Marguerite Teillard-Chambon

Marguerite Teillard-Chambon

Alias Claude Aragonnès

 

 

 

 

 

 

Une femme engagée dans les grands mouvements de son temps

Le 21 janvier 2009 Barack Obama prononçait son serment d'investiture sur la Bible personnelle d'Abraham Lincoln. Hommage du 44ème Président des Etats-Unis au 16ème Président des Etats-Unis dont le nom est associé à l'abolition de l'esclavage et dont on a fêté en 2009 le bicentenaire de la naissance.

Sait-on que sa biographe française, Marguerite Teillard-Chambon, Claude Aragonnès en littérature, est une de nos compatriotes, disparue il y a tout juste cinquante ans, et que des liens familiaux l'avaient conduite à s'intéresser à ce grand Président ?

Marguerite Teillard-Chambon est surtout connue comme la cousine de Pierre Teilhard de Chardin. Les centaines de lettres que le célèbre Jésuite lui adressa de 1914 jusqu'à sa mort à New-York le jour de Pâques 1955 sont magnifiques. Des documents essentiels pour approcher deux êtres d'exception, pour suivre l'évolution d'une des pensées les plus puissantes et les plus fécondes du XXe siècle. Mais qui était donc cette cousine ?

Marguerite Teillard-Chambon est née le 13 décembre 1880 à Clermont-Ferrand, décédée le 11 septembre 1959 à Saint-Flour.

Alias Claude Aragonnès en littérature, elle était une écrivaine, biographe et femme de lettres française et la cousine de Pierre Teilhard de Chardin.

Elle à vécu de nombreuses années au Chambon, commune de Laveissière.

Son enfance en Auvergne

Marguerite Teillard-Chambon est née le 13 décembre 1880 à Clermont-Ferrand, 34 rue des Gras, dans un vieil hôtel Renaissance à proximité de la cathédrale.

Elle est la fille aînée d'une famille de six enfants de Cirice Teillard-Chambon (1847-1916) ingénieur de l'École Centrale de Paris, et de Marie Déchelette.

Son grand-père Jacques Amable Léon (1798-1879), juge au tribunal civil de Murat et membre du conseil municipal, avait épousé Anne-Victorine Teilhard, la sœur du grand-père de Pierre Teilhard de Chardin.

Son arrière grand-père Cirice Bonaventure Teillard-Chambon, a été deux fois élu maire de Murat, sous la Révolution et sous le Consulat.

Cirice, l'aîné, reprendra la maison et la ferme du Chambon à Laveissière. Alphonse (1850-1931), qui aura douze enfants, sera propriétaire au Lapsou à côté de Chastel sur Murat. Ludovic (1851-1906) sera notaire quelques années à Murat avant de s'installer en Creuse à Guéret. Gabriel (1852-1917) sera juge à Nyons dans la Drôme. Quant à Xavier (1855-1934), après avoir fait toute sa carrière de professeur de français à l'Université Catholique de Washington, l'heure de la retraite venue, il choisira Murat pour s'y installer avec son épouse américaine. Dorothy Lamon, cette tante qui comptera tant pour Marguerite. Son père, Ward Hill Lamon, avait été l'ami intime d'Abraham Lincoln, son associé comme avocat en Illinois. A Washington, où il l'avait suivi à la Maison Blanche, Lincoln l'avait chargé de postes et de missions de confiance.

Elle est donc issue d'une vieille famille d'Auvergne, on retrouve la trace d'un Teillard notaire au XIVème siècle à Dienne.

La famille est scindée en deux branches : les Teillard-Chambon, branche de Haute Auvergne établie à Murat et au Chambon à Laveissière ; les Teilhard de Chardin, branche de Basse Auvergne établie à Orcines.

Les deux familles se retrouvent souvent soit au Chambon (Laveissière) soit au château de Sarcenat (Orcines) et les enfants sont très proches. Marguerite se lie profondément d'amitié avec son cousin Pierre Teilhard de Chardin.

Le Chambon

Chambon (le), hameau et jolie maison de campagne près de La Vaissière.

