La Bataille du Lioran - 1944

     

                La

« Bataille du Lioran »

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

La " Bataille du Lioran " est un ensemble de combat, qui eurent lieu du 7 au 13 août 1944, entre des troupes allemandes venues d'Aurillac et des détachements de la Résistance Française.

L'opération comprend les Combats du Pas-de-Compaing (le 7 août) et les Combats du Lioran (les 11, 12 et 13 août 1944).

La SS Panzer Division "Das Reich", laisse une traînée de sang à travers la France

La SS Panzer Division"Das Reich"

 

 Ordre n° 1 : mobilistation générale des maquis d'Auvergne (signé "Gaspard")

Le verrouillage du Massif Central

Une des tâches importantes et délicates de l'état-major des Forces Françaises de l'Intérieur (EMFFI) était de persuader les chefs militaires Alliers que la Résistance pourrait être efficace dans les combats et leur apporter un appui utile notamment lors du débarquement.

Un cas typique est celui de l'action des Forces de la Résistance dans le Massif Central, qui s'est étendue d'ailleurs sur plusieurs mois. Elles avaient reçu pour mission de bloquer les unités allemandes stationnées dans le Sud, notamment la SS Panzer Division "Das Reich" qui était dans la région de Bordeaux et dans les Landes, pour les empêcher de rejoindre la poche de Normandie, ou au moins de les retarder le plus longtemps possible.

Les destructions des voies ferrées préparées dans le cadre du Plan Vert ont été remarquablement efficaces ; le film « La bataille du Rail » en a illustré certains épisodes. On peut dire que, pratiquement, les trains transportant les blindés ne sont pas arrivés à passer. Ces unités ont donc été contraintes de se déplacer sur routes, dans des régions où elles se sont heurtées constamment à des attaques menées par l'ensemble des maquis, au fur et à mesure que la coordination et l'encadrement s'amélioraient et que l'armement devenait progressivement plus important.

De ville en ville, ces forces ennemies étaient obligées de refluer vers l'Est ; Aurillac, Saint-Flour, Le Puy, Clermont-Ferrand, Thiers, Vichy, Montluçon, Moulins, furent en R6 par exemple, les étapes de ce repli, où les garnisons et colonnes allemandes subirent de façon ininterrompue une série d'agressions allant de la simple embuscade à un harcèlement continu par des éléments très mobiles, ou même à de classiques manœuvres d'infanterie, comme ce fut le cas au Lioran, où après trois jours de combat, la garnison d'Aurillac finit par être dégagée par la colonne mécanique Jesser, envoyée de Clermont-Ferrand.

Il y a eu là, un ensemble d'actions à porter au crédit des Forces Françaises de l'Intérieur (FFI). Ces actions montrent la valeur de la coordination qui avait pu être assurée avec les opérations d'ensemble et aussi l'efficacité de commandement et d'orientation qui avait été mis en place.

Les Alliés se rendirent compte que l'intervention de la Résistance pesait d'un poids sérieux sur l'équilibre des forces en présence, surtout après que la division SS Das Reich, stationnée dans les Landes, eut été retardée de 17 jours pour se présenter sur le champ de bataille. Cette division de 20 000 hommes avait pris part à la plupart des combats de la guerre : elle avait combattu en Hollande, elle avait pris Belgrade, elle avait enfoncé le front Russe à Smolensk, elle avait défendu victorieusement le bassin du Donetz.

Son intervention en Normandie aurait pu être décisive, si celle-ci s'était produite à J + 3 comme chacun s'y attendait. Au lieu de cela, elle fut stoppée à maintes reprises par les embuscades des maquis, ses réserves d'essence brûlèrent, le rail fut coupé, des tunnels s'effondrèrent, et elle ne put atteindre son objectif en Normandie dans les délais qui l'auraient rendue très redoutable.

Les forces en présence :

À la suite des accords du 28 mai 1944 entre l’Organisation Polonaise de lutte pour l'indépendance (POWN ou réseau Monika) du "colonel Daniel" (Daniel ZDROJEWSKI) responsable de la Résistance Armée Polonaise en France et les Forces Françaises de l'Intérieur représentées par Jacques CHABAN-DELMAS, les groupes de combat Polonais sont placés sous l’autorité des FFI. Le lieutenant-colonel Janusz GORECKI, ancien responsable des Groupements de travailleurs étrangers (GTE) convertit ses 2 425 soldats ouvriers en groupes de combat FFI qu'il met à la disposition d'Émile COULAUDON ("colonel Gaspard"). Le 2e Bataillon Lwów (400 hommes) basé à Mauriac est commandé par le capitaine Alfred THEUER (ex GTE 417 de Mauriac). Il est mis à la disposition du capitaine FFI ROUGIER. La 4e compagnie du bataillon (185 hommes) commandée par le lieutenant KIERWIAK est mise à la disposition du groupement "Eynard". Elle participera aux combats du Lioran (avant de s’impliquer ultérieurement avec brio dans les combats de Clermont-Ferrand, Moulins, Lyon, Châlons-sur Saône et Dijon).

Lors des Combats du Lioran :

L'ensemble des opérations est coordonnée par le chef d'Etat-Major des F.F.I. d'Auvergne, le Colonel Roger FAYARD, dit "Mortier" et dirigé personnellement sur le terrain par le Commandant Anselme ERULIN, dit "Carlhian".

Pour les FFI :

  • le groupement "Renaud", commandé par le Commandant Robert THOLLON, composé de 4 compagnies "ANTOINE-MICHARD" - "GOAILLE" - "OSTERTAG" et "Olivier" aux ordres du Lieutenant LISBONIS
  • le groupement "Eynard", commandé par le Commandant Roger PLAYE, composé des compagnies "BONNEVAL" (commandée par le lieutenant DUTTER Michel) et "BERTRAND" (commandée par le lieutenant SOULAS Raymond)
  • le groupement "Allard", commandé par le Commandant Auguste MERLAT, composé des compagnie "Bruno" commandé par le lieutenant Robert POIRIER, "Bernard" comandée par le Lieutenant MEYER "Lorrain"...
  • le groupement "Melbourne", commandé par le Commandant Alex HOAREAU "Christian"
  • le groupement "Didier", commandé par le Commandant André DECELLE

