La Résistance dans le Cantal 1943-1944

 

    La Résistance

    dans le Cantal

       1943-1944

 

 

 

 

 

 

 

Note de l'auteur : Cette page est un hommage à tous ces Résistants de la Seconde guerre mondiale, qui ont combattus dans l'ombre et au péril de leurs vies dans cette région d'Auvergne, et ce, pour que nous soyons libre aujourd'hui.

Notre devoir est d'entretenir cette mémoire.

C’est avec humilté, respect et admiration pour nos ainés que j'ai rassemblé et maintenant que je partage mes recherches historiques sur les faits qui se sont déroulés pendant la Seconde Guerre Mondiale en Auvergne et dans le Cantal en particulier. En espérant que cette petite contribution permettra de faire perdurer la mémoire de ces Résistants à qui nous devons beaucoup.

Les Cantaliens ont payé un lourd tribu : l’historien, Eugène Martres, a fait le compte des victimes : 343 déportés non rentrés, 280 internés, 103 civils fusillés, exécutés, tués et 251 maquisards morts au combat.

Les 120 Monuments du souvenir recencés dans le Cantal, implantés dans 57 communes, sont là pour nous rappeler ce qui s’est passé en ces lieux, le sacrifice de ces hommes et de ces femmes, jeunes pour la plupart, qui ont payé de leur vie pour que la France retrouve son âme et sa liberté.

Robert MEYNIEL

 

Je dédie cette page à mon grand-père, Robert MEYNIEL, Mort pour la France.

Ne le 11 décembre 1900 à Murat, arrêté le 12 juin 1944, avec 120 autres Muratais, interné à Clermont-Ferrand puis Compiègne, arrivé au camp de concentration de Neuengamme le 31 juillet 1944. Décédé au Kommando de Kaltenkirchen le 06 janvier 1945. (matricule 40768).

Jacques MEYNIEL

 

En cours de rédaction

Sommaire :

  • Chronologie en vidéo des grandes dates de la Seconde Guerre Mondiale.
  • La véritable histoire de la concentration des maquis d'Auvergne.
  • La constitution des réduits du Cantal.

  • La répression de la Résistance dans le Cantal.

  • La bataille du Mont Mouchet.
  • La bataille de la Truyère.

  • La guérilla finale.
Chronologie des grandes dates de la Seconde Guerre Mondiale,
en vidéo.

2 septembre 1939

Le 1er septembre 1939, Hitler ayant envahi la Pologne sans déclaration de guerre, la France et l'Angleterre décidèrent de déclarer la guerre à l'Allemagne. Le 02 septembre 1939, la France décrète la Mobilisation générale.

3 septembre 1939

Edouard Daladier, alors président du conseil, procéda à une allocution télévisée afin de justifier la décision franco-anglaise de déclarer la guerre à l'Allemagne nazie.

Du 3 Septembre 1939 au 10 Mai 1940

La « Drole de Guerre »  doit son nom à l'inaction des armées alliées devant la défaite de la Pologne.

Il ne s'est rien passé d'important. C'est une guerre de position où les armées franco-anglaises et les armées allemandes restent face à face derrière leurs lignes de front. Cette attente mine le moral des Français.

Du 10 mai au 22 juin 1940

Sur initiative allemande, les troupes allemandes envahissent les Pays-Bas, la Belgique, le Luxembourg et la France. Les centres urbains sont bombardés et subissent des destructions massives, entraînant l’exode des civiles du Nord-est de la France. Malgré la résistance de l’armée française face à l’adversaire, la bataille se termine le 22 juin par la défaite française et la signature de l’armistice à Rethondes par le gouvernement Pétain.

14 juin 1940

Le 10 juin, le gouvernement français quitte précipitamment Paris pour Bordeaux. Et le 14 juin, alors que Paris a été déclarée ville ouverte la veille, les troupes allemandes rentrent dans la ville. Sous la menace d’un bombardement de la capitale, les autorités signent un cessez-le-feu à 7h30 du matin.

17 juin 1940

Le maréchal Pétain demande aux Allemands quelles sont leurs conditions d'armistice. À midi, il prononce à la radio une allocution mémorable : « C'est le coeur serré que je vous dis aujourd'hui qu'il faut cesser le combat... ».

18 juin 1940

A Londres, dans les studios de la BBC, le général de Gaulle lance un Appel à ses compatriotes. Ce discours, très peu entendu sur le moment, mais publié dans la presse française le lendemain, est considéré comme le texte fondateur de la Résistance française, dont il demeure le symbole.

22 juin 1940

L’armistice est signé dans la clairière de Rethondes, en forêt de Compiègne, dans le même wagon où a eu lieu la signature de l'armistice du 11 novembre 1918. Comme l'a voulu Adolf Hitler.

La France est coupée en deux : une zone nord est occupée par les Allemands et une zone sud, laissée au gouvernement français.

24 octobre 1940

Le 24 octobre 1940, Philippe Pétain, chef de l'État français, rencontre Hitler dans la petite gare de Montoire-sur-le-Loir.

Par une poignée de main très médiatisée, le vieux maréchal célèbre officiellement la « collaboration » entre la France vaincue et l'Allemagne triomphante.

22 juin 1941

Le 22 juin 1941, à 3h15 du matin la frontière germano-soviétique s'embrase soudainement sous les coups de l'artillerie allemande.

L'opération Barbarossa vient de débuter. De sa réussite ou de son échec dépendra l'issue du conflit mondiale débuté en septembre 1939.

7 décembre 1941

Au matin du 7 décembre 1941, des nuées d'avions japonais attaquent par surprise la flotte de guerre américaine à Pearl Harbor, dans l'archipel d'Hawaï.

L'attaque de Pearl Harbor entraîne un revirement immédiat de l'opinion publique américaine. Les États-Unis se lancent sans attendre dans la guerre contre l'Allemagne de Hitler et le Japon de l'empereur Showa (Hiro Hito).

8 novembre 1942

Le 8 novembre 42, 75.000 soldats anglais et américains débarquent sur les côtes du Maroc et de l'Algérie.

C'est l'opération « Torch », ce débarquement marque le tournant de la Seconde Guerre mondiale sur le front occidental, conjointement avec les victoires britanniques d'El Alamein et soviétique de Stalingrad.

6 juin 1944

Le débarquement de Normandie : Le 6 juin 1944, à l'aube, une armada de 4266 navires de transport et 722 navires de guerre s'approche des côtes normandes. Elle s'étale sur un front de 35 kilomètres et transporte pas moins de 130 000 hommes, Britanniques, Étasuniens ou Canadiens pour la plupart. Plus de 10 000 avions la protègent.

Baptisé du nom de code « Overlord », cette opération aéronavale demeure la plus gigantesque de l'Histoire.

15 août 1944

Le débarquement de Provence : Le 15 août 1944, à 8h, les Alliés débarquent en Provence, sur dix-huit plages entre Toulon et Cannes. Aux côtés des troupes anglo-saxonnes figure un puissant corps d'armée constitué de 120.000 Français sous le commandement du général Jean de Lattre de Tassigny.

Pour la première fois, c'est une véritable armée française, qui débarque sur les côtes nationales.  Forte de 260.000 hommes, elle est constituée de volontaires de la France Libre et surtout d'anciens soldats de l'armée d'armistice, qui étaient aux ordres de Vichy.

7 et 8 mai 1945

Le 30 avril, Berlin, est occupée par les Russes. Hitler se suicide.

La capitulation sans condition de l'Allemagne nazie est signée le 7 mai à Reims.

Elle laisse un bilan sans équivalent dans l'Histoire avec plus de cinquante millions de morts militaires et majoritairement civils (400.000 Américains, autant de Britanniques, 600.000 Français, huit millions d'Allemands, dix à vingt millions de Soviétiques etc).

La véritable histoire de la concentration des maquis d'Auvergne

Les opérations militaires dont l'Auvergne (Région 6) fut le théâtre au cours de l'été 1944, retiendront certainement l'attention des spécialistes de la guérilla et de la contre-guérilla.

La concentration de plusieurs milliers de patriotes dans trois réduits, les combats qu'ils livrèrent aux divisions de la 1ère Armée allemande, leur dispersion, puis leur regroupement en corps-francs de guérillas, ont donné et donnent lieu encore aujourd'hui à bien des discussions passionnées.

L'Auvergne, comme le Vercors, a ses partisans mais aussi ses détracteurs.

Nous allons tenter, après avoir exposé les faits de les apprécier en toute objectivité.

 

 

Importance stratégique du Massif Central

De tout temps, l'importance du Massif Central n'a jamais échappe aux stratèges qui l'ont toujours considéré comme un extraordinaire « cheval de Troie ».

Prolongé au Nord par le Morvan et à l'Est par les sillons alpins et jurassiens, il couvre en effet le septième de la superficie de notre territoire national et forme un vaste bastion de terres hautes entre les plaines du Bassin Parisien, du Bassin Aquitain et du Sillon Rhodanien.

Ses aspects sont très variés. A l'Est et au Centre, le Massif Central est disloqué en blocs rehaussés en montagnes effondrées en bassins, c'est la partie la plus compartimentée, celle qui comprend les volcans et les dépressions. Au Sud, de hauts plateaux calcaires et granitiques disposés en un vaste plan incliné d'Est en Ouest - tandis qu'à l'Ouest un large dôme de haut plateau granitique descend vers les pays de la Loire et de l'Aquitaine.

Il n'en est pas moins une zone d'obstacles et d'isolements relatifs. Les communications sont en effet difficiles dans ces montagnes coupées de gorges, ensevelies sous la neige durant les longs mois d'hiver.

Ce massif a dû à sa situation géographique de devenir un des bastions les plus importants de la « Résistance française », et de contribuer pour une large part à une libération plus rapide du territoire national.

« Le Massif Central, placé en avant-garde de l'ensemble de la zone du Sud-ouest, faiblement occupé par l'ennemi, constitue l'un des pôles essentiels de la Résistance française. A mi-distance des théâtres d'opérations Nord et Sud, il est en mesure de fournir des éléments de première valeur pour les actions décisives à mener aux départs de ces théâtres et peut permettre aux armées Alliées de devancer l'ennemi sur la Loire, d'Orléans à Roanne, dernière ligne sur laquelle celui-ci puisse tenter de se rétablir dans le coeur de la France ».

16 février 1943, instauration du Service du Travail Obligatoire (STO).

Contrairement à ce qu’on pourrait penser ce n’est pas l’invasion de la zone « non occupée », le 11 novembre 1942, qui avait soudain modifié la stratégie de la Résistance mais l’échec de la « relève ». Sous cette imposture, ainsi dénommée par la propagande de Vichy, se dissimulait un renforcement par la France de l’effort de guerre allemand, au travers du départ volontaire de Français pour l’Allemagne. Pour chaque volontaire français, l’occupant libérerait un, voir deux, prisonniers de guerre. Ce marché de dupes a été vite éventé, les retours étant fort rares et la Relève a échoué faute de « relevants ».

Il fallut donc trouver autre chose : et ce fut le sinistre STO (Service du Travail Obligatoire), qui prélevait d’autorité des esclaves parmi les jeunes, classes d’âge par classe d’âge. Ces prélèvement s’exécutaient par les forces de police françaises en zone réputée « non occupée » souvent même appelée « libre ».

La plupart des jeunes désirant se soustraire à cette nouvelle forme de déportation, ont recherché des moyens pour y parvenir en devenant des « réfractaires au STO ».

Toutefois, leur simple « planque » chez un paysan n’était pas adaptée à l’importance du phénomène, la Résistance décida de se donner des structures pour endiguer cette hémorragie de la jeune France.

Ainsi, paradoxalement, cette organisation contre nature d’une aide des Français à l’économie de guerre de l’ennemi, sert-elle de déclencheur à la mobilisation massive des Français ; elle donne le coups d’envoi de leur participation par les armes à la libération de leur patrie aux côtés de nos Alliés et de l’armée française combattant sur les territoires extérieurs.

Et cela accélère la mise sur pieds, en plein territoire national occupé, d’une armée de volontaires, luttant contre l’occupant : « les Maquis ».

Les premiers chefs, issus de différents mouvements de résistance contre l'occupant allemand, s'appelle Henry INGRAND "Rouvre", Emile COULAUDON "Gaspard", Jean MAZUELLE "Judex", Antoine LLORCA "Laurent", Robert JANTHIAL "Dumas", Robert HUGUET "Prince", Raymond LABAUNE "Irma", Camille LECLENCHE "Buron", Max-Roger MENUT "Bénévol", Jean RUSTAN "Tarzan" et beaucoup d'autres...

Ils vont, fin avril 1943, constituer à Lespinasse, le 1er corps franc d'Auvergne et entreprendre de donner une structure au maquis.

L'armée n'est pas absente, le lieutenant-colonel Pierre-Marie DEJUSSIEU "Pontcarral" remplacera le général Charles DELESTRAINT "Vidal", arrêté, à la tête de l'Armée Secrète. Le lieutenant-colonel Jean GARCIE "Gaston", en collaboration avec Emile COULAUDON, va contribuer à donner aux maquis leur structure militaire et faciliter l'intégration d'officiers pour les encadrer.

Robert Huguet "Prince" (MUR)

Jean Mazuel "Judex" (MUR)

Camille Leclenché "Buron"

Max-Roger Menut "Bénévol" (MUR)

 Antoine Llorca "Laurent" (MUR)

Jean Rustan "Tarzan"

Jean Garcie "Gaston" (MUR)

Henry Ingrand "Rouvres" (MUR)

Emile Coulaudon "Gaspard" (MUR)

Charles Delestraint "Vidal"

Pierre Dejussieu "Pontcarral"

Les maquis d'Auvergne se répartissent en trois grandes catégories principales, correspondant à trois doctrines différentes, avec les inévitables exceptions qui confirment ces grandes tendances générales.

Les maquis purement ORA, Organisation de résistance de l'armée, sont les plus tardifs à ce manifester, le 06 juin 1944. A base d'ancien militaire démobilisés. Les chefs de l'ORA freinent tout déclenchement prématuré, leur action est prévue pour s'insérer dans un cadre prenant en compte l'avance des troupes alliées, une fois le débarquement réussi. Mais des officiers et surtout des sous-officiers feront partie de la résistance et des maquis dès le début, en dehors de la structure de l'ORA.

Les maquis de l'Armée Secrète des Mouvements Unis de Résistance, AS-MUR, offrent le plus large éventail de représentativités et d'actions. Certains voient le jour dès l'application du Service du Travail Obligatoire (STO) fin 1942. Dans un premier temps, ils dépendront des différents mouvements de résistance, Ardents, Combat, Franc-Tireur et Libération, avant que ceux-ci ne s'unissent dans les MUR.

Les maquis Francs-Tireurs et Partisans Français, FTPF, demeures avant tout marqués par leur dépendance politique à l'égard des directives politiques du Parti Communiste, par le canal du Front National dont ils sont censé dépendre. Les FTPF refuseront très souvent dans la pratique de s'intégrer à l'ensemble de la résistance et des FFI. Refusant de s'associer à la grande mobilisation de l'Auvergne et à la concentration des réduits décidées par les chefs régionaux de la résistance, les FTPF seront absents des combats du Mont-Mouchet. C'est seulement devant le retentissement de la bataille, en France comme aux yeux des Alliés, qu'ils accepteront une intégration et une sibordination partielles dans le cadre général de la Libération.

1943-1944 - La situation des mouvements de Résistance en Région 6 (R6).

Les trois grands mouvements de la région 6 (Combat, Libération, Franc-tireur) avaient fusionné le 26 janvier 1943 dans les Mouvements Unifiés de la Résistance (MUR) et « versé leurs troupes » à l’Armée Secrète (AS). C’était en ce début d’année 1944, la plus importante organisation de résistance de l’Auvergne.

Elle était dirigée depuis novembre 1942, sur le plan régional par Henry INGRAND "Rouvres" et depuis le 15 février 1944, son Armée Secrète, par Émile COULAUDON "colonel Gaspard".

Les maquis étaient encore en ce début d’année 1944, mal armés, principalement implantés dans le Puy-de-Dôme et la Haute-Loire, peu nombreux dans l’Allier et le Cantal, ce département restant une zone réservée en vue d’éventuelles opérations.

Le 12 avril 1944, l’ensemble des maquis du Puy-de-Dôme (2500 hommes) rejoignaient dans la Margeride, le réduit du Mont-Mouchet.

L’implantation du Front national de l’indépendance de la France (FN) et des Francs-Tireurs et Partisans Français (F.T.P.F.), son élément armé, avaient été plus tardive.

Il a fallu attendre le 14 juillet 1943, date de l’arrivée à Clermont-Ferrand de son nouveau responsable régional, Pierre GIRARDOT "Roger Vallon", pour qu’il prenne une certaine importance. Ce dernier a aussitôt axé son effort principalement dans les villes de R6 mais il a aussi commencé à implanter également dans le Puy-de-Dôme des maquis (camps Gabriel Péri, Guy Moquet etc...).

Dans un câble du 14 avril 1944, le Délégué Militaire Régional (DMR), Alexandre de COURSON de la VILLENEUVE "Pyramide", signale à Londres : « suis en parfaite entente avec les chefs MUR, union complète avec les FTPF, effectif deux mille maximum. Mouvement Prisonniers Evadés (du Docteur Guy FRIC) deux cents, total six maquis, quatre mille sédentaires récupérables... ».

Quant à l’Organisation de Résistance de l’Armée (ORA), grâce à son chef le lieutenant-colonel Jacques BOUTET (fusillé le 10 mai 1944) et à son équipe régionale, elle avait eu, jusqu’à la fin septembre 1943, d’excellents rapports avec les MUR, les FTPF, les mouvements des « Ardents » et des « prisonniers évadés » du docteur Guy FRIC.

Le 1er octobre 1943, l'ORA sera complètement démantelée par le Kommandant Hugo GEISSLER des Service de sécurité de la SS (SIPO-SD) de Vichy, puis en pleine reconstitution en février 1944, démantelée à nouveau par ce même KDS.

En avril 1944, l’ORA comptait seulement deux maquis, l’un dans l’Allier (commandant Marcel COLLIOU "Roussel"), l’autre, un maquis refuge dans le Cantal (commandant André DECELLE "Didier"), constitué dès janvier 1943, par le capitaine Michel POINÇON de la BLANCHARDIERE "l’abbé".

L’ORA se trouvait ainsi en situation de grande faiblesse et hors d’état d’intervenir trois mois avant le débarquement.

Pierre Girardot "Roger Vallon" (FTPF) (1913-2001)

Alexandre de Courson  "Pyramide" (1903-1944)

Jacques Boutet (1890-1944)

Docteur Guy Fric (1906-1993)

Hugo Wilhelm Geissler (1908-1944)

Marcel Colliou "Roussel" (1897-1963)

André Decelle "Didier" (1910-2007)

Michel de la Blanchardière "l'Abbé" (1915-1944)

Kommandeur SS Hugo Wilhelm Geissler, né le 25 février 1908, en Allemagne, à Strasbourg, et mort le 12 juin 1944, à Murat, est un capitaine SS, Kommandeur de la Sicherheitspolizei et du Sicherheitsdienst (Sipo-SD) à Vichy

Jacques Boutet (1890-1944)

Henry Madeline (1892-1944)

André Alberg (1913-1943)

Général Frère (1881-1944)

Général Olleris (1890-1957)

Général Gilliot (1890-1972)

Général Gransard (1881-1966)

Michel de la Blanchardière "l'Abbé" (1915-1944)

Haut Commandement Allemand à l'Ouest

Maréchal K.R.G. von Rundstedt (1875-1953)

Octobre 1943, démentèlement de l'Organisation de la Résistance de l'Armée

Le 1er octobre 1943, l’organisation de la résistance de l’armée (ORA) en Auvergne est démantelée par le K.D.S de Vichy suite à l'infiltration du réseau de renseignements militaires "Mithridate".

Membre à Rennes du réseau de renseignements militaires « Mithridate » (désigné par les services de police allemande sous le nom d’organisation « Masson »), Georges LEDANSEUR, ancien inspecteur radiotélégraphiste de la police nationale, trahit, en juin 1943, ce réseau.

Depuis cette date, aidé de son frère Claude et des frères BOUILLON, il travaille sous le contrôle de son officier traitant, le lieutenant Joseph GOETZ, chef de la section IV du commandement central du SIPO-SD (Befehlshaber des SIPO-SD) de Paris.

Il lui fournissait des rapports détaillés sur le réseau « Mithridate » et l’activité des responsables. Il lui signale début septembre 1943, que le lieutenant Henri GIROUX et l’étudiant Ernest UNGERER, devaient partir ce mois de Clermont-Ferrand pour Rennes afin de réorganiser le réseau « Mithridate » dont les membres avaient été arrêtés par le SD de cette ville.

Quelques jours plus tard, il lui confirma qu’il avait appris la date et l’heure de départ de Clermont-Ferrand de ces deux résistants.

Le B.D.S. de Paris transmit aussitôt ce renseignement au K.D.S. de Vichy. Le Kommandeur SS Hugo GEISSLER, son chef, décida de les appréhender en gare de Vichy. Ainsi cette arrestation ne serait pas connue à Clermont-Ferrand car on les croirait déjà à Rennes, ce qui permettait aussi de les interroger plus longuement et de tirer d’eux le maximum de renseignements permettant, sans donner l’éveil, d’appréhender d’autres membres de « Mithridate ».

Henri GIROUX et Ernest UNGERER, martyrisés, roués de coups, furent obligés au cours de longs interrogatoires de reconnaître leur appartenance à ce réseau.

Par ailleurs, ils révélèrent le nom des membres qu’ils connaissaient et les contacts qu’ils avaient pris avec l’Organisation de résistance de l’armée (ORA) et les mouvements unis de la résistance (MUR) du Puy-de-Dôme.

L’importance des renseignements obtenus, obligea Hugo GEISSLER à scinder en deux son opération.

En ce qui concerne « Mithridate », il préféra attendre car LEDANSEUR était encore capable de lui fournir le nom d’autres membres de ce réseau de renseignements de première importance. Il décida donc de déclencher, le 1er octobre 1943, une vaste opération à Clermont-Ferrand contre l’État-Major de la 13ème Division Militaire.

L’organisation de la résistance de l’armée R6 est complètement démantelée.

Cette vaste opération devant viser simultanément :

  • À Clermont-Ferrand, le bâtiment de l’État-major de la 13ème Division Militaire, 35 cours Sablon, et le Service du Matériel, rue Pascal.
  • À Romagnat, l’Inspection Centrale du Matériel.
  • À Royat, la Direction Générale du Matériel.

