La Roche Percée

La Roche Percée et la légende de Saint Calupan

(Rocho troucado)

 

 

 

 

 

Les sites troglodytiques peuvent avoir une fonctionnalité multiple, habitat civil ou militaire, atelier, exploitation agricole... L'homme a recherché et occupé ces lieux que forment le surplomb des falaises ou les petites cavités existantes.

Le troglodytisme ne représente pas dans le Cantal un fait culturel majeur mais plutôt une adaptation de groupes restreints, que rien ne distingue des autres, à un milieu particulier dont ils ont essayé de tirer le meilleur parti tant pour l'habitat ou l'exploitation agricole que pour la défense. C'est au Moyen Age, semble-t-il, que les premières cavités sont creusées. Ce phénomène pourrait représenter et illustrer toute cette période d'expansion que connaît le monde médiéval et qui se traduit régionalement, comme ailleurs, par un mouvement généralisé de conquête de nouveaux espaces notamment en moyenne montagne où les versants délaissés jusque là sont occupés par de nouveaux venus issus des villages environnants.

Cette installation dans la roche a en effet connu son développement maximal durant le Moyen Age mais les sites continuèrent d'être occupés jusqu'à l'époque subactuelle. Il s'agit d'un patrimoine souvent collectif : bien souvent ces cavités dans le Cantal se localisent sur des terrains sectionnaux ou communaux.

Géologie : La Roche Percée - Les coulées de débris de l’Alagnon.

Le puy de Seycheuse se situe dans la partie orientale du stratovolcan du Cantal en position dominante au-dessus de la vallée de l'Alagnon.

Il est formé d'un empilement de coulées trachyandésiques témoins des phases d'activité très violentes qu'a connues le stratovolcan entre 8,5 et 6,5 Ma.

La Roche Percée est englobée dans cette édifice, creusée à l’interface entre deux faciès de brèches  :

  • Une brèche grossièrement stratifiée et riche en matrice, à la base de l’abri avec des éléments trachyandésitiques anguleux et disjoints, de taille décimétrique à métrique.

  • Une brèche plus finement stratifiée au dessus de l’abri ; les premiers niveaux sont très riches en cendres et ponces remaniées visibles dans la cave du haut ; les lits visibles, au nombre d’une trentaine, sont plans, continus, non érosifs et ont un pendage général inférieur à 10°.

L’ensemble est interprété comme une grosse coulée de débris surmontée par des niveaux de lahars (coulée boueuse) plus fins.

Roche-Percée à Fraisse-haut- nuée pyroclastique à gros blocs (brèche), lahars à éléments plus fins au dessus des grottes

Première salle

Escalier montant à la seconde salle

Seconde salle et escaliers

L'habitat troglodytique de Fraisse-Haut.

On peut apercevoir au dessus du village de Fraisse Haut, commune de Laveissière dans une falaise de roche conglomérée, de curieuses grottes à trois étages. À proximité de l'entrée se trouve une demoiselle coiffée.

La grotte a été sommairement sécurisée par la commune grâce à des rampes en fer facilitant la découverte de l'ensemble de la grotte. Son accès se fait soit depuis le PR jaune partant de Fraisse-Haut (250 mètres de dénivelé), soit depuis le GR 400 passant au-dessus et reprenant le chemin de Saint-Jacques de Compostelle. topo_la-roche-percee.pdf

Ces grottes, reliées par un escalier, comprennent chacune plusieurs cavités creusées par la main de l'homme.

Aucun document à son sujet ne nous est parvenu, mais certains indices laissent penser que son occupation remonte à très longtemps. La Roche Percée puise ses origines probablement de la Préhistoire, sa situation protégeant l'Homme de tous prédateurs.

Les écrits de Grégoire de Tours stipulent une occupation pendant l'Antiquité où elle servait de replis pour les habitants de la vallée en cas d'invasion ennemie. Puis elle servit évidemment de lieu d'ermitage pendant le Moyen-âge, notamment pour Saint Calupan.

Enfin, elle servit d'abri pastoral pour les bergers, jusqu'au début du XXe siècle où deux femmes l'occupaient.

Cet ensemble troglodytique est composé de trois éléments habitables reliés par des escaliers.

