Le Moulin de Chambeuil

                                    Le moulin de Chambeuil

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Les moulins de la vallée n’ont pas survécu aux mutations économiques du XXe siècle. L’essor du machinisme industriel et les nouvelles méthodes de production de la farine, à partir du XIXe siècle, ont contribué à la disparition progressive des moulins de villages.

Aujourd’hui, cette activité artisanale s’est définitivement éteinte. Seuls, deux moulins (1 communal, l'autre privé) signalent encore, pour mémoire, la place éminente du moulin dans le Valagnon.

La commune de Laveissière, soucieuse de la protection de son patrimoine bâti, a fait restaurer le moulin de Chambeuil.

le vallon du Chambeuil est suspendu au dessus du niveau de la vallée de l'Alagnon qui a subi un creusement glaciaire plus fort. En franchissant ce seuil d'une centaine de mètres, le ruisseau de Chambeuil qui reprend un cours torrentiel à creusé un petit canyon et saute de rocher en rocher, formant de nombreuses cascades.

C'est là qu'est situé le moulin, au dessus du village du même nom. Du parking, on y accède par un pont voûté enjambant le ruisseau.

Ce moulin date de 1811, il est caractéristique de la plupart des moulins anciens du massif cantalien. Il témoigne d'une activité agricole forte et diversifiée au XIXème siècle.

Un an après, un deuxième moulin est construit sur le ruisseau, le moulin du Château qui, en effet, se trouve à côté des ruines du château de Chambeuil. Dans ces deux moulins, on travaillait essentiellement le seigle. Ils sont restés en activité jusqu'au premier quart du XXè siècle. Les moulins ont ensuite été laissés à l'abandon avant d'être restauré.

Moulin de Chambeuil
Moulin de Chambeuil
Moulin de Chambeuil
Béal du moulin de Chambeuil

L’hiver, les cours d’eau encombrés par les glaces et la neige paralysaient le moulin et le contraignaient à chômer, souvent durant plusieurs mois.

Peu rentables, la plupart des moulins des montagnes auvergnates sont donc de petits moulins à eau dont la technique reste le plus souvent sommaire. Qu’ils soient dits fariniers, bladiers, à chanvre ou à huile pour ceux qui transforment le chènevis, les moulins étaient de petites structures rudimentaires qui employaient une roue horizontale "un tournant".

Pour les protéger des rigueurs du climat, les roues étaient installées à l’intérieur du moulin et posées à plat plutôt que verticalement pour limiter les risques d’interruption consécutifs aux intempéries.

Ce type d’installation légère rendait le moulin capable de s’adapter aux lieux et conditions les plus difficiles.

cascades de Chambeuil
cascades de Chambeuil
Cascades de Chambeuil
cascades de Chambeuil

PR bleu : 1 km. 30 minutes de marche

Moulin de Chambeuil
Moulin de Chambeuil
Moulin de Chambeuil
Moulin de Chambeuil

Le moulin de Chambeuil est de petite taille. Extérieurement, il ressemble à un  four banal avec ses murs épais construit en pierre volcanique locale, son toit de lauzes et son " fenestrou " (petite fenêtre). L'intérieur est composé d'une seule pièce avec sa voûte en pierre et une cheminée.

Le mécanisme utilisé par ce moulin à eau date de l'an mil, il était rudimentaire.  Alimenté par un béal (canal de dérivation), l'eau arrivait au-dessus du moulin puis s'engouffrait sous  l'édifice, entraînant une roue horizontale directement reliée aux meules.

Le débit des cours d’eau rendait le plus souvent l’exploitation des moulins saisonnière, donc peu rentable. La force motrice du petit ruisseau de Chambeuil ne faisait tourner les meules l’été qu’à condition que ne sévisse pas la sécheresse.

