans du bois de buis, cet objet semble être une boîte d’allumettes. Son auteur, Jean-Marie COULON de la Bourgeade, a inscrit son nom sur la tranche, son régiment d’infanterie sur une face et la date de production sur l’autre face. Le cœur transpercé d’une épée, qui sépare les chiffres de l’année 1914, semble malheureusement prémonitoire. En effet, Jean-Marie COULON sera tué « en entraînant brillamment ses chasseurs à l’assaut » au lac de Schiessrothried (Haut-Rhin) en 1915, la veille de son 26ème anniversaire.

 

 

Le curé et l’instituteur de Laveissière dans le roman national

En février 1915, de nombreux bulletins paroissiaux à travers toute la France rapportent l’histoire du curé et de l’instituteur de Laveissière, jadis ennemis puis amis une fois au front. L’anecdote est certes touchante, mais en réalité elle participe à ce que l’on appellera plus tard le « bourrage de crâne ».  Par cet exemple de réconciliation entre le curé (l’Eglise) et l’instituteur (l’Etat), la presse souhaite montrer que toute la Nation est unie dans la guerre.

 

 

Le Chambon : berceau d’une pensée

Durant la guerre, c’est depuis ce lieu-dit que Marguerite TEILLARD-CHAMBON entretient une correspondance dense avec son cousin Pierre TEILHARD DE CHARDIN, prêtre jésuite et scientifique, qui se trouve au front. Cette correspondance se révélera être un élément fondateur dans la naissance de la pensée du futur philosophe.

Première femme agrégée de France et future biographe, Marguerite Teillard-Chambon est aujourd’hui inconnue du grand public, parce qu’elle a toujours voulu rester dans l’ombre de son cousin. Cette correspondance sera publiée en 1961 sous le titre Genèse d’une pensée. Voici un extrait d’une lettre du Père Teilhard, en permission dans le Nord, à sa cousine Marguerite qui s’apprête à effectuer sa rentrée en tant que directrice de l’Institut Notre-Dame des Champs (Paris) :

 

 

Un Vallagnon en Serbie

Si l’essentiel des combattants partent pour le Nord-Est de la France, quelques-uns partent pour le front de l’Est comme Jean-Louis ROCHE d’Ampalat. Il embarque le 15 mai 1915 à Marseille à bord du « Savoie » avec 1200 autres soldats. Après 6 jours de navigation, les troupes débarquent sur la côte européenne de Turquie. Ils participent à la bataille des Dardanelles contre les Ottomans mais après 4 mois de combat sur cette terre aride et inhospitalière, Français et Britanniques doivent évacuer. Après un passage en Macédoine, le jeune Vallagnon arrive chez les alliés serbes pour lutter cette fois-ci contre les Bulgares durant l’année 1916. Mais le 22 novembre, alors que les Français occupent les hauteurs du lac Mala-Prespa, loin des combats, Jean-Louis Roche est porté disparu. Le mystère reste encore entier.

 

Deux Danois en Vallagnon

En 1914, 30.000 Danois du Schleswig, annexé par l’Allemagne, furent enrôlés malgré eux dans le conflit. Consciente du sort qu’ils subissaient, la France accorde aux prisonniers danois un régime spécial et leur aménage un camp à Aurillac.

En décembre 1915, deux de ces prisonniers danois s’évadent et sont signalés dans le presse : le sergent-major Nicolay Hansen et le sergent Segaard Christian Nelson. Ils sont arrêtés au château d’Anterroches, après avoir était signalés à la gendarmerie par Mr BENOIT de Laveissière, dont voici le témoignage.

On retiendra ici le terme de « boches » utilisé pour désigner ces Danois enrôlés de force par les Allemands. Pourtant, leur sort ressemble fortement aux Français d’Alsace-Moselle …

 

 

Le monument aux morts civil

Inauguré en 1922, ce Poilu dans la tourmente, se particularise avant tout par son coût, financé par une coupe de bois de 500 m³ : 23.500F, une fortune pour l’époque. D’ailleurs, le conseil municipal de Murat, estimant que le monument était disproportionné pour cette petite commune, attaqua la commune de Laveissière jusqu’au Conseil d’Etat, en vain.

L’autre particularité du monument est la date qui y est inscrite, « 1914-1919 ». Il ne s’agit pas d’une erreur de frappe. L’armistice a certes était signée le 11 novembre 1918, mais il ne s’agit que d’une suspension temporaire des combats sur le front de l’Ouest. En revanche, ce n’est qu’au traité de Versailles, en 1919, que la guerre contre l’Allemagne prend officiellement fin.

 

 

Le monument paroissial

Inaugurée en 1919, cette plaque de marbre entourée d’un cadre de chêne est située dans la chapelle Nord de l’église.

 

 

Les trophées de guerre allemands

Au lendemain de la guerre, les communes désireuses d’avoir des trophées de guerre peuvent en obtenir gratuitement, à condition de supporter les frais de transport. Laveissière reçoit six obus : quatre pour son monument, un pour le carrefour de l’auberge Meyniel et un autre à l’entrée de l’église (enlevé dans les années 2000).