  • Le premier est une salle de forme cubique de 5 m sur 6 m et 2 m de haut, d'où part un escalier taillé dans le rocher, desservant une seconde salle supérieure.
  • Le deuxième niveau est une salle au dimension plus réduite de 3,50 m sur 2,50 m pour 2 m de haut. Elle comporte des aménagements en creux, dont un placard taillé dans la paroi nord.
  • Le troisième niveau est un complexe comptant une grande salle, presque rectangulaire avec des appendices. Une salle à l'ouest, de 3,80 m sur 2,50 m et 2 m de haut, à l'opposé, dans un angle s'ouvre une petite cellule circulaire de 10 m de diamètre. De nombreux aménagements ont été créés dans les parois (placards, niches, encoches). Au sol, une citerne de 1,20 m de diamètre 0,90 m de profondeur, recueille et draine l'eau ruisselant du sommet de la falaise. La façade est ouverte, à l'exception du côté sud-ouest où la paroi conservée, est percée de deux fenêtres.

Les structures en matériaux périssables, comme le bois, ont disparu et devaient fermer les différentes ouvertures, donnant sur la vallée et ainsi qu'à l'intérieur de l'habitat (portes des pièces, des placards, étagères, etc…).

L'Habitat troglodytique peut se définir par un habitat creusé dans la falaise rocheuse ou utilisant la paroi aménagée, comme support à une construction aujourd'hui disparue. Seuls les éléments en négatif dans le rocher (salles, placards, niches, citernes, escaliers, etc...) permettent de repérer ce type d'habitat, ainsi que les divers aménagements au devant des falaises (terrasses, murs, etc...).

 

La troisième salle

Le réservoir d'eau

Saint Calupan, le reclus d'Auvergne.

La légende veut que Saint Calupan, né probablement en 526 en Haute-Auvergne, un des premiers évangélisateurs de Haute-Auvergne, est vécu en ermitage une grande partie de sa vie à la Roche Percée.

Dès le commencement de sa vie, Calupan rechercha toujours le bonheur qu'on obtient par l'obéissance à l'Eglise et le trouva. S'étant rendu au monastère de Méallet près de Mauriac, il s'y comporta avec une grande humilité à l'égard de ses frères. Il gardait une excessive abstinence, en sorte que, s'en étant trouvé très affaibli, il ne pouvait plus accomplir le travail de chaque jour avec les autres frères, par suite de quoi, suivant la coutume des moines, on lui faisait de vifs reproches, le prévôt principalement inquiet pour la richesse du monastère, lui disait assez durement : « Celui qui ne veut pas travailler ne mérite pas de manger ! ».

Touché de ces reproches, écœuré de cette mentalité, Calupan décida de prendre le chemin de l'ermitage et de se retirer dans une grotte pratiquée dans un rocher, fort élevé et dont le pied était baigné par une rivière. Le lieu n'est pas véritablement défini, mais il est fort probable qu'il s'agisse de la Roche Percée située sur les hauteurs de Fraisse-Haut.

Illustration de la Vita Patrum publiée
par Père Seraphim Rose de Bienheureuse mémoire
 
 
 
 

Là, le pieux cénobite donna un libre cours à son goût pour la vie de pénitence, passant les jours et les nuits en oraison.

Il se construisit là un petit oratoire, où, comme il avait coutume de le raconter en versant des larmes, souvent des serpents tombaient sur sa tête et, s'enroulant autour de son cou, le remplissaient de frayeur. Or, comme le diable passe pour prendre la forme de cet animal rusé, il n'est pas douteux que c'était lui qui lui tendait des embûches.

L'esprit du mal n'eut garde de laissé en repos le saint homme. Ce nouveau solitaire d'une nouvelle thébaïde eut de rudes combats à lui livrer, et son historien, entre autres épreuves, raconte celle que lui firent subir un jour deux dragons, ses envoyés.

« Un jour deux énormes dragons se dirigèrent vers lui et s'arrêtèrent à une courte distance.

