La Bataille du Lioran - 1944

     

    La Résistance

           dans

       Le Cantal

 

 

 

 

 

 

 

Sommaire :

  • La véritable histoire de la concentration des maquis d'Auvergne.
  • La constitution des réduits du Cantal.

  • La répression de la Résistance dans le Cantal.

  • La bataille du Mont Mouchet.
  • La bataille de la Truyère.

  • La guérilla finale.

  • Les combats du Lioran.

 

La véritable histoire de la concentration des maquis d'Auvergne

Les opérations militaires dont l'Auvergne (Région 6) fut le théâtre au cours de l'été 1944 retiendront certainement l'attention des spécialistes de la guérilla et de la contre-guérilla.

La concentration de plusieurs milliers de patriotes dans trois réduits, les combats qu'ils livrèrent aux divisions de la Ière Armée allemande, leur dispersion, puis leur regroupement en corps-francs de guérillas, ont donné et donnent lieu encore aujourd'hui à bien des discussions passionnées.

L'Auvergne, comme le Vercors, a ses partisans mais aussi ses détracteurs.

Nous allons tenter, après avoir exposé les faits de les apprécier en toute objectivité.

 

 

 
 

Discours du Général de Gaulle, le 18 juin 1942, pour le deuxième anniversaire de la France Libre

Importance stratégique du Massif Central

De tout temps, l'importance du Massif Central n'a jamais échappe aux stratèges qui l'ont toujours considéré comme un extraordinaire « cheval de Troie ».

Prolongé au Nord par le Morvan et à l'Est par les sillons alpins et jurassiens, il couvre en effet le septième de la superficie de notre territoire national et forme un vaste bastion de terres hautes entre les plaines du Bassin Parisien, du Bassin Aquitain et du sillon Rhodanien.

Ses aspects sont très variés. A l'Est et au Centre, le Massif Central est disloqué en blocs rehaussés en montagnes effondrées en bassins, c'est la partie la plus compartimentée, celle qui comprend les volcans et les dépressions. Au Sud, de hauts plateaux calcaires et granitiques disposés en un vaste plan incliné d'Est en Ouest - tandis qu'à l'Ouest un large dôme de haut plateau granitique descend vers les pays de la Loire et de l'Aquitaine.

Il n'en est pas moins une zone d'obstacles et d'isolements relatifs. Les communications sont en effet difficiles dans ces montagnes coupées de gorges, ensevelies sous la neige durant les longs mois d'hiver.

Ce massif a dû à sa situation géographique de devenir un des bastions les plus importants de la « Résistance française », et de contribuer pour une large part à une libération plus rapide du territoire national.

« Le Massif Central, placé en avant-garde de l'ensemble de la zone du Sud-ouest, faiblement occupé par l'ennemi, constitue l'un des pôles essentiels de la Résistance française. A mi-distance des théâtres d'opérations Nord et Sud, il est en mesure de fournir des éléments de première valeur pour les actions décisives à mener aux départs de ces théâtres et peut permettre aux armées alliées de devancer l'ennemi sur la Loire, d'Orléans à Roanne, dernière ligne sur laquelle celui-ci puisse tenter de se rétablir dans le coeur de la France ».

1943-1944 - La situation des mouvements de Résistance en Région 6 (R6).

Les trois grands mouvements de la région 6 (Combat, Libération, Franc-tireur) avaient fusionné le 26 janvier 1943 dans les Mouvements Unifiés de la Résistance (MUR) et « versé leurs troupes » à l’Armée Secrète (AS). C’était en ce début d’année 1944 la plus importante organisation de résistance de l’Auvergne.

Elle était dirigée depuis novembre 1942 sur le plan régional par Henry INGRAND "Rouvres" et depuis le 15 février 1944, son armée secrète par Émile COULAUDON "Gaspard".

Les maquis étaient encore en ce début d’année 1944, mal armés, principalement implantés dans le Puy-de-Dôme et la Haute-Loire, peu nombreux dans l’Allier et le Cantal, ce département restant une zone réservée en vue d’éventuelles opérations.

Le 12 avril 1944, l’ensemble des maquis du Puy-de-Dôme (2500 hommes) rejoignaient dans la Margeride, le réduit du Mont Mouchet.

L’implantation du Front national de l’indépendance de la France (FN) et des Francs-tireurs et partisans français (F.T.P.F.), son élément armé avaient été plus tardive.

Il a fallu attendre le 14 juillet 1943, date de l’arrivée à Clermont-Ferrand de son nouveau responsable régional, Pierre GIRARDOT "Négro", pour qu’il prenne une certaine importance. Ce dernier a aussitôt axé son effort principalement dans les villes de R6 mais il a aussi commencé à implanter également dans le Puy-de-Dôme des maquis (camps Gabriel Péri, Guy Moquet etc...).

Dans un câble du 14 avril 1944 le Délégué Militaire Régional (DMR), Alexandre DE COURSON DE LA VILLENEUVE "Pyramide" signale à Londres « suis en parfaite entente avec les chefs MUR, union complète avec les FTPF, effectif deux mille maximum. Mouvement prisonniers évadés (du Docteur Guy FRIC) deux cents, total six maquis, quatre mille sédentaires récupérables... ».

Quant à l’Organisation de résistance de l’armée (ORA), grâce à son chef le lieutenant-colonel Jacques BOUTET (fusillé le 10 mai 1944) et à son équipe régionale, elle avait eu, jusqu’à la fin septembre 1943, d’excellents rapports avec les MUR, les FTPF, les mouvements des « Ardents » et des « prisonniers évadés » du docteur Guy Fric. Elle sera complètement démantelée par le Kommandant Hugo GEISSLER des Service de sécurité de la SS (SIPO-SD) de Vichy le 1er octobre 1943, puis en pleine reconstitution en février 1944, démantelée à nouveau par ce même KDS.

En avril 1944, l’ORA comptait seulement deux maquis, l’un dans l’Allier (commandant Marcel COLLIOU "Roussel"), l’autre, un maquis refuge dans le Cantal (commandant André DECELLE "Didier") constitué dès janvier 1943 par le capitaine Michel DE LA BLANCHARDIERE "l’abbé".

L’ORA se trouvait ainsi en situation de grande faiblesse et hors d’état d’intervenir trois mois avant le débarquement.

 

Henry Ingrand "Rouvres" (1908-2003)

Emile Coulaudon "Gaspard" (1907-1977)

Alexandre de Courson  "Pyramide" (1903-1944)

Jacques Boutet (1890-1944)

Marcel Colliou "Roussel" (1897-1963)

André Decelle "Didier" (1910-2007)

 

Octobre 1943, démentellement de l'Organisation de la Résistance de l'Armée

Le 1er octobre 1943, l’organisation de la résistance de l’armée (ORA) en Auvergne est démantelée par le K.D.S de Vichy suite à l'infiltration du réseau de renseignements militaires "Mithridate".

Membre à Rennes du réseau de renseignements militaires « Mithridate » (désigné par les services de police allemande sous le nom d’organisation « Masson »), Georges LEDANSEUR, ancien inspecteur radiotélégraphiste de la police nationale, trahit en juin 1943 ce réseau.

Depuis cette date, aidé de son frère Claude et des frères BOUILLON, il travaille sous le contrôle de son officier traitant, le lieutenant Joseph GOETZ, chef de la section IV du commandement central du SIPO-SD (Befehlshaber des SIPO-SD) de Paris.

Il lui fournissait des rapports détaillés sur le réseau « Mithridate » et l’activité des responsables. Il lui signale début septembre 1943 que le lieutenant Henri GIROUX et l’étudiant Ernest UNGERER devaient partir ce mois de Clermont-Ferrand pour Rennes afin de réorganiser le réseau « Mithridate » dont les membres avaient été arrêtés par le SD de cette ville.

Quelques jours plus tard il lui confirma qu’il avait appris la date et l’heure de départ de Clermont-Ferrand de ces deux résistants.

Le B.D.S. de Paris transmit aussitôt ce renseignement au K.D.S. de Vichy. Hugo GEISSLER, son chef, décida de les appréhender en gare de Vichy. Ainsi cette arrestation ne serait pas connue à Clermont-Ferrand car on les croirait déjà à Rennes, ce qui permettait aussi de les interroger plus longuement et de tirer d’eux le maximum de renseignements permettant, sans donner l’éveil, d’appréhender d’autres membres de « Mithridate ».

Henri GIROUX et Ernest UNGERER, martyrisés, roués de coups, furent obligés au cours de longs interrogatoires de reconnaître leur appartenance à ce réseau.

Par ailleurs, ils révélèrent le nom des membres qu’ils connaissaient et les contacts qu’ils avaient pris avec l’Organisation de résistance de l’armée (ORA) et les mouvements unis de la résistance (MUR) du Puy-de-Dôme.

L’importance des renseignements obtenus obligea Hugo GEISSLER à scinder en deux son opération.

En ce qui concerne « Mithridate », il préféra attendre car LEDANSEUR était encore capable de lui fournir le nom d’autres membres de ce réseau de renseignements de première importance. Il décida donc de déclencher le 1er octobre 1943 une vaste opération à Clermont-Ferrand contre l’État major de la 13ème division militaire.

L’organisation de la résistance de l’armée R6 est complètement démantelée.

Cette vaste opération devant viser simultanément :

  • À Clermont-Ferrand, le bâtiment de l’État-major de la 13ème division militaire, 35 cours Sablon, et le service du matériel, rue Pascal.
  • À Romagnat, l’inspection centrale du matériel.
  • À Royat, la direction générale du matériel.

Le 1er octobre 1943 à 9 heures, l’obersturm führer (lieutenant SS) Arno WESER, chef du service IV du KDS de Vichy, dirige l’opération, assisté du Sonderkommando de Clermont-Ferrand de Paul BLUMENKAMPF. Le bâtiment de l’État-major est encerclé par la Feldgendarmerie, WEZER et les membres du Sonderkommando qui se précipitent dans les bureaux de l’État-major afin de procéder à la vérification des papiers d’identité du personnel.

Les officiers et les sous-officiers recherchés sont aussitôt appréhendés et placés dans une pièce à part de l’État-major.