Le 1er octobre 1943 à 9 heures, l’obersturm führer (lieutenant SS) Arno WESER, chef du service IV du KDS de Vichy, dirige l’opération, assisté du Sonderkommando de Clermont-Ferrand de Paul BLUMENKAMPF. Le bâtiment de l’État-Major est encerclé par la Feldgendarmerie, WEZER et les membres du Sonderkommando qui se précipitent dans les bureaux de l’État-Major afin de procéder à la vérification des papiers d’identité du personnel.

Les officiers et les sous-officiers recherchés sont aussitôt appréhendés et placés dans une pièce à part de l’État-Major.

En fin de matinée, l’opération du cours Sablon et des autres établissements militaires terminée, une quarantaine de personnes dont 16 officiers sont arrêtées :

  •  Au 35 cours Sablon, le colonel BOUTET, le commandant MADELINE, le colonel de CUGNAC, les commandants ALLOIN, CHOPPIN, les capitaines EDWIN, REISS, WAAG, le sergent VOGEL.
  •  À Romagnat, le capitaine Michel de la BLANCHARDIERE, le général RUMEN, dix officiers, sous officiers et personnel civil.
  • À Clermont-Ferrand le chef d’escadron de gendarmerie Antoine FONTFRED, le chef de cabinet de l’Intendant de police régionale WEILBACHER, le caporal François MARZLOFF.

Le 10 octobre 1943, un autre évènement va se produire qui décida Hugo GEISSLER à déclencher la deuxième partie de son plan. Le responsable pour la zone Sud de « Mithridate », André ALBERG "Jean, Louis, Dieudonné", est contrôlé dans un bar de Clermont-Ferrand. Après avoir tenté de s’enfuir, grièvement blessé au cours de la poursuite, il décède le 14 octobre sans avoir pu être interrogé. GEISSLER procède alors à de nombreuses arrestations des membres de ce réseau dans la zone Sud.

Le 11 novembre 1943, le maréchal Karl Rudolf Gerd von RUNDSTEDT, commandant en chef Ouest, adresse la lettre suivante au maréchal PETAIN, chef de l’État français.

« Monsieur le Maréchal,

Etant donné la situation incertaine de votre pays, vous m'avez prié au cours de notre entretien du 27 juillet 1943 d'autoriser l'augmentation des effectifs de la police française et d'améliorer son armement. Ma note du 05 octobre 1943 contient la possibilité, étant donné les circonstances actuelles, de remplir votre désir et créer les conditions d'une action énergique de la police française à l'égard de tous les éléments terroristes.

Une série d'événements de ces derniers temps me confirme dans ma conviction qu'à lui seul le renforcement personnel et réel de la police française demandé par vous, Monsieur le Maréchal, ne suffit pas pour assurer le calme et l'ordre en France. Des officiers supérieurs de l'armée et de la gendarmerie, des hauts fonctionnaires de police et de l'administration s'emploient au service de l'ennemi. En annexe, je vous indique quelques constatations et j'attire spécialement votre attention sur l'attitude des officiers de l'État-Major de l'ancienne 13ème division militaire à Clermont-Ferrand.

La sécurité des troupes placées sous mes ordres en France me met, en conséquence, dans l'obligation d'attirer votre attention sous toutes ses formes et sur cette situation.

Je vous prie, Monsieur le Maréchal, de vouloir bien prendre toutes dispositions pour éliminer cet état de choses.

Je dois exprimer mon attente que vous assurerez, Monsieur le Maréchal, l'ordre et le calme en France, au moyen de mesures appropriées, vous appuyant sur votre haute autorité.

Le Commandant en chef Ouest.

Maréchal Von Rundstedt »

Annexe à cette lettre :

« I - Arrestations du général FRERE et autres. À la suite de constatations qui ont été faites le 5 juin 1943, le chef d'une organisation illicite de transmission de nouvelles et d'émetteurs clandestins, a été arrêté à Clermont-Ferrand.

À la suite de l’enquête qui a été faite, on a arrêté comme chefs de cette organisation les généraux : Aubert FRERE, Robert OLLERIS, Auguste GILLIOT et Pierre GRANDSARD.

Un autre général, membre de cette organisation, est encore en fuite.

À la suite de cette arrestation, il a été établi que le général FRERE avait été chargé par des généraux et des officiers intéressés, déjà en décembre 1942, alors qu'il se trouvait ainsi que le général OLLERIS, encore en activité, au commandement en chef d'une armée secrète qui était sous la direction exclusive de GIRAUD et qui devait se recruter parmi les partisans de cet ex-général. Par un message de GIRAUD de juin 1943, le poste de commandant en chef de la Résistance pour toute la France a été confié réellement au général FRERE.

En outre, il a été établi que l'argent nécessaire à cette organisation avait été mis à sa disposition par GIRAUD. Des informations et des ordres étaient échangés par avion, après avis préalable par radio.

Avec un capitaine encore actuellement en fuite, le général FRERE a organisé le 26 mai 1943, la fuite par avion du général GEORGES.

II- Arrestations d'officiers de l'État-major de la 13ème Division militaire à Clermont-Ferrand.

Le 1er octobre 1943, des officiers supérieurs et des hauts fonctionnaires de l'État-major de la 13ème Division Militaire de Clermont-Ferrand ont été arrêtés. Des officiers d'active se trouvaient parmi eux, le Lieutenant-colonel BOUTET, le Commandant MADELINE, le Capitaine DE LA BLANCHARDIERE et le Capitaine WAAG.

Avec le consentement du chef de la 13ème Division militaire, le général LENCLUD, ils ont, continuant le travail de l'organisation du général FRERE, constitué avec l'aide de leurs automobiles de service, des dépôts clandestins d'armes provenant de stocks de l'armée française et de parachutage effectués par des avions anglais. Parmi des dépôts se trouvait un stock d'armes de 40 tonnes. Ce dépôt a été saisi.

Ces officiers étaient en relation avec tous les groupes de Résistance clandestins en France et ils ont, ainsi qu'il a été prouvé, transmis une partie des renseignements qui leur parvenaient de tous les services français et notamment des ministères, au service de renseignements anglais.

Le lieutenant FRUMIN, de la garde personnelle du maréchal PETAIN, qui recevait par mois 25 000,00 F pour se procurer des rapports militaires dans l'entourage du chef de l'État, participait à cette organisation chargée de transmettre des renseignements.

Sur l'ordre du lieutenant-colonel BOUTET, des assassinats de Français germanophiles ont été exécutés en relations avec le commandant de gendarmerie FONTFRED et Monsieur WEILBACHER, chef de cabinet de l'intendant de Police à Clermont-Ferrand. Des procès-verbaux rédigés à ce sujet par les services de la Police ont été détournés par ces deux hauts fonctionnaires de la police.

En outre, WEILBACHER a avisé, de toutes les opérations de police, les organisations de la Résistance secrète de sa région.

III. Arrestation du deuxième directeur du bureau du ravitaillement du Mans.

Le 1er octobre 1943, monsieur DUTHIEUL, second directeur du bureau du ravitaillement du Mans, a été arrêté. Sur ordre d'un groupe placé en France par le Ministère de la guerre anglais, DUTHIEUL s'est servi de l'organisation officielle du ravitaillement général pour préparer des dépôts de vivres destinés à ravitailler les troupes ennemies en cas d'un débarquement éventuel en France.

À cette organisation participaient des négociants en gros et des fonctionnaires du ravitaillement général. Le rapport sur le développement de cette organisation et sur ses préparatifs vient de parvenir au Ministère de la guerre à Londres.

Le commandant de l’école de gendarmerie de Mamers, le lieutenant-colonel ABADIE, qui vient d’être arrêté, était en relation avec ce groupe du Mans. En cas d’invasion, le lieutenant-colonel ABADIE s’était assigné avec son école des missions de combat. Il s’était mis d’accord par radio avec la Centrale de Londres, pour prendre en charge des armes anglaises ».

Réorganisation de l’ORA en R6.

Pendant les quatre mois qui précédèrent son arrestation, le lieutenant-colonel FRIESS avait tout tenté pour reconstruire l’ORA R6. Il n’avait malheureusement pu y parvenir malgré tous ses efforts. Tous les liens qui existaient avant le démantèlement du 1er octobre 1943, par le KDS de Vichy, les contacts avec les principaux mouvements et réseaux auvergnats n’avaient pu être renoués.

Dès janvier 1944, la grande majorité des sous-officiers avait, avec le lieutenant-colonel GARCIE "Gaston", rejoint l’armée secrète du Puy-de- Dôme. Aussi, après l’arrestation, le 28 mars 1944, de son responsable régional, l’ORA R6 se trouvait en situation de grande faiblesse. Un grand nombre de cadres officiers était hors d’état d’intervenir efficacement.

Pendant les deux mois qui précédèrent le débarquement de Normandie, était implanté dans l’Allier le maquis ORA du commandant COLLIOU "Roussel" et dans le Cantal (barrage de l’Aigle), la zone refuge constituée dès le 1er janvier 1943, grâce à la clairvoyance du capitaine de la BLANCHARDIERE et dirigé depuis cette date par le commandant André DECELLE "Didier", chef départemental de l’ORA du Cantal.

L’ORA refuse de fournir des cadres à l’Armée Secrète pour ses maquis.

Dans la première quinzaine d’avril 1944, à la demande de l’État-Major Régional de l’Armée Secrète auprès du DMR "Pyramide", ce dernier avait sollicité de l’ORA : 10 officiers et 50 sous-officiers pour encadrer les maquis du groupe Auvergne du Réduit du Massif Central, mais ses nombreuses demandes resteront vaines.

En ayant avisé Londres, dans un câble du 17 avril 1944, du commandant Pierre LEJEUNE "Delphin" au colonel Henri ZELLER "Faisceau", "Delphin" lui demande « d’intervenir entre "Pyramide" et le chef ORA R6 qui ont des difficultés - stop - pousser à l’union - stop et fin ».

Le 7 mai 1944, n’ayant toujours rien obtenu, "Pyramide", dans un câble n° 2225 au BCRAL, fait état des difficultés qu’il rencontre auprès de l’ORA R6 :

« Maintien, remise en route mouvement prisonniers et barrage de l’Aigle mais abandon récupération reste mouvement armé dont il n’y a rien à tirer - stop - chefs incapables me fournir un seul des dix officiers et cinquante sous-officiers demandées par MUR pour motifs les plus divers, les plus bas et les plus dégonflés - stop - faits désolants à ne pas oublier - stop et fin ».

À la réception de ce câble le 16 mai 1944, le bureau « missions » du bloc opérations du BCRAL adresse sous le n°05 672/missions, la note suivante au commandant Pierre LEJEUNE, chef du 3ème bureau de l’État-major du général Pierre KOENIG.

Après avoir cité le câble de "Pyramide" du 7 mai, le lieutenant de vaisseau DELSUC écrit :

1) Il semble indispensable de rappeler à nouveau, les instructions déjà envoyées en France à deux reprises et par lesquelles le commandement est décidé à considérer et à traiter comme déserteurs, tous officiers et sous-officiers de carrière qui se refuseraient à obéir aux ordres qui leur sont donnés dans les présentes circonstances.

Je rappelle à ce sujet : La décision du Général commandant en chef, en date du 6 octobre 1943, et transmise en France, et dont le paragraphe III dit littéralement :

« Tout militaire sollicité d’entrer dans les organisations de résistance et qui se déroberait à ce devoir serait rayé des cadres de l’armée ».

Paragraphe complété par une note insinuant « en ce qui concerne le paragraphe III » : Ne pas obliger, sous la menace de réduction des cadres, des officiers hésitants, à entrer dans nos organisations de résistance. Ils y seraient des recrues déplorables. Nous nous occuperons d’eux après la guerre.

2) En mars 1944, à la suite d’une demande adressée par le Chef de l’ORA de la région R1, il a été précisé par une déclaration à la BBC que pour des gradés de l’armée, officiers et sous-officiers, leur place était dans le maquis, ou, du moins, dans la Résistance, et que ceux qui se refuseraient à ce devoir, seraient considérés comme déserteurs.

Il semble indispensable qu’un ordre complémentaire, émanant du général KOENIG, soit à nouveau diffusé par la BBC pour authentifier à nouveau ces instructions ».

L’une des principales missions fixées par le colonel Georges REVERS à l’ORA du Cantal (barrage de l’Aigle), avait été de préparer les conditions de vastes rassemblements de volontaires dans trois camps d’accueil, prêts, grâce aux armes parachutées et à une formation militaire poussée, à entrer dans la lutte armée.

Il avait également été décidé par l’État-Major régional de l’ORA que le lieutenant-colonel Roger FAYARD "Mortier" serait accueilli dans cette zone à la Forestie de Chalvignac dans le Cantal.

Aussi, le 6 juin 1944, jour du débarquement de Normandie, commença la mise sur pied au barrage de l’Aigle de trois compagnies (futur bataillon "Didier") dont la compagnie espagnole commandée par J.G. GONZALES ; au Col de Néronne, Puy Violent, le 8ème Dragon d’Issoire, dissous en novembre 1942, mais qui, sous la direction du chef d’escadron MERLAT, avait préparé activement dans la clandestinité sa reconstitution et des unités du Mouvement national de Résistance des prisonniers de guerre (MNRPG) (Jacques PARIS, AYME, CASTILLE), au camp de Pleaux, l’École des cadres de Jeunesse et Montagne (capitaine Robert THOLLON).

Les unités ne furent vraiment opérationnelles qu’au début du mois d’août 1944, c'est-à-dire après le parachutage de jour du 14 juillet 1944 (opération Cadillac).

Certaines participèrent à l’embuscade du Pas de Compaing, le 7 août 1944. Après l’évacuation d’Aurillac par les troupes allemandes, le 10 août 1944, aux combats du Lioran (11 au 14 août 1944), à Rueyres (14 au 20 août 1944), enfin de Saint-Flour, dernière ville du Cantal encore occupée par les allemands, libérée le 24 août 1944.

Jean Moulin - Pierre Brossolette - Jean-Pierre Levy - Henri Frenay - Emmanuel d'Astier - Jacques Lecompte-Boinet - Pierre Villon

Organisation de la Résistance en France

André Friess (1896-1983)

Jean Garcie "Gaston"

Marcel Colliou "Roussel" (1897-1963)

Henri Zeller (Faisceau) (1896-1971)

Pierre Lejeune "Delphin"

Pierre-Marie Kœnig (1898-1970)

Roger Fayard "Colonel Mortier"

Robert Thollon (1914-1948)

La Forestie de Chalvignac dans le Cantal, accueille l'État-major régional de l’ORA

Construction du Barrage de l'Aigle en 1944 (vue de l’amont)

Eléments du Bataillon "Didier" en 1944

Organigramme de l'ORAZone Sud R6, Division d'Auvergne : Chefs : Commandant Boutet, Commandant Friess et Colonel Fayard - Adjoint : Commandant Schmuckel - Allier : Commandant Colliou - Puy de Dôme : Commandant Garcie puis Lieutenant-colonel Fraye - Cantal : Commandant Decelle

Paul Schmidt "Kim" (1917-1943)

Alain Grout de Beaufort "Pair" (1918-1944)

Yves LEGER "Évêque" (1919-1944)

Charles Le Bihan "Trirem, larivoire"

Paul Rivière "Marquis" (1912-1998)

Gabriel Montpied "Monique" (1903-1991)

 Robert Koenig "African" radio du DMR R6

Maurice Maunoury "Polygone" (1914-1993)

Neussargues, l'Hôtel Chapat dit "l'Hôtel de la Passerelle". Ce lieu devient un point d'accueil pour des acteurs essentiels des équipes de parachutages et de renseignements. Des agents comme Alain Grout de Beaufort, Yves Léger et Robert Koenig passent par l'Hôtel Chapat.

Organisation et structure en R6.

Dans l’organisation intégrée de la région 6 on distinguait des structures horizontales, région, départements, arrondissements, villes, et des structures verticales, les maquis, groupe franc, action ouvrière, résistance fer, service de santé etc...

À ces divers éléments il convient d’ajouter, car cela faisait partie intégrante de l’appareil militaire de la région, la Section d’Atterrissages et de Parachutages (SAP) de la France libre.

Depuis son parachutage en R6, le 14 avril 1943, en remplacement de Paul Frédéric SCHMIDT "Kim" muté en zone Nord, Alain GROUT DE BEAUFORT "Pair" y formait équipe avec deux officiers qui seront malheureusement arrêtés par le SD. L’un fut emprisonné à Fresnes, l’autre se suicida. Ils furent aussitôt remplacés par Yves LEGER "Evêque" et Charles LE BIHAN "Trirem, Larivoire".

Paul RIVIERE "Galvani, Marquis", responsable de la SAP de la R1 (Lyon), assurait la coordination de zone.

En 1943, le plus grave problème reste celui de l’armement ; les parachutages ont été rares au cours de l’été. Ils le restèrent durant tout l’automne et l’hiver. Dans un câble daté du 20 septembre 1943, adressé à Londres par GROUT DE BEAUFORT, ce dernier fait le point du manque d’armement, d’équipement et d’habillement des maquis de sa région.

  • Puy-de-Dôme : 900 hommes, besoins complets en armement lourd pour le tiers des effectifs, armement léger assuré mais manque de munitions. Besoins en équipement et en habillement pour la moitié des effectifs.
  • Haute-Loire : 500 hommes, besoins complets en armement lourd et léger (deux tiers lourds et un tiers léger).
  • Cantal : 150 hommes. Besoins complets en toutes matières.
  • Allier : 60 hommes. Besoins en toutes matières pour la moitié des effectifs.

En octobre 1943, sur les 35 terrains proposés par GROUT DE BEAUFORT à Londres, « il n’y a pas eu une seule opération de parachutage ». Lors de la réunion des chefs régionaux de la zone Sud du service national maquis, tenue à Paris du 25 au 27 octobre 1943, Gabriel MONTPIED "Jean, Monique", représentant de la région, signale que celle-ci comprend un effectif de 1301 hommes dénombrés et contrôlés dans les camps organisés en R6 et il indique : « Nous pouvons faire peur et c’est tout. Nous avons reçu quelques mitraillettes, mais pas assez. Nous avons beaucoup d’explosifs. Nous sommes les fournisseurs d’explosifs des autres régions. Nos hommes qui font des coups de main sont armés mais les maquis ne sont pas encore armés de mitraillettes. À titre d’exemple, en ce qui concerne l’Armée Secrète (A.S.) de la ville de Clermont-Ferrand, elle compte environ 3000 hommes pour qui nous disposons de 35 mitraillettes. » (Procès verbal de réunion des responsables régionaux maquis zone Sud à Paris du 25 au 27 octobre 1943).

De janvier à mars 1944, il n’y a toujours pas de délégué militaire régional en R 6. Le chef de la SAP, Alain GROUT DE BEAUFORT, en assume l’intérim. Mais il n’a fait encore aucune preuve d’activité en ce qui concerne cette mission. D’ailleurs, celle-ci ne lui a pas encore été précisée. Il a de bons contacts avec les mouvements de résistance et n’a pas encore tous les plans, mais il a commencé début février à mettre en place le plan "Vert".

Dans la nuit du 24 au 25 février 1944, Robert KOENIG (Africain), radio du délégué militaire régional, est parachuté près de Montluçon sur le terrain "Sarrail". De là, il gagne en voiture Clermont-Ferrand, puis par le train Issoire, puis le château de Langlade à Meilhaud où il reste quelques jours. À la suite de l’arrestation du radio André FURELAND "Arménien" et de la saisie de ses quartz et du plan "Guignol Violet", "Africain" est mis « au vert » chez Paul RIVIERE "Marquis" responsable de la SAP en R1 (Lyon).

Début avril 1944, il s’installe à Neussargues, tout d’abord à l’hôtel CHAPAT puis, à la suite de l’arrestation de son propriétaire, le 16 mai 1944, chez Raymond BOUDON, boucher en gros au même lieu, ceci jusqu’au 5 juillet 1944, où il doit s’enfuir avant l’arrivée de la Gestapo.

Le 1er mars, GROUT de BEAUFORT "Pair", prend contact à Lyon avec Maurice BOURGES-MAUNOURY "Polygone", qui lui passe les consignes de délégué militaire de la région 6. "Pair", dans un câble adressé à Londres, rend compte « qu’il aura mis les plans en place dans une quinzaine de jours, il a passé ses consignes d’officier opérations à "Évêque" et avait commencé à mettre en place le plan "Vert"... ».

Le 15 mars, il signale à Londres qu’il a quitté Clermont-Ferrand pour Lyon où il attend "Pyramide" pour lui passer les consignes de sa région et il compte « que le plan "Vert" est maintenant en place dans les meilleures conditions » (Rapport mensuel d’activités de la région 6 des 28 février et 27 mars 1944.).

De son côté, toujours sans nouvelles de son délégué militaire, le nouveau chef opération de la R6, Yves LEGER "Évêque", expédie le 16 mars un câble : « Attendons cas échéant "Pyramide" sur ce terrain (Câble n° 31 du 16 mars 1944) ».

La R6 a enfin son Délégué Militaire Régional (DMR).

Le 17 mars 1944, Alexandre de COURSON de la VILLENEUVE "Pyramide", embarque à Dartmouth (Cornouaille) à bord d’une vedette lance-torpilles et débarque vers deux heures du matin sur la plage de Kerroulou, dans le Finistère, à 4 kilomètres au nord de Guimaëc. De là, par le train, il gagne Paris puis Lyon où il arrive dans la matinée du 21 mars.

"Pyramide" y rencontre "Titin", un radio parachuté de Londres, qui réussit à le mettre en rapport avec Alain GROUT de BEAUFORT "Pair" qui lui passe les consignes de la région 6. "Pyramide" arrive enfin à Clermont-Ferrand le 25 mars. Sa mission lui a été définie à son départ ; il est chargé de l’organisation et de l’action des FFI, de la répartition des armes et des fonds aux mouvements de Résistance, de l’instruction et de l’encadrement des maquis, de la mise en place des plans du jour « J », des sabotages stratégiques et des liaisons avec Londres (radio et courrier par opérations aériennes).

Le 30 mars, il adresse à Londres son premier rapport où il indique : « Matériel : Les premiers renseignements semblent encourageants. Je dois avoir des rencontres cette semaine qui me donneront une situation exacte. Je vous donnerai des précisions numériques dès que possible en même temps que le point où en est la fusion des mouvements ; ce que je sais est encourageant. Plan Vert : Une partie doit être en place. En donnerai situation exacte après vérification ».