L'un d'eux, plus fort que l'autre, releva son poitrail et haussa sa bouche à la hauteur de la bouche du Saint, comme s'il eût voulu lui dire quelque chose. Celui-ci fut tellement épouvanté qu'il devint raide comme le bronze, n'osant ni remuer un membre, ni lever la main pour faire le signe de la croix. Et après qu'ils furent restés tous deux dans un long silence, il vint dans l'esprit du Saint de dire en son cœur, puisqu'il ne pouvait remuer les lèvres, l'oraison dominicale. Tandis qu'il le faisait en silence, ses membres, qui avaient été enchaînés par l'art de son ennemi, se déliaient peu à peu, et lorsqu'il sentit libre sa main droite, il fit le signe de la croix sur son visage, puis, se tournant vers l'hydre, il fit de nouveau contre elle le signe de la croix, en disant : «N'es-tu pas celui qui fit sortir le premier homme du paradis, qui rougit la main d'un frère du sang de son frère, qui arma Pharaon pour persécuter le peuple de Dieu, et qui enfin excita le peuple hébreu à poursuivre le Seigneur d'une fureur aveugle ?

« Eloigne-toi des serviteurs de Dieu, par qui tu as été tant de fois vaincu et couvert de confusion car tu as été chassé en Cham et supplanté en la personne d'Esau tu as été terrassé en Goliath tu as été pendu en la personne du traître Judas, et c'est dans la croix même où a brillé la vertu du Seigneur, que tu as été vaincu et abattu avec tes puissances et tes dominations.

« Cache donc ta tête, ennemi de Dieu, et humilie-toi sous le signe de la croix divine, parce que tu n'as pas de part avec les serviteurs de Dieu, dont l'héritage est le royaume de Jésus Christ ».

Tandis que le Saint disait ces choses et d'autres semblables, et qu'à chaque parole il faisait le signe de la croix, le dragon, vaincu par la vertu de cet emblème, alla se cacher au fond de la terre.

Mais, tandis que ces choses se passaient, l'autre serpent s'enroulait insidieusement autour des pieds et des jambes du Saint. Celui-ci, le voyant roulé à ses pieds, fit son oraison et lui ordonna de se retirer, en disant : « Va-t-en, Satan, tu ne me saurais plus nuire au nom du Christ, mon Seigneur ». Aussitôt la vilaine bête s'enfuit en faisant un grand bruit avec la partie postérieure de son corps en infectant la cellule d'une puanteur insupportable ». Depuis lors, le Saint ne vit plus ni serpent ni dragon.

Il était assidu dans l'œuvre de Dieu et ne faisait autre chose que lire ou prier, et même, quand il prenait un peu de nourriture, il priait encore.

Il péchait de temps en temps, mais très-rarement, du poisson dans la rivière, et quand il en désirait, le poisson se présentait aussitôt, par le vouloir de Dieu.

À la nouvelle de la présence d'un ermite, les quelques habitants de la vallée vinrent présenter des offrandes à Calupan qui les remercia en leur donnant sa bénédiction.

« Si quelque personne dévote lui apportait des pains ou du vin, il destinait le tout à la nourriture des pauvres, de ceux du moins qui demandaient à recevoir de lui ou le signe salutaire de la croix, ou le soulagement de leurs infirmités.

C'est-à-dire qu'à ceux auxquels il avait rendu la santé par ses prières, donnait encore à manger, se rappelant ce que le Seigneur dit dans l'Evangile à cette foule qu'il avait guérie de diverses maladies : « Je ne veux pas renvoyer à jeun ces hommes, de peur qu’ils ne viennent a défaillir en chemin ».

Et nous ne pensons pas devoir cacher le bienfait que la bonté divine lui départit en ce lieu. Comme on lui apportait de l'eau du fond de la vallée, d'une distance de près de dix stades, il pria le Seigneur pour qu'il lui plût de faire sortir une source dans le lieu même où était sa cellule. Il fut assisté en cette circonstance de la vertu céleste qui autrefois faisait jaillir l'eau d'un rocher pour apaiser la soif de tout un peuple; car, à l'instant une source s'élançant du rocher se répandit sur la terre et forma des filets d'eau de tous cotés. Le Saint, ravi de ce présent du ciel, creusa dans la pierre un petit bassin qui lui servait de citerne et qui tenait près de deux conges, afin de conserver l'eau qui lui était divinement donnée, et dont il ne recevait chaque jour que la quantité nécessaire ».