En fin de matinée l’opération du cours Sablon et des autres établissements militaires terminée, une quarantaine de personnes dont 16 officiers sont arrêtées :

  •  Au 35 cours Sablon, le colonel BOUTET, le commandant MADELINE, le colonel DE CUGNAC, les commandants ALLOIN, CHOPPIN, les capitaines EDWIN, REISS, WAAG, le sergent VOGEL.
  •  À Romagnat, le capitaine Michel DE LA BLANCHARDIERE, le général RUMEN, dix officiers, sous officiers et personnel civil.
  • À Clermont-Ferrand le chef d’escadron de gendarmerie Antoine FONTFRED, le chef de cabinet de l’intendant de police régionale Weilbacher, le caporal François MARZLOFF.

Un autre évènement va se produire le 10 octobre 1943 qui décida Hugo GEISSLER à déclencher la deuxième partie de son plan. Le responsable pour la zone sud de « Mithridate » André ALBERG "Jean, Louis, Dieudonné" est contrôlé dans un bar de Clermont-Ferrand. Après avoir tenté de s’enfuir, grièvement blessé au cours de la poursuite, il décède le 14 octobre sans avoir pu être interrogé. GEISSLER procède alors à de nombreuses arrestations des membres de ce réseau dans la zone Sud.

Le 11 novembre 1943, le maréchal VON RUNDSTEDT, commandant en chef Ouest, adresse la lettre suivante au maréchal PETAIN, chef de l’État français.

« Monsieur le Maréchal,

Etant donné la situation incertaine de votre pays, vous m'avez prié au cours de notre entretien du 27 juillet 1943 d'autoriser l'augmentation des effectifs de la police française et d'améliorer son armement. Ma note du 05 octobre 1943 contient la possibilité, étant donné les circonstances actuelles, de remplir votre désir et créer les conditions d'une action énergique de la police française à l'égard de tous les éléments terroristes.

Une série d'événements de ces derniers temps me confirme dans ma conviction qu'à lui seul le renforcement personnel et réel de la police française demandé par vous, Monsieur le Maréchal, ne suffit pas pour assurer le calme et l'ordre en France. Des officiers supérieurs de l'armée et de la gendarmerie, des hauts fonctionnaires de police et de l'administration s'emploient au service de l'ennemi. En annexe, je vous indique quelques constatations et j'attire spécialement votre attention sur l'attitude des officiers de l'État-major de l'ancienne 13ème division militaire à Clermont-Ferrand.

La sécurité des troupes placées sous mes ordres en France me met, en conséquence, dans l'obligation d'attirer votre attention sous toutes ses formes et sur cette situation.

Je vous prie, Monsieur le Maréchal, de vouloir bien prendre toutes dispositions pour éliminer cet état de choses.

Je dois exprimer mon attente que vous assurerez, monsieur le Maréchal, l'ordre et le calme en France, au moyen de mesures appropriées, vous appuyant sur votre haute autorité.

Le commandant en chef Ouest. Maréchal Von Rundstedt »

Annexe à cette lettre :

« I - Arrestations du général FRERE et autres. À la suite de constatations qui ont été faites le 5 juin 1943, le chef d'une organisation illicite de transmission de nouvelles et d'émetteurs clandestins, a été arrêté à Clermont-Ferrand.

À la suite de l’enquête qui a été faite, on a arrêté comme chefs de cette organisation les généraux :

  • FRERE,
  • OLLERIS,
  • GILLIOT.
  • GRANDSARD.

Un autre général, membre de cette organisation, est encore en fuite.

À la suite de cette arrestation, il a été établi que le général FRERE avait été chargé par des généraux et des officiers intéressés, déjà en décembre 1942, alors qu'il se trouvait ainsi que le général OLLERIS, encore en activité, au commandement en chef d'une armée secrète qui était sous la direction exclusive de GIRAUD et qui devait se recruter parmi les partisans de cet ex-général. Par un message de GIRAUD de juin 1943, le poste de commandant en chef de la Résistance pour toute la France a été confié réellement au général FRERE.

En outre, il a été établi que l'argent nécessaire à cette organisation avait été mis à sa disposition par GIRAUD. Des informations et des ordres étaient échangés par avion, après avis préalable par radio.

Avec un capitaine encore actuellement en fuite, le général FRERE a organisé le 26 mai 1943, la fuite par avion du général GEORGES.

II- Arrestations d'officiers de l'État-major de la 13ème Division militaire à Clermont-Ferrand.

Le 1er octobre 1943, des officiers supérieurs et des hauts fonctionnaires de l'État-major de la 13ème Division Militaire de Clermont-Ferrand ont été arrêtés. Des officiers d'active se trouvaient parmi eux :

  • Lieutenant-colonel BOUTET,
  • Commandant MADELINE,
  • Capitaine DE LA BLANCHARDIERE,
  • Capitaine WAAG,

Avec le consentement du chef de la 13ème Division militaire, le général LENCLUD, ils ont, continuant le travail de l'organisation du général FRERE, constitué avec l'aide de leurs automobiles de service, des dépôts clandestins d'armes provenant de stocks de l'armée française et de parachutage effectués par des avions anglais. Parmi des dépôts se trouvait un stock d'armes de 40 tonnes. Ce dépôt a été saisi.

Ces officiers étaient en relation avec tous les groupes de Résistance clandestins en France et ils ont, ainsi qu'il a été prouvé, transmis une partie des renseignements qui leur parvenaient de tous les services français et notamment des ministères, au service de renseignements anglais.

Le lieutenant FRUMIN, de la garde personnelle du maréchal PETAIN, qui recevait par mois 25 000,00 F pour se procurer des rapports militaires dans l'entourage du chef de l'État, participait à cette organisation chargée de transmettre des renseignements.

Sur l'ordre du lieutenant-colonel BOUTET, des assassinats de Français germanophiles ont été exécutés en relations avec le commandant de gendarmerie FONTFRED et Monsieur WEILBACHER, chef de cabinet de l'intendant de Police à Clermont-Ferrand. Des procès-verbaux rédigés à ce sujet par les services de la Police ont été détournés par ces deux hauts fonctionnaires de la police.

En outre, WEILBACHER a avisé, de toutes les opérations de police, les organisations de la Résistance secrète de sa région.

III. Arrestation du deuxième directeur du bureau du ravitaillement du Mans.

Le 1er octobre 1943, monsieur DUTHIEUL, second directeur du bureau du ravitaillement du Mans, a été arrêté. Sur ordre d'un groupe placé en France par le Ministère de la guerre anglais, DUTHIEUL s'est servi de l'organisation officielle du ravitaillement général pour préparer des dépôts de vivres destinés à ravitailler les troupes ennemies en cas d'un débarquement éventuel en France.

À cette organisation participaient des négociants en gros et des fonctionnaires du ravitaillement général. Le rapport sur le développement de cette organisation et sur ses préparatifs vient de parvenir au Ministère de la guerre à Londres.

Le commandant de l’école de gendarmerie de Mamers, le lieutenant-colonel ABADIE, qui vient d’être arrêté, était en relation avec ce groupe du Mans. En cas d’invasion, le lieutenant-colonel ABADIE s’était assigné avec son école des missions de combat. Il s’était mis d’accord par radio avec la Centrale de Londres, pour prendre en charge des armes anglaises. ».

Réorganisation de l’ORA en R6.

Pendant les quatre mois qui précédèrent son arrestation, le lieutenant-colonel FRIESS avait tout tenté pour reconstruire l’ORA R6. Il n’avait malheureusement pu y parvenir malgré tous ses efforts. Tous les liens qui existaient avant le démantèlement du 1er octobre 1943, par le KDS de Vichy, les contacts avec les principaux mouvements et réseaux auvergnats n’avaient pu être renoués.

Dès janvier 1944, la grande majorité des sous-officiers avait, avec le lieutenant-colonel GARCIE, rejoint l’armée secrète du Puy-de- Dôme. Aussi, après l’arrestation le 28 mars 1944 de son responsable régional, l’ORA R6 se trouvait en situation de grande faiblesse. Un grand nombre de cadres officiers était hors d’état d’intervenir efficacement.

Pendant les deux mois qui précédèrent le débarquement de Normandie, était implanté dans l’Allier le maquis ORA du commandant COLLIOU et dans le Cantal (barrage de l’Aigle), la zone refuge constituée dès le 1er janvier 1943, grâce à la clairvoyance du capitaine DE LA BLANCHARDIERE et dirigé depuis cette date par le commandant André DECELLE (Didier), chef départemental de l’ORA du Cantal.

L’ORA refuse de fournir des cadres à l’Armée secrète pour ses maquis.

Dans la première quinzaine d’avril 1944, à la demande de l’État-major régional de l’Armée secrète auprès du DMR "Pyramide", ce dernier avait sollicité de l’ORA : 10 officiers et 50 sous-officiers pour encadrer les maquis du groupe Auvergne du Réduit du Massif Central, mais ses nombreuses demandes resteront vaines.

En ayant avisé Londres, dans un câble du 17 avril 1944 du commandant Pierre LEJEUNE "Delphin" au colonel A. ZELLER "Faisceau", "Delphin" lui demande « d’intervenir entre "Pyramide" et le chef ORA R6 qui ont des difficultés - stop - pousser à l’union - stop et fin ».

Le 7 mai 1944, n’ayant toujours rien obtenu, "Pyramide", dans un câble n° 2225 au BCRAL fait état des difficultés qu’il rencontre auprès de l’ORA R6 :

« Maintien, remise en route mouvement prisonniers et barrage de l’Aigle mais abandon récupération reste mouvement armé dont il n’y a rien à tirer - stop - chefs incapables me fournir un seul des dix officiers et cinquante sous-officiers demandées par Mur pour motifs les plus divers, les plus bas et les plus dégonflés - stop - faits désolants à ne pas oublier - stop et fin ».

À la réception de ce câble le 16 mai 1944, le bureau « missions » du bloc opérations du BCRAL adresse sous le n°05 672/missions, la note suivante au commandant LEJEUNE, chef du 3ème bureau de l’État-major du général KOENIG.

Après avoir cité le câble de "Pyramide" du 7 mai, le lieutenant de vaisseau DELSUC écrit :

1) Il semble indispensable de rappeler, à nouveau, les instructions déjà envoyées en France à deux reprises, et par lesquelles le commandement est décidé à considérer et à traiter comme déserteurs, tous officiers et sous-officiers de carrière qui se refuseraient à obéir aux ordres qui leur sont donnés dans les présentes circonstances.