Dans le câble du 4 avril, il rend compte « qu’il a pris contact avec "Pair" et "Évêque" après longues recherches - stop - travail poursuivi malgré graves difficultés et certaine lassitude - ensemble en bonne voie ».

Dans sa région, début avril, "Pyramide" disposait d’"Évêque", chargé des opérations atterrissage et parachutage d’armement et de sabotage et de deux officiers instructeurs, Charles LE BIHAN "Trirème, Larivoire" et Michel COUVREUR "Tondeuse".

(Yves Léger "Evêque" avait établi avec les autres membres de son équipe, Fernand DUTOUR "François", Maurice DEROCKER "Dorval", Henriette MERMET "Marianne", Philippe COMTE "Yvonne", André BIET "Henry", Jean CHAPPUY "Noël", son PC dans la commune de Chastel (Haute-Loire), à Moulergues, avec une importante zone de réception proche du Mont-Mouchet (terrain "Plongeon") ».

Au point de vue radio, il disposait d’un groupe de réception composé d’un opérateur radio, Auguste LEFEUVRE  "Languedocien", spécialiste dans l’écoute de la réception Angleterre-Auvergne, suivant le système broadcast (chaîne Y, plan "Oran") et de deux opérateurs radios émissions, Robert KOENIG "Africain" et de "Thaïlandais", chargés d’assurer le trafic Auvergne-Angleterre (chaîne Y, plan "Guignol, Noir et Violet").

Ces deux opérateurs radios émissions disposaient de 5 hommes, d’un chef d’équipe aide et protection, de deux hommes chargés de l’aide et de la protection du radio, d’un homme chargé du transport du matériel, d’un homme chargé de la recherche des emplacements d’émissions.

Le 1er avril 1944, se tient à Paris une nouvelle et dernière réunion des responsables régionaux maquis, à laquelle, pour la première fois, assistent ensemble, les chefs des maquis des zones Nord et Sud.

Successivement, après le mot de bienvenue du colonel REBATTET "Cheval", chef national maquis, le colonel DEJUSSIEU "Pontcarral", chef de l’État-major national FFI, Maurice CHEVANCE "Bertin", du Comité d'action militaire (Comac) et William SAVY "Régis", officier arrivé de Londres le 3 mars 1944, chargé de l’installation des emplacements des futures missions « Jedburgh », prennent la parole.

"Régis", après la réunion, rencontre tous les chefs régionaux afin de leur demander de lui préciser le point de chute souhaité pour ces missions « Jedburgh* ». (* Parachutage d’équipes, composées d’un officier britannique, d’un officier français, d’un officier américain et d’un radio, tous en uniforme).

Gabriel MONTPIED "Monique", responsable R6 Maquis, lui donne les coordonnées, dans la Margeride, du terrain "Plongeon".

Le 15 avril 1944, Émile COULAUDON "colonel Gaspard", chef régional de l’armée secrète, rencontre à Montluçon, 16 rue du Rimard, le squadron leader Maurice SOUTHGATE "Hector", chef du réseau « Stationner » du Spécial opération exécutive (SOE - service secret britannique), auquel il fait part de ses difficultés, de ses inquiétudes, du fait de son manque d’armement, d’équipement de munitions.

Le 17 avril, "Hector", adresse un câble à son chef, le colonel Maurice BUCKMASTER, chef de la section française du SOE, où il lui relate sa rencontre avec "Gaspard" : « Suis en contact avec un colonel qui dirige un groupe composé de 2 500 hommes sans tenir compte de ceux qui vivent dans la légalité dans le centre de la France, région approximativement de la même grandeur que la East Anglia. Ceux-ci attendent du matériel et seraient prêts à entrer en action au signal du général Pierre-Marie KOENIG ».

Le 18 avril, "Pyramide" reçoit l’instruction P3/249 du 31 mars 1944, sur l’action militaire de la Résistance française, transmise sous forme de micro-photos pour exécution. Elle s’accompagnait d’instructions précises et impératives, ayant valeur de règlement et d’une instruction particulière destinée au DMR6, adaptant l’instruction générale aux conditions et aux caractéristiques spéciales de la région R6.

Le déclenchement des opérations est prévu par le passage de messages conventionnels à la BBC : un premier message d’alerte ; pour R6 « le coup d’envoi est à 15 heures » confirmé quarante-huit heures plus tard par les messages d’exécution des quatre plans destinés à R6 :

  • Le plan "Vert" (paralysie des mouvements ennemis voies ferrées), message BBC : « son costume est couleur billard ».
  • Le plan "Rouge" (guérilla généralisée), message BBC « que dit la petite pomme d’api ? ».
  • Le plan "Tortue" (entrave aux déplacements des Panzers), message BBC : « Ils confondent carapace et carapaçon ».
  • Le plan "Violet" (contre les moyens de transmissions de l’ennemi en particulier les lignes souterraines à longue distance), message BBC : « La parole est d’argent et le silence est d’or ».

En cas de contre-ordre, le message suivant devait être diffusé « Rengainez vos baïonnettes ».

L’instruction P3/249 sur « l’action militaire de la Résistance française » parvient au futur commissaire de la République et chef du MUR de R6.

Entre le 20 et 25 avril 1944, Henry INGRAND "Rouvres", le chef du MUR de la région 6, reçoit par l’intermédiaire du délégué militaire régional Alexandre de COURSON de la VILLENEUVE "Pyramide" l’instruction P3/249 du 31 mars 1944 du Bureau Central de Renseignements et d'Action (BCRAL - services secrets de la France libre). Il la transmet aussitôt à l’État-Major régional de l’Armée Secrète (colonel Émile COULAUDON "Gaspard" et à son chef d’État-Major, le lieutenant-colonel Jean GARCIE "Gaston".

Le rôle dévolu à la R6 dans cette instruction est : « Constitution d’un groupement du Massif Central pouvant aller jusqu’à quinze mille hommes. » Il y aura trois groupes : « Causse-Rouergue », « Auvergne » et « Forez-Beaujolais ».

  • Activité vers l’Est jusqu’au Rhône s’exerçant sur une partie des régions 1 et 2.
  • Activité vers le Nord et l’Ouest jusqu’à la Loire et l’ancienne ligne de démarcation s’exerçant sur R 5 et R 6 et se combinant peut-être avec l’activité d’un maquis vendéen en B 2 dans l’hypothèse d’un débarquement à l’Ouest n’intéressant pas le Sud de la Loire.
  • Activité vers le Sud jusqu’à la Garonne et le Canal du Midi s’exerçant sur une partie de R 3 et R 4.

Bien entendu, dans les idées générales, on insiste sur la souplesse nécessairement recherchée et il est souligné qu’avant le déclenchement de l’action des armées alliées, on devra surtout s’efforcer de « réaliser rapidement l’infrastructure des régions de maquis et préparer la mobilisation des forces mobiles de la Résistance ».

Au moment du déclenchement de l’action : enrôlement, équipement, instruction par les noyaux mobilisateurs des hommes qui afflueront vers les régions de maquis et viendront grossir considérablement l’effectif déjà important des troupes actuellement organisées...

En conclusion, la présente instruction de 26 pages, a esquissé dans son cadre général, le plan d’action militaire de la Résistance française. Elle trace le programme d’évolution qui doit être réalisé dès maintenant dans les divers domaines de l’organisation du ravitaillement et du commandement.

L’application de ce programme peut seule donner à la Résistance toute sa valeur militaire.

Elle lui permettra de peser d’un grand poids dans la future bataille de France et d’assurer par ses propres efforts la libération de plus de la moitié du territoire de notre patrie. Ce document est pour les responsables de la R6 la manifestation tangible que le jour « J » est proche et qu’il convient de prendre d’urgence toutes les disponibilités à cet effet car les évènements vont se précipiter.

Le 28 avril 1944, Yves LEGER "Évêque", le chef OPS de la SAP R 6, reçoit du COMAC, une instruction concernant son rôle au jour « J ».

« Les problèmes posés par le jour « J » varieront selon les zones. Votre DMR vous donnera tous les détails possibles à ce sujet et vous exposera son point de vue en accord avec les directives qu’il aura reçues du commandement.

Les directives que nous vous envoyons envisagent une application pratique de l’étude générale sur l’action militaire de la Résistance française (P3/249 du 31 mars 1944) qui a été envoyée par micro-photo à votre DMR. Demandez-lui de vous en donner communication.

Votre région entre intégralement dans ce que nous conviendrons d’appeler la zone hors d’opérations, en raison de sa configuration géographique. Au point de vue de la clandestinité, elle tombe entièrement sous l’influence des maquis en formation qui se formeront dans toute la partie montagneuse de votre région.... »

Une mission « Maquis » de la section Française du SOE est parachutée dans l’Allier ; la mission « Freelance » est larguée au Nord-est de Montluçon dans la nuit du 29 au 30 avril 1944, autour de Cérilly.

Cette mission est composée du capitaine John HIND FARMER "Hubert" et du lieutenant Nancy WAKE "Hélène". Leur radio, Denis RAKE "Justin", ne les rejoignit que le 15 mai, transporté en France dans la région de Châteauroux par Lysander (avion militaire Britannique).

Alexandre de Courson  "Pyramide" (1903-1944)

Fernand Dutour "François"  adjoint d'Yves Leger

Maurice Derocker "Dorval"

André Biet "Henry"

G-L Rebattet "Cheval" (1907 -1976)

Pierre Dejussieu "Pontcarral" (1898-1984)

Maurice Chevance "Bertin" (1910-1996)

Maurice Southgate "Philippe" (1913-1990)

Maurice Buckmaster  (1902-1992)

Pierre-Marie Koenig (1898-1970)

Emile Coulaudon "Gaspard" (1907-1977)

Jean Garcie "Gaston"

Colonel Dejussieu "Pontcarral", Henri Ingrand "Rouvres" et Claude Serreulles "Clovis"

Réseau Freelance

John Hind Farmer rejoignit le Special Operation Executive (SOE) Britannique. Il est parachuté en Auvergne en avril 1944 pour former le réseau Freelance.

Placés sous la direction du colonel Buckmaster, ces agents, rigoureusement entraînés à la vie clandestine, étaient parachutés en territoire ennemi avec pour mission d’entrer en contact avec la Résistance.

John Hind Farmer "Hubert" (1917-2012)

Nancy Wake 'Hélène" (1912-1911)

Denis Rake "Roland" (1902-1976)

Maurice Buckmaster  (1902-1992)

Dans la nuit du 29 au 30 avril 1944, le major John Farmer et son agent de liaison l’Australienne Nancy Fiocca (plus connue sous son nom de femme mariée Nancy Wake, et surnommée plus tard par les Allemands « la Souris blanche »), sont largués de nuit par un Lysander, au sud de Cérilly, près de Montluçon. Ils sont cachés par la famille de Jean Villechenon, à Cosne-d’Allier.

Leur chef de secteur Maurice Southgate « Philippe », chef du réseau Hector-Stationer, est arrêté le lendemain à Montluçon par la police allemande et déporté à Buchenwald.

Conduits par Jean Villechenon à Antoine Llorca « Laurent », à Aydat (63), ils se mettent au service d’Émile Coulaudon « Gaspard », chef de l’Armée secrète, installé au château de Ligonès, sur la commune de Ruynes-en-Margeride.

Rejoints par leur opérateur radio Denis Rake, ils organisent une série de parachutages destinés à armer les trois mille combattants de l’ensemble des réduits du Mont-Mouchet et de la Truyère.

Membres réseau Freelance : John Hind Farmer « Hubert » - Nancy Wake« Hélène » - Denis Rake « Justin » - Roger Faucher « François » - John Allsop « Alonce » - Reeve Schley « Samson » - André Bloch « Boétie » (?), René Dusacq « Anselme » - Équipe de soutien : major Edwin Lord « Léonce » (US Army), capt. Pierre Meunier « Moralist » (Can.) - lieut. Michel Georges Bloch (US Army) - lieut. William Macomber « Médéric » (US Marines) -lieut. Randall M. Dubois « Charles » (US Army) - lieut. Raoul Richard Duval « Dorsay » (ou DWELLER).

Après les combats de juin 1944 et la dispersion des maquisards en petites unités, la mission Farmer rejoint la forêt de Tronçais puis Montluçon pour poursuivre sa tâche et participer à la libération de la ville.

S.O.E en France : Des réseaux de la Section F - août 1944

Georges CANGUILHEM "Laffond"(1904-1995). 

Raymond Perrier "Brioude", responsable régional de la CGT

Jean BUTEZ "Albert", représentant le parti socialiste SFIO, enseignant, il créa une imprimerie au Mont-Mouchet.

Pierre Girardot "Roger Vallon" (1913-2001)

Maurice Southgate "Philippe" (1913-1990)

Bernard Gouy "Médiane, Chouan"

Frédérick Cardozo  "Vecteur" (1916-2011)

Robert Huguet "Prince" (1901-1979)

Michael Richard Daniell Foot (1919-2012)

02 mai 1944 : 3ème réunion du Comité régional de libération R 6.

C'est le mardi 2 mai 1944, que s'est tenue la troisième réunion du Comité régional de libération, dans une ferme isolée, celle du Boitout, commune de Sainte- Marguerite, à 8 kms au Nord-est de Paulhaguet (Haute-Loire). La sécurité de cette importante réunion, qui doit décider de la mobilisation des « sédentaires » des maquis et de la concentration dans trois réduits du groupe « Auvergne », est assurée par la sizaine de Prosper CHEVALIER et des hommes du corps franc « Laurent ».

Participent à cette assemblée : Henry INGRAND "Rouvres", chef des MUR et commissaire de la République pour l’Auvergne ; Georges CANGUILHEM "Laffond", chef régional de Libération Sud ; Émile COULAUDON "Gaspard", chef régional action de l'Armée Secrète ; Raymond PERRIER "Brioude", responsable régional de la CGT ; Jean BUTEZ "Albert", représentant le parti socialiste SFIO ; Pierre GIRARDOT "Roger Vallon", responsable régional du PCF et du Comité militaire des FTPF. Sont absents : les représentants du mouvement Franc Tireur, du Mouvement paysan et du Front national.

Henry INGRAND "Rouvres" expose tout d'abord le plan pour le jour « J » qu’il a reçu fin avril par les instructions de l’État-Major du général de GAULLE, transmis par l'intermédiaire du délégué militaire régional (DMR), puis on arrive aux discussions techniques. "Gaspard" rend compte de son entretien à Montluçon avec le major SOUTHGATE, du réseau "Stationner" du SOE. "Rouvres" propose de procéder à une mobilisation des sédentaires dans quelques villages du Puy-de-Dôme, Cantal et Haute-Loire, choisis en fonction des trois concentrations envisagées.

"Roger Vallon", après avoir émis quelques réserves sur les promesses du major SOUTHGATE, fait remarquer qu'il faudrait retarder de quinze jours la mobilisation et, si l'on souhaite la réussite complète de ce plan, il faut envisager et décréter :

  • des opérations de diversion ;
  • le déclenchement de grèves générales au moins dans les villes ;
  • la paralysie des transports sur toutes les voies ferrées et le plus grand nombre possible de routes ;
  • la paralysie du ravitaillement.

Plusieurs membres ne sont pas d'accord avec "Roger Vallon". Le débarquement est proche, le temps presse. Il faut, comme le précise l'instruction de l'État-Major du général de Gaulle, constituer le groupement « Auvergne » du réduit du Massif Central.

Finalement, "Rouvres" indique que la concentration des maquis d'Auvergne était de toute façon décidée, même sans l'accord des représentants des mouvements absents ce jour-là à la réunion. Aussi, "Roger Vallon", avant de se séparer, tient à préciser qu'il donnera l'ordre aux sédentaires et aux combattants FTPF :

  • De ne pas rejoindre les rassemblements mais d’exécuter la part des instructions demandées par le Quartier Général allié qui revient aux FTPF.
  • De gêner au maximum la Wehrmacht par des actions de guérilla effectuées dans toute l'Auvergne et il conclut : « Que, si les sédentaires et combattants FTPF ne rejoindront pas les rassemblements, il ne s'opposera pas à ceux qui en décideraient autrement. »
  • Le 4 mai 1944, le BCRAL envoie en Auvergne Michel DEQUAIRE "Symétrie" chargé d’une mission militaire. Il est déposé le 4 mai 1944 par Hudson sur le terrain "Aigle" à Manziat, dans le département de l’Ain. Dans son débriefing à Londres en septembre 1944, il indique : « Déposé près de Mâcon, le 4 mai à deux heures du matin, j’arrive à Clermont-Ferrand le 8 et prends aussitôt contact avec le DMR "Pyramide". Celui-ci, estimant que ma mission militaire n°1 est périmée, décide de me garder à sa disposition comme adjoint concurremment avec Jean TESSON "Christophe" ... ».
  • Une nouvelle mission « maquis » est parachutée dans la Margeride. Elle le fut dans la nuit du 8 au 9 mai 1944, sur le terrain "Plongeon". C’est une mission « Jedburgh » baptisée « Benjoin ». Elle est composée du major britannique Frederik CARDOZO "Vecteur", du capitaine FFL Bernard GOUY "Médiane - Chouan", du lieutenant américain Jacques LEBAIGUE "Spirale" et d’un radio français, Jean TROLLET "Somali".
  • Cette mission devait s’installer, primitivement, à cheval sur les départements de la Corrèze, de la Lozère et du Cantal. Par suite de l’évolution de la situation en R6 et de la densité des maquis plus importants à l’Est du département du Cantal, elle s’installe à la limite du Cantal et de la Haute-Loire. Sa mission fut alors fixée d’une façon plus précise et sa zone d’action limitée au seul département du Cantal. À son arrivée, elle prit contact avec le DMR "Pyramide", les responsables des maquis d’Auvergne et avec "Évêque", chef opérations de la SAP R6, de façon à ce que toutes les dispositions soient prises, ce qui était déjà le cas, afin que le terrain "Plongeon" soit compris dans les prochains programmes mensuels de parachutage.
  • Le 9 mai 1944, elle prend contact, au Mont-Mouchet avec Robert HUGUET "Prince", chef régional maquis R 6, et a son premier contact radio avec Londres le 12 mai 1944. Le 14 mai, Bernard GOUY "Médiane" câble : « Accord parfait avec "Prince" chef maquis et son chef État-Major, colonel GARCIE - stop - organisation trois maquis importants forêt Margeride (Mont-Mouchet) et Cantal (réduit de la Truyère et Plomb du Cantal). Chaque maquis forme plusieurs compagnies - organisation, maquis mobilisateurs possibilités détaillées suivent ; ces maquis semblent avoir une bonne tenue militaire et un moral splendide ».
  • Le 17 mai 1944 – Contact au Mont-Mouchet entre John FARMER et CARDOZO, chargés de la même mission. Michael R.D. FOOT : « Des Anglais dans la Résistance, le S.O.E en France, 1940-1944 », écrit, page 495 : « Ce doublon n’était pas aussi regrettable qu’on pouvait le croire. La zone couverte par les maquis d’Auvergne était vaste et l’on estimait à Londres qu’il n’aurait pas trop de deux opérateurs pour les livraisons d’armes, de plusieurs équipes pour repérer les meilleurs terrains de parachutages dans les montagnes ... » ce qui ne concordait pas malheureusement, c’était leur plan "Vert". Après accord, il fut décidé que FARMER s’installerait dans le réduit de la Truyère tandis que CARDOZO resterait à Moulergues, près du Mont-Mouchet.
La constitution des réduits

En ce début d’année 1944, l'imminence d'un débarquement sur les côtes françaises remit en évidence l'intérêt d'une force intérieure dont l'action faciliterait grandement l'abordage puis la progression des troupes débarquées à travers le territoire national.

il était prévu la formation de trois réduits militaires en R6 :

  • Le premier au Mont-Mouchet dans les Monts de la Margeride, aux confins des départements du Cantal, de la Lozère et de la Haute-Loire, dans une région de plateaux élevés (le Mont-Mouchet s'élève à 1.465 mètres), couverts d'immenses et monotones landes à bruyères que viennent interrompre des forêts de pins.
  • Le second, dans la région de Chaudes-Aigues, où la Truyère creuse dans les plateaux granitiques de la Haute Auvergne des gorges étroites, profondes et sinueuses, tantôt boisées, tantôt hérissées de rochers.
  • Le troisième au Lioran, au coeur du Massif Central, dans de magnifiques forêts de sapins, à 1.155 mètres d'altitude.
  • L'état-major serait installé au Mont-Mouchet.

Deux raisons incitaient, en Région 6, à la création de ces réduits :

1°) Il fallait sauvegarder de la destruction totale les petits maquis d'Auvergne que les Allemands pouvaient anéantir systématiquement ;

2°) Le général de GAULLE avait, d'autre part, proposé au Haut Commandement allié, une opération mise au point par le colonel Pierre BILLOTTE dont il espérait beaucoup, tant au point de vue militaire que politique. Il s'agissait de mettre à profit la concentration spécialement poussée des maquis d'Auvergne pour prouver à nos alliés que la France pouvait :

a) Libérer elle-même, par ses propres moyens, une portion notable de son territoire national, le nettoyer de tout élément ennemi, y établir des pouvoirs publics nationaux, voire même une délégation du Gouvernement provisoire. Cette délégation se serait installée là où les circonstances militaires l'auraient permis, avec, comme objectif, Clermont Ferrand, dès que cela aurait été possible ;

b) Générer la contre-manœuvre allemande destinée à rejeter les forces de débarquement zone-Sud ;

c) Relier intérieurement les zones de débarquement Sud et Nord ;

d) Couper de leur lignes de retraite les éléments allemands de la zone Atlantique ;

e) Si par malheur la percée alliée vers l'Est ne réussissait pas avant l'hiver et si les fronts s'étaient stabilisés, on aurait pu concevoir que le siège du Gouvernement fût transféré en France dans cette « zone libérée ».

On avait même envisagé le parachutage d'une division française aéroportée (1er régiment de chasseurs parachutistes du colonel Jacques FAURE), d'une brigade de parachutistes américains et d'une brigade anglaise, de la grande majorité des forces aériennes équipées de matériel français et de tous les éléments de renfort nécessaires pour parfaire l'encadrement et l'équipement des maquis d'Auvergne ; l'ensemble des éléments de cette opération était placé sous les ordres du colonel BILLOTTE.