 

Meules du moulin de Chambeuil
Moulin de Chambeuil
Moulin de Chambeuil
Moulin de Chambeuil

Le moulin du château de Chambeuil

Le moulin du château de Chambeuil date de 1812.  Il se trouve en contrebat du premier moulin, sur la rive droite du ruisseau, proche des ruines du Château.

C'est une propriété privée et a été restauré en maison secondaire.

Moulin du chateau de Chambeuil
Meule du moulin du chateau de Chambeuil
Ruine du chateau de Chambeuil
Ruine du chateau de Chambeuil

Visites :

Seul le moulin de Chambeuil est ouvert à la visite libre.

Il se trouve sur un sentier de découverte balisé de 30 minutes démarrant au parking du moulin, remontant le torrent de Chambeuil le long de plusieurs cascades et redescendant au parking.

Une présence très ancienne

Dans l’Auvergne médiévale, les seigneurs locaux avaient main mise sur les moulins. Les seigneurs de Combrelles et Chambeuil faisaient payer le « droit de mouture » et les habitants étaient contraints d'utiliser leur moulin. Ce droit de mouture sera abolit par la loi des 15 et 28 mars 1890.

Il existait plusieurs moulins à Chambeuil aujourdhui détruits :

  • Le Moulin de Chaufour, (Lou molenou del Chauffour ; lou molenou del chaufour de la Chalm, XVe siècle, terrier de Chambeuil).
  • Le Molin Soubtra-entgayrenens, scis à Chambeul, XVe° siècle, terrier de Chambeuil.
  • Le Molin de Combrellas assiz sur le ruysseau de Chamboyrol, 1620 (minutes Danty notaire), était une dépendance du château de Combrelles.
  • Le Molin de Chambeulh, assiz sur le ruysseau de Chamboyrol, 1620 (minutes Danty, notaire), était une dépendance du château de Chambeuil.

Histoire des moulins

Depuis 11 000 ans que les hommes cultivent les céréales et se sédentarisent, la farine est devenue la nourriture de base pour la confection de galettes ou de bouillies.

On écrase d’abord les grains entre deux pierres, puis en roulant une pierre ronde dans une pierre creuse, ensuite avec un pilon et un mortier.

Puis la technique se perfectionne avec une pierre cylindrique munie d'un manche que l’on fait tourner sur une autre pierre cylindrique. On imagine d'introduire les grains par le centre évidé de la meule supérieure et de la faire tourner soit par des esclaves, soit par des animaux. Les meules peuvent ainsi être plus lourdes.

On ne sait pas précisément quand et où a été utilisé le premier moulin à eau, ni qui sont ses inventeurs.

Dans le monde romain, la première mention d'un moulin à eau est faite en l'an 18 av J.C.

C’est sans doute une invention du bassin oriental de la Méditerranée. Peut-être aussi vient-il d’Asie. Dans tous les cas, les moulins à eau sont très peu nombreux jusqu’au Xe siècle, pour plusieurs raisons : les vieilles techniques sont peu coûteuses grâce au travail des esclaves, ces siècles sont des siècles d’insécurité, d’invasions et de guerres incessantes, la population et les productions sont encore très faibles .....

C’est entre le Xe et le XIIIe siècle que le nombre de moulins à eau connaît une formidable extension liée à l’augmentation de la population et de la production, aux défrichements et au glissement de la culture des blés vêtus (épeautre) vers les blés non vêtus (seigle, froment) qui se prêtent mieux à la mouture. L'utilisation de l'énergie hydraulique permet une productivité sans comparaison avec le travail manuel d’un esclave (environ 40 fois plus).

Des responsabilités d’intérêt général qui relèveraient aujourd’hui des pouvoirs publics incombaient au seigneur dans sa châtellenie. Le coût élevé de construction et d’entretien des moulins ne pouvait être assumé que par l’investissement seigneurial.