Armand du Chambon vivait en 1282. (Vov. Murat.)

Le Chambon a été reconstruit en partie par M. Léon Teilhard, juge au tribunal de Murat, à qui il appartient. On remarque la belle allée de peupliers qui le fait communiquer avec la grande route, en traversant d'un coté à l'autre la vallée d'Allagnon.

Engagement pour la reconnaissance de la femme

Marguerite va découvrir Paris en 1900 à l'âge de vingt ans.

Dans une brochure du Femina datée de 1954, elle raconte : « Etudiante, j’entrepris de préparer les concours universitaires sans devenir sévrienne. On se ruait au Collège de France pour entendre Bergson. Sans un papier devant lui, de sa voix fluette, il déroulait un fil de lumière. Auprès de lui, à la Sorbonne, que Lanson, pourtant si intelligent, paraissait ennuyeux ! »

Agrégée de lettres en 1904, elle va se retrouver très vite engagée à la direction de l'Institut Notre-Dame-des-Champs, nouvellement créé pour les élèves des Dames de Sion à Paris, interdites d'enseignement par les lois Combes. Elle va alors développer l'Institut, pendant plus de quinze ans, avec l'ambition d'offrir un enseignement de très grande qualité pour porter les jeunes filles au plus haut dans leurs études. « L'enseignement privé se doit d'être à la hauteur de l'enseignement public » disait-elle.

Au début des années 1920, épuisée, elle se retire de la direction de l'Institut et part en Italie, puis passe l'hiver à Rome et le printemps à Sienne où elle écrit La Loi du faible sous le pseudonyme de Claude Aragonnès (du nom d'une de ses aïeules, amie de Catherine de Rambouillet, de Madame de La Fayette et de Madeleine de Scudéry) qui obtiendra le prix Montyon.

En 1934, elle publie Madeleine de Scudéry, reine du Tendre recevant le prix Marcelin Guérin. En 1938, elle se penche sur l'éducatrice Madame Louis XIV, Françoise d'Aubigné, marquise de Maintenon, dans un essai. La même année, elle publie la biographie Marie d'Agoult, une destinée romantique recevant le Prix Vacaresco, qui lui ouvrira ainsi plus tard l'entrée au Comité du Prix Femina, avant de rejoindre son cousin Pierre lors d'une traversée en bateau pour les États-Unis.

À son retour, elle continue à enseigner la littérature, à l'Institut Notre-Dame-des-Champs. Elle est aussi secrétaire générale de l'Union des maisons de jeunes filles de l'enseignement libre. Elle y dirige la revue Studia et organise un congrès annuel. Dans Studia, Marguerite tient une rubrique d'actualité des livres, du cinéma, du théâtre. Pour ses élèves, elle publiera en 1933 Les romanciers du XIXe siècle et en 1950 Les auteurs français par la dissertation. En 1947, elle écrira une pièce de théâtre pour les élèves de l'École Normale Catholique, Esther à Saint-Cyr. Marguerite trouve le temps de s'intéresser aux « Équipes Sociales » lancées après la Première Guerre mondiale par Robert Garric réunissant ouvriers et intellectuels. 
Dans les années 1930, elle participe activement à l'Union Nationale pour le Vote des Femmes, donne des conférences, écrit des articles. Le Comité est présidé par Edmée de La Rochefoucauld qu'elle retrouvera plus tard au jury Femina. Les rendez-vous avec ces « dames du Femina » seront certainement un de ses vrais plaisirs. Elle y rencontre Pauline Benda.

Une femme engagée dans son temps

Mais cette œuvre d'écrivain est prise sur la vie quotidienne de l'enseignante. Marguerite reste engagée à la promotion de l'enseignement secondaire des jeunes filles auquel elle a voué sa vie. Elle continue à enseigner la littérature dans les classes de première et de seconde, à l'Institut Notre Dame des Champs. Elle est aussi, depuis son retour d'Italie en 1923, Secrétaire Générale de l'Union des maisons de jeunes filles de l'enseignement libre. Elle y dirige la revue Studia et organise un congrès annuel. L'occasion de faire évoluer et soutenir le professionnalisme des enseignantes, de développer de nouvelles approches éducatives, d'observer les modèles américains et européens.