La division française aéroportée avait prévu des lieux de parachutage d'ailleurs variables, situés selon les renseignements entre La Courtine et Clermont-Ferrand.

Ce plan qui devait se dérouler tout d'abord en liaison étroite avec l'opération « Overlord » (nom de code du débarquement en Normandie), fut étudié trop tardivement à l'EM des FFI du général KOENIG pour pouvoir être immédiatement appliqué ; aussi il fut décidé qu'il se déroulerait avec l'opération « Avril » (nom de code du débarquement sur la côte méditerranéenne), soit immédiatement avant, soit immédiatement après, aux environs du 15 août 1944.

En fait, cette opération, baptisée du nom conventionnel « Caïman », ou plus simplement de la lettre « C », fut finalement abandonné, les Alliés l'ayant refusée, en apparence pour des raisons techniques, prétextant la nécessité d'utiliser de trop gros moyens aériens de transport. Le colonel BILLOTTE a pu constater, lors de l'exposé qu'il fit sur cette opération à Caserte, en juillet 1944, que le maréchal M. WILSON et tout son Etat-Major avaient bien du mal à réfuter convenablement les arguments qu'il avançait. Il semble plutôt vraisemblable que ce soit le Président Fr. ROOSEVELT lui-même qui se soit opposé à cette opération, pour des raisons purement politiques, parce que, jusqu'au dernier moment, les Alliés pensèrent négocier avec le gouvernement du maréchal PETAIN, en vue d'une liquidation pacifique du régime de Vichy ; leur méfiance à l'égard du Gouvernement d'Alger était telle qu'ils ne tenaient pas à faciliter une opération qui aurait permis au général de GAULLE de prendre pied sur le sol métropolitain et d'y installer son Gouvernement provisoire.

Il convient d'ouvrir ici une parenthèse. Le plan "Koenig", étudié depuis de longs mois, semblait en effet à peu près abandonné lorsque le colonel "Gaspard" prit contact à Montluçon, aux environs du 15 avril 1944, c'est-à-dire à peu près un mois environ avant la réunion de Paulhaguet avec le major Maurice SOUTHGATE "Philippe", chef d'un important réseau « Buckmaster » (French Section du S.O.E. anglais).

A cette époque, la situation en Auvergne devenait extrêmement difficile. La Résistance active, qui avait multiplié les coups de mains contre les Allemands et la Milice, notamment depuis novembre 1942, avait groupé dès l'hiver 1942-1943 des corps-francs dans les Monts d'Auvergne d'où ils rayonnaient sur la Région R.6 ; tout n'allait pas sans accrochages : le premier corps-francs d'Auvergne de "Gaspard" perdit en moins de deux ans plus de soixante hommes sur une centaine, répartis dans les groupes "Prince", "Laurent", "Judex", "Tarzan", "Bernard", "Cristal", "Irma" (1), "Buron", "Antonio" et "Fernoël".

Pourtant, la réussite des corps francs galvanisait de nombreux patriotes. Au 1er janvier, dix mille hommes étaient officiellement enrôlés dans les Mouvements Unis de la Résistance (MUR), et quinze cents dans les F.T.P.F. (Francs-tireurs et partisans français, armés depuis juillet 1943 par les M.U.R.

Les exploits spectaculaires de ces pionniers des maquis auvergnats, à quelques kilomètres du siège du Gouvernement, devenaient de jour en jour très connus (sabotage de l'usine d'oxygène liquide de Massiac, des usines Michelin de Clermont-Ferrand, les évasions de Pontmort de la prison de Clermont-Ferrand, etc...).

C'est ce qui explique que depuis plusieurs mois, les Services anglais (S.O.E.) cherchaient à rentrer en contact avec "Gaspard" ; mais il n'avait pas encore pu s'établir en raison de la violente contre-offensive que la Gestapo, les S.S. et les francs-gardes de la Milice rassemblés en grand nombre en Région 6, faisaient peser sur la Résistance d'Auvergne.

Les rafles continuaient de se multiplier dans les villes devenues dangereuses, et les volontaires, peu à peu, gagnaient les maquis, cependant que la date du débarquement des Alliés était constamment repoussée. En bref, la situation devenaient intolérable pour les patriotes des villes ; c'est ce qu'exposa tout d'abord "Gaspard" au major SOUTHGATE "Philippe".

Puis il lui rappela les grandes lignes du plan "Koenig" alors en sommeil et lui demanda si, adoptant ce plan, rassemblant tous les volontaires sur les hauts-plateaux du Cantal et contrôlant les routes de façon assurée pendant une semaine, il pourrait compter sur un parachutage massif au centre du réduit ainsi constitué, non seulement en armes légères, demi-lourdes et munitions pour armer des milliers de volontaires, mais aussi en cadres et en commandos pouvant prendre beaucoup plus rapidement pied en France et en grand nombre, par la voie des airs, que par un problématique débarquement.

Le major "Philippe" écouta attentivement et se déclara tout à fait enthousiaste pour aider une telle action. Un long message partit le jour même de Montluçon et obtint une réponse favorable de la French section du S.O.E.

Sans assurer toutefois la venue de gros contingents, le plan "Koenig" allait ainsi pouvoir se réaliser, tout au moins dans ses grandes lignes, ce qui permettait du même coup :

  • de grouper en montagne les patriotes qui échapperaient ainsi aux risques de la déportation.
  • D'armer rapidement et avec le minimum de risque ces volontaires qui pourraient désormais lutter, sinon à armes égales, du moins avec les meilleures chances, compte tenu de l'avantage de la position en forêt.
  • De pouvoir, si le débarquement tardait et si les Allemands venaient attaquer les réduits, satisfaire au désir de l'état-major interallié de retenir dans le Massif Central des forces ennemies importantes que l'état-major allemand aurait préféré disposer en renfort sur les points de débarquement possibles.

D'ailleurs, l'accord de la French Section du S.O.E. n'allait pas tarder à se concrétiser effectivement puisque l'Etat-Major interallié dépêchait, dans la nuit du 28 au 29 avril 1944, une première mission baptisée « Freelance » composée de deux anglais, le major John HIND FARMER "Jean" et le lieutenant Nancy FROCCA-WAKE "Madame Andrée", leur radio, le capitaine Denis-Joseph RAKE "Roland" ne devait les rejoindre qu'aux environs du 10 mai 1944.

Ne pouvant, faute de radio, établir un contact permanent avec Londres, la mission « Freelance » s'avérait d'aucune utilité pour les responsables de la Région 6. Aussi accueillirent-ils avec joie la nouvelle mission parachutée dans la nuit du 7 au 8 mai 1944 dans la Margeride, la mission « Benjoin », qui était composée de trois officiers :  un Anglais, le major CARDOZO "Vecteur", un Français, le capitaine Bernard GOUY "Chonan - Médiane", et un Américain, le lieutenant LEBAIGUE "Spirale" ainsi qu'un radio, Jean TROLLET "Somali".

Elle s'établit avec l'équipe de parachutages à Védrines-Saint-Loup, près du Mont-Mouchet.

"Gaspard" se trouva ainsi en présence de deux missions. Aussi la mission « Freelance » fut dirigée vers le 10 mai 1944 sur Chaudes-Aigues, le major John FARMER ayant jugé ce réduit beaucoup plus propice aux importants parachutages qui allaient avoir lieu dans les semaines à venir.

Mais n'anticipons pas.

Général Hoenig , Général de Gaulle et Général Leclerc

Maquis du Cantal

Colonel Pierre Billotte (1906-1992) (général sur la photo)

Libération de la France

 

Colonel Jacques Faure (1904-1988)

Opération "Overlord"

 Opération "Avril"

(1) "Irma" : Raymond LABAUNE dont le groupe tua Huggo GEISSLER à Murat le 12 juin 1944.

Robert Huguet "Prince" (1901-1979)

Antoine LLorca "Laurent"

Jean Mazuel "Judex"

Jean Rustan "Tarzan"

Camille Leclenché "Buron"

Georges Raynaud "Fernoël"

Raymond Labaune "Irma"

Maurice Southgate "Philippe"

Maurice Buckmaster  (1902-1992)

John Hind Farmer "Hubert" (1917-2012)

Nancy Wake 'madame Andrée" (1912-1911)

Denis Rake "Roland" (1902-1976)

Frédérick Cardozo  "Vecteur" (1916-2011)

Bernard Gouy "Médiane"

Raymond Perrier "Brioude"

Robert Huguet "Prince" 

Gabriel Montpied "Monique"

Jean Lépine (Pierre Couthon)

René Ribière "Vincent"

Henri Madeline

Serge Zapalski "Gévolde"

Schmuckel "Chabert"

Ch. Mondange "Thomas"

Maurice Plantier "Vercin"

Roger Playe "Eynard"

Robert Thollon "Renaud"

André Decelle "Didier"

Raoul Sauer "La Meuse"

Roger Fayard "colonel Mortier"

Cdt Richard "Napoléon"

Comment fut décidée la concentration du Cantal

Le 15 mai 1944, un mois après les entretiens de Montluçon, Henry INGRAND "Rouvres" convoqua le Comité régional de Libération à la Trinité (43).

Le colonel "Gaspard" y soumit son plan, indiqua quels points lui paraissaient les plus favorables à des concentrations, à savoir : la baraque forestière du Mont-Mouchet, au coeur de la forêt de la Margeride, à 1.500 mètres d'altitude, avec maintien d'un point de soutien au maquis « Revanche », près de Chaudes-Aigues, et ultérieurement, en cas de nécessité de mouvement, le Massif du Lioran, le Plomb du Cantal, le Puy-Mary.

Il indiqua la gravité d'une telle décision en raison de la situation intenable d'une organisation maintenant puissante dont les éléments ne pouvaient plus être contenus, ni protégés et proposa que la décision ne soit prise qu'à l'unanimité des membres présents, par vote après appel nominal.

Les mouvements représentés : « Combat » (INGRAND et COULAUDON), « Franc-Tireur » (M. JOUANNEAU), « Libération », (L. GIRAUD "César"), « Mouvement ouvrier français » (Raymond PERRIER "Brioude"), « C.G.A. » (Abel GAUTHIER), « Front national », « Le parti socialiste clandestin » (Jean-Gabriel AUFAUVRE, "Carlos"), « Le Parti communiste clandestin » (ELDIN, "Charles"), « Les F.T.P.F. » ("Roger Vallon"), Le Maquis (HUGGUET, "Prince") et MONTPIED "Monique" et les représentants du Cantal (Jean LEPINE, "Pierre-Couthon") de l'Allier (René RIBIERE, "Vincent") de la Haute-Loire (ZAPALSKI "Gévolde").

Tous donnèrent leur plein accord au plan proposé, cela sans la moindre réserve ; Henry INGRAND, commissaire de la République, responsable régional des M.U.R. qui présidait la réunion avait, sans discussion, donné son accord, cependant que "Gaspard" confirmait que les cadres de ce réduit seraient constitués par des officiers et des sous-officiers de l'armée restés loyaux.

Il avait en effet à ses côtés le colonel GARCIE "Gaston", magnifique patriote, seul survivant du trio composé de son chef, le colonel BOUTET, et du commandant Henri MADELINE, tous deux tués après tortures par la Gestapo.

Selon le vœu formulé au colonel "Gaspard" par le colonel BOUTET avant son arrestation, le colonel GARCIE allait prendre la direction effective de l'Etat-Major du Mont-Mouchet, cependant que le colonel de carrière Charles  MONDANGE "Thomas" assumerait la direction militaire du réduit de la Truyère, et que le colonel HUGGUET "Prince" allait préparer la concentration au Nord du Cantal.

Ainsi, l'unité de la Nation se trouvait réalisé en Auvergne, ave M.U.R., F.T.P.T., O.R.A, civils volontaires et militaires de carrière. Il y eu hésitation des F.T.P.T. à rejoindre les maquis du Cantal, leur plan étant alors de se concentrer près de grand centre en prévision de la Libération. L'O.R.A. resta en dehors de la concentration.

L'O.R.A., Organisation de Résistance de l'Armée s'estimait aux ordres du commandement militaire français d'Alger. Sa subordination au général KOENIG ne deviendra effective que le 13 juin 1944. Elle était composée des :

  • Groupement du lieutenant-colonel Roger PLAYE "Eynard".
  • Groupement du lieutenant-colonel Auguste MERLAT  "Allard".

Ce ne fut qu'après les combats de la Margeride et de la Truyère que les F.T.P.F. le 13 juillet 1944, rejoignirent officiellement les Forces Françaises de l'Intérieur.

Leurs deux chefs militaires, le lieutenant-colonel Maurice PLANTIER "Vercin" et le lieutenant-colonel Raoul SAUER "La Meuse" se rangèrent sous les ordres du colonel COULAUDON, en même temps d'ailleurs que le colonel FAYARD "Mortier" et le lieutenant-colonel SCHMUCKEL "Chabert", de l'O.R.A. Deux officiers de carrière qui allaient diriger l'Etat-Major régional à l'approche et après la Libération, secondés par des maquisards chevronnés et d'autres officiers de carrière de valeur tels le commandant ERULIN "Carlhian", les commandants RICHARD "Napoléon" et PUTZ "Florange", le colonel COLLIOU "Roussel" de l'Allier, etc...

La mobilisation

Le 20 mai 1944, quelques jours après cette réunion, l’Etat-Major régional des F.F.I. d’Auvergne ordonnait une mobilisation générale des volontaires des divers mouvements de Résistance ; le colonel Emile COULAUDON adressait aux chefs des départements et sous-arrondissements son ordre n°1.

Et ce fut la montée en masse au maquis des hommes des villes et villages d’Auvergne. Toutes les routes étaient encombrées de bicyclettes, de voitures, de piétons sac au dos. Dans certains villages, les chefs civils de la Résistance affichaient l’ordre de mobilisation et les hommes partaient en chantant sur des camions bondés. De Clermont-Ferrand, de nombreux hommes, valise à la main, prenaient le train pour Ruines-en-Margeride ou Loubaresse, gares les plus proches du Mont-Mouchet.

Ni les Allemands, ni Vichy ne pouvaient ignorer ce mouvement unanime et il semble que les Allemands en aient été assez effrayés. Un officier allemand se rendait dans un village voisin de Clermont-Ferrand et constatant l’absence presque totale d’hommes valides, avouait rageusement : « C’est une véritable mobilisation générale ». Le directeur de la police allemande de Vichy allait même jusqu’à déclarer : « Quel que soit mon pouvoir, qui est grand, il m’est impossible d’établir un contact réel avec la plupart de mes éléments ». Les Allemands ne réagirent pas tout de suite et la « mobilisation » put s’opérer tranquillement.

En moins de quinze jours, 2.700 hommes rejoignirent le Mont-Mouchet et 1.500 la Truyère, puis ces réduits étant considérés comme saturés, un troisième camps ouvert à Saint-Genès, aux confins du Puy-de-Dôme et du Cantal, sous les ordres du commandant Willy MABRUT "Tonton", puis du colonel François FADDA "Noli", dut endiguer une véritable montée en masse, se chiffrant à près de 6.000 hommes en moins d’une semaine.

Ce camp n’eut pas à jouer un rôle actif dans les combats et fut, sur ordre de l’Etat-Major, qui n’avait jamais souhaité un tel succès, dissout par mesure de prudence quelques jours après les combats de la Truyère.

Les hommes étaient si nombreux qu’on avait dû établir, dès fin mai, des centres de triage, au camp des Cheires à Pontgibaud et à Vins-Haut, près d’Ardes-sur-Couze.

C’est au Mont-Mouchet, où siégeait l’Etat-Major, que se trouvait le point principal de ralliement. Aux limites du réduit, à Clavières, sur une plaque de bois, des lettres mal dessinées annonçaient au futurs maquisards : « Ici, commence la France libre ».

Début juin 1944, les effectifs armés des trois maquis-réduits du Cantal s’élevaient au :

  • Mont-Mouchet : 2500 hommes et réduit de Venteuges : 1000 hommes.
  • Réduit de la Truyère : 1024 hommes.
  • Le Lioran : 610 hommes.
Ordre n° 1 : mobilistation générale des maquis d'Auvergne (signé "Gaspard")

F.F.I. partant pour le Mont-MouchetVolontaires partant pour le Mont-Mouchet

Contrôle F.F.I. entre Clavières et le Mont-Mouchet "Ici commence la France libre"

La répression de la Résistance dans en Avergne et Limousin

Les maquis du Cantal

Friedrich W. K. von Brodowski

Kurt Von Jesser (1890-1950)

 

Hugo Wilhelm Geissler (1908-1944)

Légion des Tartares de la Volga

SS de la Panzer Division Das Reich

Parcours de la Panzer division Das Reich. Dans le Cantal, ils sont montés exactement jusqu'à Vic-sur-Cère.

 Murat les 12 et 24 juin 1944

Hugo Geissler à Murat le 12 juin 1944

Murat : poste de tir d'où les maquisards du groupe de Raymond Labaune "Irma" ont tué Hugo Geissler

Raymond Labaune "Irma"

Louis Rosier "Cheminant"

Edmond Leclenché "Tonio"

Robert Meyniel (1900-1944)

Emplacement où Hugo Geissler trouva la mort

Inhumation d'Hugo Geissler au cimetière de Saint-Flour

Rapport de Mr DUPPALUT, 1er adjoint au Maire de Murat, à Mr le S/Préfet de Saint Flour, le 13 juin 1944

Les 3 photos suivantes, destinées à la propagande allemande sont extraites du journal «Die Wehrmacht» du 2 août 1944, journal rapporté par des prisonniers de guerre de Murat. Ces photographies ont été prises le jour de l'arrestation des otages. Elles sont suivies des légendes qui les accompagnaient dans le journal allemand.

« Chaque maison est suspecte. Tous les immeubles où terroristes et armes sont dissimulés seront réduites en poussière ».

 

« 120 prisonniers au cours de cette action tombèrent dans les mains de la gendarmerie allemande. Suivis par leurs compatriotes avec des regards furieux, les terroristes marchent vers leur premier interrogatoire sous une forte escorte ».

L'hôtel Terminus à Saint-Flour, siège de la Gestapo est réquisitionné en 1944. Il sert de prison et de centre de torture, où seront interné, torturé puis déporté de nombreux résistants et otages cantaliens.

Arrivés à Clermont Ferrand dans la nuit du 24 au 25, les 120 Muratais sont internés à la prison allemande située à la caserne du 92ème RI.

Le 6 juillet 1944, les Muratais sont envoyés vers Compiègne, au camp de Royallieu qui ne sera qu’une étape sur le chemin de l’Allemagne.

Le 15 juillet, un train est formé à destination de l’Allemagne. Ils sont 60 par wagon à bestiaux et après trois jours de voyage, le train s’arrête. Brutalisés par les gardiens, ils découvrent le camp de concentration de Neuengamme

Situé à 25 km au nord de Hambourg, le Kommando de Kaltenkirchen pris place sur une base aérienne. Il fonctionna du mois d’Aout 1944 au 17 avril 1945, avec un effectif de 470 hommes dont 234 français connus. Mission : Aménagement d’un aérodrome pour la Luftwaffe permettant le décollage et l’atterrissage des avions de chasse à réaction (Messerschmidt 262).

Le Sturmbannführer-SS Karl boemelburg (1883-1946), remplaçant d'Hugo Geissler. Il devient le chef de la Gestapo en zone Sud

En 1942, à Chamalières, au 2 bis avenue de Royat, cette demeure bourgeoise avait été réquisitionnée par les nazis pour être le siège  de la SIPO-SD (Gestapo) de Clermont Ferrand.

Georges Mathieu fondateur du Sonderkommando de Clermont Ferrand

Jean Vernières agent du Sipo-SD de Clermont Ferrand

Sonderkommando (commando spécial français de la Gestapo) créer à Clermont Ferrand en décembre 1943 aux ordres de Paul Brumenkampf, chef du SIPO-SD (composé de Georges Mathieu, Jean Vernières, Louis Bresson et Paul Sautarel).

Propagande allemande : « Le maquis rouge. Certains terroristes s'attaquent aux groupes allemands en retraite. Ils sont capturés, ligotés, séparés et nous attendons à présent que soit déterminé leur sort. On trouve sur eux de la propagande haineuse communiste pour séduire les adolescents ».

Le Commandemant militaire allemand en Auvergne

L'Etat-Major Principal de Liaison (EMP 588)

Installé à Clermont-Ferrand, l'EMP 588 couvre un territoire plus vaste que les 4 départements de l'Auvergne : Allier, Cantal, Haute-Loire et Puy de Dôme. En effet, il englobe egalement la Corrèze, la Creuse, la quasi totalité de la Dordogne, la Haute-Vienne et l'Indre ainsi que les parties anciennement en zone libre des départements de Charente, Cher, Indre-et-Loire, Loire-et-Cher et Vienne.

L'EMP 588 est un véritable commandement militaire correspondant au centre de la France. A partir du 15 avril 1944, son nouveau chef est l'oberfeldkommandant (général de division) Fritz Von BRODOWSKI (1886-1944), l'EMP 588 devient alors HVS 588 (Hauptverbindungsstab - Kommandantur de circonscription) et dispose d'unité d'intervention pour combattre les "bandes", terminologie utilisée pour désigner les maquis, comme l'est "terroristes" pour désigner les résistants ou maquisards. Sont détachés notamment auprès de lui des équipes d'intervention et d'interrogatoire du Sicherheitsdienst, SD, la police secrète de sécurité improprement appelée Gestapo.

Neufs Etats-Majors de Liaison (EML) (Kreiskommandanturen), un par département, sont subordonnés à l'HVS 588 dont l'EML 785 à Clermont-Ferrand, l'EML 494 à Aurillac, l'EML 995 au Puy et l'EML 786 à Montluçon.

Dans sa région, l'HVS 588 dispose d'unités statiques de commandement, de service et de garnison assurant la garde des agglomérations, des itinéraires et des points stratégiques (barrages hydro-électriques, ponts, viaducs, usines...). Ce sont des troupes sédentaires, elles ne possèdent que peu de valeurs offensives.

Pour les grandes opérations de juin à juillet 1944 contre les maquis, le Haut commandement allemand en France affectera à l'HVS 588, selon les besoins et ses possibilités, des unités basées dans d'autres régions. Ainsi la 2ème division de blindée SS "Das Reich", stationnée à Montauban, interviendra dans les départements limitrophe de l'Auvergne et ne fera que quelques brèves incursions dans le Cantal : Maurs, Aurillac, jusqu'à Vic-sur-Cère.