Pour les Allemands :

     la garnison d'Aurillac

  • 700 hommes aux ordres du Oberst  (colonel) Ulrich BORMANN et de son Adjoint "Opérations", le Commandant KRANISCH
  • 40 miliciens
  

Emile COULANDRON "Colonel Gaspard" , Chef des F.FI. d'Auvergne

 

Roger FAYARD "Colonel Mortier", félicité par Henry INGRAND, chef des M.U.R. d'Auvergne

Robert THOLLON et l'historique du Groupement "Renaud"

Kurt Von Jesser et l'historique de la Brigade "Jesser"

Composition de la section "Warluzel" (2ème section de la compagnie "Bertrand", engagée à la Pierre Taillade)

En renfort :

  • Aviation : 3 chasseurs-bombardiers Junker 88 le 12 août et 2 Dornier 17 le 13 août basés et ravitaillés à Aulnat
  • La Brigade JESSER, composée d'une colonne motorisée d'une centaine de véhicules, avec de l'artillerie tractée, venue de Clermont-Ferrand. Cette division des forces Allemandes était, pendant l’été 1944, destinée à la répression de la
    résistance et à l’élimination des maquisards en Auvergne et dans le Limousin.

Carte des maquis dans le Cantal

Récit de la  "Bataille du Lioran"

Sous les ordres du cdt Thollon, le Groupement " Renaud ", formé dans le Cantal, a livré plusieurs combats à l'ennemi ; successivement au Pas de Compaing, au Col de Lioran, à Mur de Barrez, à St Flour et à Lyon.

Henri LAURENT, Officier proche du Colonel THOLLON, a rédigé, entre autre, dans l'ouvrage "Souvenirs d'Auvergne", l’historique de la Bataille du Lioran d’après le Journal des Marches et des Opérations (J.M.O.) de la C.R. 6, qu’il tenait en septembre 1944. En voici quelques extraits :

« Le 5 août, je me rendis en compagnie de BOURDEREAU, en mission à la "Centrale Lafayette" (centre de liaison des P.T.T. des F.F.I. du Cantal, implanté à Mauriac) où le Capitaine VINCENT, adjoint de PUTZ "Florange", me mis au courant de rumeurs de préparatifs de mouvements Allemands à partir d'Aurillac... mais vers où ?

En tout cas, l'alerte était générale et nous devions nous tenir prêts à intervenir sur l'itinéraire Aurillac / Murat. J'en rendis compte à THOLLON qui, justement, se préparait à partir pour le secteur du Lioran en compagnie de COULAUX et d'un Officier du Génie ("Renard") dépêché par le Colonel FAYARD "Mortier" ; tous trois ne devaient revenir que le lendemain matin, après avoir reconnu sur place les destructions à opérer pour neutraliser la route de Murat. (Je pense que c'est au cours de cette mission que fut choisi le pont de la Pierre Taillade, enjeu capital des prochains combats).

En fin d'après-midi le Service de Renseignements de Mauriac nous informa que demain matin, un groupe motorisé (une demi-douzaine de camions et deux voitures légères) de la garnison Allemande d'Aurillac était rassemblé et devait faire mouvement demain vers Murat. Nous fûmes chargés de l'intercepter. Immédiatement, l'E.M. se réunit autour de THOLLON et les Commandants de Compagnie furent convoqués. Les décisions suivantes étaient prises : "une embuscade sera tendue entre Thiézac et Saint-Jacques-des-Blats, immédiatement au dessus du Pas-de-Compaing, à partir des positions tenues par la Compagnie ANTOINE-MICHARD, renforcée par les Sections MALIGNAS (de la Compagnie GOAILLE) et MICHEL (de la Compagnie LISBONIS) ; le restant de ces deux Compagnies seront envoyé en soutien éventuel au-dessus de Mandailles, à proximité du col de Perthus ; ANTOINE-MICHARD aura le commandement de l'opération, secondé par le Père (capitaine) AUBRY et le Sous-lieutenant BONNAMOUR". Dans la nuit du 06 août 1944, la mise en place du dispositif était réalisée ».

L'opération "Cadillac"

 

Le grand parachutage, connu sous le nom de code "Cadillac", a lieu sur le terrain "Serrurier" à proximitée de Pleaux (15). Les maquisards reçoivent 120 containers pour 90 tonnes d'armement : 75 fusils mitrailleurs, 400 fusils, 200 mitraillettes, 9 bazookas et 300 000 cartouches.

 

 

 

Le Pas-de-Compaing (route du Lioran)

 

Le Pas-de-Compaing et la vallée de la Cère

 

 

Les tunnels du Lioran, côté Saint-Jacques-des-Blats

 

Soldat de la La Wehrmacht - Mitrailleuse MG 34

 

Les Combats au Pas-de-Compaing

Les hostilités commencèrent au Pas-de-Compaing, entre Thiézac et Saint-Jacques-des-Blats, le matin du 7 août 1944.

Laissons la parole au Lieutenant ANTOINE-MICHARD qui rédigea le lendemain, le Compte-rendu ci-après :

« Suivant l'ordre donné par le Commandant du "Groupement Renaud" en date du 2 août, une embuscade permanente était tendue au Pas de Compaing et occupée par ma Compagnie.

Le 6 août dans la soirée, un renseignement signalait pour le lendemain, le départ d'une colonne d'Aurillac.

Le détachement de renfort qui devait assurer normalement la relève de ma Compagnie le lendemain, fut mis en route dès le 6 au soir afin de pouvoir arriver sur les lieux de l'engagement éventuel le 7 août à 5 heures. Des retards dans les transports ne permirent l'arrivée de ce détachement qu'à 7 h 30.

Le nouveau dispositif d'attaque fut mis en place rapidement. A 8 h 15, l'agent de liaison, placé à Saint Jacques, m'informait du passage d'une colonne Allemande à Vic-sur-Cère.

A 8 h 30, un camion et deux voitures légères s'engagèrent dans le secteur battu par les feux, le feu déclenché à l'instant sur la première voiture passant à l'endroit prévu. Les occupants de ces véhicules furent mis hors de combat en quelques minutes.