Abraham Lincoln

16è président US du 4 mars 1861 au 15 avril 1865

Admiratrice d'Abraham Lincoln

En juin 1939, Marguerite et son cousin Pierre Teilhard de Chardin feront ensemble la traversée en bateau pour les États-Unis, du Havre à New-York. Lui repart pour Pékin sans se douter qu'il y restera bloqué pendant toute la guerre. Elle, de son côté, s'en va sur les traces de Lincoln, ami intime de Ward Hill Lamon, le père de Dorothy Lamon, la tante de Marguerite. Elle fait en 1939 une conférence à Rosemont Collège, une université féminine. Après avoir visité New-York et Washington, elle parcourt la Virginie, le Kentucky et l'Illinois, pour la préparation d'une histoire de Lincoln, « le plus grand des Américains ». Elle racontera son voyage dans Prises de vues américaines, publié en 1946. 

Marguerite publie Lincoln, héros d'un peuple à la mémoire de sa tante qui préparait en 1894 l’édition des Souvenirs sur Lincoln, laissés par son père pour compléter la biographie. Marguerite va ainsi disposer de précieux documents et des souvenirs personnels de sa tante pour compléter son enquête. Son ouvrage obtiendra le prix Thérouanne de l'Académie Française, très soutenu par André Siegfried, grand spécialiste des États-Unis, premier Président de la Fondation Nationale des Sciences Politiques.

Au service de la mémoire de son cousin

Mais en 1955, un événement va bouleverser son existence : son cousin Pierre Teilhard de Chardin meurt à New-York. Le choc est terrible. Marguerite Teillard-Chambon est certainement l’une de ceux qui l'ont le mieux connu et surtout le mieux compris. Une enfance commune en Auvergne, des retrouvailles, elle l'encourage à passer son doctorat ès sciences, le fait entrer à l'Institut Catholique par l'intermédiaire de son ami Emmanuel de Margerie, l'introduit dans la vie intellectuelle parisienne.

Pendant toute la première guerre mondiale elle sera sa correspondante, l'alter ego l'aidant à faire émerger et préciser sa pensée. En 1956 et en 1957 sortiront Lettres de voyage 1923-1939 et Nouvelles lettres de voyage 1939-1955. L'été suivant au Chambon, elle poursuit son travail.

Début septembre Marguerite participe à une rencontre organisée à Saint Babel, près d'Issoire, autour de la pensée du Père Teilhard. Le 7 septembre Marguerite reprend la route du Chambon et au détour d'un tournant, à quelques kilomètres de chez elle, un camion vient heurter de plein fouet la 2 CV qui la transporte. Elle s'éteindra cinq jours plus tard le 11 septembre, à l'hôpital de Saint-Flour. Elle est inhumée au cimetière de Murat dans le caveau familiale (puis plus tard transféré dans le caveau communal). Marguerite avait pu terminer l'introduction des lettres de guerre, 1914-1918, reçues de son cousin. Ces lettres seront éditées en 1961, sous le titre Genèse d'une pensée, par les soins de sa sœur Alice.

Pierre Teilhard de Chardin

« Tu seras, dans les années qui viennent, un mélange de "mystique" et de femme de lettres qui pourra dérouter les classifications. Qu'importe ! Va où tu sens que le réel cède devant toi : et ne t'inquiète pas du reste. Il y a autan de modes d'unions à Dieu que d'idividus. » Pierre Teilhard de Chardin à Marguerite Teilhard-Chambon, Tientsin, Noël 1923

Mademoiselle Alice Teillard-Chambon

soeur de marguerite

Paris 1961

 