Début juin 1944, le haut commandemant militaire allemand en France, alerté par ces importants rassemblements et disposant de renseignements précis  du SD (service de sécurité), de l’Abwehr (service de renseignement) et de la milice du Cantal,  ordonne l'attaque et la destruction des grands rassemblements de maquis dans les réduits d'Auvergne. A cette effet, un certain nombre de moyens sont runis pour permettre le néttoyage de la région du Mont-Mouchet.

Pour remplir cette mission, le général BRODOWSKI dispose d'un groupement tactique mobile de combat de la valeur d'une brigade (2500 hommes, 500 véhicules, de mortiers légers de campagne, de canons antiaériens de calibre 20mm reconvertis en armes d'infanterie, de canons de campagne divers, etc.) fut mis à sa disposition et constitué de troupes chargées de la recherche et de la destruction des maquis et des unités FFI dont le commandement tactique fut confié au Generalmajor Kurt VON JESSER.

Composition de la Brigade Jesser (composée de vétérans du front de l'Est) :

  • 1 colonne rapide, de 1 200 soldats environ, sous le commandement de l'oberst (colonel) Georg COQUI (1 état-major, 1 régiment de sureté, 10 compagnies d’infanterie, 1 compagnie de blindés, 1 compagnie du génie et 1 groupe de reconnaissance).
  • 1 colonne lente, de 1 200 soldats environ, 3 compagnies de la Légion des Tartares de la Volga stationnées au Puy-en-Velay, 3 compagnies de la Légion Azerbaidjanaise stationnées à Rodez puis à Saint-Flour).
  • Eléments complémentaires dont : 2 escadrilles d’aviation basées à Aulnat, 1 compagnie de transmission, 1 compagnie antichar, 1 compagnie de DCA, 1 groupe d’artillerie).
  • Eléments policiers : Des forces du commandement supérieur des SS et de la police (SD et SIPO) dirigé par le capitaine SS Hugo GEISSLER, 1 état-major de la police de sécurité et du service de sécurité, 15 groupes d’interrogatoires, 1 bataillon motorisé de police SS, 7 brigades d’intervention de la Feldgendarmerie (280 hommes).

La colonne Jesser disposait d’une supériorité écrasante en hommes et en moyens. La férocité de ses hommes était renforcée par la présence d’unités SS et du SD, dont leur chef Hugo Geissler sera tué à Murat dans le Cantal. Les unités SD et SIPO étaient implantées jusqu’à l’échelon de la compagnie et étaient chargées du contrôle de l’exécution des prisonniers et autres exactions.

Garnisons Allemandes dans le Cantal :

  • Aurillac
    • 1 état-major de liaison, Verbindungsstab 494 (VS 494), installé à Aurillac le 7 décembre 1942. En février 1944, il est renommé Feldkommandantur 998 (FK 998).
    • L'Etat-major du 4ème bataillon du 95ème régiment de sécurité et 2 compagnies (n°10 et 15).
    • 1 compagnie de transmission
    • 1 compagnie de Feldgendarmerie 984
    • 60 miliciens.
  • Saint-Flour
    • 1 compagnie (n° 11) du 95° régiment de sécurité, son role est de maintenir la sécurité des communications et de servir, éventuellement, de point d'appui pour les opérations contre le maquis.
    • 1 batterie de l'Artillerie du 28e bataillon d'artillerie de la 189e division d'infanterie (Brigade Jesser)
    • 3 compagnies de la Légion azerbaidjanaise (Brigade Jesser en juin et juillet 1944)
    • Le 1000° Régiment de sureté motorisé  (Brigade Jesser)
  • Barrage de Marèges (situé en aval du barrage de Bort-les-Orgues et en amont du barrage de l'Aigle).
    • 1 batterie anti-aérienne du 102° régiment de Flak (DCA) (Le site est évacué le 11 juin par la brigade Jesser).

Le 20 mai, à l'appel de la mobilisation du colonel COULAUDON, tous les clignotants sont au rouge, le SIPO- SD de Clermont-Ferrand, dirigé par Paul BLUMENKAMP, procède à des infiltrations et des arrestations. Par les interrogatoires, ils sont au courant des noms des "meneurs" et approximativement, de l'organisation des maquis.

Du 4 au 9 juin, un détachement motorisé de la division SS Das Reich sème la terreur sur Aurillac et les environs (jusqu’au abords de Vic-sur-Cère), espérant empêcher les départs massifs pour le Mont-Mouchet ou le réduit de la Truyère.

Le 9 juin, les allemands réquisitionnent l’école du Sacré-Cœur de Saint-Flour, y installent la Kommandantur dans la bibliothèque, la cave à charbon sert de prison. Un détachement de 150 hommes de la Wehrmacht loge dans l’établissement.

Dans l'après-midi, le capitaine SS GEISSLER et tous les membres des SD, SIPO et ORPO de Vichy arrivent au PC opérationnel du général JESSER à Saint-Flour. Les Sanflorins voient arriver une colonne de 30 véhicule de la brigade BATISSIER (30 miliciens, 40 gendarmes de la section d'Ordnungspolizei (ORPO) et 60 hommes du SD de Vichy). A la colonne du SD de GEISSLER s'ajoute celle du PC du général JESSER (12 véhicules dont 2 blindés et une demi-douzaine d'officiers).

Du 08 au 15 juin, la colonne Jesser effectue la « liquidation » du réduite du Mont-Mouchet. Les Allemands attaquent à plusieurs reprises le Mont-Mouchet. Après plusieurs jours de combats, la dernière offensive allemande oblige les maquisards au repli. La plupart d'entre eux rejoignent le Réduit de la Truyère. Les pertes seront énormes, pas moins de 260 maquisards tués, 180 blessés et une centaine d'otages civils fusillés.

Le 11 juin 1944 à Saint-Flour, le capitaine SS Hugo GEISSLER, qui a sa carte de militant au parti nazi depuis 1933, fait arrêter quarante personnes soupçonnées d'être des "partisans-terroristes". Il est accompagné de sa brigade spéciale composée de 22 agents français commandée par un ancien commissaire de police, Georges Jany BATISSIER dit capitaine SCHMIDT, originaire de Moulins.

Murat les 12 et 24 juin 1944

Le matin du lundi 12 Juin 1944 à Murat, Hugo GEISSLER, chef du KDS de Vichy, à la tête d'environ 80 hommes des unités SS et SD et quelques Miliciens, chargés de la lutte contre le maquis de la brigade Jesser, fait fusiller 4 hommes pris à Saint-Flour sur la route à Pignou, juste avant avant Murat.

Une fois dans la ville, des reconnaissances sont conduites dans les environs et au cours de l'une d'elles Antoine BERGAUD et Antoine PORTE sont tués. Pendant ce temps, des membres du SIPO-SD procédent de leur côté à des arrestations et au pillage de plusieurs demeures dont celle de Jean DELPIROU, chef de la Résistance locale.

A 10h30, GEISSLER amene dans une salle de l'Hôtel de Ville,  13 personnes pour interrogatoire dont le Maire, Hector PESCHAUD, Louis et Robert MEYNIEL, secrétaires de Mairie et deux femmes prises à la place de leur époux absents : Mmes ESPALIEU et SAUNIÈRES. Il mène lui-même les auditions, car il parle le français sans accent. La liste des personnes arrêtées démontre que GEISSLER n'ignorait rien de leurs activités.

Prévenus de l'arrivée de l'ennemi par une postière de Murat, les FFI du réduit de Saint-Genès-Champespe (63) envoient à Murat 2 sections (75 maquisards) de la 5ème compagnie du capitaine Paul MAYER "Martin", le groupe de sabotage de la R6 avec Edmond LECLENCHE "Tonio", Louis ROSIER "Cheminant", charles DARSON "Charly", VERNET, VIGIER, ect. aux ordres du commandant Raymond LABAUNE "Irma".

A16h30, postés sur les hauteurs de la ville, dans le virage de Bonnevie,ils mitraillent les Allemands et miliciens en attente sur la place du Balat. L'engagement est d'une extrème violence. GEISSLER, au bruit de la fusillade, sort de la Mairie, où il interrogait des les suspect. Il est abattu sur le seuil. les maquisards investissent la ville. L'un d'eux s'avance sur la place et fait sauter un camion à la grenade puis, profitant de la confusion, les maquisards décrochent sans dommage (1 blessé léger).

L’hauptsturmführer (capitaine SS) Hugo GEISSLER, auteur de tant d'arrestation et de tortures, l'un des 21 chefs régionaux de la Gestapo (SS et SD) en France ainsi que 10 soldats allemands et 6 miliciens sont tués dans l'altercation devant l’Hôtel de Ville.

Après avoir demandé du renfort, 12 otages sont pris à Murat, d'abord conduits hors de la ville, parqués dans un garage vide, puis chargés dans des camionnettes et conduits vers 21h00 à l’hôtel Terminus de St Flour. Ils sont joints à ceux de Saint-Flour ainsi que cinq déserteurs allemands et enfermés dans la grande salle de l’hôtel, soit 53 personnes au total. 3 otages pris à Murat (dont messieurs CHEYROUSE Joseph, PESCHAUD Arsène, et un réfugier de paris) seront parmi les 25 fusillés du pont de Soubizergues.

Pour venger GEISSLER, les membres du SD de Vichy, présents à Saint-Flour, établissent une liste de 25 personnes à exécuter dans la nuit du 13 au 14 juin.

Le 14 juin à 6h15, en représailles, les 25 otages sont fusillés à Soubizergues dont trois Muratais arrêté le 12 juin. Les 28 autres otages sont amenés à Vichy.

Du 16 au 21 juin, la brigade Jesser effectue des opérations de répression dans le Cantal.

Le 18 juin, la brigade Jesser, attaquent notamment le maquis de Mandailles, tuant ou fusillant ceux qui ne parviennent pas à s'échapper.

Le 24 juin, à Murat. Aprés la mort de Geissler, les nazis laissèrent passer 12 jours, pensant que les habitants de Murat avaient fui, ils allaient revenir. Ce 24 juin, dès l’aube, Murat est encerclé ; les Allemands, craignant sans doute  une nouvelle attaque ont pris cette fois leurs précautions. Non seulement ils occupent tous les points stratégiques autour de la ville mais des détachements parcourent les environs. Cette opération est menée par la brigade Jesser avec 200 SS de la légion des Tartares de la Volga.

Dans la ville des patrouilles circulent, On arrête les hommes aux cris de « Papiers ! Mairie ! ».

Une dizaine de maisons sont détruites à la dynamite, 300 personnes contrôlées et 106 muratais, des hommes de 16 à 50 ans, sont conduites au pont Notre Dame, route de Saint-Flour, alignées contre un mur en contrebas de la route. A 17h00, ils sont embarqués dans des camions pour Saint-Flour puis Clermont Ferrand.

Arrivés à Clermont Ferrand dans la nuit du 24 au 25 juin, les 120 Muratais sont internés à la prison allemande située à la caserne du 92ème RI où ils rejoignent les 9 muratais raflés le 12 juin. Le 6 juillet 1944, les 129 muratais sont envoyés vers Compiègne, au camp de Royallieu qui ne sera qu’une étape sur le chemin de l’Allemagne. Le 15 juillet, un train est formé à destination de l’Allemagne. Ils sont 60 par wagon à bestiaux et après trois jours de voyage, le train s’arrête. Ils découvrent le  camp de concentration de Neuengamme, à 25 kms au Sud-est d'Hambourg, un camp de la mort par le travail... 84 d'entre eux ne reviendront jamais à Murat. Contrairement aux instructions la ville ne fut pas rasée. En 1945, 31 rescapés retrouveront leurs familles.

Murat est un des hauts lieux de la déportation en Auvergne, 134 morts ou disparus sur 346 déportés pour l'ensemble du département du Cantal.

7 juillet 1944, lors d’une embuscade dans les gorges du Chavanon près de Bourg-Lastic, le bataillon de reconnaissance AA 1000 perd 22 hommes.

Du 7 au 15 juillet, la colonne Jesser arrive dans le Cantal, occupe Murat et Bort-les-Orgues et opère un ratissage allant de Bourg-Lastic à Combressol, à la recherche du commandant DURET «qui fit le mort » devant le nombre.

Le 9 juillet, 5 convois de la colonne Jesser sont envoyés en représailles en Corrèze, à la suite de l’embuscade du Chavanon le 7 juillet où le commandant d’une compagnie du 95e régiment de sécurité à Ussel et sa colonne furent anéantis par la Résistance (23 morts + 2 prisonniers). Ils installent leur QG à Eygurande et Bourg-Lastic.

13 juillet, un premier convoi de 110 véhicules et 7 canons patrouille en direction de La Courtine, Sornac, Millevaches, Marcy, Gioux, Gentioux, Saint-Merd-la-Breuille, Saint-Oradoux-de-Chirouze.

13 juillet, un second convoi de 74 véhicules et 7 canons ratisse sur Saint-Angel, Meymac, Saint-Merd-les-Oussines, Bugeat, Peyrelevadeet à nouveau Gentioux.

13 juillet toujours, un troisième convoi de 76 véhicules et 2 canons stationne à Ussel puis ratissant très large se dirige vers La Courtine, Magnat-l'Étrange, Eygurande, Bourg-Lastic, Avèze, Herment, Crocq et la Creuse.

14 juillet, une quatrième colonne de la brigade Jesser est signalée partant de Murat en direction de Riom ès Montagne se dirigeant vers la Creuse. Près de Saint-Merd-les-Oussines, trois résistants (Henri CAYET, Pierre ORLUC, Auguste STEIN) de la 238e compagnie FTPF trouvent la mort à Marcy et six des leurs sont déportés. Avant de partir, la brigade Jesser incendie le village.

15 juillet 1944 :

  • à Bourg-Lastic les colonnes font 23 fusillés, 28 déportés.
  • à Verrières les colonnes assassinent 3 résistants (balles dans le dos).
  • le groupement Coqui incendie les villages d’Alleyrat et de La Rochette situés à quelques kilomètres au nord d’Aubusson.
  • accrochage avec la 238e compagnie FTP sur le plateau de Millevaches, qui perd 3 tués et les Allemands environ 20 morts et blessés. En représailles les Allemands incendient le hameau de Marcy et déportent 6 personnes.

Du 13 juillet au 27 juillet, la colonne du colonel Georg COQUI sévit dans la Creuse (La Courtine, Felletin, Aubusson, Royère-de-Vassivière, Pontarion, Bourganeuf), où elle fit une répression féroce.

Répressions dans les environs de Bourganeuf par la brigade Jesser :

16 juillet, Domaine du Mas-Baronnet à Masbaraud-Mérignat, une unité du CFL (Corps Francs de Libération) est faite prisonnière, enfermée dans la tour Zizim puis une dizaine d'hommes sont déportés en Allemagne. le capitaine KLEBER est tué à l'entrée de Bourganeuf.

16 juillet à Vidaillat : Attaque du PC des FFI au château de Courson. Une centaine de prisonniers.

17 juillet toujours à Vidaillat : 10 CFL sont tués au hameau de Cosnat.

17 juillet, le groupement Coqui attaque le Rioublanc à 10km à l’est de Bourganeuf et aurait tué 5 résistants CFL, fait un nombre important de prisonniers qui furent déportés. Une autre version indique que le groupement Coqui attaque le Riou Blanc à 10km à l’est de Bourganeuf et aurait tué 72 résistants, fait 32 prisonniers et récupéré de 50 à 60 tonnes d’armes.

19 juillet, dans le bois de la Croix de la Mine à Saint-Dizier-Leyrenne, des FFI du Cher sont attaqués et perdent 8 morts et 61 déportés.

18-19-20 juillet : le groupement Coqui pousse de fortes reconnaissances en Haute-Vienne et attaque les positions du colonel Guingouin du mont Gargan, dans un triangle Sussac, Sainte-Anne et Domps.

27 juillet, le groupement Coqui attaque Chard où il tue 6 FFI et fait 17 prisonniers qu’il fusille et achève.

27 juillet, à quelques kilomètres de Saint-Rémy (19) un groupe de la colonne Jesser tombe dans une embuscade perdant 2 camions et 16 à 17 tués contre aucune perte de la 2e compagnie de l’AS.

Dans la nuit du 29 au 30 juillet, 75 Tatars désertent les forces allemandes et rejoignent les résistants de l'Armée Secrète. Les Tatars participèrent aux embuscades de la fin août sur la RN 89. Mais devant leur répugnance à ce genre de combat, ils furent mis en réserve. À la libération de la Haute-Corrèze, ils furent regroupés à Tulle. Personne ne sait par la suite ce qu'il advint d'eux.

30 juillet, après l'évasion des Tatars, les Allemands évacuent Meymac et Saint-Angel et mettent en route vers l'est la légion Tatare afin qu'elle échappe à la contagion. Le convoi, de 60 véhicules passe par Ussel, Eygurande où il tombe, 2km plus loin, dans une embuscade. Les FFI ont 1 blessé, les Allemands perdent 1 camion, 1 car et environ 40 tués et blessés. La légion Tatare est ensuite acheminée par Rochefort, Issoire, Le Puy-en-Velay et Saint-Étienne où elle arrive le 4 août.

31 juillet, les forces allemandes opèrent un nouveau nettoyage. Les colonnes sont signalées à Meymac, Ambrugeat, Célestin d'Égletons, Saint-Angel, Combressol, La Chapelle-de-Combressol, Palisse, Lamazière-Basse, Neuvic. Près de Neuvic une section de 4 résistants FTP MOI (armés de 2 pistolets, 1 mitraillette et 1 sans arme) sont surpris par une section allemande. Succombant sous le nombre, les 4 résistants sont tués, mais les allemands perdent 2 tués et 1 blessé.

1er août, devant les accrochages et opérations de guérillas qui se multiplient, les nazis, pensant trouver une « division de terroristes », décident de se replier en Auvergne.

La totalité des troupes de JESSER, légion Azerbaïdjanaise, les quelques éléments Tatars restant, SS et SIPO-SD quittent Ussel en direction de Clermont-Ferrand. 12 véhicules quittent Ussel suivis 2 heures plus tard par le reste du groupement Jesser (64 véhicules dont 4 canons et 3 pièces anti-chars). Ce convoi est assailli au pont du Chavanon et perd en 5 à 6 minutes 3 véhicules et 15 hommes environ. Les FFI n'ont aucune perte. Le soir à Bourg-Lastic la légion Azerbaïdjanaise assassine à la mitraillette 6 personnes.

De début août au 15 août, la brigade est dans le département du Cantal.

12 août, la colonne, d'une centaine de véhicules, avec de l'artillerie tractée, se met en marche depuis Clermont-Ferrand par la RN9 en direction de Murat, en passant par Issoire et Lempdes-sur-Allagnon en subissant plusieurs accrochages avec les FFI.

13 août, la colonne, toujours à la recherche de contacts, détruit, avec l'appui de son aviation, partiellement les villages de Laveissière et Fraisse-haut.

14 août, les Allemands arrivent à Murat.

16 août, la colonne Jesser fait route vers le département de la Corrèze avec mission de récupérer les garnisons allemandes encerclées par les FFI sur l’axe de la RN89.

Les villes de Brive et de Tulle sont libérées par la résistance, la garnison d’Ussel vient de perdre la bataille, la garnison d’Égletons est assiégée par l’AS et les FTP.

17 août, averties du retour de la colonne Jesser, les FFI quittent Ussel pour se placer en embuscade sur la RN89. Les accrochages sont sérieux et nombreux. À 17 heures le général Jesser fait son entrée dans Ussel, totalement vide.

18 août, à 11 heures la colonne Jesser entre dans Égletons et libère la garnison du 194e Régiment de Sécurité, assiégée par les FFI Limousins qui relâchent la tenaille devant cette force supérieure en nombre et en armement.

19 août, ignorant que la garnison de Tulle s’est rendue, la colonne Jesser se dirige sur Tulle, où elle subit des embuscades à la Croix du Bourg et à Seugnac. Afin d’éviter les embuscades la colonne chemine par des routes secondaires par lesquelles elle arrive à Tulle en fin d’après midi.

Apprenant la reddition de la garnison allemande, Jesser menace de brûler la ville. Heureusement, en raison du débarquement de Provence, un ordre de repli immédiat vers l’est, signé Adolf Hitler, est parachuté par un avion.

Le 19 août, vers 22 heures la colonne repart en direction d’Ussel et est accrochée vers Gimel.

Le 20 août, la colonne tombe dans cinq embuscades.

Le 24 août, : la brigade est signalée vers Clermont-Ferrand. Elle libère, en passant par Brioude et Saint-Poncy, la garnison de Saint-Flour assiégée par la Résistance.

Le 27 août, elle fait retraite sur Autun, Dijon et Langres.

En septembre 1944, elle se serait battue dans les Vosges en particulier à Mirecourt.

En janvier 1945, on retrouve des éléments de la brigade avec le général Jesser dans la poche de Colmar.

Les combats du Mont Mouchet

Dès la fin avril, les maquis de toute l'Auvergne gagnent la Margeride. Début juin, ils seront plus de deux mille.

L’opération "Caïman", oeuvre du général BILLOTE, avait prévu le parachutage d’une brigade anglo-canadienne, d’une brigade américaine et d’une centaine d’officiers français pour l’encadrement des maquisards.

L’opération est annulée. Les responsables des forces intérieures maintiennent le rassemblement des maquis.

C’est la bataille du Mont Mouchet.

Concentration des maquis au Mont-Mouchet

Le 1er juin 1944, la BBC transmettait le message personnel suivant : « le coup d’envoi est à 15 heures ».

C’était le signal d’alerte. Dès ce moment, l’on pouvait s’attendre à d’importants événements militaires. Les 2.700 hommes qui avaient rejoint le Mont-Mouchet furent répartis en quinze compagnies, elles-mêmes échelonnées sur un front circulaire de vingt kilomètres.

Lorsque toutes les positions stratégiques du réduit furent occupées par les hommes du maquis, les compagnies qui grossissaient en nombre et en effectif transformèrent les parachutes en tentes et la Margeride en un vaste camp retranché.

Toutes les nuits des hommes veillaient sur l’immense plateau balayé par la bise dans l’attente d’avions amis et de leur chargement d’armes et de matériel.

Les compagnies spécialisées s’étaient installées aux abords du PC, dans les bois de sapins qui entouraient l’unique bâtiment, une maison forestière, immense garage, où le colonel Emile COULAUDON, entouré de son état-major et de la mission interalliée donnait ses ordres et communiquait avec Londres et Alger.