Propriétaire des voies d’eau non navigables qui traversaient ses terres, le seigneur y installa des moulins banaux dès le Moyen Âge sous l’œil immémorial et vigilant de la Coutume d’Auvergne qui veillait à ce que le haut justicier ne puisse prélever qu’une quantité d’eau raisonnable pour ne pas nuire aux autres habitants du lieu. Sous réserve que ce droit puisse être prouvé par d’anciens titres, le monopole seigneurial obligeait les sujets du seigneur à utiliser les moulins seigneuriaux pour traiter leurs productions agricoles. Pour ce service, le seigneur exigeait le paiement d’une taxe.

 

 

 

Sous Louis XIV, l’essor de l’activité meunière était encore bien verrouillé par la noblesse. Un arrêt du Conseil royal portant règlement général pour tous les moulins banaux de France, stipulait en 1673 qu’il n’était pas permis de créer un moulin dans sa propriété sans la permission du seigneur lorsqu’il existait des moulins banaux.

En 1697, selon d’Ormesson, intendant du roi Louis XIV en Auvergne, il n’y a pas un moulin à vent (en Auvergne) " quoy qu’on ait tenté d’en établir, parce qu’un moment après qu’un vent s’est déclaré, il est contrarié par un autre qui non seulement arreste l’effet du premier, mais aussy qui rompt les tournans et abat les moulins".

 

 

Les moulins à roue horizontale  :

Bien des obscurités subsistent sur l’histoire des techniques proprement dites, en particulier au sujet de la position de la roue hydraulique. Il paraît logique de penser que la roue horizontale, qui est restée en usage jusqu’à l’époque contemporaine dans certaines régions et dont le mécanisme est le plus simple, - la meule mobile étant montée directement sur l’axe de la roue à aubes - a été la première employée. Il n’en reste pas moins que toutes les images médiévales de moulin à eau ne montrent que des roues verticales ; les plus anciens témoignages certains de roues horizontales datent du XVIe siècle.

Ce type de moulin à roue horizontale est mal représenté ou pas du tout représenté dans le reste de la France. Le Cantal se rapproche de la situation rencontrée dans le Tarn, le Tarn et Garonne, le Lot et d’autres départements appartenant au pays occitan. Il est possible de se rendre compte de la spécificité géographique de ce type de moulin en s’appuyant sur les cartes données par Claude Rivals (2000).

A l’échelle de la France, l’importance relative des trois grandes catégories de moulins est la suivante : moulins à vent : 61% ; moulins à eau à roue verticale : 33% et moulins à eau à roue horizontale : 6 %.

Plus précisément les statistiques de 1809 reprises par Henri Poupée (1980) et récemment par Claude Rivals (2000) indiquent entre les deux types de moulins à eau, une proportion de moulins à roue horizontale de 96,8 % pour le Cantal, et de 92,1% pour la Haute Loire, alors que le département du Puy de Dôme présente, à la même époque, une proportion de ces mêmes moulins beaucoup plus équilibrée : de 57,8 % (roues verticales) et de 42,2 % (roues horizontales).

La séparation entre moulins à roues verticales et horizontales semble trouver ses sources dans les différences de féodalisation entre le Nord et le Sud de la France dès la chute de l'Empire romain. Au nord, les défrichements, les travaux de canalisation des rivières et toute une politique d'exploitation de l'espace ont favorisé l'implantation de moulins collectifs d'une puissance plus importante que les rouets méridionaux, adaptés par leur technique à une production plus familiale.

Le mécanisme

Le mécanisme de la roue horizontale est à axe vertical directement branché sur la meule tournante.

A la base de l'axe, un pivot en métal très dur, repose sur un pas en acier ou en bronze appelé crapaudine.

La crapaudine est elle-même fixée sur une poutre horizontale de chêne ou de hêtre appelé banc qui prend appui sur de grosses pierres enfoncées dans le sol.

Le banc est fixe d'un côté et peut se mouvoir verticalement grâce à une tige qui va de son extrémité libre à un levier ou trempure qui sert à modifier l'écartement des meules.