Trois autres camions, contenant également des troupes, arrivèrent à leur tour sur le lieu de l'embuscade, 7 à 8 minutes après. Le feu fut déclenché sur eux immédiatement. Les résultats furent aussi excellents ; néanmoins la densité des feux fut moins forte du fait de la position de ces véhicules à l'extrémité droite de notre dispositif, dans le secteur occupé par la Section MICHEL. L'ordre de repli fut donné, vers 9 heures. Ce repli devait s'effectuer sur un terrain découvert et en glacis, mais protégé par le tir des armes automatiques de la Section MALIGNAS.

Malgré la densité du feu, quelques Allemands réussirent à mettre en batterie un mortier et tirèrent six coups au jugé sur le glacis avant d'être réduits au silence par un F.M. Le Sergent FOURNEL fut blessé gravement par un de leurs projectiles. Une balle blessa, d'autre part, le Soldat GAZE. L'évacuation difficile de FOURNEL retarda longtemps le repli définitif en direction du cantonnement.

Dès l'ordre de repli, la majorité des détachements situés immédiatement au-dessus de la route, se dirigèrent vers la ligne de crête terminant le glacis, une partie fut acheminée vers le cantonnement, tandis que l'autre s'occupait des blessés sur un terrain particulièrement difficile. Quelques grenadiers restèrent cependant sur la route pour continuer le combat de destruction sous la protection des F.M. placés sur la crête et à la gauche du dispositif. Après le repli de ces éléments, la Section MALIGNAS reçut l'ordre de se replier et l'exécuta.

A 11 heures, des renforts ennemis arrivèrent par le train et mirent en batterie des mitrailleuses et des mortiers sur la voie ferrée, à l'entrée du tunnel. Cet élément fut pris à partie par un détachement de F.T.P. qui me prévint de son arrivée, vers 11 h 30, par un agent de liaison.

Les mitrailleurs ennemis, continuant néanmoins à tirer, permirent à des éléments arrivés dans des camions de renfort, de progresser sur le flanc droit de notre dispositif, menaçant le détachement qui évacuait les blessés dans la vallée située derrière la crête. Les mitrailleuses qu'ils amenèrent à l'extrémité droite de la crête, blessèrent à nouveau le soldat GAZE et touchèrent le Soldat LABROUETTE qui faisait office de brancardier. Les brancardiers se replièrent à couvert. L'élément de protection qui restait encore sur la crête, fut pris à parti à son tour par des armes automatiques et se replia sous un feu très dense. Le Chef de Groupe FAUBERT fut alors blessé grièvement et évacué sous le feu, vers un buron. Le Sous-Lieutenant BONNAMOUR fut blessé à la main près de FAUBERT. A 13 h 30, le décrochage était terminé.

L'évacuation définitive des blessés fut impossible pendant plusieurs heures : ils se trouvaient en terrain découvert et sous le feu rapproché de mitrailleuses. A 15 h, le Sergent FOURNEL put être ramené dans un buron ; les deux autres blessés avaient été achevés par des rafales de mitrailleuses. Des chars à bœufs amenèrent le Sergent FOURNEL et le Chef de Groupe FAUBERT à Saint-Jacques-des-Blats où des automobiles devaient les emmener à Riom-ès-Montagne. FAUBERT mourut pendant le transport.

Après regroupement de mon Unité et dissimulation des stocks de matériel, j'ordonnai le repli vers le col de Perthus. Nos pertes s'élèvent à trois morts et un blessé grave. Les pertes de l'ennemi semblent être d'une vingtaine de morts et des blessés en nombre supérieur. Trois camions et deux voitures légères ont été détruits ».

Henri LAURENT reprend :

« Depuis notre P.C. de Fontanges, THOLLON, De NERVO et moi, suivons par téléphone le déroulement de cette opération, conçue initialement comme un simple "accrochage". En apprenant le débordement de notre dispositif par des renforts Allemands arrivés par voie ferrée, THOLLON nous dit : « Cà se gâte ; j'y vais ; De NERVO, vous me suivez ; LAURENT et COULAUX, vous restez ici, en liaison avec Mauriac ; vous recevrez vraisemblablement le Colonel ou un de ses adjoints ; vous me joindrez, si nécessaire, auprès de GOAILLE ». Je devais rester pendu au téléphone tout l'après-midi, rejoint par le Colonel SCHMÜCKEL "Chabert " envoyé par l'E.M. de Mauriac, et suivre avec lui, minute par minute ou presque, toutes les péripéties relatées par ANTOINE-MICHARD.

SCHMÜCKEL était soucieux : que pourraient tenter les allemands, s'ils étaient renseignés, du côté de Mandailles ? Lorsque nous apprîmes, vers 17 h, que la colonne Allemande renonçait à forcer le passage et se repliait sur Aurillac, aucun mouvement vers le Nord ne s'esquissant, nous fûmes soulagés. SCHMÜCKEL nous dit, en reprenant le chemin de Mauriac : « C'est gagné, bravo, les "Renaud" ! ». Nous attendîmes jusqu'à minuit le retour de THOLLON, accompagné de BONNAMOUR (le bras en écharpe), d'AUBRY, de THIRY et de CLAVERIE. Pendant deux heures, nous fîmes le point de ce premier engagement. Il avait été plus sévère que prévu du fait de l'utilisation de la voie ferrée par l'ennemi - une voie que les éléments F.T.P. de la zone 5, contiguë à la nôtre à l'Est, devaient neutraliser ; ce qu'ils firent, mais trop tard...

Deux jeunes Cantaliens étaient tombés, et avec eux, le Saint-Cyrien FAUBERT, adjoint d'ANTOINE-MICHARD ainsi que notre ami FOURNEL qui était grièvement blessé : il fut cité à l'ordre de l'Armée par le Colonel FAYARD "Mortier" pour avoir fait preuve d'un cran magnifique pendant une évacuation particulièrement difficile... "C'était donc gagné" - mais le bilan de ce baptême du feu était lourd et nos cœurs, malgré le succès, l'étaient aussi.

Le 8, la Compagnie ANTOINE-MICHARD, si éprouvée la veille, arrivait au repos à Fontanges. Dès le lendemain, le Père AUBRY célébrait en présence de tous, en l'église de Fontanges, un service funèbre à la mémoire de ses trois morts. Et le soir, au cours d'une sympathique soirée "estudiantine", à laquelle furent conviés les "grands anciens" d'entre nous, en qualité de "parrains", la Compagnie s'efforça de sourire, avec un courage qui nous toucha. THOLLON avait vu juste : « Ils sont bien ces gars ! ».