Sur un front d'environ 20 kilomètres sont réparties 15 compagnies de F.F.I.

 

Ordre de bataille

Réduit du Mont-Mouchet, à la date du 1er juin 1944

Effectif : 2 500 hommes

Sous les ordres du colonel Emile COULAUDON "Gaspard", Henry INGRAND "Rouvres", commissaire de la République ; Gabriel MONTPIED "Monique" et Robert HUGUET "Prince", l’un créateur, l’autre organisateur des premiers maquis depuis janvier 1943.

Etat-Major :

Chef d'Etat-Major : colonel Jean GARCIE "Gaston" ; quartier général : commandant Florent RADESCOT "Albert" ; effectifs : capitaine ROSENBERG "Luc" ; renseignements : capitaine Jean CURABET "Duchêne" ; opérations : capitaine VEILLOT "Lenvaux" ; armement : commandant JANTHIAL "Dumas", capitaine HONORE "Sirac" ; transports : commandant Antoine LLORCA "Laurent" (130 hommes) ; service auto : capitaine LALLEMAND "Lamotte" ; réparations : commandant VALETTE "Valy" ; santé : commandant Max-Roger MENUT "Bénévol"

Mission interalliée "Benjoin" :

Major (brit.) Frédérick CARDOZO "Vecteur", capitaine (fr.) Bernard GOUY "Médiane", lieutenant (us) Jacques LEBAIGUE "Spirale", sous-lieutenant (fr.) Jean TROLLET "Somali" ; organisation terrain de parachutage "Plongeon" : capitaine Jean TAVERT "Jean" ; protection Etat-Major : commandant Jean MAZUEL "Judex".

1er Bataillon : commandant André DELORME "Masséna"

  • 1ère compagnie : capitaine Augustin BAPT "Michel" (75 hommes)
  • 2ème compagnie : capitaine Gabriel GENEIX "Eloy" (200 hommes)
  • 3ème compagnie : capitaine Marcel LACHAISE "Marcel" (200 hommes)
  • 4ème compagnie : capitaine Adrien POMMIER "Hoche" (150 hommes)

2ème Bataillon : commandant GUIGNET "Puichanet"

  • 5ème compagnie : capitaine ALIZON "Antoine" (150 hommes)
  • 6ème compagnie : capitaine MICHON "Marquis" (149 hommes)
  • 7ème compagnie : capitaine Paul COUPAT "Paul" (204 hommes)
  • 8ème compagnie : capitaine Joseph STREICHER "José", puis capitaine Antonin LAC "Fred" (150 hommes)

3ème Bataillon : commandant Louis PROUST "Lavenue"

  • 9ème compagnie : capitaine Yves DESSAUX "Yves" (180 hommes)
  • 10ème compagnie : capitaine Frédéric LABOUREUR "André" (187 hommes)
  • 11ème compagnie : capitaine ACKERMANN "Petit" (150 hommes)
  • 12ème compagnie : capitaine Jacques SAMAMA "Dupiol" (150 hommes)

4ème Bataillon : commandant YELLET "Jouannie"

  • 13ème compagnie : capitaine André ROUSSEL "Dédé" (82 hommes)
  • 14ème compagnie : capitaine Emile BERTRAND "Treize" (187 hommes)
  • 15ème compagnie : capitaine Charles BOYER "Charles" (100 hommes)
  • Compagnie de pionniers : commandant Léon MALFREYT "Léo" (70 hommes)
  • Compagnie hors rang : capitaine Maurice DREYFUS "Vincent" (188 hommes)
  • Compagnie de transmission : capitaine MOLINIER "Job"
  • Ravitaillement : capitaine LACQUIT "Lambert"
  • Compagnie de transport, formée par le corps franc Alfred COUTAREL "Bartho", tandis que le parc auto qui comptait près de cinq cents véhicules était dirigé par le commandant Antoine LLORCA "Laurent".

Une tenue de combat fut distribuée à chaque volontaire. Elle comportait : un short kaki, un blouson en cuir marron, une paire de chaussures anglaises, un brassard rouge où se détachaient en blanc un « V » et une croix de Lorraine et en noir un numéro de matricule.

L’armement était le suivant :

  • Par homme : 1 fusil
  • Par groupe : 1 PM (pistolet mitrailleur) pour 3 hommes, 1 FM (fusile mitrailleur) et 30 grenades pour 20 hommes.

Les 9ème, 10ème et 12ème compagnies étaient dotées de mitrailleuses américaines légères et de bazookas.

 

Ordre de bataille

Réduit de Saugues - Venteuges à la date du 1er juin 1944

Effectif : 1 000 hommes

Sous les ordres du commandant Serge ZAPALSKI "Gévolde" et Commandant Georges ARCHER "Antoine" ; adjoint : lieutenant TRONCHERE "Siméon" ; conseiller militaire : lieutenant BOUILLER ; officier renseignements : capitaine COHAILLON "Tailleur" ; réquisition : capitaine Jean MAURIN "Cobra" ; approvisionnement : capitaine CHEMEL, lieutenant PESTRE "Pestrin" ; santé : capitaine O'RELLY, lieutenant MAMAN, aspirant PIALOUX ; prévoté : adjudant BOISSINOT.

Bataillon La Fayette : commandant Serge ZAPALSKI "Gévolde"

  • 31ème compagnie : capitaine Paul COUTEL "Jean-Marie"
  • 32ème compagnie : capitaine TERRASSE "Terrier"
  • 33ème compagnie : capitaine COLLANGE "Nimbus"
  • 34ème compagnie : capitaine DEMOLIN "Rossignol"
  • 35ème compagnie : capitaine BEAUD
  • 36ème compagnie : capitaine GREZE
  • Groupe franc Tarzan : capitaine Benoit JOASSARD "Tarzan"
  • Compagnie Volle : Lucien VOLLE "Lulu"
  • Maquis d'Yssingeaux Y1 - Y2, (partiellement indépendant) : capitaine Georges LEVY "Hulot"
  • Compagnie John : capitaine FRAISSE "John"
Dispositif militaire du Mont Mouchet

Emile Coulaudon "Gaspard"

Henry Ingrand "Rouvres"

Robert Huguet "Prince" 

Max-Roger Menut "Bénévol"

Valette "Valy"

André Delorme "Masséna"

Jean Tavert "Jean"

Rosenberg "Luc"

Jacques Samama "Dupiol"

Frédérick Cardozo  "Vecteur"

Paul Coutel "Jean-Marie"

Benoit Joassard "Tarzan"

Jean Garcie "Gaston"

Gabriel Montpied "Monique"

Jean Mazuel "Judex"

Antoine Llorca "Laurent"

Alfred Coutarel "Bartho"

Jean Curabet "Duchêne"

Adrien Pommier "Hoche"

Antonin Lac "Fred"

Bernard Gouy "Médiane"

Léon Malfreyt "Léo"

Serge Zapalski "Gévolde"

Marcel Lachaise "Marcel"

Dispositif militaire réduit de Venteuges

Attaque allemande du 2 juin 1944

Ostlegion (Légion de l'Est Azerbaïdjanaise)  juin 1944

Le corps-franc "Laurent" du commandant Llorca devant le château de Chamblard à 6 kms du Mont-Mouchet

Marcel Lachaise "Marcel"

Jean Mazuel "Judex"

Le Vicomte

Jacques Samama "Dupiol"

Antoine Llorca "Laurent"

Francisque

Premier combat, première victoire

Le 1er juin 1944, venu de Mende, un bataillon SS progressant par la route Saint-Chély d’Apcher - Paulhac, vient attaquer par le Sud le réduit du Mont-Mouchet. Il est composé d'une trentaine de camion, à bord, trois compagnies de volontaires russes de l'Ostlégion (Azerbaïdjanais) et des miliciens français, environ 500 hommes au total. C'est plus une reconnaissance en force qu'une véritable attaque.

Le Commandement allemand, s'il connait avec précision l'importance numérique du rassemblement du Mont-Mouchet, sous-estime la détermination des maquisards la valeur de l'encadrement et la puissance de feu relative des maquis. Certes, les Résistants ne possèdent ni mortier ni artillerie mais ils disposent d'un nombre suffisant d'armes individuelles et les compagnies constituées sont bien pourvues en mitrailleuse, fusils-mitrailleurs et bazooka.

Le 2 juin 1944, l’attaque est déclenchée à 7 heures du matin, coïncidence ou renseignements, les Allemands ont choisi d'arriver par le Sud, point faible du réduit. Par manque de surveillance et de sonnettes, aucune alerte n'est donnée. Les guetteurs aperçoivent l'ennemi alors que la première vague d'attaque est déjà à mi-pente.

Le capitaine André DELORME "Masséna", commandant le 1er bataillon, a disposé ses compagnies sur les hauteurs en surplomb de la route, en position favorable dans des trous de combat.

Les Allemands se heurtent à la 2ème compagnie du capitaine Gabriel GENEIX "Eloy" qui tient solidement le carrefour de Paulhac et ses abords. Les Allemands attaquent en vain jusqu’à 10 heures, font donner leurs mortiers et plusieurs canons de 25mm. N’arrivant pas à progresser, ils tentent alors de déborder la 2ème compagnie par ses ailes, mais les SS voient leur mouvement enrayé par l’intervention du corps franc des « Truands » du commandant Jean MAZUEL "Judex" et de la 3ème compagnie du capitaine Marcel LACHAISE "Marcel" et de la 11ème compagnie du capitaine ACKERMANN "Petit".

Supérieurs en nombre, les Allemands lancent un nouvel enveloppement pour encercler la 2ème compagnie. Pour les maquisards, la situation est critique.

Vers 15 heures, depuis son PC le colonel GARCIE "Gaston", informé de l'ampleur de l'attaque, donne l’ordre au corps franc "Laurent" du commandant LLORCA, qui accourt du château de Chamblard de prendre les attaquants à revers et à la 12ème compagnie du capitaine Jacques SAMAMA "Dupiol", de contre-attaquer l’ennemi sur son flanc, en l’attaquant d’Est en Ouest.

Truands et maquisards accourent juste à temps pour bloquer l'ennemi et empêcher de peu l'encerclement de leurs camarades. L'arrivée inattendue de LLORCA, sa puissance de feu, sur leur flanc, sème la panique dans les rangs allemands.

Les Allemands refluent, se regroupent tant bien que mal. Mortiers et canons déversent une avalanche d'acier. La plupart des maquisards subissent pour la première fois un matraquage d'obus mais leurs trous sont profonds et bien aménagés. Ils tiennent sans faiblir, s'accrochent à leurs positions. Les Allemands toujours cloués par les armes automatiques, piétinent sans gagner un pouce de terrain.

Enfin vers 18 heures, des fusées s'élèvent dans le ciel, les Allemands ont perdu entre 20 à 30 hommes et battent définitivement en retraite.

Après six heures de violents combats, les SS, embarquant leurs morts et leurs blessés à bord de camions, repartent d'où ils sont venus (Rodez), mitraillant et tuant plusieurs civils au passage.

De notre côté, nos pertes sont légères, au prix de 5 blessés de la 3ème compagnie (dont "Le Vicomte", "Claude" et "Francisque" ce dernier, bléssé à l'abdomène, est opéré avec succès par Henry INGRAND, chirurgien de profession).

Les maquisards viennent de remporter une très belle victoire.

Les dernières consignes

La situation évoluait très rapidement, et trois jours plus tard, le 5 juin 1944, à 21h15, la BBC transmettait les deux messages personnels suivants : « Sa robe a la couleur d’un tapis de billard » et « Ses joues ont la couleur de la pomme d’api ».

Le premier message demandait l’application immédiate du plan « Vert », c’est-à-dire le sabotage des voies de communications, des usines, etc..., tandis que le second, le plan « Rouge », nous donnait l’ordre de passer à l’action militaire.

Le débarquement Allié allait donc se produire cette nuit, puisque le message prévu en cas de contre-ordre : « Rengainez les baïonnettes » n’avait pas été diffusé.

Déclenchement plan "Vert"

Karl Von Rundstedt (1875-1953)

Hugo Wilhelm Geissler (1908-1944)

Fritz Von Brodowski (1886-1944)

Kurt Von Jesser (1890-1950)

 Légion d'Azerbaïdjan

Légion des Tatars de la Volga

Feldgendarmerie

Attaque allemande du 10 juin 1944

Vue aérienne du site du Mont Mouchet

 

Les préparatifs ennemis

L’ennemi ne pouvant rester sur son cuisant échec du 2 juin et s’étant rendu compte de l’importance du réduit du Mont-Mouchet, préleva des effectifs importants sur les cinquante-cinq divisions des armées de l’Ouest de la France. Le maréchal Karl R. G. Von RUNDSTEDT, qui commande le front Ouest « exige l'emploi immédiat et impitoyable de forces importantes », afin de mener des actions de grande envergure avec la plus extrème vigueur et sans méagement. Le foyer d'agitation qui periste dans cette région doit être définitivement éteint, il faut écraser les forces de résistance.

Le 7 juin, le général Frédrich Von BRODOWSKI, commandant l’état-major principal de liaison 588 (HVS 588) de Clermont Ferrand, reçoit un renfort inespéré. Le général commandant de la région France Sud met à sa disposition un Etat-major de régiment et 2 bataillons blindés SS Dass Reich.

Le 9 juin, « Toute circulation automobile est interdite dans les quatre départements : Allier, Puy de Dôme, Haute-Loire, Cantal. Le feu sera ouvert sur tout véhicule circulant ».

Les allemands réquisitionnent l’école du Sacré-Cœur de Saint-Flour, ils y installent la Kommandantur dans la bibliothèque, la cave à charbon sert de prison. Un détachement de 150 hommes de la Wehrmacht loge dans l’établissement.

Dans l'après-midi, le capitaine SS Hugo GEISSLER et tous les membres du SIPO-SD (30 miliciens, 40 gendarmes allemand, et 60 hommes du SD) arrivent au Poste de commandement (PC) opérationnel du général Kurt Von JESSER à Saint Flour. La mise en place des unités de la Wehrmacht pour l’assaut du Mont-Mouchet est terminée avec l'installation du PC. L'ensemble du SD (Service de sécurité) est les équipes spéciales de police restent placés sout le commandement du hauptsturführer Hugo GEISSLER, rataché directement à l'HVS 588, il peut faire intervenir la milice sous son contrôle.

Pendant que les maquisards savourent leur victoire, le commandement allemand et le général Von BRODOWSKI, se prépare à rétablir l’autorité de la puissance occupante. Il prévoit 6 groupes de combat, 4 pour encercler "les bandes", 1 en verrou vers le Malzieu et 1 en réserve à Saint-Flour.

Le général BRODOWSKI envoie des troupes au Puy et à Saint-Flour où la 12e compagnie du 95e régiment motorisé de sécurité arrive le 9 juin au soir ou le 10 au matin. Mais nombre de troupes prévues étant absentes, c’est seulement sur trois axes que vont se développer les attaques du Mont Mouchet le 10 juin 1944.

L’attaque est menée par trois groupements tactiques, d'un total de 1 700 hommes, tous convergeant vers la maison forestièredu Mont-Mouchet, PC du réduit des maquis de la Margeride :

Le Kampfgruppe A : groupement du lieutenant-colonel Helmuth ABEL, 500 hommes, progression vers le Sud et le Sud-ouest, sur l’axe Brioude - Langeac - Pinols.

Il comprend :

Le Kampfgruppe B : groupement du commandant Johann ENSS, 600 hommes, progression vers l'Est, sur l’axe Saint-Flour - Clavières - Paulhac.

Il comprend :

  • 1 bataillon de reconnaissance réservé au 1000e régiment motorisé de sécurité,
  • 1 bataillon de la légion d'Azerbaïdjan
  • 1 batterie d'artillerie du 28ème  bataillon d'artillerie de la 189e division d'infanterie (Brigade Jesser).

Le Kampfgruppe C : groupement du capitaine Rittmeister COELLE, 600 hommes, progression vers l'Ouest venant du Puy en direction de Monistrol et de Saugues.

Il comprend :

  • 1 bataillon de la Légion des Tartares de la Volga,
  • 3 détachements d'intervention motorisés de Feldgendarmerie
  • le reste du 958ème bataillon de Flak (DCA - anti-aériens modifiés en artillerie légère).
  • 1 peloton blindé de reconnaissance
  • 2 escadrilles de Schlachtgeschwader 4 de la Luftwaffe de la base aérienne d'Aulnat.

Saint-Flour voit arriver la 12° compagnie, commandée par le capitaine Edwin DECK, du 95° régiment motorisé de sécurité,

La véritable bataille du Mont-Mouchet allait se dérouler pendant les journées des 10 et 11 juin 1944.

La deuxième bataille du Mont-Mouchet

Le 10 juin 1944, l’attaque ennemi est prononcée suivant 3 axes : du Nord, de l’Est et du Sud-ouest.

De Saint-Flour vers Clavières, une forte colonne allemande de 600 hommes (Kampfgruppe B du commandant ENSS) quitte Saint-Flour vers midi pour attaquer le réduit du Mont Mouchet par le Sud-ouest. La colonne met près de 2 heures pour arriver à Ruynes aux environs de 14 heures. dix habitants sont fusillés dans les rues, dix-neuf autres sont emmenés dans un chemin creux, ils sont invités à s’éloigner et fusillés : seize sont tués, deux se cachent derrière un mur, un troisième tombe dans les herbes hautes et passe pour mort. Ces trois derniers auront la vie sauve.

Les Allemands prennent ensuite la route de Clavières, mais peu après Ruynes, le commandant Johann ENNS détache une partie de ses troupes vers Le Morle et Trailus. Il semble que le commandement se soit vite aperçu de la difficulté de faire avancer la colonne sur la petite route qui monte à Clavières. Le détachement de Trailus incendie trois maisons puis engage le combat avec la 5e compagnie du capitaine ALIZON.

Vers 17 heures, le gros de la troupe allemande entre en contact devant le village de Clavières avec les avant-postes de la 4ème compagnie du capitaine Adrien POMMIER "Hoche", qui tenait bon. Pour prévenir les tirs en provenance des habitations des villages qu’ils traversent, les attaquants lancent des grenades incendiaires dans les maisons.

La 4e compagnie  est postée dans Clavières, elle est rapidement repoussée par l'ennemi qui lance des grenades incendiaires dans les bâtiments, abattent quatre habitants qui n’ont pas fui et en blessent trois ou quatre autres (trente quatre maisons sur quarante huit brulent. Puis la colonne reprend sa marche en avant. À la sortie de Clavières, elle se scinde en deux, une partie oblique vers La Laubie, incendie Les Chazes et La Grane et se heurte autour de La Laubie à la 3e compagnie du capitaine Marcel LACHAISE "Marcel", qui la bloque jusqu’à la nuit.

Le reste de la troupe poursuit sur la route de Paulhac, en direction du Mont Mouchet, elle se heurte à deux compagnies, la 4e compagnie du capitaine Adrien POMMIER "Hoche" et la 9e compagnie du capitaine Yves DESSAUX "Yves". Au cours d’un violent engagement, une vingtaine de maquisards sont tués ou ayant été capturés, ils sont achevés. Une automitrailleuse allemande, sur les deux que compte le détachement, est basculée dans un marécage par un tir de bazooka mais la charge n'explose pas. Depuis Clavières, les attaquants n’ont progressé que de quatre kilomètres.

Les blindés allemands, après bien des efforts, arrivent cependant à franchir les abatis et, payant chèrement l’avance conquise, progressent insensiblement. Toutefois, leur infanterie ne peut suivre cette progression, la 3ème compagnie tenant fermement La Laubie, repousse l’ennemi. La 4ème compagnie prend à revers l’infanterie allemande du Morle et de Machot, où elle occupe une position très forte.

Le détachement de cet axe d’attaque ne peut desserrer l’étreinte de ces trois compagnies. A la nuit tombante, cette colonne fait demi-tour et se replie sur Saint-Flour, laissant Clavières, Lorcières et les fermes isolées de la vallée en flammes.

10 juin 1944, attaque du réduit du Mont Mouchet par le Kampfgruppe B du commandant Johann Enns 

4° cie du capitaine Adrien Pommier au Mont Mouchet

Maison brulée à Clavières

10 juin 1944, attaque par le Kampfgruppe C du capitaine Coelle, du réduit de Venteuges

La 31° compagnie au réduit de Venteuges

Maquis de la Haute-Loire

Corps-francs aux ordres du capitaine Benoit JOASSARD "Tarzan" (3° en haut)

Du Puy vers Saugues, le Kampfgruppe C, commandé par le capitaine COELLE, méne l’attaque avec 3 compagnies de Tatars de la Volga des « volontaires de l’Est ».

Partie du Puy vers 8 heures, la colonne blindée, forte d'une centaine de véhicule, avance lentement en attendant d’être rattrapée par une compagnie du 958e bataillon antiaérien, en tout  600 hommes.

Au PC de Venteuges, Georges ARCHER "Antoine", commandant du réduit, place ses avant-postes sur la route du Puy :

  • A La Vacherie, 1 section de gendarmes bien armés de mitrailleuses et bazookas et 1 groupe de 80 hommes de la 34° compagnie du capitaine DEMOLIN "Rossignol".
  • La 12ème compagnie du capitaine Jacques SAMAMA "Dupiol", stationnée au Château de Chamblard, est mise à disposition du réduit. Il installe la section du lieutenant MASSAIS et celle du lieutenant RAFISTOLE à Salles-Jeunes et 1 section reste à Saugues.
  • Les 31°, 32°, 33°, 34° et 35° compagnies sont prêtent à intervenir dans n'importe quel secteur.

Vers 11 heures, les premiers éléments se portent en avant de La Vacherie et la 33° compagnie du capitaine Lucien COLLANGE occupe les emplacements libérés dans le réduit.

A 12 heures, la colonne allemande passe à Monistrol. A 12h30, sous les ordres de Georges ARCHER, les compagnies de la Haute-Loire (Y1 + Y2, maquis d'Issingeaux du commandant Serge ZAPALSKI "Gévolde") et la 12° compagnie du capitaine Jacques SAMAMA réussissent à contenir l'ennemi à Saugues.

Vers 13 heures, l'ennemi atteint les avant-postes du réduit de Venteuges à La Vachellerie. Le commandant Georges ARCHER "Antoine",  a placé là une section de gendarmes bien armés de mitrailleuses et de bazookas ainsi qu'un groupe de 80 hommes  de la 34° compagnie du capitaine capitaine DEMOLIN "Rossignol". Ils stopent les assaillants mais ceux-ci parviennent cependant jusqu’aux hameaux des Salles-Vieilles et Salles-Jeunes.