L'arbre traverse la meule gisante dans un boîtard garni de réservoirs de graisse puis se prolonge par une barre métallique aplatie et de section rectangulaire. Celle-ci se loge dans l'annille, pièce métallique en forme de X qui est placée dans des entailles pratiquées dans la face du dessous de la meule tournante.

Quand le moulin fonctionne, l'annille permet de transmettre le mouvement de rotation de l'axe à la meule volante.

La meule fixe que l’on appelle meule dormante ou gisante est percée d’un trou étanché par un boîtard juste nécessaire au passage de l’arbre moteur, elle repose sur l’enchevêtrure en bois.

Au dessus d’elle se trouve la meule dite tournante ou courante, percée d’un trou plus grand, l’œillard dans lequel est fixée l’anille qui solidarise la meule à l’arbre moteur.

Ces meules sont entourées de l’archure en bois démontable qui possède une gouttière par laquelle tombera dans un coffre la farine brute, la mouture.

L’eau de la retenue ou du canal d’amenée  (bief) est amenée sur les cuillers de la roue horizontale par un coursier obstrué par une vanne ouvrière manœuvrée manuellement.

La roue à cuillers est montée sur l’arbre moteur possédant à sa base une pièce en acier, le pivot, celui-ci est engagé dans une pièce d’usure souvent en bronze, la crapaudine qui est fixée sur la pontille, partie articulée de la trempure.

Avant l’ouverture de la vanne, les meules doivent êtres séparées pour faciliter la mise en rotation et éviter ainsi une usure inutile, l’échauffement ou une étincelle, pouvant causer un incendie.

Les céréales une fois triées, nettoyées et séchées par ventilation (tarare) sont versées dans la trémie qui repose sur le trémillon, ils amènent le croisillon (parfois un bouchon) de la clochette vers le fond de la trémie en le recouvrant.

Les graines sont alors guidées vers les meules par un auget ou sabot solidaire du cabalet, celui-ci entrant en contact avec le frayon ou babillard, vibre et fait avancer les grains qui tombent dans l’œillard au travers de la jupe du couverseau qui coiffe l’archure.

Ces grains passent donc ensuite entre les meules tournant au moins à 60 tr/min soit 1 tour par seconde où ils sont broyés puis expulsés vers la périphérie par la force centrifuge ainsi que par les rainures pratiquées sur les meules et sortent en mouture par la gouttière de l’archure.

 

L’écartement entre les meules permet de produire une mouture plus ou moins fine, le meunier, en professionnel, estime la finesse au toucher, le réglage se fait par le soulèvement de l’arbre moteur qui est solidaire de la tournante, en manœuvrant le volant de la trempure.

Lorsque la quantité de céréales dans la trémie est insuffisante, le croisillon ou bouchon de la clochette est libéré amenant le support de cette dernière au contact du babillard, ce qui la fait tinter avertissant le meunier souvent occupé à d’autres tâches ; il lui faut alors remettre du grain ou arrêter le moulin.

La roue horizontale (arroudet, rouet...)

Le rouet tourne dans le plan horizontal et entraîne un axe vertical, l'arbre, arbé, ou pieu, paü, qui transmet le mouvement aux meules.

La roue à "pales" horizontale est la première a avoir été utilisée. C'est le récepteur le plus simple, le moins coûteux, il transmet le mouvement directement à la meule. La première formule constituée par 4 palettes droites encastrées dans les mortaises de l'arbre vertical n'a cessé d'évoluer. Les pales se sont multipliées 8, 12, 16 pour donner de meilleurs résultats. Ces roues installées au fil de l'eau n'ont pas grand rendement tant que l'énergie motrice n'est pas canalisée, calibrée, dirigée sur les pales, d'où l'aménagement du coursier.

La dimension de la roue à godets, l'arroudet, est déterminée par le débit du cours d'eau, la hauteur de la chute et la puissance sollicitée. Le plus souvent la roue avait la même taille que la meule.