 

Tombes des morts pour la France

Les combats au front étant particulièrement violents, la plupart des corps n’ont pas pu être inhumés, sauf quatre : Laurent Esdoluc (Nécropole nationale de Dompierre, Oise), François Riom (Nécropole nationale de Buhl, Moselle), Jean-Gabriel Roux (Cimetière de Gué-à-Tresnes) et Vincent Marius (Cimetière militaire de Bourges). Quant au cimetière de Laveissière, il abrite les sépultures de deux combattants non-résidents sur la commune : Charles Delroux (décès à Clermont-Ferrand en 1919) et Louis Dechambre (tué à Verdun en 1916).

 

 

Veuves et orphelins

Parmi les Valagnons tués aux combats, quatre sont pères de famille. Les neufs orphelins de guerre de la commune bénéficient du statut de Pupille de la Nation et des aides qui en découlent (subvention scolaire, emplois réservés dans l’administration, etc.). Quant aux veuves de guerre, elles peuvent prétendre à une pension.

 

 

Des cadeaux pour les Poilus

Conscients des conditions de vie difficiles des Poilus au front, ceux qui sont restés au village leur envoient ce dont ils auraient besoin. Ainsi, de nombreuses femmes se mobilisent, comme Mme RISTELHUEBER du Lioranval, marraine de 3 poilus sans famille. De même, les filles des écoles de Laveissière et Chambeuil leur confectionnent notamment des vêtements. En parallèle, la municipalité de Laveissière envoie 153kg de Cantal au front.

 

Le Lioran, une parenthèse dans la guerre

Loin des combats, les deux hôtels du Lioran et leurs 75 chambres accueillent de juin à septembre les touristes en quête d’air pur et de repos. Français, Anglais, Italiens, Belges, Australiens et même des Argentins, viennent chercher le calme ou approfondir leurs études sur la botanique, activité à la mode à cette époque.

Parmi eux, des médecins, des rentiers, des soldats en permission, des hommes de lettres … et un certain Pierre Laval. Avocat âgé de 34 ans, cet homme de gauche, fervent pacifiste, passe la nuit du 9 au 10 août 1917 à l’hôtel Daude. Il deviendra plus tard Chef du gouvernement de Vichy et le principal maître d’œuvre de la collaboration avec l’Allemagne.

Symboliquement, la chapelle Notre-Dame de la Paix est consacrée le 6 juillet 1916 par l’évêque de Saint-Flour. Celle-ci sera détruite dans les années 2000, lors de la construction du nouveau tunnel et du réaménagement de la RN122.

 

 

Le dernier envoyé au front

Adrien ALBISSON de Chambeuil est le dernier des hommes de la vallée à être envoyé au front le 20 avril 1918. Il finit son service en 1921 et rentre sain et sauf.

 

 

La vie paroissiale

L’abbé Chanson, curé de Laveissière, est mobilisé dès 1914, ce qui n’empêche pas la vie paroissiale de suivre son cours.

En effet, il est remplacé par les curés d’Albepierre, de Bredons et de la Chapelle-d’Alagnon. De plus, chaque soir, la sœur Adélaïde Esdoluc vient réciter le chapelet à l’église, jusqu’à sa mort en 1918, à l’âge de 57 ans.

En 1919, une messe solennelle est dite pour tous les Poilus morts et vivants.

Du 18 avril au 2 mai 1920, une mission est faite par deux pères franciscains. Les missions sont des événements durant lesquels l’Eglise cherche à ré-évangéliser un territoire et ses habitants. A Laveissière, c’est un véritable succès, seuls 18 femmes et 40 hommes n’ont pas répondu à l’appel. Cette mission est rythmée tous les soirs par des sermons et par des messes spectaculaires.

 

 

Liste des Poilus du Valagnon

La liste ci-dessous répertorie les hommes domiciliés sur la commune avant de partir au front. En rouge : les Poilus morts aux combats

NOM

PRENOM

HAMEAU

COMMENTAIRES

AGUTTES

Antoine

de Chambeuil

 

AGUTTES

Louis

de Fraisse-Haut

 

AGUTTES

Albert Marie

de Fraisse-Haut

 

ALBISSON

Adrien

de Chambeuil

 

BASTIDE

François-Louis

de Fraisse-Haut

 

BENET

Antoine

du Meynialou

 

BENOIT

François

de Chambeuil

37 ans, célibataire

François Jean

 

François-Léon

22 ans, célibataire

BENOIT

Jean Marius

de Laveissière

 

BENOIT

Jules

de Fraisse-Haut

 

BERNARDON

Philippe-Georges

de Laveissière

21 ans, célibataire

BERTRAND

Pierre-Alphonse

de Laveissière

 

BREUIL

Antoine

de Fraisse-Haut

 

CAIRON

Antoine

du Prégrand

 

COMBE

Jean Pierre

de Laveissière

38 ans, père de 1 enf.

CONDAMINE

Antoine

de la Chassagne

31 ans, père de 3 enf.