Vers 17h00, pris de flanc par la 31e compagnie du capitaine Paul COUTEL "Jean-Marie", ils sont repoussés et abandonnent deux prisonniers, un canon de 20 millimètres et deux camions incendiés.

Vers 19 heures, les attaquants ont 10 morts et se replient sur l'autre rive de l’Allier pour y passer la nuit.

Du Nord vers Pinols, Venant de Langeac, 500 hommes, aux ordres du lieutenant-colonel ABEL, arrivent à Pinols vers 16 heures 30 – 17 heures. Ce sont deux compagnies du 19e régiment S.S. de police de l’ordre et une compagnie du 958e bataillon antiaérien (transformé). Vers 18 heures, ils sont aux « Quatre Routes » (carrefours des routes Pinols, Védrines, Le Mont-Mouchet).

Les « Truands », 32 volontaires, commandés par le lieutenant Gilbert MALAISE "Fred" et quelques jeunes Aurillacois, les attendent depuis le début de l’après-midi. Ils attaquent l'ennemi à la grenade Gammon et l'arrêtent pendant plusieurs heures, faisant sauter 16 véhicules. Le combat dure plus de deux heures mais les assaillants sont plus nombreux, aguerris, il ne s’agit pas de volontaires de l’Est, les « Truands » perdent 20 à 22 hommes.

A peine contenu au carrefour des « Quatre Routes », 2 compagnies (la 10ème compagnie du capitaine Frédéric LABOUREUR "André" et la 14ème compagnie du capitaine Emile BERTRAND "Treize"), interviennent et bloquent l'avance ennemi.

A l’approche de la nuit, semblant redouter la surprise d’une contre-attaque dans une région qu’il connait fort mal, il se replie et les Allemands passent la nuit à Pinols.

10 juin 1944, attaque du réduit du Mont Mouchet par le Kampfgruppe A du lieutenant-colonel Helmuth Abel

Réorganisation

Le PC, trop menacé à la maison forestière du Mont Mouchet, effectue dans la nuit, un repli de quelques kilomètres jusqu'à « l’épingle à cheveux » que trace au Nord-ouest d'Auzenc la route Ruynes - Paulhac.

Le service de renseignement de l’état-major des FFI s’attend à une contre-attaque allemande dans les 48 heures, l’ennemi ayant reçu des renforts importants, dans la nuit du 10 au 11 juin 200 camions sont signalés venant de Clermont Ferrand avec environ 4 000 hommes de la brigade JESSER.

Le colonel Emile COULAUDON (Gaspard) charge le colonel Jean GARCIE "Gaston" de se rendre à Fridefont, PC du réduit de la Truyère, pour demander au colonel Charles MONDANGE "Thomas" de quitter le 11 juin, à 2 heures du matin, ce réduit en direction de Clavières avec l’effectif d’un bataillon et d’attaquer par Lorcières, l’ennemi sur son flanc droit.

Pendant ce temps, l’Etat-major des FFI d’Auvergne, réuni à « l’épingle à cheveux », décidait d’opérer conformément aux règles de la guérilla un glissement en deux temps vers le réduit de la Truyère puis vers le Lioran où se trouvent des renforts d’hommes frais, d’armes et de munitions. Le matériel commence à être évacué par la route de La Croix-du-Faux - Le Malzieu, qui était demeurée libre. Cela continuera pendant toute la nuit du 11 au 12 juin.

Afin de protéger le col de la Croix du Fau, la 2° compagnie prend position sur le Montgrand au Sud-est du col. Tous les combattants attendent dans la nuit du parachutage massif de matériel et de munitions mais, en vain.

Le lieutenant-colonel GARCIE fait demander au colonel MONDANGE, dans l'après-midi du 10 juin, de se porter à la tombée de la nuit par Faverolles et Chaliers, vers Pratlong pour prendre à revers la formation allemande de Clavières. Le colonel MONDANGE  débarque 300 hommes à Pratlong le 11 juin, à 5 heures. Conformément aux instructions reçues, la 26° compagnie pousse en formation de combat sur Clavières, la 27° sur Lorcières avec ordres d'attaque mais la contre-attaque tombe dans le vide créé par le repli allemand.

2 compagnies prélevées sur au Nord-Ouest du réduit du Mont Mouchet se groupent dans les ravins de Trailus pour attaquer sur l'axe Trailus - Le Morle - Clavières. Le colonel MONDANGE se rend alors à la Croix du Fau où il rencontre les colonel COULAUDON et GARCIE . L'attaque de la veille les incite à envisager un repli sur le réduit de Chaudes-Aigues.

Les compagnies sont prévenues de leur côté, dès le 11 juin au matin, d’avoir à se préparer à décrocher à travers bois, chacune ayant un nouveau point fixe à rejoindre.

 

Maison forestière du Mont-Mouchet, emplacement de l'Etat-major du colonel Garcie "Gaston"

 Corps-franc "Eloy", de gauche à droite : capitaine Lérable, lieutenant Grillon, les commandants René et Mareuge

 

Glacis autour du Mont Mouchet

 

La Wehrmacht attaque pour la troisième fois à l'aube du 11 juin 1944

 

 11 juin 1944, attaque allemande du réduit du Mont Mouchet par les 3 kampfgrouppes A, B et C, renforcés.

Auguste Ostertag "Aguste"

Marcel Ray "Danton"

Bombardier Heinkel

Artilleurs allemands en batterie aux environs du mont mouchet

Groupe de la 31° compagnie

 

La ferme du Gastier entre le Crepau et la Pane après les combats de juin 1944

Clavières en ruines

Le PC de la maison foretière du Mont Mouchet bombardé le 11 juin 1944

 Maison forestière du Mont Mouchet après les combats du 11 juin 1944

 

 

11 juin 1944, vers 6 heures du matin les Allemands franchissent l'Allier et s'engagent sur la route de Saugues, les Tartares de la Volga engagent quelques tirs avec les avant-postes du réduit de Venteuges.

Il est donc plus question d’opérer un décrochage sous cette contre-attaque qui transformerait le mouvement en fuite. Ordre est donc donné à toutes les compagnies « de tenir », le mouvement de repli étant remis à la nuit.

La troisième bataille de la Margeride commence avec une violence inouie. Vers Clavières et Lorcières la fusillade crépite et tonne le canon. La 26° compagnie du Auguste OSTERTAG "Aguste" et la 27° compagnie du capitaine André GARREL "Fontaine" formées de jeunes du Cantal accueillent les attaquants d'un feu nourri.

L'assaut de ce dimanche 11 juin 1944 est lancé par des unités allemandes renforcées d'artillerie et appuyées de bombardiers légers Heinkel. Le 1000° régiment motorisé de sécurité est engagé en totalité.

Un violent combat s'engage dans Clavières, la bataille de rues fait rage pendant trois heures, de maison à maison. A plusieurs reprises le corps-franc "Eloy" dégage les 26° et 27° compagnies, puis le décrochage s'exécute en ordre, mais sont tombés 66 jeunes FFI.

Vers 14h00, la formation allemande sort de Clavières et se dirige vers le Mont Mouchet et s'oppose maintenant à la 4° compagnie. Prise à partie par une artillerie efficace, elle est durement éprouvée, perd une quarantaine de combattants et doit abondonner ses emplacements.

La 3° compagnie contient la pression ennemi malgré un violent bombardement de mortiers. Elle décroche sur ordre vers 17h00 pour rejoindre le réduit de la Truyère par le Malzieu.

La 9° compagnie, accrochée à son tour, sacrifie sa section d'engins, les servants de bazooka endommagent de nombreux véhicules ennemis et freinent ainsi l'inexorable avance. Mais ils se font tuer sur place. L'adversaire déborde alors les glacis si meurtriers pour lui et repousse peu à peu la 9° compagnie vers le Sud.

La 8° compagnie de Joseph STREICHER a reçu à midi l'ordre de protéger le repli des 4° et 14° compagnies à partir des crêtes au Nord de Clavières.  Elle rempli sa mission  et, à la tombée de la nuit, part pour le cirque de Mallet où elle arrive le 13 juin.

L'action des compagnies, chargées de la défense à l'Ouest, a été efficace puisque le lieutenant JANCKE, officier opérations au PC du général JESSER, avise les groupements chargés de s'emparer du Mont Mouchet : « groupement ENSS stoppé le 11 juin à 13h35 à 2 kilomètres au Nord-est de Clavières, très forte résistance ».

Les compagnies de la face Nord du réduit font face avec la même détermination. Les mitrailleuses de la 10° compagnie du capitaine Frédéric LABOUREUR font merveille au Crépoux. Montant en rang serrés plusieurs dizaines d'Allemands sont décimés.

Marcel RAY "Danton" attaque les colonnes allemandes aux « Quatre Routes ». Submergé avec ses trente « Truands », il décroche vers la Font du Faux. La 14° compagnie du capitaine Emile BERTRAND inflige de lourdes pertes à l'ennemi au Sud du carrefour de Pinols, dans ce village, onze hommes sont fusillés et deux maisons incendiées. Ils décrochent vers 16 heures.

Les 15°, 7° et 5° compagnies luttent avec la même ardeur. Marcel RAY "Danton" chef des "Truand" tombe en donnant, avec quelques hommes, l'assaut à une unité allemande.

L'attaque allemande se développe, appuyée par des tirs d'artillerie et des bombardements aériens. La 14° compagnie fortement malmenée, fait retraite vers l'Est.

A 19 heures, au Mont Mouchet, la situation est critique. Les blindés venant de Ruynes se trouvent à quelques kilomètres du PC, tandis qu'au Nord, ils ont franchi le carrefour de Pinols et atteint Le Gastier, où ils sont aux prises avec les 10°, 8° et 15° compagnies. La progression allemande s'accentue.

L'ennemi occupe Le Gastier débordant la 10° compagnie. A l'Ouest, les patrouilles blindées avancent lentement vers le PC, tandis que chaque compagnie se replie en combattant. La 4° compagnie a capturée trois officiers allemands, détruit un char et infligée d'importantes pertes : 20 morts et 20 blessés. Mais l'avance allemande se poursuit en direction de « l'épingle à cheveux », où c'est replié le PC du réduit.

A l'Est, aucune troupe ne réussit à franchir les défense du réduit de Venteuges. Georges ARCHER à reçu l'ordre de tenir jusqu'à la nuit.

Paulhac n'est plus qu'un immense brasier allumé par les troupes allemandes. Le réduit de Venteuges est isolé du Mont Mouchet et coupé de l'Ouest où se trouve le colonel GARCIE. Une réunion au PC bataillon décide du repli général du réduit de Venteuges vers la Lozère. Sous les ordres de Serge ZAPALSKI, les 1200 hommes du bataillon Lafayette, évacuent le réduit vers Brioude et vers la forêt de Mercoire en Lozère. Les Allemands, surpris se replient également sur Monistrol, laissant leur aviation le soin d'attaquer les colonnes des compagnies et le convoi sur la route de d'Esplantas. Vers 23 heures l'évacuation est terminée, inquiets, les Allemands n'investissent pas Saugues.

La situation des maquisards s'aggrave, mais les compagnies soucieuses d'attendre la nuit, font payer cher le terrain conquis. La 9° compagnie déplore 16 tués ou disparus, les compagnies les plus éprouvées sont celles qui tiennent l'axe Pinols - Mont Mouchet.

Les colonnes blindées allemandes progressent au centre du dispositif et atteignent le PC à 19 heures. Le Mont-Mouchet est sous le feu des canons qui s’acharnent sur la maison forestière évacuée depuis le matin. Tout le matériel est sauvé. Les compagnies qui avaient tenu leurs positions se replient dans la nuit sur les points prévus où elles se reformeront. Le commandement allemand commet l'heureuse erreur de laisser libre la route du Sud.

A 22 heures, les colonels Emile COULAUDON "Gaspard" et Jean GARCIE "Gaston", les commandants Léon MALFREYT "Léo" et André DELORME "Masséna", quittent les derniers le réduit du Mont-Mouchet. La bataille du Mont Mouchet est terminée.

Du côté français, Le corps franc des « Truands », le bataillon du colonel THOMAS, la 14ème et la 3ème compagnie sont les plus éprouvés et nous dénombrons 160 morts et 80 blessés environ. Mais l’ennemi à 200 morts et 100 blessés.

L'axe général de retraite passe par la Croix du Faux, Julianges, les Gorges de la Truyère, la Garde, le pont de Mallet, Fridefont. La Nationale 9 n'est pas patrouillé par les Allemands, c'est donc par le Malzieu que depuis l'après-midi s'écoulent les colonnes de voitures du réduit. De là elles gagnent Chaudes-Aigues.

A l'Etat-major de Saint Flour, le commandement allemand ne réagit pas au mouvement de repli,  le suit mal, et n'en saisit pas l'ampleur. En effet, les ordres du général JESSER, pour la journée du 12 juin, sont ceux d'une attaque à deux groupements, le troisième restant en bouclage :

« COELLE : rester en position sur l'Allier le 12 juin - faire des reconnaissances, harceler l'ennemi - groupement ENSS et ABEL continueront leur progression - ravitaillement en munitions à effectuer à partir du dépot du Puy.

ENSS : rester au contact de l'ennemi - si situation l'exige, stopper progression mais seulement en cas d'absolue nécessité - ordre d'opérations pour journée du 12 juin reste valable - établir liaison avec groupement ABEL au Mont Mouchet, 2 compagnies de Feldgendarmerie actuellement à Saint Flour lui sont envoyées en renfort ».

Le 12 juin, les Allemands attaquent en force sur l'ensemble du réduit ... et ne rencontre que le vide. Il ne leur reste plus qu'à piller tout ce qu'ils peuvent trouver : matériel, vivres, bétaille...

Le général Von BRODOWSKI, s'il est maître du terrain, admet implitement l'échec de l'opération : « Il n'a pas été possible d'empêcher, la plus grande partie des bandes, de s'enfuir ».

Ce fut pour l’état-major de la Wehrmacht, finalement, une véritable « journée de dupes ».

 
 Ordre du jour du colonel COULAUDON le 15 juin 1944

Le 15 juin 1944, le colonel COULAUDON "Gaspard", chef de la Résistance d’Auvergne, adressait aux officiers, sous-officiers et soldats de la division volontaire des FFI d’Auvergne l’ordre du Jour suivant :

«  Chers Camarades, 

» Au lendemain des premiers combats pour la libération de notre territoire, je tiens à vous faire un bref exposé de la situation.

» Je vous rappelle d’abord le bilan des trois premières batailles :

» Le 2 juin, attaque des Allemands : 700 SS venant de Mende montent à l’assaut de nos positions. La 2ème compagnie subit le premier choc à elle seule mais se défend admirablement. La 3ème compagnie vient l’appuyer ; les Truands empêchent l’enveloppement sur la gauche, et enfin le groupe LAURENT intervient magnifiquement avec la 12ème compagnie sur les revers de l’ennemi, jetant la plus grande panique chez celui-ci, qui se retire en abandonnant ses morts. L’adversaire a perdu plus de 100 hommes et avec eux la première bataille de la Margeride. Nous avons 3 blessés légers.

» Le 10 juin, après de longs préparatifs, contre-attaque allemande sérieuse avec blindés, canons et à peu près la valeur d’une division comme effectif. But : gagner à tout prix le Mont-Mouchet et anéantir l’EM des FFI. Les colonnes blindées montent sur Clavières, où 68 véhicules sont arrêtés par la 4ème et sur Saugues où les compagnies de la Haute-Loire et la 12ème arrêtent également plus de 100 véhicules. Des deux côtés la batailles fait rage. Les Truands font eux aussi merveilles, soutenant vers Pinols, à 34, un combat contre une colonne entière ; et au soir, pour la deuxième fois, les boches se retirent avec plusieurs centaines de morts, abandonnant trois canons à Saugues, une auto-mitrailleuse à Clavières, un nombreux matériels. Chez nous, une quarantaine de morts à la 3ème compagnie où l’ennemi a achevé 9 blessés, et chez les Truands dont la résistance héroïque a coûté la vie à 25 d’entre eux.

» Pourtant, il faut s’attendre à la contre-attaque allemande sous 48 heures. L’ennemi reçoit des renforts importants. Nos munitions sont épuisées. Le 10, il nous apparait difficile de tenir une journée entière encore sans sacrifices inutiles. Aussi, le matin du 11, l’état-major décide d’opérer un glissement vers le réduit voisin où nous trouverons des renforts d’hommes frais, armes et munitions encore intactes, déroutant du même coup les prévisions allemandes.

» Le matériel est donc évacué méthodiquement dès le matin, les compagnies sont prévenues d’avoir à se préparer au décrochage, chacune ayant un nouveau point fixé à rallier. A 9 heures, tout laisse présager une réalisation parfaite du plan. Mais à ce moment-là, les blindés allemands, repliés la veille à plus de 20 kilomètres reviennent à l’attaque.

» Une unité attaquée doit renoncer provisoirement au décrochage. La troisième bataille de la Margeride est commencée avec une violence inouïe. Les boches attaquent sur Clavières et Lorcières, faisant donner tour à tour artillerie et blindés.

» Toutes les compagnies engagées se défendent avec ardeur et contiennent les Allemands aussi bien à Pinols, à Saugues que vers Clavières.

» L’artillerie ennemie appuie l’attaque et aide à une avance qui ne pourrait se faire à égalité d’armement. A 16 heures, plus d’une division allemande est engagée. Les effectifs boches sont quatre fois supérieurs aux nôtres. Plusieurs de nos compagnies n’ont presque plus de munitions. A partir de 19 heures, le Mont-Mouchet est sous le feu des canons qui s’acharnent sur un PC évacué depuis le matin. Tout le matériel est sauvé. Toutes les compagnies qui ont tenu leurs positions se replieront dans la nuit sur les points prévus où elles se reformeront.

» Nous avons seulement 150 morts au total et une centaine de blessés, grâce à la manœuvre réalisée.

» Par contre, l’ennemi a plus de 1.400 morts et plus de 1.700 blessés, de nombreux camions ayant été le matin stoppés par les bazookas et ayant été détruits.

» C’est la troisième victoire de la Margeride démontrant que des troupes intérieures en nombre et en matériel peuvent, lorsqu’elles ont un idéal, tenir tête à l’ennemi avec Gloire et Honneur.

» Et maintenant ?

» Toutes nos compagnies terminent leur regroupement.

» L’Allemand n’ose plus attaquer, les soldats ne marchent plus !

» Notre infériorité en matériel n’existe plus. Depuis deux nuits, la RAF nous a parachuté des tonnes d’armes et de munitions ; les effectifs du Mont-Mouchet ont doublé.

» Partout en France, la guérilla fait rage, immobilisant les unités allemandes déjà gênées par les coupures des routes et des voies ferrées.

» La défaite d’HITLER et de ses brutes va être consommée.

» Les FFI d’Auvergne vont bientôt attaquer à fond pour précipiter cette défaite et libérer nos villes.

» Camarades, à la veille de la Victoire, recueillez-vous.

» Pensez à notre lutte menée depuis quatre ans contre la Gestapo, contre la Wehrmacht, contre la Milice du traitre DARNAND, contre la clique de PETAIN et de LAVAL.

» Pensez à nos camarades morts dans la lutte clandestine de tous les jours, de toutes les nuits, à ceux torturés par les bourreaux de la Gestapo, à ceux déportés en Allemagne ou dans les camps de concentration.

» Pensez à ceux des FFI tombés les 10 et 11 juin au Mont-Mouchet.

» Dans tout cela, c’est la Résistance, c’est le désir exacerbé de chasser le boche exécré et infâme, c’est la volonté du peuple de châtier les traitres et de rétablir en France un régime de Liberté qui se sont exprimés. Dans quelques jours, nous descendrons sur les villes. Rien n’arrêtera la marée humaine qui déferlera des Montagnes d’Auvergne. Nous serons vainqueurs, nous serons vengés et la IVème République pourra être fière des luttes menées et des sacrifices consentis par ses enfants ».

(Cet ordre du jour fut inséré dans le n° 6 du « MUR clandestin », imprimé au maquis dans les bruyères de Saint-Martial).

De son côté, Radio-Vichy, par la voix de Philippe HENRIOT, annonçait au lendemain du Mont-Mouchet, l’anéantissement complet de la Résistance d’Auvergne et de son état-major, 6.000 tués, disait-il, et dans les milieux collaborateurs de Clermont-Ferrand, l’on apprenait presque avec satisfaction les nouvelles terribles qui venaient du Cantal : « 10.000 FFI ont été exterminés... les Allemands sont les grands vainqueurs... ».

Le réduit de la Truyère

Depuis le 10 avril 1944, est implanté dans le Cantal, dans la commune de Deux-Verges au sud de Chaudes-Aigues, le maquis MUR « Revanche » formé d’anciens militaires.

Il est l’un des premiers maquis du Cantal, composé de sous-officiers et d’hommes du rang qui, après la dissolution en novembre 1942 de l’armée d’armistice, avaient été maintenus dans la 4e compagnie des travailleurs pour les transmissions.

Trois sous-officiers de cette compagnie avaient pris contact avec la Résistance de Chaudes-Aigues (M. Henri FOURNIER, chef cantonal des MUR et André LACOSTE puis avec René AMARGER, chef des MUR de St-Flour) le 27 septembre 1943, et, le 9 octobre 1943, était créé le maquis « Revanche » (40 hommes) implanté à Maurines.

« Revanche » a comme mission d’organiser un réduit et de l’encadrer. Les premiers volontaires arrivent aux Deux-Verges peu avant le 26 avril, mais c’est à partir du 28 que le mouvement va prendre toute son ampleur. Toutes les nuits, pendant plus d’un mois les camions du groupe Revanche vont chercher les volontaires (sédentaires ; ou maquis), regroupés dans les maquis relais des Cheires de Pontgibaud (Puy de Dôme) et de Vins Haut près d’Ardes-sur-Couze, dans le même département, et les intègrent dans les trois compagnies en formation qui progressivement s’organisent. Son territoire est soigneusement délimité au Nord et à l’Ouest jusqu’au Pont de Lanau par les gorges de la Truyère, à l’Est par celles du Bès, vallée sauvage aux pentes abruptes. Au Sud par la RN 921 de Fournels à Chaudes-Aigues, il affecte donc la forme d’un triangle équilatéral dont le sommet serait le confluent des deux rivières.