L'austérité de la vie de Saint Calupan et sa réputation de sainteté attirèrent bientôt à son ermitage un grand nombre de fidèles, qui venaient quelquefois de fort loin lui demander le concours de ses prières. Elles ne leur étaient jamais refusées ; mais le saint ne se montrait à eux en aucune circonstance, et se bornait, après avoir prié pour eux dans l'intérieure da sa grotte, à leur donner sa bénédiction par une petite ouverture qu'il avait pratiqué dans le rocher.

Un jour, un pauvre homme sourd vint rencontrer le Saint, et celui-ci, touché par l'effort du vieil homme, lui toucha les oreilles et par miracle l'homme retrouva l'ouïe.

À cette nouvelle, des centaines de personnes acheminèrent des infirmes jusqu'à l'ermite et nombreux miracles eurent lieu. Les journées de Calupan était désormais rythmé par de nombreuses visites que ce soit pour une guérison, une bénédiction ou pour un simple conseil.

Informés de cette histoire, l'évêque de Clermont Saint Avit 1er et l'historien Grégoire de Tours, alors son archidiacre, vinrent rendre visite à l'ermite. Le premier, impressionné par sa foi, ordonna Calupan diacre et prêtre malgré l'humble réticence du Saint et par la suite le canonisa tandis que le deuxième raconta sa vie dans son livre la Vie des Pères (chapitre 9).

« Nous nous rendîmes aussi en ce lieu, dit saint Grégoire de Tours, son historien, avec le bienheureux évêque Avitus, évêque de Clermont, et de toutes les choses que nous avons racontées, nous tenons les unes du Saint lui-même, et les autres, nous les avons vues de nos propres yeux ».

En 576, la cinquantième année de son âge, fortement affaibli, il acheva le cours de sa vie dans sa grotte pour aller au Seigneur Ses fidèles enterrèrent son corps à l'entrée de la grotte.

 

Tropaire à saint Calupan, reclus en Auvergne

Ton 2 (Natalice en 576 A.D.)

 Tu étais prêtre de notre Seigneur le Christ,

Tu fus ordonné par saint Avit de Clermont.

Tu possédais le don de guérir les malades,

Et ils accouraient vers toi comme vers le Maître.

Saint Calupan, reclus dans la prière pure,

Prie Dieu qu'Il ait de nos âmes grande mercy !

SAINT GREGOIRE DE TOURS (539-594)

Grégoire de Tours, ou Georgius Florentius Gregorius (Georges Florent Grégoire), né à Urbs Arverna (aujourd'hui Clermont-Ferrand) en 539 et mort à Tours en 594, fut évêque de Tours, historien de l'Église et des Francs avec son Histoire des Francs.

Saint Grégoire, évêque de Tours, naquit en Auvergne, l’an 539. Sa famille était illustre et puissante ; ses aïeux, depuis plusieurs générations, figuraient parmi ces sénateurs qui, sous la domination romaine, exerçaient dans les Gaules l’autorité de gouverneurs de province, de juges, de magistrats suprêmes. A cette illustration était venu se joindre un autre genre de gloire. Cette famille était une des premières qui eût embrassé la foi chrétienne, et elle comptait des martyrs et des évêques. Grégoire était le dernier fils du sénateur Florentius. Il avait reçu, en naissant, les noms de Florentius, son père, et de Georges, son grand-père. Ce fut depuis, lorsqu’il fut sacré évêque, qu’il choisit le nom de Grégoire

Caractère de bonne foi, Grégoire de Tours, « l’Hérodote gaulois » dont la vie offre un bel exemple de l’influence salutaire exercée par les évêques au milieu d’un VIe siècle où, sans l’épiscopat, il n’y aurait pas eu un seul élément d’ordre, de police et d’administration, se distingue par un jugement libre et courageux des princes faibles ou féroces qui mêlaient leur nom aux malheurs de la France, et nous laisse un témoignage précieux, sans lequel nous n’aurions pas connaissance des balbutiements de la monarchie

Les Dix Livres d'Histoire ou Histoire des Francs

texte numérisé et mis en page par François-Dominique FOURNIER

Le titre originel de l'ouvrage est Dix livres d’histoire (Decem libri historiarum). Il s'agit d'une histoire universelle du monde et de l'Église, écrite dans une perspective eschatologique, de la Genèse aux règnes des rois francs jusqu'en avril 591, complétée par les Libri octo miraculorum, un ensemble de récits de vies de saints principalement gaulois, composés de 574 à la mort de Grégoire.