La meule

Moudre du blé constitue tout un art. On pourrait croire qu'il suffit d'écraser le grain entre deux pierres pour en extraire de la farine, alors que cette opération nécessite une grande habileté de la part du meunier.

Les meules de son moulin doivent tourner à une vitesse et à un écartement bien précis, être souvent repiquées au marteau pour garder leur abrasivité.

Les 2 faces des meules ne sont pas parfaitement planes :

D'une part, elles laissent un petit espace entre elles dans la partie proche du centre, pour que les grains puissent pénétrer entre les deux roues.

D'autre part, elles portent sur les surfaces se faisant face des rainures, de moins en moins larges et de moins en moins profondes lorsque l'on se rapproche de la périphérie.

Ces rainures favorisent le déplacement des grains vers l'extérieur, ce qui permet d’arracher d’abord leur enveloppe puis de les écraser.

Surtout, elles ne doivent pas être taillées dans n'importe quelle pierre. Une roche trop souple ne ferait que déchiqueter le blé et donnerait un gruau dont on ne pourrait retirer le son; à l'inverse, une pierre trop dure transformerait la farine en une poussière difficilement panifiable, chargée en plus d'une huile empêchant sa conservation.

Enfin, les meules ne doivent pas s’user trop rapidement sous peine de ruiner leur propriétaire, puisqu'une seule de ces pierres équivaut au prix d'une maison au XVIIIe siècle. La pierre idéale doit donc posséder plusieurs qualités contradictoires, être à la fois solide, dure et souple. Une meule a une durée de vie moyenne d'une quarantaine d'années et doit être "rhabillée" (piquée, mieux rainurée) tous les 2 ou 3 mois, si l'on désire un bon rendement.

Pas de moulins sans meules. C’est à la meule que le moulin doit son nom.

 

Au Moyen Age, les meules ne sont pas rainurées, elles ne sont que "piquées". Au XIXè siècle, les meules deviennent plus efficaces, ce qui permet de réduire les "issues" (ce qui n’est pas conservé) et donc d'augmenter la proportion de farine utilisable pour l'alimentation humaine.

 

 

L’expédition d’automne au moulin

Avec l’automne, les gros travaux agricoles étaient terminés. Pour les paysans les journées se libéraient. C’était le moment d’apporter le grain au moulin. Un rituel autant qu’une nécessité.

Les sacs grain remplis la veille, étaient descendus du grenier et rangés dans le caisson de la charrette. Une fois chargé, on attelait les chevaux ou les bœufs. Le paysan s’installait à l’avant, sur le siège du conducteur et fouette cocher, il prenait la direction de Chambeuil où étaient les moulins hydrauliques.

Les sacs déchargés étaient vidés dans l’avaloir. Le meunier ouvrait le sas, la roue horizontale prenait de la vitesse et entraînait la meule tournante au dessus de la meule dormante. La trappe de l’avaloir ouverte, libérait le grain qui s’engouffrait entre les deux meules. La farine s’écoulait alors sous les meules, traversait le tamis frissonnant et se délestait des balles, enveloppes du grain. Les sacs, alors remplis de farine, étaient chargés dans la charrette et l’on reprenait la route du retour vers la ferme.

Après plusieurs expéditions semblables, la ferme disposait d’assez de farine pour fabriquer son pain pour toute l’année.

La vie des meuniers autrefois

La mise en état d’un moulin exige un travail harassant. A la fonte des neiges, les inondations et les éboulements qu’elle provoque menacent les installations. Chaque année, il faut colmater les brèches de l’amenée d’eau et, tous les trois ans, la curer. Lorsque la mouture a commencé, le meunier charrie chaque jour des sacs très lourds, qu’il hisse par une « échelle de meunier » jusque dans la trémie.

