1914 à 1918 - Le Valagnon et la Grande Guerre

Le Valagnon et la Grande Guerre

 

« En temps de paix, les fils ensevelissent leurs pères ;

en temps de guerre, les pères ensevelissent leurs fils »

Hérodote

EN COURS DE REDACTION

Sommaire :

  • Le front
  • Artisanat de Tranchée
  • Le curé et l’instituteur de Laveissière dans le roman national
  • Le Chambon : berceau d’une pensée
  • Un Valagnon en Serbie
  • Deux Danois en Valagnon
  • Le monument aux morts civil
  • Le monument paroissial
  • Les trophées de guerre allemands
  • Tombes des morts pour la France
  • Veuves et orphelins
  • Des cadeaux pour les Poilus
  • Le Lioran, une parenthèse dans la guerre
  • Le dernier envoyé au front
  • Liste des Poilus du Valagnon

par Alexandre ALBISSON

 

Ordre de mobilsation générale du dimanche 02 août 1914

 

Carte des grandes batailles

Le front

De 1914 à 1918, 117 Valagnons sont mobilisés et partent pour le front défendre la Patrie. Vingt-cinq d’entre eux ne reviendront pas.

Agés de 18 à 45 ans, ils sont généralement cultivateurs et plus rarement aubergistes, menuisiers, étudiants, tailleurs d’habit, forgerons. Tous les hommes en âge de combattre sont concernés, hormis les exemptés pour cause d’infirmités et les employés de certains corps de métier (employé ferroviaire, buronnier, sapeur-pompier).

Ils partent pour le front de l’Ouest (Nord-Est de la France) et même parfois pour le front de l’Est (Serbie, Balkans). Là-bas, leurs conditions de vie sont déplorables : horreurs des combats, froid, faim, manque d’hygiène (poux, rats, boue, cadavres).

Pourtant, certains se distinguent par leur bravoure. Ainsi, Jean POUNHET de la Bourgeade, sous un violent bombardement, « a relevé avec le plus grand dévouement les blessés jusqu'aux avant des lignes et a continué son service bien qu'il ait subi un commencement d'intoxication ». De même, Jean Pierre DELPIROU de la Chassagne « s'est particulièrement distingué au moment d'une forte contre-attaque ennemie en se précipitant à coup de grenade sur les Allemands ».

D’autres se distinguent de manière plus originale, comme Jean Antoine TEISSEDRE de Malpertuis qui semble être un « objecteur de conscience » (soldat refusant de tuer). Ainsi, il est cassé de son grade de caporal parce que ses hommes n’ont pas tiré « sur les Allemands qui se montraient en dehors de la tranchée et cherchaient a engagé la conversation avec eux ». Toutefois, il récupère son grade après avoir « poursuivi à la course des fuyards ennemis et [avoir] réussi à en ramener deux ».

A leurs retours du front, chacun revient meurtri, que ce soit physiquement (cicatrice, membres amputés, maladies) ou psychologiquement (cauchemars, troubles mentaux, folie).

En 1985 s’éteint le dernier Poilu du Valagnon, Jean TEISSEDRE de Laveissière. Pour autant, les Valagnons continuent encore aujourd’hui d’honorer leurs morts chaque 11 novembre.

Artisanat de Tranchée

Taillé dans du bois de buis, cet objet semble être une boîte d’allumettes. Son auteur, JeanMarie COULON de la Bourgeade, a inscrit son nom sur la tranche, son régiment d’infanterie sur une face et la date de production sur l’autre face.

Le cœur transpercé d’une épée, qui sépare les chiffres de l’année 1914, semble malheureusement prémonitoire. En effet, JeanMarie COULON sera tué « en entraînant brillamment ses chasseurs à l’assaut » au lac de Schiessrothried (Haut-Rhin) en 1915, la veille de son 26ème anniversaire.

 
 

Le curé et l’instituteur de Laveissière dans le roman national

En février 1915, de nombreux bulletins paroissiaux à travers toute la France rapportent l’histoire du curé et de l’instituteur de Laveissière, jadis ennemis puis amis une fois au front.

L’anecdote est certes touchante, mais en réalité elle participe à ce que l’on appellera plus tard le « bourrage de crâne ». 

Par cet exemple de réconciliation entre le curé (l’Eglise) et l’instituteur (l’Etat), la presse souhaite montrer que toute la Nation est unie dans la guerre.