Œuvres

  • La Loi du faible, 1925, Édition Calman Levy
  • Les romanciers du XIXe siècle, 1933, Édition Gigord
  • Madeleine de Scudéry, reine du Tendre, 1934, Édition Armand Colin
  • Marie d'Agoult, une destinée romantique, 1935, Édition Hachette
  • Madame Louis XIV, Françoise d'Aubigné, marquise de Maintenon, 1938, Édition la Bonne Presse
  • Prises de vues américaines, 1946, Édition de Gigord
  • Esther à Saint-Cyr (pièce de théâtre en 3 actes), 1947
  • Les auteurs français par la dissertation, 1950, Édition Gigord
  • Lincoln, héros d'un peuple, 1955, Édition Hachette
  • Introduction à Lettres de voyage 1923-1939, de Pierre Teilhard de Chardin, Bernard Grasset, Paris, 1956
  • Introduction à Nouvelles lettres de voyage 1939-1955, de Pierre Teilhard de Chardin, Bernard Grasset, Paris, 1957
  • Introduction à Genèse d'une pensée, Lettres 1914-1919, de Pierre Teilhard de Chardin, Bernard Grasset, Paris, 1961 (à titre posthume)

Récompenses

  • Prix Montyon en 1925 pour La Loi du faible
  • Prix Marcelin Guérin en 1934 pour Madeleine de Scudéry, reine du Tendre
  • Prix Fémina-Vacaresco en 1935 pour Marie d'Agoult, une destinée romantique
  • Prix Thérouanne en 1955 pour Lincoln, héros d'un peuple

 

Revue de la Haute Auvergne, janvier-juin 1960.

Nécrologie

Claude Aragonnès par Marie-Aimée MERAVILLE, 

 

L'Auvergne, île verte, mais aussi château d'eau, au centre un peu méridional de la France, à gardé les uns, exporté les autres, tous délégués de l'art et de la pensée, de Michel de l'Hospital à Pascal, à Malègue et à Pourrat, de Chabrier à de Nolhac, de Vallès à Vermenouze, de Robert d'Humières à Ajalbert et Mondor, de Pierre Teilhard de Chardin à Claude Aragonnès, sa cousine, et, dans l'exercice de ce mandat spirituel, la part de la Haute-Auvergne n'est pas médiocre.

L'Auvergne, qui célèbre cette année 1960, le cinquantième anniversaire de la mort de Vermenouze, à perdu, en juillet dernier, Henri Pourrat. (Est-il possible que ce gentilhomme et ce modeste soit désormais invisible, mais pas encore absent, invisible dans nos rues d'Ambert et par les sentiers du Livradois !). En septembre, Claude Aragonnès, l'aînée de Pourrat, et des deux la plus vigoureuse, devait trouver la mort dans une stupide collision d'automobiles. S'ils ne se connurent guère, ils ne se méconnurent pas l'un l'autre.

On fut teillard, tissier ou tisserand, comme on fut fabre ou fournier, au long des siècle artisanaux où chaque village vivait industrieusement sur ses besognes. Le teillard, peut-être débarrassait-il le chanvre de la teille, comme il est dit de l'écorce du tilleul. Beaucoup de noms nobles sont moins beaux que ces noms de roture. Mais Teilhard donnèrent à la chose publique de nombreux et bons serviteurs, qui les tirèrent très tôt de l'obscurité rurale. On trouverait, en 1363, un Teillard notaire royal à Dienne, où se situe le berceau de cette famille vivace, aux ramifications nombreuses - Teillard ou Teilhard - qui a donné juge d'appeaux et médecin, écuyer et procureur du roi, mousquetaire rouge et capitaine, subdélégué de l'intendant Trudaine, électeur de la noblesse en 1789, tous portant, avec quelques variations, le tilleul dans leurs armes. De la branche de la Basse-Auvergne devait naître le Père Teilhard de Chardin, le grand Jésuite, dont les découvertes paléontologiques, alliées à une magnifique et rassurante vision de l'aventure humaine, n'ont pas fini d'intéresser les savants et de passionner les âmes. En 1857, un Teilhard-Chambon épousa une Teilhard du Puy-de-Dôme : elle était la sœur du grand-père de Pierre Teilhard de Chardin, la grand-mère de Marguerite Teilhard, c'est-à-dire de la future Claude Aragonnès. La branche Teilhard de Chardin conserve, de nos jours, des héritiers directs.