Prévu pour recevoir l’effectif de cinq bataillons ce réduit a pour mission d’intervenir éventuellement en direction de celui du Mont-Mouchet et de monter des embuscades sur les nationales RN9 et 921. L’ensemble représente un périmètre de 45 km.

Le PC s’installera dès le 20 mai à la mairie de Fridefont où le colonel d’active Charles MONDANGE "Thomas" en est le responsable militaire, le commandant Henri FOURNIER, des MUR, le responsable civil.

Le 24 mai 1944, le retranchement de Deux-Verges ayant été jugé trop étroit et insuffisant pour y loger les 3.000 hommes prévus par le plan Koenig, le groupe « Revanche » et la 21ème compagnie du capitaine Jean BERNHEIM "Bernet" se déplacèrent vers la Truyère, c’est-à-dire au Nord, conformément aux ordres du colonel Emile COULAUDON "Gaspard", chef de la Résistance d’Auvergne.

 Construction d'une cabanne par le maquis Revanche

 

Groupe Revanche à Saint Martial


 

Ordre de bataille

réduit de la Truyère, à la date du 10 juin 1944

Effectif : 1 500 hommes

Le PC du nouveau centre de résistance s’installa dans la mairie de Fridefont.

Etat-Major :

Chef d'Etat-Major :commandant Henri FOURNIER "Tito" ; conseiller militaire : colonel MONDANGE "Thomas" ; effectifs et commandant la place : commandant HOAREAU "Christian" ; renseignements : capitaine Gilles LEVY "Gilles" ; opérations : commandant FRANOUX "Béranger" ; logistique : commandant LACOSTE "Dites", lieutenant DURAND "Hurricane" ; santé : capitaine ALCALAY "Toubib" ; aumonerie : abbé JUHLES "Jules".

Mission interalliée "Freelance" : capitaine (brit.) FARMER "Hubert", lieutenant (austr.) Nancy FIOCCA-WAKE "Andrée", Capitaine (brit.) RAKE "Denis". La mission "Freelance" du SOE du capitaine John FARMER assure les liaisons avec Londres. Elle dispose de cinq terrains de parachutage situés non loin de Jabrun et du Pont Rouge, qui recevront du 1er au 19 juin, 150 containers et 163 colis.

Les 1.500 hommes qui avaient rejoint le réduit de la Truyère furent répartis en 14 compagnies échelonnées sur un front circulaire de 45 kms.

Il avait été convenu entre le colonel COULAUDON "Gaspard" et le colonel Charles MONDANGES "Thomas" de numéroter de 1 à 20 les compagnies du Mont-Mouchet et de 21 à 40 celles de la Tuyère. La dernière arrivée à Fridefont portera le numéro 35.

  • 21ème compagnie : capitaine Jean BERNHEIM "Bernet"
  • 22ème compagnie : capitaine Victor MICHON "de Chevigny"
  • 23ème compagnie : capitaine Adolph GOI "Denis"
  • 24ème compagnie : est devenue la 21ème compagnie
  • 25ème compagnie : capitaine HIRSCH "Humbert"
  • 26ème compagnie : capitaine Auguste OSTERTAG "Aguste"
  • 27ème compagnie : capitaine André GARREL "Fontaine"
  • 28ème compagnie : capitaine Pierre JUNQUET
  • 29ème compagnie : capitaine Paul MALASSAGNE "Guy"
  • 30ème compagnie : capitaine DELACHE "Rémy"
  • 31ème compagnie : capitaine Jacques MOREAU
  • 32ème compagnie : capitaine Albert COMBROUSE "Bébert"
  • 33ème compagnie : capitaine RIGAL "André"
  • 34ème compagnie : capitaine Jean RODDE
  • 35ème compagnie : capitaine Jean MEYNIEL "Sphynx"
  • Le groupe « Revanche » : capitaine Albert MENCARELLI "Marius"
  • Groupement d'intervention rapide : commandant Henri CREVON "Pasteur" (21ème, 22ème et 23ème compagnies).
  • Corps franc du réduit : capitaine MANCARELLI "Marius"
  • Réception parachutage terrain "Veilleuse" : lieutenant LADOUMEGUE

L’infanterie du réduit était installée dans une ferme de la Brugeire.

Le parc auto comprenait :

  • 5 motos
  • 10 tractions avant
  • 60 camions
  • 2 ambulances.

A partir du 12 juin, l'ensemble du dispositif est entièrement remanié avec l'arrivée des unités du Mont Mouchet, l'effectif s'élève désormais à 4 500 hommes, le PC est déplacé à Saint Martial.

Un bastion pas si imprenable

Le réduit de la Truyère occupe l'emplacemst, au Nord-ouest et au Sud-ouest, trois valleent naturellement protégé d'un des premiers maquis d'Auvergne. A l'Est, au Mord-ouest et au Sud-ouest, trois vallées encaissées constituent des coupures profondes, difficilement franchissables : le Bès, la Truyère et le Lévandes. Au Sud, des reliefs permettent d'établir des positions défensives solides, capables de résister efficacement à des assaut d'infanterie.

Les colonels COULAUDON et GARCIE installent leur PC à Saint-Martial, le périmètre du réduit, long d'une quarantaine de kilomètres, englobe, Saint-Juéry, Deux-Verges, le Pont Rouge, Espinasse, le Pont de Lanau, Fridefont et Maurines.

Dès le 12 juin au matin, la petite station thermale de Chaudes-Aigues est totalement envahie par les forces du maquis qui ont décroché au cours de la nuit du Mont-Mouchet. Environ 4 500 hommes se trouvent rassemblés dan le réduit. C'est à la fois beaucoup et très peu, étant donné l'importance de la zone à défendre, face à de puissantes attaques locales.

L’établissement thermale est transformé en hôpital provisoire et l’on peut voir des files interminables de véhicules circuler sur l’artère principale.

Du 14 au 18 juin, chaque nuit, des avions britanniques, derversseront des tonnes d'armes, de munitions, de matériels et de vivres sur le terrain de parachutage "Veilleuse".

Réorganisé en 21 compagnies, dont 2 mobiles, les maquisards possèdent un moral d'acier. Les combats du Mont Mouchet, finalement, ont entraîné peu de pertes. Non seulement, ils ont aguerri les hommes mais ils leur ont prouvé qu'ils étaient capables de résister victorieusement aux Allemands.

Pendant une semaine, une région encore plus vaste est entièrement contrôlée et des embuscades sont de nouveau quotidiennement tendues à l’ennemi. Notamment le 14 juin à Garabit, un élément de l’Ostlegion tombe dans une embuscade tendue par la 23e compagnie du capitaine Adolph GOI "Denis", qui fait 8 prisonniers dont 3 officiers.

Le 18 juin 1944, les résistants d'Auvergne décident de célébrer avec solennité le quatrième anniversaire de l'Appel du général de Gaulle. Ce jour là, le petit village de Saint-Martial est le théatre d'une extraordinaire cérémonie. Devant tous les habitants de ce village, qui sera bientôt transformé en brasier par les bombardements ennemis, se déroule une prise d'armes dont chacun se souviendra. Henri INGRAND, commissaire de la République prend le premier la parole; Il rappelle ce que fut l'appel du 18 juin, évoque les premiers Français libres qui, sur le sol anglais, ont repris les armes pour libérer la Patrie et qui, aujourd'hui, aux côtés des Américains, des Anglais, des Canadiens et de beaucoup d'autres soldats de toutes nationalités, luttent pour mettre hors d'état de nuire le nazisme.

Après lui le colonel "Gaspard prend la parole, « Bientôt, nous descendrons sur les villes, et la mort de nos camarades sera vengée par la libération de notre pays et la défaite irrémédiable des troupes allemandes ».

C'est alors le défilé, impécable, des FFI. Une section des truands s'avance au pas cadencé, ces durs à cuire, ce jour là, ne cachent pas leur émotion. Dans les combats du Mont Mouchet, ils ont perdu quelques-uns de leurs compagnons : "Danton", "Spada", "Fred"...

 

 
 

Dès le 15 juin, le réduit est localisé par l’ennemi. Le journal de guerre du 588e état-major principal de la Wehrmacht note : « Vastes concentrations de terroristes vers Chaudes-Aigues - Cantal... ».

Le 66° corps allemand ordonne la liquidation des « bandes terroristes de Chaudes-Aigues ».

Le 16 juin, le général Von BRODOWSKI fait établir un plan d'opérations contre le réduit. Il en confie l'exécution au général JESSER, qui commence aussitôt à rameuter ses unités disperssées après la prise du Mont Mouchet.

Le 18 juin, la brigade Jesser, attaquent le maquis de Mandailles, tuant ou fusillant ceux qui ne parviennent pas à s'échapper.

Le 20 juin, l'attaque du réduit de la Truyère doit se développer sur 4 axes avec trois groupements tactiques renforcés d’un appui d’artillerie et aérien :

Le 1000e régiment d’infanterie motorisé :
  • Par le au Nord-ouest, objectif Chaudes-Aigues, par le pont de Tréboul, Lieutadès, le Pont-Rouge, le Couffour.
  • Par le Sud, objectif Anterrieux, par les Chaldettes, Saint-Rémy, la Barre de Fer.
La Légion azerbaïdjanaise :
  • Par à l’Est, objectif Maurines, par Saint-Chély-d'Apcher, Saint-Juéry.
La légion des Tatars de la Volga :
  • Par le au Nord-est, objectif Fridefont, par Faverolles, Auriac, Mallet.

Le 17 juin, des reconnaissances aériennes leurs confirment « d’importants rassemblements région de Chaudes-Aigues... ».

Ce même jour, commence des mouvements de troupes allemandes « pour l’opération contre le centre de "bandes" de Chaudes-Aigues... ».

Le 18 juin, le journal de guerre de l’état-major principal de liaison 588 précise « une action est en préparation sur Chaudes-Aigues ».

Instruits par la détermination farouche qui les a fait reculer au Mont Mouchet, les Allemands prévoient un appui massif de leur artillerie et de leur aviation.

Le 19 juin, signes précurseurs qui ne trompent pas, des avions de reconnaissance survolent le réduit pour en photographier les défenses.

La bataille de la Truyère

Les 20 et 21 juin, le réduit est attaqué avec une violence encore plus accrue en combinant l’action convergente de trois groupements tactiques renforcés d’artillerie et d’un appui aérien.

Les Allemands attaquent le 20 juin au matin. Des combats d'une rare violence opposent les maquisards aux éléments de choc de la brigade Jesser.

Le 20 juin au matin débute la bataille de la Truyère :

A 07 heures 15, la Légion des Tartares de la Volga, après avoir occupée le village d’Auriac, près de Faverolles, y installe des canons de 77mm et 105mm et bombarde violement Fridefont par-dessus le cirque de Mallet.

Les avions allemands en rase-mottes lancent des bombes incendiaires sur les principaux objectifs du maquis. L’attaque se fait surtout sentir sur les deux points principaux, à l’Ouest et au Sud du réduit.

La 12ème Compagnie est assez rapidement enfoncée au pont du Mallet.

Devant Fridefont, malgré le matraquage de l'artillerie qui déverse une pluie d'obus et en dépit du pilonnage de l'aviation, les compagnies tiennent bon. Durant toute la matinée, tout au long de l'après-midi, l'ennemi bute sur une résistance opiniâtre sans parvenir à entamer le dispositif français.

D'autres forces allemandes viennent depuis Saint-Chély, se heurtent à des éléments de la 7° compagnie en avant poste à Saint-Juéry.

A 8 heures, le 1000e régiment d’infanterie motorisé pénètre dans Lieutadès puis, continuant sa route vers Chaudes-Aigues, se heurte une première fois à la ferme de Lacombe, à 2 kms de la Maison-Neuve, à un élément de couverture qui, après un bref engagement, d’écroche en direction des gorges de la Truyère.

A 9 heures, ces mêmes troupes ayant dépassé la Maison-Neuve, sont à nouveau stoppées au lieu-dit « Le Pont-Rouge » où un combat violent s’engage. Insuffisamment organisée, la défense explose sous les coups de boutoire. La 8e Compagnie résiste pendant deux heures ; la section BRINAT perd le tiers de son effectif. Plus loin, au bois de Védrines, le reste de la 8e Compagnie soutient de son mieux l'action défensive, aidée par la 1ère compagnie du maquis de l'Aubrac et par le Corps-Franc Laurent (LLORCA). La 8° compagnie du capitaine LAC "Fred", plie sous le gros de l'attaque, décimée, à court de munitions, elle doit se résoudre à organiser le repli des survivants.

Les Allemands s'engouffrent aussitôt dans la brèche et scinde la colonne en deux parties :

  • la première se dirige vers Chaudes-Aigues, trouve la route libre, occupe le plateau du Couffour qui domine Chaudes-Aigues, y installe des mitrailleuse, mortiers et pièces d’artillerie. Elle bat ainsi la périphérie de la ville, les côtes voisines ainsi que la route et les environs de Saint-Martial où les camions du groupe de transport s'embrase l'un après l'autre.
  • la seconde, forte de 75 camions, revient sur ses pas et prend la route de Réquistat - Saint-Rémy, en vue d’atteindre Anterrieux.

Pendant 8 heures, à la « Barre-de-Fer », ce nom désigne un haut lieu sur le plateau qui surplombe Chaudes-Aigues et où se croisent les routes de Saint-Urcize et de Saint-Juéry. C’est de là que partent les obus et la mitraille en direction d’Anterrieux. Le but des Allemands est de détruire les camions de la Résistance stationnés près de l’église afin de d’empêcher les défenseurs du village de décrocher.

A 10 heures 15, la 7° compagnie s'accroche au terrain malgré des pertes de plus en plus lourdes. Mais les Allemands débordent, perforent les défenses des Deux-Verges. D'ores et déjà, le Sud du réduit est virtuellement isolé :

  • la 1ère section de la 7° compagnie prend position à Oyex pour protéger Maurines où est installé l’infirmerie.
  • La 2ème section à Ladignac est prise à partie par les canons allemands installés au Couffour.
  • Les 3ème et 4ème sections sont disloquées par l’ennemi à la Barre de Fer.
La 7ème compagnie subit là des pertes sévères, le capitaine Paul COUPAT et une cinquantaine de ses hommes sont tués dans une défense héroïque, surpris par la puissance de feu des blindés allemands.

A chaudes-Aigues, tous les hommes disponibles dans le secteur et un groupe des « Truands » ne peuvent endiguer l'attaque avec leurs armes légères.

A 12 heures 30, Après une heure de tir intense, les Allemands pénètrent dans Chaudes-Aigues. En tête, des auto-mitrailleuses, des blindés, suivis d’engins camouflés de feuillage, des patrouilles explorent les rues et les maisons fermées.

Peu après l’entrée de ces troupes, une escadrilles de Stukas apparait dans le ciel, survole la ville à faible altitude et décharge sur Saint-Martial sa cargaison de Bombes.

Alerté, le lieutenant-colonel HUGUET "Prince" dépêche ses maquis de la vallée de Brezons jusqu'au pont de Tréboul pour tenter de soulager le réduit. Peine perdue. Les Allemands tiennent leur proie à la gorge. Ils ne lacheront plus.

A 14 heures, le sort du réduit de la Truyère est scellé. Il l'était d'ailleurs en puissance le jour même de sa constitution. Mais durant l'après-midi de ce 20 juin, la vie de plusieurs milliers de maquisards ne tient qu'à un cheveu. Malgré tout ils parviennent à contenir l'ennemi sur leurs nouvelles lignes de défense et à ne reculer que pas à pas.

A 18 heures, Anterrieux et Pradel bombardés et incendiés, sont entièrement détruits ainsi que Saint Martial où était installé le poste de commandement. L’Etat-Major donne l’ordre de repli, difficile à réaliser étant donnée la pression allemande. La 7ème compagnie est entièrement disloquée à Anterrieux.

A 22 heures, l’ordre de décrochage « en étoile », hors du centre, avec comme point de ralliement le Lioran est alors donné par le colonel  COULAUDON ""Gaspard". Il reste encore des véhicule intacts mais tous les ponts ont été détruit au début de l'attaque. Le repli va donc s'effectuer à pied. Il faut abandonner le gros matériel y compris les lourds postes de radio. Grâce à des habitants qui servent de guides pour trouver les gués, une partie des combattants traverse la Truyère. D’autres gagnent la Lozère et l’Aubrac. Il faut aussi s’occuper de soigner et évacuer les blessés, ce à quoi certains s’activent toute la nuit.

La presque totalité des unités du réduit décroche sur la rive Nord de la Tuyère où, grâce à une faute de l’état-major ennemi, aucune troupe allemande n’avait pris position, et se dirige en direction de Lavastrie pour gagner finalement le Sud du Cantal, le Puy-de-Dôme, l’Aveyron ou la Haute-Loire.

 

 
   Nos pertes s’élèvent à 120 morts parmi les maquisards et la population, mais nous avons de nombreux blessés.

Le 21 juin, deux colonnes de volontaires se forment pour tenter d'évacuer les blessés les plus gravement touchés.

  • La première, celle de l’infirmerie du réduit de la Truyère, commandée par l’abbé JULHES, composée de brancards, quitte Fridefont sans trop de difficultés malgré l’aviation allemande, pour rejoindre le réduit du Lioran.
  • La seconde est celle de l’infirmerie de Maurines aux ordres du commandant MENUT. Transportés par camions jusqu’aux gorges du Bès, les blessés sont brancardés sur les passerelles de l’usine électrique et d’abord cachés dans les fourrés de l’autre rive à même le sol. Après plusieurs heures d’attente, des chars à bœufs viennent les charger pour les emmener par des chemins défoncés où chaque cahot entraîne d’infernales souffrances. Une partie de ce convoi échappant aux patrouilles de la Wehrmacht va mettre deux longues journées avant d’atteindre Saint-Alban à l’abri de l’hôpital psychiatrique. 56 sur 65 blessés sont ainsi sauvés. Les neuf autres n’ont pas cette chance, ils sont finalement pris et abattus en même temps que plusieurs de leurs accompagnateurs (Dr REISS, Gabriel LAFAYE, beau-père du commandant MENUT), son épouse Anne-Marie MENUT, blessée, sera capturée, emmenée à Clermont-Ferrand où le SD lui fera subir de nombreuses et inhumaines tortures avant de l’abattre, dans un trou de bombes de l’aérodrome d’Aulnat.


 

 

 

 
 

La guérilla finale

 

Après les combats de la Margeride, des représentants de tous les mouvements de Résistance de la R6 se réunirent, le 13 et 14 juillet au barrage de L'Aigle, (vers Mauriac). Ils prirent d'importantes mesures : unification de la Résistance. Un état-major commun (AS. FTP. ORA.) La région divisée en 29 zones de guérillas, en vue d'accentuer le combat contre l'ennemi. Il y eut de nombreuses actions armées. Le combat fut rude pour chasser les allemands de l'Auvergne, mais ce fut fait fin août, début septembre pour l'Allier.


 

Ne pouvant, au lendemain des combats de la Tuyère, faute de moyens de transmissions, opérer assez vite, la troisième concentration qui avait été prévue, le colonel COULAUDON (Gaspard), dont le PC venait de se reconstituer à quelques dizaines de kilomètres de là, en plein centre des opérations de nettoyage des troupes allemandes, donnait l’ordre à toutes les unités de se déplacer rapidement et de gagner leurs zones respectives de guérilla.

Les quatre départements étaient alors divisés en plus de 20 zones, à l’intérieur desquelles le colonel « Gaspard » avait eu la sagesse de maintenir en place des « trentaines » de commandements qui allaient ainsi pouvoir assurer la réception et l’équipement des troupes qui purent sur-le-champ reprendre le combat.

C’est seulement à la veille du 14 juillet 1944, qu’après entente entre les chefs régionaux des trois mouvements (MUR, ORA et FTPF), il fut décidé d’un commun accord de placer à la tête de ces zones de guérilla, un état-major, dont les membres furent choisis parmi les trois formations de la résistance d’Auvergne.

Ainsi regroupés, les FFI d’Auvergne harcelèrent sans répit les unités allemandes s’enfuyant vers le Nord, essuyèrent çà et là de lourdes pertes.

Après deux mois de combats (Le Lioran du 11 au 14 août 1944, Rueyre du 15 au 20 août 1944, Saint-Flour du 21 au 24 août 1994).

Les FFI d’Auvergne boutaient finalement hors de son sol les divisions de la 1ère armée allemande qui se rendaient un peu plus au Nord, à Saint-Pierre-le-Moûtier la brigade d’Auvergne unie à celles de Toulouse et du Limousin.

C’est ainsi que sans aucune intervention des Alliés, toute l’Auvergne fut libérée par la seule action des FFI.

Extrait vidéo : Un été 44 en Limousin
Au début de l'été 1944, les forces de la résistance sont importantes, équipées et structurées en Limousin.

Extrait vidéo : Les SS de la Das Reich, un parcours de la désolation

Le groupe franc "Tarzan"

NEUENGAMME

MEMORIAL EN HOMMAGE AUX DEPORTES MURATAIS

Cette stèle est un monument à hauteur d’homme, érigé au centre d’un pavage d’environ 3m² et constitué de 6 colonnes de basalte de différentes hauteurs qui enserrent une colonne centrale plus élevée.

Ces colonnes de pierres dressées, cerclées par un fer à béton, symbole de la captivité et de l’oppression, évoquent des silhouettes humaines qui se blottissent les unes contre les autres dans un élan ambivalent d’effroi et de solidarité. Cette stèle a été dessinée par l’architecte muratais Christian Pichot-Duclos, petit-fils de déporté.

 

 

Répression allemande, été 44

 

 

Chaque année, en juin (en principe le troisième dimanche), une cérémonie du souvenir est organisée par le CODURA. Le site a changé. Il a été modifié, aménagé et continue de l'être.

Un Monument National a été érigé, dans la clairière, en 1946. Un maquisard inconnu y repose. Un bâtiment a été construit par la Région. Il abrite un musée où une exposition permanente sur la Résistance est visitée par un nombreux public.

De GAULLE, alors Président de la République est venu se recueillir sur le site, le 5 juin 59. Il déclara :

« Il s'est passé ici un épisode trop méconnu, mais très héroïque, de la Résistance Française. J'ai tenu à venir rendre hommage à la mémoire de ceux qui sont tombés sur ce haut lieu de notre Patrie, et à saluer les anciens qui ont combattu ici sous les ordres du colonel GASPARD ».