Je rappelle à ce sujet : La décision du général commandant en chef, en date du 6 octobre 1943, et transmise en France, et dont le paragraphe III dit littéralement :

« Tout militaire sollicité d’entrer dans les organisations de résistance et qui se déroberait à ce devoir serait rayé des cadres de l’armée ».

Paragraphe complété par une note insinuant « en ce qui concerne le paragraphe III » : Ne pas obliger, sous la menace de réduction des cadres, des officiers hésitants, à entrer dans nos organisations de résistance. Ils y seraient des recrues déplorables. Nous nous occuperons d’eux après la guerre.

2) En mars 1944, à la suite d’une demande adressée par le Chef de l’ORA de la région R1, il a été précisé par une déclaration à la BBC que pour des gradés de l’armée, officiers et sous-officiers, leur place était dans le maquis, ou, du moins, dans la Résistance, et que ceux qui se refuseraient à ce devoir seraient considérés comme déserteurs.

Il semble indispensable qu’un ordre complémentaire, émanant du Général KOENIG, soit à nouveau diffusé par la BBC pour authentifier à nouveau ces instructions ».

L’une des principales missions fixées par le colonel REVERS à l’ORA du Cantal (barrage de l’Aigle) avait été de préparer les conditions de vastes rassemblements de volontaires dans trois camps d’accueil, prêts, grâce aux armes parachutées et à une formation militaire poussée, à entrer dans la lutte armée.

Il avait également été décidé par l’État-major régional de l’ORA que le lieutenant-colonel Roger FAYARD "Mortier" serait accueilli dans cette zone à la Forestie de Chalvignac dans le Cantal.

Aussi, le 6 juin 1944, jour du débarquement de Normandie, commença la mise sur pied au barrage de l’Aigle de trois compagnies (futur bataillon "Didier") dont la compagnie espagnole commandée par J.G. GONZALES ; au col de Néronne, puy Violent, le 8ème Dragon d’Issoire dissous en novembre 1942 mais qui, sous la direction du chef d’escadron MERLAT, avait préparé activement dans la clandestinité sa reconstitution et des unités du Mouvement national de Résistance des prisonniers de guerre (MNRPG) (Jacques PARIS, AYME, CASTILLE), au camp de Pleaux, l’École des cadres de Jeunesse et montagne (capitaine THOLLON).

Les unités ne furent vraiment opérationnelles qu’au début du mois d’août 1944, c'est-à-dire après le parachutage de jour du 14 juillet 1944 (opération Cadillac).

Certaines participèrent à l’embuscade du Pas de Compaing, le 7 août 1944. Après l’évacuation d’Aurillac par les troupes allemandes, le 10 août 1944, aux combats du Lioran (11 au 14 août 1944), à Rueyres (14 au 20 août 1944), enfin de Saint-Flour, dernière ville du Cantal encore occupée par les allemands, libérée le 24 août 1944.


 
 

Michel de la Blanchardière "l'Abbé" (1915-1944)

Alain Grout de Beaufort "Pair" (1918-1944)

Yves LEGER "Évêque" (1919-1944)

Gabriel Montpied "Monique" (1903-1991)

Organisation et structure en R6.

Dans l’organisation intégrée de la région 6 on distinguait des structures horizontales, région, départements, arrondissements, villes, et des structures verticales, les maquis, groupe franc, action ouvrière, résistance fer, service de santé etc...

À ces divers éléments il convient d’ajouter, car cela faisait partie intégrante de l’appareil militaire de la région, la section d’atterrissages et de parachutages (SAP) de la France libre.

Depuis son parachutage en R6, le 14 avril 1943, en remplacement de Paul Frédéric SCHMIDT "Kim" muté en zone Nord, Alain GROUT DE BEAUFORT "Jacou, Pair" y formait équipe avec deux officiers qui seront malheureusement arrêtés par le SD. L’un fut emprisonné à Fresnes, l’autre se suicida. Ils furent aussitôt remplacés par Yves LEGER "Evêque" et Charles LE BIHAN "Trirem, Larivoire".

Paul RIVIERE "Galvani, Marquis", responsable de la S.A.P. de la R1 (Lyon), assurait la coordination de zone.

En 1943, le plus grave problème reste celui de l’armement ; les parachutages ont été rares au cours de l’été. Ils le restèrent durant tout l’automne et l’hiver. Dans un câble daté du 20 septembre 1943 adressé à Londres par GROUT DE BEAUFORT, ce dernier fait le point du manque d’armement, d’équipement et d’habillement des maquis de sa région.

  • Puy-de-Dôme : 900 hommes, besoins complets en armement lourd pour le tiers des effectifs, armement léger assuré mais manque de munitions. Besoins en équipement et en habillement pour la moitié des effectifs.
  • Haute-Loire : 500 hommes, besoins complets en armement lourd et léger (deux tiers lourds et un tiers léger).
  • Cantal : 150 hommes. Besoins complets en toutes matières.
  • Allier : 60 hommes. Besoins en toutes matières pour la moitié des effectifs.

En octobre 1943, sur les 35 terrains proposés par GROUT DE BEAUFORT à Londres, « il n’y a pas eu une seule opération de parachutage ». Lors de la réunion des chefs régionaux de la zone sud du service national maquis, tenue à Paris du 25 au 27 octobre 1943, Gabriel MONTPIED "Jean, Monique", représentant de la région, signale que celle-ci comprend un effectif de 1301 hommes dénombrés et contrôlés dans les camps organisés en R6 et il indique : « Nous pouvons faire peur et c’est tout. Nous avons reçu quelques mitraillettes, mais pas assez. Nous avons beaucoup d’explosifs. Nous sommes les fournisseurs d’explosifs des autres régions. Nos hommes qui font des coups de main sont armés mais les maquis ne sont pas encore armés de mitraillettes. À titre d’exemple, en ce qui concerne l’armée secrète (A.S.) de la ville de Clermont-Ferrand, elle compte environ 3000 hommes pour qui nous disposons de 35 mitraillettes. » (Procès verbal de réunion des responsables régionaux maquis zone sud à Paris du 25 au 27 octobre 1943).

De janvier à mars 1944, il n’y a toujours pas de délégué militaire régional en R 6. Le chef de la S.A.P., Alain GROUT DE BEAUFORT, en assume l’intérim. Mais il n’a fait encore aucune preuve d’activité en ce qui concerne cette mission. D’ailleurs, celle-ci ne lui a pas encore été précisée. Il a de bons contacts avec les mouvements de résistance et n’a pas encore tous les plans, mais il a commencé début février à mettre en place le plan "vert".

Dans la nuit du 24 au 25 février 1944, Robert KOENIG (Africain), radio du délégué militaire régional, est parachuté près de Montluçon sur le terrain "Sarrail". De là, il gagne en voiture Clermont-Ferrand, puis par le train Issoire, puis le château de Langlade à Meilhaud où il reste quelques jours. À la suite de l’arrestation du radio André FURELAND "Arménien" et de la saisie de ses quartz et du plan "guignol violet", "Africain" est mis « au vert » chez Paul RIVIERE "Marquis" responsable de la S.A.P. en R1 (Lyon).

Début avril 1944, il s’installe à Neussargues tout d’abord à l’hôtel Chapat puis, à la suite de l’arrestation de son propriétaire, le 16 mai 1944, chez Raymond Boudon, boucher en gros au même lieu, ceci jusqu’au 5 juillet 1944 où il doit s’enfuir avant l’arrivée de la Gestapo.

Le 1er mars, GROUT DE BEAUFORT "Pair" prend contact à Lyon avec Maurice BOURGES-MAUNOURY "Polygone" qui lui passe les consignes de délégué militaire de la région 6. "Pair", dans un câble adressé à Londres, rend compte « qu’il aura mis les plans en place dans une quinzaine de jours, il a passé ses consignes d’officier opérations à "Évêque" et avait commencé à mettre en place le plan "Vert"... ».

Le 15 mars, il signale à Londres qu’il a quitté Clermont-Ferrand pour Lyon où il attend "Pyramide" pour lui passer les consignes de sa région et il compte « que le plan "Vert" est maintenant en place dans les meilleures conditions » (Rapport mensuel d’activités de la région 6 des 28 février et 27 mars 1944.).

De son côté, toujours sans nouvelles de son délégué militaire, le nouveau chef opération de la R 6, Yves LEGER "Évêque" expédie le 16 mars un câble : « Attendons cas échéant "Pyramide" sur ce terrain (Câble n° 31 du 16 mars 1944) ».

La R6 a enfin son délégué militaire régional (DMR).

Le 17 mars 1944, Alexandre DE COURSON DE LA VILLENEUVE "Pyramide" embarque à Dartmouth (Cornouaille) à bord d’une vedette lance-torpilles et débarque vers deux heures du matin sur la plage de Kerroulou, dans le Finistère, à 4 kilomètres au nord de Guimaëc. De là, par le train, il gagne Paris puis Lyon où il arrive dans la matinée du 21 mars.

"Pyramide" y rencontre "Titin", un radio parachuté de Londres, qui réussit à le mettre en rapport avec "Pair" qui lui passe les consignes de la région 6. "Pyramide" arrive enfin à Clermont-Ferrand le 25 mars. Sa mission lui a été définie à son départ ; il est chargé de l’organisation et de l’action des FFI, de la répartition des armes et des fonds aux mouvements de Résistance, de l’instruction et de l’encadrement des maquis, de la mise en place des plans du jour « J », des sabotages stratégiques et des liaisons avec Londres (radio et courrier par opérations aériennes).

Le 30 mars, il adresse à Londres son premier rapport où il indique : « Matériel : Les premiers renseignements semblent encourageants. Je dois avoir des rencontres cette semaine qui me donneront une situation exacte. Je vous donnerai des précisions numériques dès que possible en même temps que le point où en est la fusion des mouvements ; ce que je sais est encourageant. Plan vert : Une partie doit être en place. En donnerai situation exacte après vérification ».

Dans le câble du 4 avril, il rend compte « qu’il a pris contact avec "Pair" et "Évêque" après longues recherches - stop - travail poursuivi malgré graves difficultés et certaine lassitude- ensemble en bonne voie ».