La mouture commence à l’automne, une fois les moissons achevées et le grain séché. Elle dure tout l’hiver, même en montagne : l’eau des torrents ne gèle que par les plus grands froids. (...) La mouture s’arrête, en général faute de grains, quelques semaines avant la nouvelle moisson. (...) Le meunier consacre juillet et août aux travaux des champs, s’il en possède et à la remise en état de l’usine, au retaillage des meules.

Tandis qu’en plaine, le salaire des meuniers se paie en argent, dans les petits moulins de montagne, jusqu’à la seconde guerre mondiale, les meuniers continuent à prélever leur salaire en nature. Sur chaque mesure de grains qu’ils versent dans la trémie, ils retiennent le contenu d’une pelle creuse ou d’une louche, la mesurette dont la dimension est officiellement contrôlée. Leur prélèvement varie entre 5 et 10 % des céréales à moudre.

 

 

 

Le meunier mesure toute la quantité des céréales qui entrent au moulin. Les unités de capacité étaient la mesure ou boisseau (20 litres ou double décalitre), le coupeau (10 litres ou décalitre) et l'aymio (5 litres).

La profession meunière n’avait pas bonne réputation. Rémunérés au prorata de ce qu’ils moulaient, les meuniers furent de tous temps soupçonnés de détourner une partie de la marchandise qu’il transformaient.

Les archives montrent que les modes opératoires des plus malhonnêtes qu’on parvenait à prendre la main dans le sac pouvaient être fort ingénieux.

Ce qui permet le vol, c'est la mesure. Il s'agit toujours de mesure de capacité bien sûr, car on ne pourrait tricher avec les poids. L'ingéniosité des meuniers à prélever plus que leur dû est légendaire : boisseau pour mesurer le blé à l'arrivée, autre boisseau plus petit pour rendre la mouture, huches à double fond, trémie à paroi double vers l'arrière. Parmi ces faits il faut admettre une part de légende mais aussi une part de vérité."

Durant la Révolution, consciente des nombreuses filouterie commises par les meuniers au détriment de leurs clients, l’Administration révolutionnaire s’était pourtant efforcée de limiter les détournements en informant ses agents sur le terrain.

Dans un courrier adressé aux citoyens juges de paix et agents municipaux ou commissaires de police du Puy-de-Dôme, le 12 thermidor an IV le commissaire du Directoire leur donnait  la consigne de visiter tous les moulins situés dans leur arrondissement pour reconnaitre si dans la construction de ces usines, il n’aurait pas été pratiqué des cachettes ou d’autres moyens à la faveur desquels les meuniers puissent détourner frauduleusement à leur profit une portion du produit des grains qu’on leur donne à moudre.

Pour étayer sa demande, le commissaire citait le cas d’un meunier qui avait pratiqué lors de la construction du moulin qu’il exploitait des cachettes à l’aide desquelles il détournait à son profit une portion considérable du grain qu’on lui donnait à moudre : le moulin était disposé de manière que la farine ne tombait pas toute dans l’arche destinée à la recueillir pour être délivrée au propriétaire mais qu’un dixième au moins s’échappait à la faveur d’un trou pratiqué dans la meule, correspondant à un autre trou fait dans la muraille et se rendait ainsi dans un coffre déposé dans une cave au dessous de l’usine, sans que le propriétaire présent à la mouture put s’apercevoir de la fraude ; ces trous étaient cachés par des pierres amovibles et par des planches de bois non clouées. L’homme fut condamné à quatre ans de fers et à l’exposition aux regards du peuple.

La lente disparition des moulins

Après la Révolution, la République abolit les banalités et soumet à autorisation la construction de tout nouveau moulin.

En 1909, avec la création de la minoterie de Stalapos, nos vieux moulins s'essoufflent et alors que la loi de 1935 vient interdire toute nouvelle construction, beaucoup de ceux qui restent ont définitivement cessé de tourner.

Les années Cinquante et les grands bouleversements ruraux signent la disparition du moulin traditionnel.

 

Manoir et moulin de Stalapos

1909

1926