« Ils s’aimeront maintenant…

Ils luttaient avec ardeur et une émulation respectivement égales dans la même commune à Laveissière, près de Murat. Entre les deux protagonistes, les rapports étaient distants autant que leur demeures étaient rapprochées, l’école et le presbytère étant contigus : les relations étaient fraiches, froides, glaciales même.

La guerre éclate : l’instituteur rejoint son régiment, le curé fait de même ; l’instituteur envoyé sur le front de bandière, est blessé grièvement par des balles et des éclats d’obus ; le curé est affecté, à titre d’infirmier, à un train sanitaire et à un hôpital de la Franche-Comté.

Or, coïncidence curieuse, c’est dans cet hôpital qu’est envoyé le blessé qui retrouve son adversaire de la veille. Avec une compassion toute maternelle, des attention toutes spéciales, le curé prodigue à l’instituteur gémissant et surpris, les soins les plus délicats et les plus touchants.

Quand l’instituteur, convalescent, quitta l’hôpital, la scène de la séparation fut poignante : émus, autant l’un que l’autre, l’instituteur et le curé s’embrassèrent comme des frères.

L’abbé Chanson et l’instituteur Vidalenc ne s’oublieront plus, et après la guerre – qui aura modifié tant de choses en ce monde – vivront en paix dans leur commune ».

Le Chambon : berceau d’une pensée

Durant la guerre, c’est depuis ce lieu-dit que Marguerite TEILLARD-CHAMBON entretient une correspondance dense avec son cousin Pierre TEILHARD DE CHARDIN, prêtre jésuite et scientifique, qui se trouve au front.

Cette correspondance se révélera être un élément fondateur dans la naissance de la pensée du futur philosophe.

Première femme agrégée de France et future biographe, Marguerite Teillard-Chambon est aujourd’hui inconnue du grand public, parce qu’elle a toujours voulu rester dans l’ombre de son cousin.

Cette correspondance sera publiée en 1961 sous le titre Genèse d’une pensée. Voici un extrait d’une lettre du Père Teilhard, en permission dans le Nord, à sa cousine Marguerite qui s’apprête à effectuer sa rentrée en tant que directrice de l’Institut Notre-Dame des Champs (Paris) :

 
 

Un Valagnon en Serbie

Si l’essentiel des combattants partent pour le Nord-Est de la France, quelques-uns partent pour le front de l’Est comme Jean-Louis ROCHE d’Ampalat.

Il embarque le 15 mai 1915 à Marseille à bord du « Savoie » avec 1200 autres soldats. Après 6 jours de navigation, les troupes débarquent sur la côte européenne de Turquie. Ils participent à la bataille des Dardanelles contre les Ottomans mais après 4 mois de combat sur cette terre aride et inhospitalière, Français et Britanniques doivent évacuer.

Après un passage en Macédoine, le jeune Valagnon arrive chez les alliés serbes pour lutter, cette fois-ci, contre les Bulgares durant l’année 1916. Mais le 22 novembre, alors que les Français occupent les hauteurs du lac Mala Prespa, loin des combats, Jean-Louis Roche est porté disparu. Le mystère reste encore entier.

Deux Danois en Valagnon

En 1914, 30.000 Danois du Schleswig, annexé par l’Allemagne, furent enrôlés malgré eux dans le conflit.

Consciente du sort qu’ils subissaient, la France accorde aux prisonniers danois un régime spécial et leur aménage un camp à Aurillac.

En décembre 1915, deux de ces prisonniers danois s’évadent et sont signalés dans la presse : le sergent-major Nicolay Hansen et le sergent Segaard Christian Nelson.

Ils sont arrêtés au château d’Anterroches, après avoir était signalés à la gendarmerie par Mr BENOIT de Laveissière, dont voici le témoignage.

On retiendra ici le terme de « boches » utilisé pour désigner ces Danois enrôlés de force par les Allemands.

Pourtant, leur sort ressemble fortement aux Français d’Alsace-Moselle …

 

Le monument aux morts civil

Inauguré en 1922, ce Poilu dans la tourmente, se particularise avant tout par son coût, financé par une coupe de bois de 500 m³ : 23.500F, une fortune pour l’époque. D’ailleurs, le conseil municipal de Murat, estimant que le monument était disproportionné pour cette petite commune, attaqua la commune de Laveissière jusqu’au Conseil d’Etat, en vain.
L’autre particularité du monument est la date qui y est inscrite, « 1914-1919 ». Il ne s’agit pas d’une erreur de frappe. L’armistice a certes était signée le 11 novembre 1918, mais il ne s’agit que d’une suspension temporaire des combats sur le front de l’Ouest. En revanche, ce n’est qu’au traité de Versailles, en 1919, que la guerre contre l’Allemagne prend officiellement fin.