Dans sa région, début avril, "Pyramide" disposait d’"Évêque" chargé des opérations atterrissage et parachutage d’armement et de sabotage et de deux officiers instructeurs, Charles LE BIHAN "Trirème, Larivoire" et Michel COUVREUR "Tondeuse" (Yves Léger avait établi avec les autres membres de son équipe, Fernand DUTOUR "François", Maurice DEROCKER "Dorval", Henriette MERMET "Marianne", Philippe COMTE "Yvonne", André BIET "Henry", Jean CHAPPUY "Noël", son PC dans la commune de Chastel (Haute-Loire), à Moulergues, avec une importante zone de réception proche du Mont-Mouchet (terrain "Plongeon") ».)

Au point de vue radio, il disposait d’un groupe de réception composé d’un opérateur radio, Auguste LEFEUVRE  "Languedocien", spécialiste dans l’écoute de la réception Angleterre-Auvergne, suivant le système broadcast (chaîne Y, plan "Oran") et des deux opérateurs radios émissions, Robert KOENIG "Africain" et de "Thaïlandais", chargés d’assurer le trafic Auvergne-Angleterre (chaîne Y, plan "Guignol, Noir et Violet").

Ces deux opérateurs radios émissions disposaient de 5 hommes, d’un chef d’équipe aide et protection, de deux hommes chargés de l’aide et de la protection du radio, d’un homme chargé du transport du matériel, d’un homme chargé de la recherche des emplacements d’émissions.

Le 1er avril 1944, se tient à Paris une nouvelle et dernière réunion des responsables régionaux maquis, à laquelle pour la première fois assistent ensemble les chefs des maquis des zones Nord et Sud.

Successivement, après le mot de bienvenue du colonel REBATTET "Cheval", chef national maquis, le colonel DEJUSSIEU "Pontcarral", chef de l’État-major national FFI, Maurice CHEVANCE "Bertin", du Comité d'action militaire (Comac) et William SAVY "Régis", officier arrivé de Londres le 3 mars 1944, chargé de l’installation des emplacements des futures missions « Jedburgh », prennent la parole. "Régis", après la réunion, rencontre tous les chefs régionaux afin de leur demander de lui préciser le point de chute souhaité pour ces missions « Jedburgh* ». (* Parachutage d’équipes, composées d’un officier britannique, d’un officier français, d’un officier américain et d’un radio, tous en uniforme).

Gabriel MONTPIED "Monique", responsable R6 Maquis, lui donne les coordonnées dans la Margeride du terrain "Plongeon".

Le 15 avril 1944, Émile COULAUDON "colonel Gaspard", chef régional de l’armée secrète, rencontre à Montluçon, 16 rue du Rimard, le squadron leader Maurice SOUTHGATE "Hector", chef du réseau « Stationner » du Spécial opération exécutive (SOE - service secret britannique), auquel il fait part de ses difficultés, de ses inquiétudes, du fait de son manque d’armement, d’équipement de munitions.

Le 17 avril, "Hector", adresse un câble à son chef, le colonel Maurice BUCKMASTER, chef de la section française du SOE, où il lui relate sa rencontre avec "Gaspard" : « Suis en contact avec un colonel qui dirige un groupe composé de 2 500 hommes sans tenir compte de ceux qui vivent dans la légalité dans le centre de la France, région approximativement de la même grandeur que la East Anglia. Ceux-ci attendent du matériel et seraient prêts à entrer en action au signal du Général Pierre-Marie KOENIG ».

Le 18 avril, "Pyramide" reçoit l’instruction P3/249 du 31 mars 1944 sur l’action militaire de la Résistance française, transmise sous forme de micro-photos pour exécution. Elle s’accompagnait d’instructions précises et impératives, ayant valeur de règlement et d’une instruction particulière destinée au DMR6, adaptant l’instruction générale aux conditions et aux caractéristiques spéciales de la région R6.

Le déclenchement des opérations est prévu par le passage de messages conventionnels à la BBC : un premier message d’alerte ; pour R6 « le coup d’envoi est à 15 heures » confirmé quarante-huit heures plus tard par les messages d’exécution des quatre plans destinés à R6:

  • Le plan "vert" (paralysie des mouvements ennemis voies ferrées), message BBC : « son costume est couleur billard ».
  • Le plan "rouge" (Guérilla Généralisée), message BBC « que dit la petite pomme d’api ? ».
  • Le plan "tortue" (entrave aux déplacements des Panzers), message BBC : « Ils confondent carapace et carapaçon ».
  • Le plan "violet" (contre les moyens de transmissions de l’ennemi en particulier les lignes souterraines à longue distance), message BBC : « La parole est d’argent et le silence est d’or ».

En cas de contre-ordre, le message suivant devait être diffusé « Rengainez vos baïonnettes ».

L’instruction P3/249 sur « l’action militaire de la Résistance française » parvient au futur commissaire de la République et chef du MUR de R6.

Entre le 20 et 25 avril 1944, Henry INGRAND "Rouvres", le chef du MUR de la région 6, reçoit par l’intermédiaire du délégué militaire régional Alexandre DE COURSON DE LA VILLENEUVE "Pyramide" l’instruction P3/249 du 31 mars 1944 du Bureaucentral de renseignements et d'action (BCRAL - services secrets de la France libre). Il la transmet aussitôt à l’État-major régional de l’armée secrète (colonel Émile COULAUDON "Gaspard" et à son chef d’État-major, le lieutenant-colonelJean GARCIE "Gaston".

Le rôle dévolu à la R6 dans cette instruction est : « Constitution d’un groupement du Massif Central pouvant aller jusqu’à quinze mille hommes. » Il y aura trois groupes : « Causse-Rouergue », « Auvergne » et « Forez-Beaujolais ».

  • Activité vers l’Est jusqu’au Rhône s’exerçant sur une partie des régions 1 et 2.
  • Activité vers le Nord et l’Ouest jusqu’à la Loire et l’ancienne ligne de démarcation s’exerçant sur R 5 et R 6 et se combinant peut-être avec l’activité d’un maquis vendéen en B 2 dans l’hypothèse d’un débarquement à l’Ouest n’intéressant pas le Sud de la Loire.
  • Activité vers le Sud jusqu’à la Garonne et le canal du Midi s’exerçant sur une partie de R 3 et R 4.

Bien entendu, dans les idées générales on insiste sur la souplesse nécessairement recherchée et il est souligné qu’avant le déclenchement de l’action des armées alliées, on devra surtout s’efforcer de « réaliser rapidement l’infrastructure des régions de maquis et préparer la mobilisation des forces mobiles de la Résistance ».

Au moment du déclenchement de l’action : enrôlement, équipement, instruction par les noyaux mobilisateurs des hommes qui afflueront vers les régions de maquis et viendront grossir considérablement l’effectif déjà important des troupes actuellement organisées...

En conclusion la présente instruction de 26 pages a esquissé dans son cadre général le plan d’action militaire de la Résistance française. Elle trace le programme d’évolution qui doit être réalisé dès maintenant dans les divers domaines de l’organisation du ravitaillement et du commandement.

L’application de ce programme peut seule donner à la Résistance toute sa valeur militaire.

Elle lui permettra de peser d’un grand poids dans la future bataille de France et d’assurer par ses propres efforts la libération de plus de la moitié du territoire de notre patrie. Ce document est pour les responsables de R 6 la manifestation tangible que le jour « J » est proche et qu’il convient de prendre d’urgence toutes les disponibilités à cet effet car les évènements vont se précipiter.

Le 28 avril 1944, Yves LEGER "Évêque", le chef OPS de la SAP R 6, reçoit du COMAC, une instruction concernant son rôle au jour « J ».

« Les problèmes posés par le jour « J » varieront selon les zones. Votre DMR vous donnera tous les détails possibles à ce sujet et vous exposera son point de vue en accord avec les directives qu’il aura reçues du commandement.

Les directives que nous vous envoyons envisagent une application pratique de l’étude générale sur l’action militaire de la Résistance française (P3/249 du 31 mars 1944) qui a été envoyée par micro-photo à votre DMR. Demandez-lui de vous en donner communication.

Votre région entre intégralement dans ce que nous conviendrons d’appeler la zone hors d’opérations, en raison de sa configuration géographique. Au point de vue de la clandestinité, elle tombe entièrement sous l’influence des maquis en formation qui se formeront dans toute la partie montagneuse de votre région.... »

Une mission « Maquis » de la section Française du SOE est parachutée dans l’Allier ; la mission « Freelance » est larguée au Nord-est de Montluçon dans la nuit du 29 au 30 avril 1944, autour de Cérilly.

Cette mission est composée du capitaine John HIND FARMER "Hubert" et du lieutenant Nancy WAKE"Hélène". Leur radio, Denis RAKE, ne les rejoignit que le 15 mai, transporté en France dans la région de Châteauroux par Lysander (avion militaire Britannique).

 
 

La 3ème réunion du Comité régional de libération R 6.

C'est le mardi 2 mai 1944 que s'est tenue la troisième réunion du Comité régional de libération, dans une ferme isolée, celle du Boitout, commune de Sainte- Marguerite, à 8 kms au Nord-est de Paulhaguet (Haute-Loire). La sécurité de cette importante réunion, qui doit décider de la mobilisation des « sédentaires » des maquis et de la concentration dans trois réduits du groupe « Auvergne », est assurée par la sizaine de Prosper Chevalier et des hommes du corps franc « Laurent ».

Participent à cette assemblée : Henry INGRAND "Rouvres", chef des MUR et commissaire de la République pour l’Auvergne ; Georges CANGUILHEM "Laffond", chef régional de Libération Sud ; Émile COULAUDON "Gaspard", chef régional action de l'Armée secrète ; Raymond PERRIER "Brioude", responsable régional de la CGT ; Jean BUTEZ "Albert", représentant le parti socialiste SFIO ; Pierre GIRARDOT "Roger Vallon", responsable régional du PCF et du Comité militaire des FTPF.

Sont absents : les représentants du mouvement Franc Tireur, du Mouvement paysan et du Front national. "Rouvres" expose tout d'abord le plan pour le jour « J » qu’il a reçu fin avril par les instructions de l’État-major du Général de Gaulle, transmis par l'intermédiaire du délégué militaire régional (DMR), puis on arrive aux discussions techniques. "Gaspard" rend compte de son entretien à Montluçon avec le major SOUTHGATE, du réseau "Stationner" du SOE. "Rouvres" propose de procéder à une mobilisation des sédentaires dans quelques villages du Puy-de-Dôme, Cantal et Haute-Loire, choisis en fonction des trois concentrations envisagées.