Jules

 

COSTE

Pierre

de Fraisse-Haut

 

COUDERC

Louis-François

des Cheyrouses

 

COULON

Jean Marie Louis

de la Bourgeade

25 ans, célibataire

Jean

 

DELPIROU

Alexis François

de Grand-Champ

 

DELPIROU

Léon

de Chambeuil

 

DELPIROU

Pierre

de Fraisse-Bas

 

Joseph

 

DELPIROU

Jean Pierre

de la Chassagne

 

DELTOUR

Jules

de Fraisse-Bas

33 ans, père de 2 enf.

DOLY

Raymond Felix

des Cheyrouses

 

ESDOLUC

Henri-Alexis

du Meynial

30 ans, célibataire

Laurent

23 ans, célibataire

Jean Baptiste

 

ESDOLUC

Augustin-Antoine

des Cheyrouses

23 ans, célibataire

Louis Eugène

 

Eugène Charles

 

FAGEOL

Joseph

de Fraisse-Bas

33 ans, célibataire

Louis

 

FAYET

Justin

de la Bourgeade

 

FIOCRE

Louis François

de Fraisse-Haut

 

FOURGOUX

Jean Louis

de Chambeuil

 

GANDILHON

Edouard

de Laveissière

20 ans, célibataire

GARD

François

de Fraisse-Haut

 

HERMABESSIERE

Jules

de Chambeuil

 

HURGON

Jean

de Fraisse-Bas

 

HURGON

Guillaume

de Chambeuil

19 ans, célibataire

Jean

 

JACOMY

Etienne

de Fraisse-Haut

 

Guillaume Marie

 

JOUVE-LANTEUR

Jean

de la Bastide

 

LANTUEJOUX

Gilbert

de Fraisse-Haut

 

LEYMARIE

Antoine Calixte

de Chambeuil

 

LOMBARD

Jean

des Cheyrouses

 

MANHES

Pierre

du Lioran

 

MARQUET

Jean Eugène

de Fraisse-Bas

 

MEYNIEL

Henri

de Fraisse-Bas

 

MEYNIEL

Jean

de Fraisse-Haut

 

MEYNIEL

Jean Charles

de Fraisse-Haut

 

MEYNIEL

Louis Durand

de Fraisse-Haut

 

MIJOULE

Antoine Jean

de Fraisse-Haut

 

PALUT

Jacques

du Lioranval

 

PISSAVY

Eugène-Henri

du Chambon

20 ans, célibataire

PORTE

Etienne

de Chambeuil

 

Jean Marie

 

POUDEROUX       

Alexandre

de la Bastide

 

POUDEROUX

Antoine

de Fraisse-Haut

30 ans, célibataire

François

 

Louis-Alexandre

24 ans, célibataire

POUDEROUX

Antonin

de Laveissière

22 ans, célibataire

POUDEROUX

Jean Louis

de Fraisse-Bas

 

POUDEROUX

Joseph-Marius

du Meynialou

 

POUDEROUX

Joseph Vital

de la Chassagne

 

POUDEROUX

Marie Antoine

de Fraisse-Bas

 

Jean (son fils)

 

POUNHET

François Félix

de Chambeuil

 

POUNHET

Guillaume

de Fraisse-Bas

 

Jules-François

 

POUNHET

Jean

de la Bastide

 

POUNHET

Jean Antoine

de la Bourgeade

 

RANCILHAC

Jean

de Fraisse-Haut

 

RIOM

François

des Cheyrouses

21 ans, célibataire

Jean Alphonse

 

ROCHE

Jean-Louis

de Fraisse-Haut

20 ans, célibataire

André

 

ROCHE

Noël-Barthélémy

de Laveissière

19 ans, célibataire

Guillaume

 

ROCHE

Jean Alphonse

de Fraisse-Haut

 

ROCHÈS

Jean Louis

de la Bastide

38 ans, célibataire

Frédéric

 

Jean-Pierre

 

ROQUET

Baptiste

de Fraisse-Bas

 

ROUX       

Gabriel Jean

de Laveissière

31 ans, père de 2 enf.

Antoine

 

RISPAL

Antoine

de Fraisse-Bas

 

SARRAZIN

François

de Chambeuil

 

SAUTOU

Jean Pierre Albert

de Laveissière

24 ans, célibataire

SOURJAC

Louis Martin

de Fraisse-Haut

 

Thomas Maurice

 

TEISSEDRE

Jean

de Chambeuil

 

TEISSEDRE

Jean Antoine

de Malpertuis

 

Léopold

 

Pierre

 

THIOLIERE

Jean

de Fraisse-Haut

 

TISSANDIER

Antoine

de Laveissière

28 ans, père de 1 enf.

TISSIER

Guillaume

Jean Pierre

du Meynialou

 

 

VECHAMBRE

Ignace Léon Jean

de Chambeuil

 

VIALLARD

Antoine Victor

de Laveissière

 

VIEILLEMARD

Pierre

de Chambeuil

 

VINCENT

Sylvestre-Marius

de Chambeuil

19 ans, célibataire