Marguerite Teilhard, l'aînée d'une famille de six enfants, naquit à Clermont en 1880. Ses parents y habitaient, rue des Gras, la belle maison dite des Architectes, devenue depuis un musée régional. Cirice Teillard, le chef de famille, était ingénieur. Les jours de vacances, on allait à Sarcenat, à sept kilomètres de Clermont, où se retrouvaient les nombreux cousins issus de germains. Pierre Teilhard et Marguerite Teillard avaient, à quelques mois près, le même âge. L'une montrait une précocité intellectuelle surprenante, l'autre, dès son enfance, était passionné par l'observation des minéraux. Les vacances d'été donnaient aux Teillard du Cantal l'occasion de revenir au Chambon, entre Murat et Le Lioran, de toucher terre parmi les prairies et les troupeaux.

Alors que la vie s'annonçait pour elle assez facile, Marguerite Teillard dut faire face à des soucis de famille, à de lourdes responsabilités de sœur aînée. Cependant, la jeune agrégée des lettres traversa une crise de conscience aux heures difficiles de la séparation de l'Eglise et de l'Etat. Elle décida de consacrer son intelligence et ses qualités de caractère à la fondation et à la direction de l'Institut Notre-Dame des Champs, qui devint l'un des plus grands collèges libres de Paris. Ses anciennes élèves lui ont rendu le témoignage de la fidèle admiration qu'elles vouaient à un professeur d'élite. Un accident de santé écartera cependant Marguerite Teillard d'une tâche devenue trop lourde. Rentrée d'Italie, après une guérison rapide, elle en rapportera, en 1925, et sous le nom de Claude Aragonnès, un roman élégant et sensible, malheureusement épuisé, La loi du faible. Sans renoncer à sa vocation de professeur, elle poursuivit dès lors une carrière littéraire qui devait la conduire du prix Fémina-Vacaresco au jury du prix Fémina, où son activité et la valeur de ses jugements étaient très appréciées.

Au souvenir d'une lointaine parent, une Mme Aragonnès, qui se fit appeler Philoxène, elle doit, en même temps que son nom de plume, l'intérêt qu'elle a porté à l'époque des Précieuses, et Madame de Scudéry, reine du tendre (Armand Colin, 1934), nous régale avec les travers et les mérites des beaux esprits, Marie d'Agoult, une destinée romantique (Hachette), lui vaut, en 1938, le prix Hélène Vacaresco, et, immédiatement après la guerre son entrée dans le jury Fémina. En 1938, Claude Aragonnès publie une Madame Louis XIV (La Bonne Presse), agréable biographie de Mme de Maintenon, et, quelques années plus tard, un pertinent essai, Prises de vues américaines (De Gigord). Car elle ne redouta ni l'obligation de lire beaucoup ni les voyages, et sa vitalité semblait inlassable.

L'entrée dans sa famille d'une tante américaine, Dorothy Lamon, dont le père avait été l'intime ami et le garde du corps de Lincoln, et qui devait séjourner assez longtemps à Murat, lui fournit sur le grand Président de la guerre de Sécession, sur le bûcheron génial et qui mourut assassiné, de précieux témoignages directs. Parce que Lincoln fut un homme de coeur et de caractère, parce que sa biographie française parle de lui avec une chaleur communicative, ce Lincoln, héros d'un peuple (Hachette, 1955) est une œuvre tonique et exemplaire.