"Roger Vallon", après avoir émis quelques réserves sur les promesses du major SOUTHGATE, fait remarquer qu'il faudrait retarder de quinze jours la mobilisation et, si l'on souhaite la réussite complète de ce plan, il faut envisager et décréter :

  • Des opérations de diversion ;
  • Le déclenchement de grèves générales au moins dans les villes ;
  • La paralysie des transports sur toutes les voies ferrées et le plus grand nombre possible de routes ;
  • La paralysie du ravitaillement.

Plusieurs membres ne sont pas d'accord avec "Roger Vallon". Le débarquement est proche, le temps presse. Il faut, comme le précise l'instruction de l'État-major du Général de Gaulle, constituer le groupement « Auvergne » du réduit du Massif central.

Finalement, "Rouvres" indique que la concentration des maquis d'Auvergne était de toute façon décidée, même sans l'accord des représentants des mouvements absents ce jour-là à la réunion. Aussi, "Roger Vallon", avant de se séparer, tient à préciser qu'il donnera l'ordre aux sédentaires et aux combattants FTPF :

  • De ne pas rejoindre les rassemblements mais d’exécuter la part des instructions demandées par le quartier général allié qui revient aux FTPF.
  • De gêner au maximum la Wehrmacht par des actions de guérilla effectuées dans toute l'Auvergne et il conclut : « Que, si les sédentaires et combattants FTPF ne rejoindront pas les rassemblements, il ne s'opposera pas à ceux qui en décideraient autrement. »
  • Le 4 mai 1944, le BCRAL envoie en Auvergne Michel DEQUAIRE "Symétrie" chargé d’une mission militaire. Il est déposé le 4 mai 1944 par Hudson sur le terrain "Aigle" à Manziat, dans le département de l’Ain. Dans son débriefing à Londres en septembre 1944, il indique :
  • « Déposé près de Mâcon le 4 mai à deux heures du matin, j’arrive à Clermont-Ferrand le 8 et prends aussitôt contact avec le DMR "Pyramide". Celui-ci, estimant que ma mission militaire n°1 est périmée, décide de me garder à sa disposition comme adjoint concurremment avec Jean TESSON "Christophe" ... ».
  • Une nouvelle mission « maquis » est parachutée dans la Margeride. Elle le fut dans la nuit du 8 au 9 mai 1944 sur le terrain "Plongeon". C’est une mission « Jedburgh » baptisée « Benjoin ». Elle est composée du major britannique Frederik CARDOZO "Vecteur", du capitaine FFL Bernard GOUY "Médiane - Chouan", du lieutenant américain Jacques LEBAIGUE "Spirale" et d’un radio français, Jean TROLLET "Somali".
  • Cette mission devait s’installer primitivement à cheval sur les départements de la Corrèze, de la Lozère et du Cantal. Par suite de l’évolution de la situation en R 6 et de la densité des maquis plus importants à l’Est du département du Cantal, elle s’installe à la limite du Cantal et de la Haute-Loire. Sa mission fut alors fixée d’une façon plus précise et sa zone d’action limitée au seul département du Cantal. À son arrivée, elle prit contact avec le DMR "Pyramide", les responsables des maquis d’Auvergne et avec "Évêque", chef opérations de la SAP R6, de façon à ce que toutes les dispositions soient prises, ce qui était déjà le cas, afin que le terrain "Plongeon" soit compris dans les prochains programmes mensuels de parachutage.
  • Le 9, elle prend contact, au Mont-Mouchet avec Robert HUGUET "Prince", chef régional maquis R 6, et a son premier contact radio avec Londres le 12 mai 1944. Le 14, "Médiane" câble :
  • « Accord parfait avec "Prince" chef maquis et son chef État-major, colonel GARCIE - stop - organisation trois maquis importants forêt Margeride (Mont Mouchet) et Cantal (réduit de la Truyère et Plomb du Cantal). Chaque maquis forme plusieurs compagnies-organisation, maquis mobilisateurs possibilités détaillées suivent ; ces maquis semblent avoir une bonne tenue militaire et un moral splendide. »
  • Le 17 mai 1944 – Contact au Mont-Mouchet entre John FARMER et CARDOZO, chargés de la même mission. Michel R.D. FOOT : « Des Anglais dans la Résistance, le S.O.E en France, 1940-1944 », écrit, page 495 : « Ce doublon n’était pas aussi regrettable qu’on pouvait le croire. La zone couverte par les maquis d’Auvergne était vaste et l’on estimait à Londres qu’il n’aurait pas trop de deux opérateurs pour les livraisons d’armes, de plusieurs équipes pour repérer les meilleurs terrains de parachutages dans les montagnes ... » ce qui ne concordait pas malheureusement, c’était leur plan "vert". Après accord, il fut décidé que FARMER s’installerait dans le Réduit de la Truyère tandis que CARDOZO resterait à Moulergues, près du Mont-Mouchet.

La constitution des réduits

En ce début d’année 1944, l'imminence d'un débarquement sur les côtes françaises remit en évidence l'intérêt d'une force intérieure dont l'action faciliterait grandement l'abordage puis la progression des troupes débarquées à travers le territoire national.

il était prévu la formation de trois réduits militaires en R6 :

  • Le premier au Mont-Mouchet dans les Monts de la Margeride, aux confins des départements du Cantal, de la Lozère et de la Haute-Loire, dans une région de plateaux élevés (le Mont-Mouchet s'élève à 1.465 mètres), couverts d'immenses et monotones landes à bruyères que viennent interrompre des forêts de pins.
  • Le second, dans la région de Chaudes-Aigues, où la Truyère creuse dans les plateaux granitiques de la Haute-Auvergne des gorges étroites, profondes et sinueuses, tantôt boisées, tantôt hérissées de rochers.
  • Le troisième au Lioran, au coeur du Massif Central, dans de magnifiques forêts de sapins, à 1.155 mètres d'altitude.
  • L'état-major serait installé au Mont-Mouchet.

Deux raisons incitaient, en Région 6, à la création de ces réduits :

1°) Il fallait sauvegarder de la destruction totale les petits maquis d'Auvergne que les Allemands pouvaient anéantir systématiquement ;

2°) Le général DE GAULLE avait, d'autre part, proposé au haut commandement allié une opération mise au point par le colonel BILLOTTE dont il espérait beaucoup, tant au point de vue militaire que politique. Il s'agissait de mettre à profit la concentration spécialement poussée des maquis d'Auvergne pour prouver à nos alliés que la France pouvait :

a) Libérer elle-même, par ses propres moyens, une portion notable de son territoire national, le nettoyer de tout élément ennemi, y établir des Pouvoirs publics nationaux, voire même une délégation du Gouvernement provisoire. Cette délégation se serait installée là où les circonstances militaires l'auraient permis, avec, comme objectif, Clermont Ferrand, dès que cela aurait été possible ;

b) Générer la contre-manœuvre allemande destinée à rejeter les forces de débarquement zone-Sud ;

c) Relier intérieurement les zones de débarquement Sud et Nord ;

d) Couper de leur lignes de retraite les éléments allemands de la zone Atlantique ;

e) Si par malheur la percée alliée vers l'Est ne réussissait pas avant l'hiver et si les fronts s'étaient stabilisés, on aurait pu concevoir que le siège du Gouvernement fût transféré en France dans cette « zone libérée ».

On avait même envisagé le parachutage d'une division française aéroportée (1er régiment de chasseurs parachutistes du colonel FAURE), d'une brigade de parachutistes américains et d'une brigade anglaise, de la grande majorité des forces aériennes équipées de matériel français et de tous les éléments de renfort nécessaires pour parfaire l'encadrement et l'équipement des maquis d'Auvergne ; l'ensemble des éléments de cette opération était placé sous les ordres du colonel BILLOTTE.

La division française aéroportée avait prévu des lieux de parachutage d'ailleurs variables situés, selon les renseignements, entre La Courtine et Clermont-Ferrand.

Ce plan qui devait se dérouler tout d'abord en liaison étroite avec l'opération « Overlord » (nom de code du débarquement en Normandie), fut étudié trop tardivement à l'EM des FFI du général KOENIG pour pouvoir être immédiatement appliqué ; aussi il fut décidé qu'il se déroulerait avec l'opération « Avril » (nom de code du débarquement sur la côte méditerranéenne), soit immédiatement avant, soit immédiatement après, aux environs du 15 août 1944.

En fait, cette opération, baptisée du nom conventionnel « Caïman », ou plus simplement de la lettre « C », fut finalement abandonné, les Alliés l'ayant refusée, en apparence pour des raisons techniques, prétextant la nécessité d'utiliser de trop gros moyens aériens de transport. Le colonel BILLOTTE a pu constater, lors de l'exposé qu'il fit sur cette opération à Caserte, en juillet 1944, que le maréchal M. WILSON et tout son état-major avaient bien du mal à réfuter convenablement les arguments qu'il avançait. Il semble plutôt vraisemblable que ce soit le Président Fr. ROOSEVELT lui-même qui se soit opposé à cette opération, pour des raisons purement politiques, parce que, jusqu'au dernier moment, les Alliés pensèrent négocier avec le gouvernement du maréchal PETAIN, en vue d'une liquidation pacifique du régime de Vichy ; leur méfiance à l'égard du Gouvernement d'Alger était telle qu'ils ne tenaient pas à faciliter une opération qui aurait permis au général DE GAULLE de prendre pied sur le sol métropolitain et d'y installer son gouvernement provisoire.

Il convient d'ouvrir ici une parenthèse. Le plan "Koenig" étudié depuis de longs mois semblait en effet à peu près abandonné lorsque le colonel "Gaspard" prit contact à Montluçon, aux environs du 15 avril 1944, c'est-à-dire à peu près un mois environ avant la réunion de Paulhaguet avec le major Maurice SOUTHGATE "Philippe", chef d'un important réseau « Buckmaster » (French Section du S.O.E. anglais).