Une courte accalmie nous permit, pendant les journées du 8 et 9 août, de nous regrouper et surtout de fêter, le 8 au soir, la promotion de Robert THOLLON au grade de Commandant. Nous fûmes d'autant plus sensibles à cette nomination d'un Officier Supérieur qu'elle était, à notre connaissance, la première décidée par l'O.R.A. en "R6" : fidèle aux règles militaires, elle avait demandé à chacun de servir avec son grade, ne procédant que parcimonieusement à des nominations d'Officiers Subalternes (ce qui ne fut certes pas le cas dans d'autres mouvements !). Notre "Capitaine Renaud" désira que son 4e galon lui fût remis dans l'intimité de ses proches compagnons. En ce soir du 8 août, seuls le Commandant ERULIN "Carlhian" et le Commandant VALETTE "Valy" de l'A.S. du Cantal, accompagnés du Chef du Génie "Renard", participèrent avec nous à un dîner - auquel THOLLON avait aussi convié "Varenne", successeur du malheureux FAUBERT.

 

 

 

 Le Bataillon "Didier"

 

Instruction sur l'armement

 

Le 10 au matin, THOLLON, devenu le "Commandant Renaud", me demanda de l'accompagner à Saint-Martin-Cantalès où était restée provisoirement la Compagnie OSTERTAG, en protection du P.C. de "Carlhian" et aussi en flanquement du Groupement "Ambort-Didier".

Raymond MALAN, notre major de la Promotion "WEYGAND", secondait OSTERTAG. Il s'agissait d'organiser le mouvement de cette Compagnie plus à l'Est, dans notre zone ».

 

 

Infanterie allemande armée du fusil Mauser 98k

Les Combats au Lioran

« Les événements d'Aurillac bousculèrent les choses: le 9 à midi, un coup de fil du S.R. nous apprenait que les Allemands quittaient en force la ville.

A 13 heures, deux agents de renseignement d'HOAREAU (Adjoint du Groupement "Melbourne" qui avait en charge la zone 5) arrivaient hors d'haleine : la colonne Allemande avait évacué la ville et prenait la route du Lioran. Presque simultanément, GUILLARD arrivait de Fontanges, ayant conduit en trombe : le Commandant ERULIN "Carlhian", convoquait de toute urgence THOLLON à son P.C. Tous deux partirent aussitôt, me laissant avec OSTERTAG et les siens, avec mission de rejoindre Fontanges dans l'après-midi et de nous tenir aux ordres. Lorsque nous arrivâmes, vers 17 heures, le branle-bas était général : toutes les Unités se préparaient à partir pour le secteur du Lioran, qu'elles avaient pour instruction de contourner par le Nord via le Pas de Peyrol, Dienne, le Col d'Entremont, La Chevade, Laveissière et Fraisse-haut.

Les Compagnies ANTOINE-MICHARD et GOAILLE partirent les premières ; les Compagnies LISBONIS et OSTERTAG les suivirent le lendemain matin. Je ne vis THOLLON qu'un court moment. En quelques mots, il me mit au courant des décisions prises avec "Carlhian", puis ajouta «Je vous laisse ici avec AUBRY et De NERVO qui me rejoindront demain. Votre mission : contact permanent avec "Lafayette" et avec le P.C. "Carlhian" ; point à faire heure par heure : ordre est donné à tous de vous joindre si le contact est rompu avec moi. Je vous ai fait connaître tout le monde et on vous sait proche de moi ; c'est pourquoi je vous laisse la maison avec deux Sections. Bien sûr, vous accueillerez les arrivants ; nous en attendons ». « Mais..., vous m'avez habitué à être à vos côtés, pas à l'arrière  ! ». «Je vous place là où vous m'êtes utile, comme je l'ai fait depuis le début avec chacun. Le moment viendra, je vous le promets, où vous vous retrouverez à l'avant, à mes côtés».

Je n'avais qu'à m'incliner. C'est donc en homme d'État-Major que j'ai vécu les Combats du Lioran, au bout du fil et sur des cartes. Je n'y ai joué qu'un rôle secondaire, à quelques reprises, lorsque j'ai été amené à répondre à des appels angoissés ou à préciser ce que je savais des mouvements Allemands en cours. 

Notre ami Robert DUPUY, dans ses "AILES D'AUVERGNE", en a apporté un témoignage vécu très vivant. J'en ai recueilli d'autres qui me permettront de préciser, dans la relation qui suit de l'ensemble des opérations (synthèse de ce qu'ont écrit les Colonels FAYARD et SCHMÜCKEL et, après eux, des historiens) la part qu'y a prise le Groupement "Renaud".

THOLLON lui-même n'en a écrit que ce qui suit dans son Rapport d'ensemble, adressé le 30 septembre 1944 au Général REVERS, Commandant de l'O.R.A. :

« La garnison d'Aurillac décroche au milieu de la journée du 11 août pour faire mouvement vers l'Est. Dès la veille, nos éléments sont en place au Lioran, aux alentours de la route Aurillac-Murat. Le Groupement "Renaud" est ainsi appelé à participer à une action d'ensemble, entreprise au Lioran par les F.F.I. de la Région et dirigée personnellement par le Commandant "Carlhian".

Un sévère accrochage dura trois jours, au terme desquels la colonne Allemande, puissamment armée et secourue par l'aviation put, au prix de lourdes pertes, forcer le passage. Cette action, qui avait été préparée en fonction des possibilités du terrain, revêtit un caractère tactique qui en fit le premier véritable combat d'infanterie ayant opposé, dans la Région, des F.F.I. et la Wehrmacht.

Au terme des combats, l'ennemi avait été fixé pendant 72 heures au Lioran, ce qui permit à des éléments amis, situés plus à l'Est, de préparer une action importante.

Les pertes ennemis étaient lourdes ; nous comptâmes dix morts au cours d'une contre-attaque dans ses lignes. 

Positions des Cies "Bruno" et "Bernard" lors des Combats du Lioran

Entrée du tunnel du Lioran, côté St Jacques

A l'estimation du Sous-Préfet de Saint-Flour, ce chiffre doit être quadruplé et soixante blessés environ furent évacués par les voitures sanitaires de la colonne en retraite - sans compter les blessés légers. Nos pertes étaient sérieuses aussi : la Compagnie "Bertrand", mise à notre disposition par le Groupement "Eynard", avait une dizaine de tués et son Chef était fait prisonnier ».