 

Le monument paroissial

Inaugurée en 1919, cette plaque de marbre entourée d’un cadre de chêne est située dans la chapelle Nord de l’église.

Les trophées de guerre allemands

Au lendemain de la guerre, les communes désireuses d’avoir des trophées de guerre peuvent en obtenir gratuitement, à condition de supporter les frais de transport. Laveissière reçoit six obus : quatre pour son monument, un pour le carrefour de l’auberge Meyniel et un autre à l’entrée de l’église.

 
 

Tombes des morts pour la France

Les combats au front étant particulièrement violents, la plupart des corps n’ont pas pu être inhumés, sauf quatre : Laurent Esdoluc (Nécropole nationale de Dompierre, Oise), François Riom (Nécropole nationale de Buhl, Moselle), Jean-Gabriel Roux (Cimetière de Gué-àTresnes) et Vincent Marius (Cimetière militaire de Bourges). Quant au cimetière de Laveissière, il abrite les sépultures de deux combattants non-résidents sur la commune : Charles Delroux (décès à Clermont-Ferrand en 1919) et Louis Dechambre (tué à Verdun en 1916).

Veuves et orphelins

Parmi les Valagnons tués aux combats, quatre sont pères de famille. Les neufs orphelins de guerre de la commune bénéficient du statut de Pupille de la Nation et des aides qui en découlent (subvention scolaire, emplois réservés dans l’administration, etc.). Quant aux veuves de guerre, elles peuvent prétendre à une pension.

 
 

Des cadeaux pour les Poilus

Conscients des conditions de vie difficiles des Poilus au front, ceux qui sont restés au village leur envoient ce dont ils auraient besoin. Ainsi, de nombreuses femmes se mobilisent, comme Mme RISTELHUEBER du Lioranval, marraine de 3 poilus sans famille. De même, les filles des écoles de Laveissière et Chambeuil leur confectionnent notamment des vêtements. En parallèle, la municipalité de Laveissière envoie 153kg de Cantal au front.

Le Lioran, une parenthèse dans la guerre

Loin des combats, les deux hôtels du Lioran et leurs 75 chambres accueillent de juin à septembre les touristes en quête d’air pur et de repos. Français, Anglais, Italiens, Belges, Australiens et même des Argentins, viennent chercher le calme ou approfondir leurs études sur la botanique, activité à la mode à cette époque.  
Parmi eux, des médecins, des rentiers, des soldats en permission, des hommes de lettres … et un certain Pierre Laval. Avocat âgé de 34 ans, cet homme de gauche, fervent pacifiste, passe la nuit du 9 au 10 août 1917 à l’hôtel Daude. Il deviendra plus tard Chef du gouvernement de Vichy et le principal maître d’œuvre de la collaboration avec l’Allemagne.
Symboliquement, la chapelle Notre-Dame de la Paix est consacrée le 6 juillet 1916 par l’évêque de Saint-Flour. Celle-ci sera détruite dans les années 2000, lors de la construction du nouveau tunnel et du réaménagement de la RN122.

 
 

Le dernier envoyé au front

Adrien ALBISSON de Chambeuil est le dernier des hommes de la vallée à être envoyé au front le 20 avril 1918. Il finit son service en 1921 et rentre sain et sauf.

La vie paroissiale

L’abbé Chanson, curé de Laveissière, est mobilisé dès 1914, ce qui n’empêche pas la vie paroissiale de suivre son cours.
En effet, il est remplacé par les curés d’Albepierre, de Bredons et de la Chapelle-d’Alagnon. De plus, chaque soir, la sœur Adélaïde Esdoluc vient réciter le chapelet à l’église, jusqu’à sa mort en 1918, à l’âge de 57 ans.
En 1919, une messe solennelle est dite pour tous les Poilus morts et vivants.
Du 18 avril au 2 mai 1920, une mission est faite par deux pères franciscains. Les missions sont des événements durant lesquels l’Eglise cherche à ré-évangéliser un territoire et ses habitants. A Laveissière, c’est un véritable succès, seuls 18 femmes et 40 hommes n’ont pas répondu à l’appel. Cette mission est rythmée tous les soirs par des sermons et par des messes spectaculaires.

 

Liste des Poilus du Valagnon

La liste ci-dessous répertorie les hommes domiciliés sur la commune avant de partir au front.

En rouge : les Poilus morts aux combats