A cette époque, la situation en Auvergne devenait extrêmement difficile. La Résistance active, qui avait multiplié les coups de mains contre les allemands et la Milice, notamment depuis novembre 1942, avait groupé dès l'hiver 1942-1943 des corps-francs dans les Monts d'Auvergne d'où ils rayonnaient sur la Région R.6 ; tout n'allait pas sans accrochages : le premier corps-francs d'Auvergne de "Gaspard" perdit en moins de deux ans plus de soixante hommes sur une centaine, répartis dans les groupes "Prince", "Laurent", "Judex", "Tarzan", "Bernard", "Cristal", "Irma", "Buron", "Antonio" et "Fernoël".

Pourtant, la réussite des corps francs galvanisait de nombreux patriotes. Au 1er janvier, dix mille hommes étaient officiellement enrôlés dans les mouvements unis de la Résistance, et quinze cents dans les F.T.P.F. (Francs-tireurs et partisans français, armés depuis juillet 1943 par les M.U.R (Mouvements unis de la Résistance).

Les exploits spectaculaires de ces pionniers des maquis auvergnats, à quelques kilomètres du siège du Gouvernement, devenaient de jour en jour très connus (sabotage de l'usine d'oxygène liquide de Massiac, des usines Michelin de Clermont-Ferrand, les évasions de Pontmort de la prison de Clermont-Ferrand, etc...).

C'est ce qui explique que depuis plusieurs mois, les Services anglais (S.O.E.) cherchaient à rentrer en contact avec "Gaspard" ; mais il n'avait pas encore pu s'établir en raison de la violente contre-offensive que la Gestapo, les S.S. et les francs-gardes de la Milice rassemblés en grand nombre en Région 6, faisaient peser sur la Résistance d'Auvergne.

Les rafles continuaient de se multiplier dans les villes devenues dangereuses, et les volontaires, peu à peu, gagnaient les maquis, cependant que la date du débarquement des Alliés était constamment repoussée. En bref, la situation devenaient intolérable pour les patriotes des villes ; c'est ce qu'exposa tout d'abord "Gaspard" au major M. SOUTHGATE "Philippe".

Puis il lui rappela les grandes lignes du plan "Koenig" alors en sommeil et lui demanda si, adoptant ce plan, rassemblant tous les volontaires sur les hauts-plateaux du Cantal et contrôlant les routes de façon assurée pendant une semaine, il pourrait compter sur un parachutage massif au centre du réduit ainsi constitué, non seulement en armes légères, demi-lourdes et munitions pour armer des milliers de volontaires, mais en cadres et en commandos pouvant prendre beaucoup plus rapidement pied en France et en grand nombre, par la voie des airs, que par un problématique débarquement.

Le major "Philippe" écouta attentivement et se déclara tout à fait enthousiaste pour aider une telle action. Un long message partit le jour même de Montluçon et obtint une réponse favorable de la French section du S.O.E.

Sans assurer toutefois la venue de gros contingents, le plan "Koenig" allait ainsi pouvoir se réaliser, tout au moins dans ses grandes lignes, ce qui permettait du même coup :

  • de grouper en montagne les patriotes qui échapperaient ainsi aux risques de la déportation ;
  • d'armer rapidement et avec le minimum de risque ces volontaires qui pourraient désormais lutter, sinon à armes égales, du moins avec les meilleures chances, compte tenu de l'avantage de la position en forêt ;
  • de pouvoir, si le débarquement tardait et si les Allemands venaient attaquer les réduits, satisfaire au désir de l'état-major interallié de retenir dans le Massif Central des forces ennemies importantes que l'état-major allemand aurait préféré disposer en renfort sur les points de débarquement possibles.

D'ailleurs, l'accord de la French Section du S.O.E. n'allait pas tarder à se concrétiser effectivement puisque l'état-major interallié dépêchait, dans la nuit du 28 au 29 avril 1944, une première mission baptisée « Freelance » composée de deux anglais, le major John HIND FARMER "Jean" et le lieutenant Nancy FROCCA-WAKE "Madame Andrée", leur radio, le capitaine Denis-Joseph RAKE "Denis" ne devait les rejoindre qu'aux environs du 10 mai 1944.

Ne pouvant, faute de radio, établir un contact permanent avec Londres, la mission « Freelance » s'avérait d'aucune utilité pour les responsables de la Région 6. Aussi accueillirent-ils avec joie la nouvelle mission parachutée dans la nuit du 7 au 8 mai 1944 dans la Margeride, la mission « Benjoin », qui était composée de trois officiers :  un Anglais, le major CARDOZO "Vecteur", un Français, le capitaine Bernard GOUY "Chonan - Médiane", et un Américain, le lieutenant LEBAIGUE "Spirale" et d’un radio, Jean TROLLET "Somali".

Elle s'établit avec l'équipe de parachutages à Védrines-Saint-Loup, près du Mont-Mouchet.

"Gaspard" se trouva ainsi en présence de deux missions. Aussi la mission « Freelance » fut dirigée vers le 10 mai 1944 sur Chaudes-Aigues, le major John FARMER ayant jugé ce réduit beaucoup plus propice aux importants parachutages qui allaient avoir lieu dans les semaines à venir.

Mais n'anticipons pas.

 
 

Comment fut décidée la concentration du Cantal

Le 15 mai 1944, un mois après les entretiens de Montluçon, Henry INGRAND "Rouvres" convoqua le Comité régional de Libération à la Trinité.

"Gaspard" y soumit son plan, indiqua quels points lui paraissaient les plus favorables à des concentrations, à savoir : la baraque forestière du Mont-Moucher, au coeur de la Forêt de la Margeride, à 1.500 mètres d'altitude, avec maintien d'un point de soutien au maquis « Revanche », près de Chaudes-Aigues, et ultérieurement, en cas de nécessité de mouvement, le Massif du Lioran, le Plomb du Cantal, le Puy-Mary.

Il indiqua la gravité d'une telle décision en raison de la situation intenable d'une organisation maintenant puissante dont les éléments ne pouvaient plus être contenus, ni protégés et proposa que la décision ne soit prise qu'à l'unanimité des membres présents, par vote après appel nominal.

Les mouvements représentés : « Combat » (INGRAND et COULAUDON), « Franc-Tireur » (M. JOUANNEAU), « Libération », (L. GIRAUD "César"), « Mouvement ouvrier français » (Raymond PERRIER), « C.G.A. » (Abel GAUTHIER), « Front national », « Le parti socialiste clandestin » (Jean-Gabriel AUFAUVRE, "Carlos"), « Le Parti communiste clandestin » (ELDIN, "Charles"), « Les F.T.P.F. » ("Roger Vallon"), « Le Maquis (HUGGUET, "Prince") et MONTPIED "Monique" et les représentants du Cantal (Jean LEPINE, "Pierre-Couthon") de l'Allier (René RIBIERE, "Vincent") de la Haute-Loire (ZAPALSKI "Gévolde"). Tous donnèrent leur plein accord au plan proposé, cela sans la moindre réserve ; Henry INGRAND, commissaire de la République, responsable régional des M.U.R. qui présidait la réunion avait, sans discussion, donné son accord, cependant que "Gaspard" confirmait que les cadres de ce réduit seraient constitués par des officiers et des sous-officiers de l'armée restés loyaux.

Il avait en effet à ses côtés le colonel GARCIE "Gaston", magnifique patriote, seul survivant du trio composé de son chef, le colonel BOUTET, et du commandant MADELINE, tous deux tués après tortures par la Gestapo.

Selon le vœu formulé au colonel "Gaspard" par le colonel BOUTET avant son arrestation, le colonel GARCIE allait prendre la direction effective de l'état-major du Mont-Mouchet, cependant que le colonel de carrière MONDANGES "Thomas" assumerait la direction militaire du réduit de la Truyère, et que le colonel HUGGUET "Prince" allait préparer la concentration au Nord du Cantal.

Ainsi, l'unité de la Nation se trouvait réalisé en Auvergne, ave M.U.R., F.T.P.T., O.R.A, civils volontaires et militaires de carrière. Il y eu hésitation des F.T.P.T. à rejoindre les maquis du Cantal, leur plan étant alors de se concentrer près de grand centre e prévision de la Libération. L'O.R.A. resta en dehors de la concentration (1). Ce ne fut qu'après les combats de la Margeride et de la Truyère que les F.T.P.F. le 13 juillet 1944, rejoignirent officiellement les Forces françaises de l'Intérieur et que leurs deux chefs militaires, le lieutenant-colonel PLANTIER "Vercin" et le lieutenant-colonel SAUER "La Meuse" se rangèrent sous les ordres du colonel COULAUDON, en même temps d'ailleurs que le colonel FAYARD "Mortier" et le lieutenant-colonel SCHMUCKEL "Chabert", de l'O.R.A., deux officiers de carrière qui allaient diriger l'état-major régional à l'approche et après la Libération, secondés par des maquisards chevronnés et d'autres officiers de carrière de valeur tels le commandant ERULIN "Carlhian", les commandants RICHARD "Napoléon" et PUTZ "Florange", le colonel COLLIOU "Roussel" de l'Allier, etc...

(1) L'O.R.A., Organisation de Résistance de l'Armée s'estimait aux ordres du commandement militaire français d'Alger. Sa subordination au général KOENIG ne deviendra effective que le 13 juin 1944. Elle était composée des :

  • Groupement du lieutenant-colonel PLAYE, dit "Eynard" (14 juillet 1944) ;
  • Groupement du lieutenant-colonel MERLAT, dit "Allard" (14 juillet 1944) :
  • Groupement du commandant THOLLON, dit "Renaud" (7 août 1944) ;
  • Groupement « Didier » (chef d’escadron ROUSSY "Ambord", puis du commandant DECELLE (13 août 1944).

La mobilisation

Le 20 mai 1944, quelques jours après cette réunion, l’état-major régional des F.F.I. d’Auvergne ordonnait une mobilisation générale des volontaires des divers mouvements de Résistance ; le colonel Emile COULAUDON adressait aux chefs des départements et sous-arrondissements son ordre n°1.

Et ce fut la montée en masse au maquis des hommes des villes et villages d’Auvergne. Toutes les routes étaient encombrées de bicyclettes, de voitures, de piétons sac au dos. Dans certains villages, les chefs civils de la Résistance affichaient l’ordre de mobilisation et les hommes partaient en chantant sur des camions bondés. De Clermont-Ferrand, de nombreux hommes, valise à la main, prenaient le train pour Ruines-en-Margeride ou Loubaresse, gares les plus proches du Mont-Mouchet.