Allemands dans la Forêts du Lioran

Pont de la Pierre Taillade

 

Le pont de la Pierre Taillade

 

En détails : « Le jeudi 10 août, la garnison Allemande d'Aurillac commençait, à midi, l'évacuation de la ville : toute la journée y sera employée, les derniers éléments quittant Aurillac à la nuit.

Au total, 700 hommes environ (auxquels s'ajoutèrent quelque 40 miliciens) aux ordres du Colonel BORMANN et de son Adjoint "Opérations", le Commandant KRANISCH qui devait se révéler un remarquable tacticien. BORMANN avait rendu compte, à son commandement de Clermont-Ferrand, de ses appréhensions après l'affaire du Pas-de-Compaing.

Une avant-garde, confiée en partie aux miliciens, ouvrait la route. Arrivée le soir à Vic-sur-Cère où elle passa la nuit ; elle fut rejointe le 11 au matin par le reste de la troupe et reprit sa progression en fin de matinée.

Elle progressait très lentement, en une colonne unique composée d'éléments à pied précédés de motocyclistes et suivis d'une centaine de véhicules automobiles, de cyclistes et de quelques voitures à chevaux. C'est vers 16 heures qu'elle arriva en vue de l'entrée Sud du tunnel routier du Lioran. Elle y était attendue !

Dès le 10 à midi, l'E.M. du Cantal avait pris les dispositions suivantes : une action serait entreprise autour du col du Lioran pour tenter de bloquer le passage obligé de la colonne par le tunnel routier (le tunnel ferroviaire qui lui est parallèle ne pouvant être utilisé que par des éléments de reconnaissance pédestres, ses issues seraient simplement surveillées et, par surcroît de précaution, des coupures de la voie ferrée seraient pratiquées, du côté Sud).

L'embuscade à tendre au Lioran serait confiée aux deux Groupements "Renaud" et "Eynard". Deux autres Groupements étaient mis en alerte : au Nord-Est, le Groupement O.R.A. "Allard" (MORLAT) responsable de la zone 6 (Saint-Flour) - qui n'aura pas à intervenir ; au Sud, le Groupement "Melbourne" (SILBERT) responsable de la zone 11 (Aurillac-Maurs) avec mission de talonner l'arrière de la colonne et d'empêcher tout repli.

Les historiens relatent unanimement que c'est sur les Groupements "Renaud" et "Eynard" que pesa le poids essentiel de cet engagement, le Groupement "Melbourne" ayant fait preuve d'un flottement qui entraîna, en cours d'opération, le limogeage de son Chef et son remplacement par "Christian" (Alex HOAREAU avec lequel nous avions précédemment pris contact, THOLLON et moi). "Christian", renforcé un peu plus tard par une Compagnie du Groupement "Didier" menée par son Chef André DECELLE, redressera efficacement la situation.

La mission impartie au Groupement "Renaud" était de tenir, sous son feu, le plus longtemps possible, l'entrée Sud du tunnel - pour y exercer une action retardatrice - tout en évitant de se laisser déborder, pour pouvoir se joindre ensuite, en réserve d'appui, au Groupement "Eynard". Ce dernier avait, pour sa part, la mission de préparer, puis de déclencher une embuscade à quelque deux kilomètres après la sortie Nord du tunnel (vers Murat), au site encaissé de la Pierre Taillade, là où la destruction programmée d'un pont enjambant le profond ruisseau du même nom permettrait une nette coupure de la route.

Dans la nuit du 10 au 11 août, les nôtres rejoignirent, via le Pas de Peyrol et Murat, les positions imparties. THOLLON installa un P.C. avancé à proximité du col du Lioran et de la ligne de crêtes, au-dessus de l'entrée Sud du tunnel, avec une antenne à proximité immédiate de cette entrée même, d'où un cheminement permettait de rejoindre le col : CLAVERIE en fut chargé.

De son côté, dès le 11 août, en fin de matinée, le groupement "Eynard" avait terminé la mise en place de son dispositif : La Compagnie "Bertrand" avait pris position dans les hauteurs de la Pierre Taillade avec 2 sections dont la section "Warluzel" placée sur la berge gauche du ravin, juste au dessus du pont, la section "Jacquin", de l'autre coté de l'Alagnon, le long de la voie ferrée. Pour compléter ce dispositif, 2 sections supplémentaires étaient fournies par la Compagnie "Bonneval". Elles étaient embusquées à la tête Nord du tunnel, prêtent à faire sauter la voûte de la sortie Nord.

Le Lieutenant "Bertrand" était installé avec son P.C. à mi-pente, 100 mètres en arrière de la section "Warluzel".

Le vendredi 11 à 16 h 30, le feu fut ouvert sur les avant-gardes de la colonne Allemande arrivée à environ 1 km au Sud du tunnel. Immédiatement, les Allemands ripostèrent à l'arme lourde. Au bout d'une demi-heure, la position avancée devenant intenable, THOLLON ordonna le repli des avant-postes. Les Allemands, comprenant qu'une souricière leur était tendue, partirent à l'assaut des crêtes, par l'Est : ils furent vite au contact des avant-postes de GOAILLE et des tirs au jugé sur les couverts forestiers appuyèrent leur progression. GOAILLE devait reculer pied à pied : au bout de deux heures, il devint évident qu'il allait être débordé. "Carlhian" donna alors à THOLLON l'ordre de décrocher et de replier ses Unités sur Laveissière, à 6 km en aval du tunnel - sauf la Compagnie LISBONIS qui resta toute la nuit du 11 au 12 en flanc-gardé dans les pentes Est de la forêt du Lioran.

Le Groupement "Eynard" qui passait ainsi en première ligne, fît sauter la voûte de la sortie Nord du tunnel. Les patrouilles Allemandes, devenues maîtresses du col et des crêtes environnantes, continuèrent à progresser, tandis que le gros de la colonne, talonnée au Sud par les hommes de "Christian", s'engouffrait dans le tunnel et se heurtait à l'éboulement de la voûte de la sortie Nord : il lui fallut plusieurs heures pour dégager la sortie du tunnel, avant de s'engager sur la route de Murat... Mais "Eynard" les y attendait au pont de la Pierre Taillade encore intact.