Ce que le grand public ne savait guère, avant la mort du P. Teilhard de Chardin, c'est que sa cousine, Claude Aragonnès, fut son amie, la destinataire d'un grand nombre de lettres, la confidente de sa pensée, à l'époque où les écrits du grand savant et du grand mystique ne circulaient guère que sous le manteau. A l'heure où la mort du P. Teilhard de Chardin (en 1955, en Amérique) libérait son œuvre de la semi-clandestinité, où la diffusion en est menée à bien aux édition du Seuil, Claude Aragonnès a poursuivi parallèlement la publication de sa correspondance, groupant les lettres à elle adressées, ou au frère du P. Teilhard, ou à ses très fidèles amis, des lettres qui expriment un itinéraire spirituel, et qui seraient d'un grand écrivain, si elles n'étaient d'un savant et d'un penseur religieux. Ces Lettres sont introduites et ordonnées par une préface et des textes de liaison qui témoignent d'une grande pénétration d'esprit et de coeur. Après avoir publié deux volumes de ces Lettres de voyage (Grasset, 1956 et 1957), Claude Aragonnès travaillait à un volume de Souvenirs quand la mort l'a brutalement frappée, en pleine possession de ses moyens, et tout épaulée par cette pensée du P. Teilhard de Chardin, qui devenait sa nourriture et qu'elle contribuait à servir.

Claude Aragonnès, qui rentrait au Chambon, après une promenade en Basse-Auvergne, avec Jacques Madaule et Mme Madaule, lutta trois jours contre la mort, dans une clinique de Saint-Flour. Le 14 septembre, sa sœur Alice, la dernières de ses proches parentes, ses cousins et ses amis conduisirent du Chambon à Murat cette voyageuse d'Allemagne, d'Italie et d'Amérique qui repose dans sa terre natale et qui mérite notre admiration et la fidélité de notre souvenir.

Oeuvres

La maïeuticienne

Marguerite Teillard-Chambon et Pierre Teilhard de Chardin

Au coeur de la guerre de 14-18

Résumé :

Analyse de la correspondance entre P. Teilhard de Chardin et sa cousine M. Teillard-Chambon, connue aussi sous le nom de Claude Aragonnès, durant la Première Guerre mondiale et jusqu'au milieu des années 1920. Au-delà d'un témoignage sur la guerre, les échanges des deux cousins montrent une véritable complémentarité spirituelle et le même goût d'enrichir l'esprit de son prochain.

Quatrième de couverture :

Dans l'ombre de Pierre Teilhard de Chardin, il y a sa cousine, Marguerite Teillard-Chambon, de nom de plume Claude Aragonnès. Il n'y a aucun doute, Pierre est un grand visionnaire, mais qui connaît Marguerite, celle qui a libéré son cousin du carcan de son époque ?

L'ouvrage de Marie-Christine Casati-Prud'Homoz et de François Casati-Brochier nous emmène de la jeunesse auvergnate des deux cousins à leurs vocations respectives ; celle d'enseignante, puis d'écrivain féministe pour Marguerite ; et celle de Père jésuite, de paléontologue, puis de penseur théologien pour Pierre.

Mais ces cheminements ne se feront pas sans difficultés, et c'est en les surmontant avec courage et lucidité, que les deux cousins pourront trouver leurs voies personnelles. La guerre de 14-18 sera un moment décisif pour eux, car elle va les unir dans une relation spirituelle exceptionnelle. Puis ce sera l'Armistice et la découverte progressive que chacun doit tracer son propre chemin. Témoigner, convaincre, enrichir l'esprit du prochain, lui donner une ossature de pensée, tel sera désormais leur mission, à Paris pour Marguerite, sur tous les continents pour Pierre.

Marguerite Teillard-Chambon, fille de Cirice et de Marie Déchelette, agrégée de lettres, directrice de l'Institut de N.-D. des Champs à 24 ans, lors de l'expulsion de France des religieuses de Sion, va correspondre avec Pierre Teilhard de Chardin pendant la Grande Guerre, l'aidant à déployer sa pensée mystique. En 1925, elle publiera un roman : « La loi du faible », puis ce seront des biographies de femmes pionnières, comme Madeleine de Scudéry, la marquise de Maintenon et Marie d'Agoult, livre qui sera couronné par le prix Femina-Vacaresco en 1938. Ensuite ce sera une biographie du président Lincoln, en 1955. Elle sera membre du jury Femina de 1946 jusqu'à sa mort accidentelle en 1959.

Contenant de nombreux extraits de lettres et de textes originaux des deux cousins, cet ouvrage a été conçu comme un témoignage.

Biographie de Marguerite Teillard-Chambon,

par Marie-Josèphe Conchon

 

Vidéo