Ni les Allemands, ni Vichy ne pouvaient ignorer ce mouvement unanime et il semble que les Allemands en aient été assez effrayés. Un officier allemand se rendait dans un village voisin de Clermont-Ferrand et constatant l’absence presque totale d’hommes valides, avouait rageusement : « C’est une véritable mobilisation générale ». Le directeur de la police allemande de Vichy allait même jusqu’à déclarer : « Quel que soit mon pouvoir, qui est grand, il m’est impossible d’établir un contact réel avec la plupart de mes éléments ». Les Allemands ne réagirent pas tout de suite et la « mobilisation » put s’opérer tranquillement.

2.700 hommes rejoignirent le Mont-Mouchet et 1.500 la Truyère en moins de quinze jours, puis ces réduits étant considérés comme saturés, un troisième camps ouvert à Saint-Genès, aux confins du Puy-de-Dôme et du Cantal, sous les ordres du commandant Willy MABRUT "Tonton", puis du colonel François FADDA "Noli", dut endiguer une véritable montée en masse, se chiffrant à près de 6.000 hommes en moins d’une semaine.

Ce camp n’eut pas à jouer un rôle actif dans les combats et fut, sur ordre de l’état-major, qui n’avait jamais souhaité un tel succès, dissout par mesure de prudence quelques jours après les combats de la Truyère.

Les hommes étaient si nombreux qu’on avait dû établir dès fin mai des Centres de triage, au camp des Cheires à Pontgibaud et à Vins-Haut, près d’Ardes-sur-Couze.

C’est au Mont-Mouchet où siégeait l’état-major, que se trouvait le point principal de ralliement. Aux limites du réduit, à Clavières, sur une plaque de bois, des lettres mal dessinées annonçaient au futurs maquisards : « Ici, commence la France libre ».

 

La répression de la Résistance dans le Cantal

 

 

Début juin, les effectifs armés des trois maquis réduits s’élevaient au :

  • Mont-Mouchet : 2500 hommes et Réduit de Venteuges : 1000 hommes
  • Réduit de la Truyère : 1024 hommes
  • Le Lioran : 610 hommes

L’état-major allemand, alerté par ces importants rassemblements et disposant de renseignements précis  du SD, de l’Abwehr et de la milice du Cantal, décide d’enclencher une série d’opérations contre ces réduits.

Le général Fritz BRODOWSKI, commandant l'état-major principal de liaison de Clermont-Ferrand, reçoit l’ordre formel de réprimer et anéantir les maquisards auvergnats et limousins. Son commandement s'étendait sur 9 états-majors de liaison, à raison d'un pour chaque département Puy-de-Dôme, Allier, Haute-Loire, Cantal, Haute-Vienne, Corrèze, Creuse, Dordogne et Indre.

Pour remplir cette mission un groupement tactique mobile de combat de la valeur d'une brigade (2500 hommes, 500 véhicules, canons, mortiers, etc.) fut mis à sa disposition et constitué de troupes chargées de la recherche et de la destruction des maquis et des unités FFI dont le commandement tactique fut confié au Generalmajor Kurt VON JESSER.

Composition de la Brigade Jesser :

  • 1 colonne rapide, de 1 200 soldats environ, sous le commandement de l'oberst Georg COQUI (1 état-major, 1 régiment de sureté, 10 compagnies d’infanterie, 1 compagnie de blindés, 1 compagnie du génie et 1 groupe de reconnaissance).
  • 1 colonne lente, de 1 200 soldats environ, 3 compagnies de la Légion des Tartares de la Volga stationnées au Puy-en-Velay, 3 compagnies de la Légion Azerbaidjanaise stationnées à Rodez puis à Saint-Flour).
  • Eléments complémentaires dont : 2 escadrilles d’aviation basées à Aulnat, 1 compagnie de transmission, 1 compagnie antichar, 1 compagnie de DCA, 1 groupe d’artillerie).
  • Eléments policiers : Des forces du commandement supérieur des SS et de la police (SD et SIPO) dirigé par le capitaine SS Hugo GEISSLER, 1 état-major de la police de sécurité et du service de sécurité, 15 groupes d’interrogatoires, 1 bataillon motorisé de police SS, 7 brigades d’intervention de la Feldgendarmerie (280 hommes).

Garnisons Allemandes dans le Cantal :

  • Saint-Flour
    • 1 compagnie (n° 11) du régiment de sécurité 95
    • 1 batterie de l'Artillerie du 28e bataillon d'artillerie de la 189e division d'infanterie (Brigade Jesser)
    • 3 compagnies de la Légion azerbaidjanaise (Brigade Jesser en juin et juillet 1944)
    • 1 Régiment de sureté motorisé 1000 (Brigade Jesser)
  • Aurillac
    • 1 état-major de liaison avec une compagnie de transmission
    • 1 compagnie de Feldgendarmerie 984
    • 2 compagnies (n°10 et 15) du régiment de sécurité 95
  • Barrage de Marèges (situé en aval du barrage de Bort-les-Orgues et en amont du barrage de l'Aigle).
    • 1 batterie anti aérienne du régiment 102 (Le site est évacué le 11 juin) (Brigade Jesser).

Du 4 au 9 juin, un détachement motorisé de la division SS Das Reich sème la terreur sur Aurillac et les environs (jusqu’au abords de Vic-sur-Cère) espérant empêcher les départs massifs pour le Mont-Mouchet ou le réduit de la Truyère.

Dès le début de juin, les Allemands attaquent à plusieurs reprises le Mont-Mouchet. Après plusieurs jours de combats, la dernière offensive allemande oblige les maquisards au repli. La plupart d'entre eux rejoignent le Réduit de la Truyère. Les pertes seront énormes, pas moins de 260 maquisards tués, 180 blessés et une centaine d'otages civils fusillés.

Le 11 juin 1944 à Saint-Flour, le capitaine SS Hugo GEISSLER qui a sa carte de militant au parti nazi depuis 1933 fait arrêter quarante personnes soupçonnées d'être des "partisans-terroristes". Il est accompagné de sa brigade spéciale composée de 22 agents français commandée par un ancien commissaire de police, Georges JANY BATISSIER dit capitaine Schmidt, originaire de Moulins.

Le 12 Juin 1944 à Murat, Hugo GEISSLER, à la tête des unités SS et SD chargées de la lutte contre le maquis de la brigade Jesser, fait fusiller 4 hommes pris à Saint-Flour, et amener 13 personnes pour interrogatoire dont le maire Hector PESCHAUD et deux femmes prises à la place de leur époux absents : Mmes ESPALIEU et SAUNIÈRES. Il mène lui-même les auditions, car il parle le français sans accent. La liste des personnes arrêtées démontre que GEISSLER n'ignorait rien de leurs activités.

Prévenus de l'arrivée de l'ennemi, une soixantaine de maquisards mitraillent les soldats depuis les hauteurs de Murat. Hugo GEISSLER, sept soldats allemands et trois miliciens sont tués dans l'altercation devant l’hôtel de ville. Les otages pris à Murat sont joints à ceux de Saint-Flour ainsi que cinq déserteurs allemands dans la grande salle de l’hôtel "Terminus", soit 53 personnes au total.

Pour venger GEISSLER, les membres du SD de Vichy présents à Saint-Flour établissent une liste de 25 personnes à exécuter dans la nuit du 13 au 14 juin.

Le 14 juin à 6h15, en représailles, , les 25 otages sont fusillés à Soubizergues. Les 28 autres otages sont amenés à Vichy.

Le 24 juin, à Murat, une dizaine de maisons sont détruites, 300 personnes contrôlées et 119 muratais, des hommes de 16 à 50 ans sont raflés par la Légion des Tatars de la Volga de la brigade Jesser et déportés au camp de concentration de Neuengamme à 25 kms en sud-est d'Hambourg, un camp de la mort par le travail... 89 d'entre eux ne reviendront jamais à Murat.

 Les combats du Mont Mouchet

Lorsque toutes les positions stratégiques du réduit furent occupées par les hommes du maquis, les compagnies qui grossissaient en nombre et en effectif transformèrent les parachutes en tentes et la Margeride en un vaste camp retranché ; toutes les nuits des hommes veillaient sur l’immense plateau balayé par la bise dans l’attente d’avions amis et de leur chargement d’armes et de matériel ; les compagnies spécialisées s’étaient installées aux abords du PC, dans les bois de sapins qui entouraient l’unique bâtiment, une maison forestière, immense garage, où le colonel COULAUDON (Gaspard), entouré de son état-major et de la mission interalliée donnait ses ordres et communiquait avec Londres et Alger.

Le colonel GARCIE (Gaston), chef d’état-major ; Henry INGRAND (Mazières-Rouvres), commissaire de la République ; Gabriel MONTPIED (Monique) et Robert HUGUET (Prince), l’un créateur, l’autre organisateur des premiers maquis depuis janvier 1943 ; le commandant Jean MAZUEL (Judex), chef des corps francs, étaient les principaux responsables, cependant que les commandant Roger-Max MENUT (Bénévole), Robert JANTHIAL (Dumas) , Antoine LORCA (Laurent), Marcel VALETTE (Valy) et A COUTAREL (Bartho) dirigeaient respectivement le Service de Santé, le Service de l’Armement, le parc auto et les transports, le commandant Florian RADESCO (Albert), le quartier général ; le capitaine CURABET (Duchêne) le S.R. et les capitaines Jean TAVERT (Jean) et ROSENBERG (Stéphane, Michel, Luc) les parachutages et leur répartition.

Le 1er juin 1944, la BBC transmettait le message personnel suivant : « le coup d’envoi est à 15 heures ».

C’était le signal d’alerte. Dès ce moment, l’on pouvait s’attendre à d’importants événements militaires. Les 2.700 hommes qui avaient rejoint le Mont-Mouchet furent répartis en quinze compagnies, elles-mêmes échelonnées sur un front circulaire de vingt kilomètres.