 

Plan du pont de la Pierre Taillade

Junker 88

Ce pont avait été miné, dans la nuit du 10 au 11, par un de nos amis de Mauriac, l'Ingénieur des Travaux Publics Ernest REVERSAC. THOLLON l'avait envoyé quérir d'urgence lorsqu'il avait appris l'indisponibilité du Capitaine du Génie "Renard" (avec qui il avait reconnu les lieux le 5 août, mais qui était occupé ailleurs, sur les routes au Sud d'Aurillac). REVERSAC (que nous allions retrouver à nos côtés lors des opérations de la Loire) improvisa cette destruction avec des explosifs et un matériel qu'il fournit. Il devait en assurer lui-même la mise à feu et il resta toute la journée du 11 en embuscade avec les nôtres - car il avait reçu "d'Eynard" l'ordre de ne procéder à la destruction qu'au tout dernier moment, lorsque la colonne aurait commencé à déboucher.

Fraisse-Haut

Incorporation de maquisards

 

Pont de la Pierre Taillade

Pont de la Pierre Taillade

Détachement de la Wermacht

Section de maquisards

Dans la soirée du 11 août, Le Lieutenant "Bertrand" était descendu aux nouvelles à Fraisse-Haut où le Commandant PLAYE "Eynard" passait la nuit. Personne ne savait exactement ce qui se passait. L'opinion générale était que les Allemands n'oseraient pas se risquer, dans la nuit, au delà du Lioran. "Bertrand" s'attarda, tout était calme. Vers minuit, il pris congé et comme la voiture du docteur tournait encore devant la porte et qu'il était assez fatigué, il se fit reconduire à son P.C.

Après son départ, tout le mode se tut, on somnolait autour du téléphone. « Si l'on dormait un peu ? On est tout de même levé depuis plus de quarante heures ! Et comme on sera tranquille jusqu'à l'aube ».

Soudain le calme était brisé. Un coup de feu claqua tout près. Un coup de feu suivi immédiatement d'une dizaine d'autres. Que se passait-il ? On n'entendis plus rien. Tout de même, il fallait aller voir.

Une patrouille partis en reconnaissance, composée du Sergent-chef MARCEL et de 3 volontaires dont le téléphoniste du P.C. Passé le premier tournant, ils virent une lumière, droit devant. Une auto était en travers de la route, lanternes allumées. De près, MARCEL reconnu la 402 du docteur. Il s'approcha, la voiture était vide mais il entendit du bruit derrière. Etait-ce le Lieutenant "Bertrand", ou le chauffeur, ou quelqu'un d'autre ?

A mi-voix, MARCEL lança le mot de ralliement : « Napoléon ! ». « Halt Maul » fut la réponse Allemande, immédiatement ponctuée par la rafale d'un fusil-mitrailleur.

« Planquez-vous » cria MARCEL, qui avait compris et sans mollir, par dessus le capot, entre deux rafales, déchargea son Colt dans la direction du FM qui se tut brusquement. C'était le moment de filer en douce et d'alerter le P.C., mais, trop tard ! Un, deux, trois éclairs rouges ; trois détonations fracassantes ! MARCEL était blessé à la jambe, il s'assit par terre brutalement. A coté de lui, un de ses hommes était touché.

« Tire-toi si tu peux avec les autres », commande le Chef, « et prévenez le Commandant ! ».

Puis il tâta autour de lui pour retrouver son Colt qu'il avait laisser choir. Il entendit des pas qui s'approchaient. Aurait t'il le temps de gagner le fossé ? Non, ils étaient trop près. Doucement il se coucha sur le dos et rampa sous la voiture, tandis-que les Boches vinrent tourner autour, à la recherche de quelques blessés. Voila qu'à nouveau, un tonnerre d'éclatements se déchaina, de rouges lueurs embrasèrent la nuit. Cette fois c'était plus sérieux ! Grenades, mortiers, armes automatiques, donnèrent de la voix en même temps. Cela se passait à la hauteur de la Pierre Taillade, dans le dos des Allemands. Précipitamment, ils abandonnèrent la voiture et se sauvèrent à toutes jambes. Le Sergent-chef MARCEL, était sauvé, il put regagner Fraisse-Haut d'où il fut évacué sur l'hôpital de Cheylade. Il avait, entre la cheville et la hanche droite, huit éclats de grenade.

Mais en fait, que signifiait tout ce bruit ? Simplement ceci : l'État-Major avait fait un programme d'opérations qui comportait une attaque à l'aube après une nuit paisible. L'ennemi n'avait pas respecté le programme et, en pleine nuit, avait lancé sur la route nationale un détachement cyclo-pédestre. Une compagnie cycliste, le vélo à la main, cheminait dans les fossés de la route, en direction de Murat. Certainement pour s'assurer de certaines positions clés, par exemple, le pont de la Pierre Taillade... Après avoir traversé sans dommage le tunnel du Lioran, cette compagnie cyclable atteignit la Pierre Taillade, sans rencontrer âme qui vive. Tout allait bien ! Des éléments n'avaient plus qu'à se glisser dans le ravin pour gagner les crêtes qui commandaient le pont. Mais il était prudent aussi de se couvrir ; d'autres éléments poussèrent vers Fraisse-Haut. Pas inutile non plus de savoir si le village était occupé !

A minuit, "Bertrand" était sur la route, où, à 600 mètres du P.C. du commandant "Eynard" et il percuta les cyclistes Allemands. Un coup de volant jeta la voiture en travers de la route, "Bertrand" sauta à terre et, coudes au corps, sous les balles, fonça dans la nuit, au hasard...

Le charme était rompu ! Les allemands surent qu'il y avait du monde par là et s'arrêtèrent pour attendre les événements. Fraisse-Haut, alerté, envoya la patrouille du Chef MARCEL et enfin "Warnuzel", dressa l'oreille, inquiet de ces coups de fusils venus d'une direction insolite... Il s'approcha du bord de la falaise, ne vit rien, mais entendit... "un pédalier qui grince" ! Accompagné de son meilleur grenadier, il descendit le plus bas possible. Ils avaient tous deux, dans chaque main une grenade dégoupillée. Ils virent des Allemands dans les fossés de la route, sur le pont, partout... Des deux mains, ils balancèrent leurs grenades dans le bas. Les Allemands, en panique, firent demi-tour en laissant derrière eux : 9 cadavres autour du pont et de nombreux blessés.

Ce fut le moment où, à minuit quinze exactement, REVERSAC déclencha l'explosion : le pont était détruit et la route coupée !

Immédiatement, les Allemands, se voyant bloqués, prirent l'offensive, leurs mortiers arrosèrent la position, mais le tir trop long, se révéla inefficace. Ils commencèrent alors à s'infiltrer dans les forêts escarpées, de part et d'autre de la route, au milieu des Compagnies "Bertrand" et "Bonneval" (du Groupement "Eynard") et LISBONIS (du Groupement "Renaud"). Des groupes amis et ennemis s'entrecroisèrent ainsi pendant tout le reste de la nuit, sans accrochage notable. Après 20 minutes de vacarme, l'action se ralentit et, peu à peu, s'éteignit.

Quant à "Bertrand", responsable de ce tapage nocturne, il erra dans la nuit, s'égara, se retrouva, tomba sur les Allemands en plein désordre, s'égara à nouveau et finalement, retrouva son P.C.

Au petit jour, il envoya un gradé en reconnaissance, "Warluzel" avait décroché, les Allemands aussi. Il n'y avait personne aux abords du pont détruit. Fraisse-Haut était vide, "Bertrand" se replia alors sur Lavigerie.

Le samedi 12 août vers midi, on fit le bilan des opérations. En ce qui concerne la Compagnie "Bertrand", il était exceptionnellement bon : la section "Jacquin", presque encerclée, avait décrochée sans perdre un seul homme et la section "Warluzel", qui avait fait un excellent travail, n'avait ni un tué, ni un blessé.

En ce matin du 12, il apparut que les Allemands se regroupaient vers la sortie du tunnel tandis que nos Compagnies se déployaient "en éventail" de part et d'autre de la vallée, d'une crête à l'autre, à la hauteur de la coupure de la Pierre Taillade.

Nous n'allions pas tarder à comprendre la cause de cette apparente inactivité. Vers 14 heures, trois chasseurs-bombardiers Junker 88 apparurent, venant du Nord. Ils se mirent à mitrailler et à bombarder tout ce qui paraissait bouger dans la vallée et sur les pentes.

La section "Warluzel" fut envoyé en surveillance sur les crêtes Nord qui dominent la vallée et à la nuit fit mouvement sur La Chevade ou elle cantonna.

Dans le courant de la nuit, l'E.M. de "Carlhian" avait été informé que la Brigade Mécanisée JESSER se mettait en mouvement depuis Clermont-Ferrand : une colonne motorisée d'une centaine de véhicules, avec de l'artillerie tractée, empruntait la RN 9 et passait à Lempdes où elle faisait halte. Ordre fut donné au groupement "Allard" de la zone 6, de tenter de freiner son avance et à THOLLON de lui prêter main forte.

Nous voici à l'aube du dimanche 13 août, la journée s'annonçait radieuse, les hommes étaient reposés et plein d'allant. Mais ce fut un dimanche tragique, qui fût pour la Compagnie "Bertrand", un terrible jour d'épreuve.

En ce matin du 13, ce sont les Allemands qui reprirent l'offensive avec, à nouveau, l'appui de son aviation. Celle-ci détruisit partiellement les villages de Laveissière et Fraisse-Haut.

La section, conduite par HOUBRE de la compagnie "Bonneval", était particulièrement visée par les tirs des deux DO 17 car elle était proche du tunnel d'où les Allemands venaient de sortir. Et voici ce qu'HOUBRE nous en dit :

« Bien sûr, à chaque passage, nous nous faisions tout petits, mais sans cesser de tirer sur eux et c'est une rafale de mon meilleur élément, Charles LAMPLE dit Charlot (braconnier professionnel, deux fois plus âgé que nous, combattant en 14, volontaire en 39/40, fait prisonnier, évadé et à nouveau volontaire avec nous - un marginal pacifique au possible mais grand cœur épris de liberté, qui avait tout à perdre et rien à gagner dans son engagement à nos côtés), qui a mis le feu au moteur droit de l'un des avions, lequel abandonnait immédiatement le combat, l'autre prenant prudemment de l'altitude et se mettant à tirer systématiquement à balles incendiaires sur les fermes de Fraisse-Haut et les burons de Vassivière et Peyre Gary ».

Dans la vallée, un peu avant 9 heures, un autocar vint chercher la section "Warluzel". Du cantonnement de La Chevade, par Le Meynial, Laveissière, elle descendit à Fraisse-Haut. Les avions Allemands qui tournaient dans le ciel avaient repéré l'autocar et l'escortèrent.

On retrouve "Bertrand" avec le Commandant OSTERING qui a reçu la direction des opérations dans le secteur. Le Lieutenant était sombre, avait les traits durcis par la fatigue. Depuis sa course dans la nuit, il boitait légèrement.

La section "Warluzel" devait se porter sur la position au dessus du pont de la Pierre Taillade. La place du Lieutenant "Bertrand" était au P.C., mais cette section représentait pour lui, maintenant, toute sa compagnie. Alors, derrière lui, en colonne par un, à cinq mètres d'intervalle, les 30 hommes s'engagèrent sur la route. Les deux avions rodaient toujours.

La section quitta la route, en ordre dispersé, les hommes commencèrent à gravir le talus. Il n'était pas tout à fait 10 heures, quand une fusée rouge lancée par un des avions, tomba sur le pont détruit... Alors, ce fût le drame, atroce, terriblement rapide. Sur ces hommes qui montaient péniblement à découvert, plusieurs mitrailleuses Allemandes, se démasquèrent et fournir un feu nourri, parfaitement ajusté. En 10 secondes, 5 hommes étaient touchés. Le Lieutenant, qui était près à atteindre le couvert, s'y jeta d'un bond. Un volontaire l'imita. Les autres plus près de la route se laissèrent glisser dans le fossé.

"Bertrand" et son compagnon, miraculeusement indemnes, s'abritèrent comme ils purent. Les balles pleuvaient autour d'eux. Les avions continuaient de tourner au dessus de leur têtes, piquaient sur le bois, lâchaient plusieurs chapelés de grenades.

Plus rien ne bougeait sur le glacis, ni dans le bois. Le feu cessa. "Bertrand examina la situation, elle était terrible mais pas désespérée. Ils auraient pu essayer de fuir, à tous risques vers les crêtes, ou se mettre en boule et rouler jusqu'au fossé. Mais là, tout près, à quelques mètres au dessous de lui, les blessés, ses blessés gémissaient et râlaient. Certains, sans doute, n'étaient que légèrement atteints. "Bertrand" ne se sentit pas le courage de les abandonner. Il leur parla et essaya de les soutenir en attendant des renforts par les hauts.

En effet, les camarades étaient déjà en route pour leur porter secours, mais ils n'eurent pas le temps d'atteindre la position. On les rappela d'urgence, on leur intima l'ordre de revenir, et vite car des Allemands descendaient en nombre des crêtes et allaient les encercler. On ne pouvait plus rien pour les malheureux, sinon se faire prendre ou mourir avec eux.

"Bertrand" entendant venir vers lui, dans le bois, ceux qu'il croyait être des amis, espérait et dans la même seconde, se vit perdu. Son immense fatigue l'écrasa, il était seul, il renonça et Il ne se défendit pas, peut être pensait-il pouvoir faire encore quelque chose pour ses blessés... Mais les Allemands ne relèvent pas les maquisards blessés, ils les achèvent. Lorsque deux jours plus tard, le médecin du bataillon examinera les six corps des maquisards tombés ce matin là, il trouvera, sans aucune contestation possible, sur deux d'entre eux, les traces accusatrices des balles de petit calibre, tirées à bout-portant dans la tête.

A 14 heures, on apprenait de Murat, que les Allemands avaient fait deux prisonniers dont un Officier, le Lieutenant "Bertrand". Plusieurs tentatives pour le libérer, dont la proposition d'échange contre un Sous-officier Allemand prisonnier, furent tentées sans succès. Il sera déporté fin août à Buchenwald et plus tard, libéré par les Américains en avril 1945.

En cet après-midi du 13, les Allemands ayant réparé la coupure du pont de la Pierre Taillade avec des troncs de sapins, la colonne d'Aurillac put enfin prendre la route de Murat - non sans subir des harcèlements d'arrière-garde de la part des Groupements "Melbourne" (HOAREAU "Christian") et "Didier" (DECELLE). Après leur passage, les Allemands détruisirent le pont qu'ils avaient provisoirement rétabli...

Lorsqu'ils parvinrent au village de Laveissière, ils s'installèrent dans l'hôtel Bellevue et terrorisèrent la population. Soupçonnés d'être à l'origine de cette embuscade au Lioran, le Maire et ses Conseillers ont même failli être fusillés, adossés au Monument aux Morts, si des preuves les innocentant n'avaient pas été présentées.

 

De son coté, la Colonne JESSER, partie de Clermont, continuait une progression inexorable vers Murat, en dépit des abattis réalisés par "Allard". La Compagnie LISBONIS, qui s'était retrouvée le matin sur les crêtes Est (aux burons d'Albepierre), reçut l'ordre de descendre rapidement à Murat et d'y placer deux embuscades sur les routes venant de Saint-Flour et de Neussargues ; ce qui fut fait le soir dès 20 heures.

 

Le Commandant Erulin "Carlhian", plutôt que de risquer de lourdes représailles sur Murat - ville déjà si éprouvée - donna dans la fin d'après-midi du 13 août, l'ordre de décrochage général. Ce décrochage ne fut ni facile ni rapide tant les Unités engagées étaient dispersées et les moyens de liaison rudimentaires.

Citation à l'ordre des F.F.I. de la section Warluzel

 

Aurillac le 11 août 1944, l'Hôtel de Ville est pavoisé

 

 

03 septembre 1944 à Aurillac

03 septembre 1944 à Aurillac

03 septembre 1944 à Aurillac

Le 14 août, vers midi, la colonne Allemande, fit à Murat la jonction avec les avant-gardes de la Brigade JESSER.

Dans l'après-midi, ce fut le retour échelonné des Compagnies, leur accueil et leur réinstallation dans leurs cantonnements.

THOLLON lui-même n'arriva qu'à 23 h 30. Tout l'État-Major se réunit à table autour de lui, jusqu'à 3 h du matin. Chacun apportait son témoignage. Tous étaient fourbus, affamés... mais rayonnants.

Les combats du Lioran durèrent trois jours et trois nuits. Nos Unités rejoignirent leur cantonnement initial, épuisées mais quelque peu aguerries et satisfaites de la mission remplie.

Ce même jour, nous apprîmes le débarquement Allié sur les côtes de Provence... La mission, déjà donnée à toutes les Forces Françaises de l'Intérieur, de freiner - à défaut de pouvoir les arrêter - tous les replis des forces Allemandes vers l'Est, allait se trouver amplifiée ! ».

Lieux de mémoires

Stèle Pas de Compaing

Au Pas-de-Compaing :

Une croix et une stèle en souvenirs des 5 maquisards tués :

  •  le 7 août au Pas-de-Compaing (André Rouchon, Fernand Schuster (dit Jacques Rollin) et Jean Fauthoux),
  •  le 13 août sur le versant de la Cère (Laroussinie René et Savary Marcel).

A la Pierre-Taillade :

Une stèle en souvenirs des 6 maquisards tués :

  • le 13 août (Bonnat Hugues, Escalon Jules, Gouny Roger, Lelong Maurice, Morvan Robert et Valade René)

            Détails de la stèle

 

La plaque commémorative est

surmontée d'une croix

de Lorraine insérée dans le V  de Victoire

Inscription :

ICI

Le 13 AOUT 1944

BONA Hugues

ESCALON Jules

COUNY Roger

LELONG Maurice

MORVAN Robert

VALADE René

VOLONTAIRES F-F-I

sont Tombés Glorieusement

Pour la Libération

de la

FRANCE

 

Stèle de la Pierre Taillade

 

 

Plaque apposée au Monument aux Morts de Laveissière

Détails de la plaque

 

Stèle du Lioran

Au village du Lioran

Une plaque en souvenirs de l'ensemble des combats.

 

Cette plaque sans nom était fixée à l'origine sur l'un des murs de la chapelle Notre-Dame des Neiges au Lioran et se trouve maintenant sur la stèle commémorative du Lioran.