Ordre de bataille du Mont-Mouchet, à la date du 1er juin 1944 :

1er Bataillon

  • 1ère compagnie : capitaine Augustin BAPT (Michel)
  • 2ème compagnie : capitaine Gabriel GENEIX (Eloy)
  • 3ème compagnie : capitaine Marcel LACHAISE (Marcel)
  • 4ème compagnie : capitaine POMMIER (Hoche)

2ème Bataillon

  • 5ème compagnie : capitaine ALIZON (Antoine)
  • 6ème compagnie : capitaine MICHON (Marquis)
  • 7ème compagnie : capitaine Paul COUPAT (Paul)
  • 8ème compagnie : capitaine Joseph STEICHER (José), puis capitaine Antonin LAC (Fred)

3ème Bataillon

  • 9ème compagnie : capitaine Yves DESSAUX (Yves)
  • 10ème compagnie : capitaine Frédéric LABOUREUR (André)
  • 11ème compagnie : capitaine Louis PROUST (Lavenue)
  • 12ème compagnie : capitaine Jacques SAMAMA (Dupiol)

4ème Bataillon

  • 13ème compagnie : capitaine André ROUSSEL (Dédé)
  • 14ème compagnie : capitaine Emile BERTRAND(Treize)
  • 15ème compagnie : capitaine Charles BOYER.

Compagnie de pionniers : commandant Léon MALFREYDT (Léo)

C.H.R. : capitaine Maurice DREYFUS (Vincent)

Une compagnie de transport, formée par le corps franc A. COUTAREL (Bartho), tandis que le parc auto qui comptait près de cinq cents véhicules était dirigé par le commandant Antoine LORCA (Laurent).

L’ensemble des corps francs était commandé par le commandant Jean MAZUEL (Judex).

Une tenue de combat fut distribuée à chaque volontaire. Elle comportait : un short kaki, un blouson en cuir marron, une paire de chaussures anglaises, un brassard rouge où se détachaient en blanc un « V » et une croix de Lorraine et en noir un numéro de matricule.

L’armement était le suivant :

  • Par homme : 1 fusil
  • Par groupe : 1 PM pour 3 hommes, 1 FM et 30 grenades pour 20 hommes.

Les 9ème, 10ème et 12 compagnies étaient dotées de mitrailleuses américaines légères et de bazookas.

 
 

Premier combat, première victoire

Le 2 juin 944, venu de Mende, un bataillon SS progressant par la route Saint-Chély d’Apcher - Paulhac, vient attaquer le réduit du Mont-Mouchet.

L’attaque est déclenchée à 7 heures du matin. Les Allemands se heurtent à la 2ème compagnie (capitaine GENEIX, dit Eloy), qui tient solidement le carrefour de Paulhac et ses abords. L’ennemi attaque en vain jusqu’à 10 heures. N’arrivant pas à progresser, il tente alors de déborder la 2ème compagnie par ses ailes, mais les SS voient leur mouvement enrayé par l’intervention du corps franc des « Truands » (commandant Jean MAZUEL, dit Judex) et de la 3ème compagnie (capitaine LACHAISE, dit Marcel).

Le colonel GARCIE (Gaston) donne alors l’ordre au corps franc du commandant LAURENT et à la 12ème compagnie (capitaine Jacques SAMAMA, dit Dupiol) de contre-attaquer l’ennemi sur son flanc, en l’attaquant d’Est en Ouest depuis Chamblard.

Après six heures de violents combats, les SS se retirent en ayant subi de lourdes pertes. De notre côté, nos pertes sont légères.

Les dernières consignes

La situation évoluait très rapidement, et trois jours plus tard, le 5 juin 1944, à 21h15, la BBC transmettait les deux messages personnels suivants : « Sa robe a la couleur d’un tapis de billard » et « Ses joues ont la couleur de la pomme d’api ».

Le premier message demandait l’application immédiate du plan « Vert », c’est-à-dire le sabotage des voies de communications, des usines, etc..., tandis que le second, le plan « Rouge », nous donnait l’ordre de passer à l’action militaire.

Le débarquement Allié allait donc se produire cette nuit, puisque le message prévu en cas de contre-ordre : « Rengainez les baïonnettes » n’avait pas été diffusé.

 
 

Les préparatifs ennemis

L’ennemi ne pouvant rester sur son cuisant échec du 2 juin et s’étant rendu compte de l’importance du réduit du Mont-Mouchet, préleva des effectifs importants sur les cinquante-cinq divisions dont VON RUNDSTEDT disposait pour garder les territoires de l’Ouest de l’Europe et prépara une attaque de grande envergure mettant en oeuvre un effectif supérieur à celui d’une division, appuyé par des blindés, de l’artillerie et de l’aviation.

Alerté par ces importants rassemblements et disposant de renseignements précis et du SD, de l’Abwehr et de la milice du Cantal, le général de division VON BRODOWSKI, commandant l’état-major principal de liaison 588 de Clermont Ferrand, demande au général commandant le territoire France Sud à Lyon « l’envoi de troupes pour anéantir les préparatifs de mobilisation particulièrement importants dans la région Est de Saint-Flour, en forêt de la Margeride et dans le massif du Mont-Mouchet ».

Le 9 juin, « Toute circulation automobile est interdite dans les quatre départements : Allier, Puy de Dôme, Haute-Loire, Cantal. Le feu sera ouvert sur tout véhicule circulant ».

La mise en place des unités de la Wehrmacht pour l’assaut du Mont-Mouchet est terminée avec le PC du général JESSER à Saint-Flour.

L’attaque est menée par trois groupements tactiques 2200 à 3000 hommes convergeant vers le PC du réduit (maison forestière du Mont-Mouchet) :

  • le groupement du colonel ABEL sur l’axe Brioude-Langeac-Pinols
  • le groupement du commandant ENSS sur l’axe Saint-Flour - Clavières - Paulhac
  • le groupement du capitaine COELLE, venant du Puy en direction de Monistrol d’Allier et de Saugues.

La véritable bataille du Mont-Mouchet allait se dérouler pendant les journées des 10 et 11 juin 1944.

La bataille du Mont-Mouchet

La Wehrmacht lance la deuxième attaque

L’attaque ennemi est prononcée du Nord, de l’Est et du Sud-ouest.

Le 10 juin 1944, une forte colonne allemande quitte Saint-Flour vers 14 heures. Elle occupe tout d’abord Ruines, où 27 civils sont massacrés, puis vers 17 heures entre en contact devant le village de Clavières avec nos avant-postes (4ème compagnie, capitaine POMMIER, dit Hoche), qui tenait bon.

Plus haut, la 3ème compagnie (capitaine LACHAISE, dit Marcel) et la 9ème compagnie (capitaine DESSAUX, dit Yves), sont prêts, en cas de rupture de notre front, à toutes éventualité.

Les blindés allemands, après bien des efforts, arrivent cependant à franchir les abatis et, payant chèrement l’avance conquise, progressent insensiblement. Toutefois, leur infanterie ne peut suivre cette progression, la 3ème compagnie tenant fermement Lalaubie, repousse l’ennemi. La 4ème compagnie prend à revers l’infanterie ennemi du Morle et de Machot, où elle occupe une position très forte. La Wehrmacht ne peut desserrer l’étreinte de ces trois compagnies. A la nuit tombante, cette colonne fait demi-tour, laissant Clavières, Lorcières et les fermes isolées de la vallée en flammes.

Une seconde colonne blindée, forte elle aussi de plus de cent véhicules, qui montait vers Saugues, est stoppée à Monistrol par les volontaires de la Haute-Loire du commandant ZAPALSKI (Gévolde) et par la 12ème compagnie (capitaine Jacques SAMAMA) ; refoulée, elle laisse sur le terrain deux camions, un blindé ainsi que de nombreux morts.

Au carrefour de Pinols, contenu par le corps franc des « Truands » du commandant MAZUEL (Judex), par la 10ème compagnie (capitaine LABOUREUR, dit André) et par la 14ème compagnie (capitaine BERTRAND), l’ennemi se replie aussi à l’approche de la nuit, semblant redouter la surprise d’une contre-attaque dans une région qu’il connait fort mal.

Le SR de l’état-major des FFI s’attend à une contre-attaque allemande dans les 48 heures, l’ennemi ayant reçu des renforts importants, le colonel COULAUDON (Gaspard) charge le colonel GARCIE (Gaston) de se rendre à Fridefont, PC du réduit de la Truyère, pour demander au colonel MONDANGES (Thomas) de quitter le 11 juin, à 2 heures du matin, ce réduit en direction de Clavières avec l’effectif d’un bataillon et d’attaquer par Lorcières, l’ennemi sur son flanc droit.

Pendant ce temps, l’état-major des FFI d’Auvergne, réuni à « l’épingle à cheveux », décidait d’opérer conformément aux règles de la guérilla un glissement en deux temps vers le réduit de la Truyère, puis vers le Lioran où se trouvent des renforts d’hommes frais, d’armes et de munitions. Le matériel commence à être évacué par la route de la Croix-du-Faux-Malzieu, qui était demeurée libre. Cela continuera pendant toute la nuit du 11 au 12 juin.

Les compagnies sont prévenues de leur côté dès le 11 juin au matin d’avoir à se préparer à décrocher à travers bois, chacune ayant un nouveau point fixe à rejoindre.

La Wehrmacht attaque pour la troisième fois

Il n’est pas encore 9 heures, lorsque les blindés allemands repliés la veille à plus de 20 kms reviennent à l’attaque ; il est donc plus question d’opérer un décrochage sous cette contre-attaque qui transformerait le mouvement en fuite. Ordre est donc donné à toutes les compagnies « de tenir », le mouvement de repli étant remis à la nuit.

La fusillade crépite et le canon tonne vers Clavières et vers Paulhac. Toutes les compagnies engagées se défendent avec ardeur et contiennent les Allemands partout : à Pinols, à Saugues, vers Clavières ; l’artillerie ennemie appuie l’attaque. Elle permet une avance qui ne pourrait se faire à égalité d’armement.

A 16 heures, au-dessus de Clavières, l’ennemi a atteint à peu près ses positions de la veille. Plusieurs de nos compagnies n’ont presque plus de munitions.

Au carrefour de Pinols, « les Truands » du commandant MAZUEL (Judex) et de DANTON ont écrit une page héroïque en arrêtant, des heures durant, les Allemands en leur infligeant de lourdes pertes, mais ont payé cher, eux aussi, la réussite de leur mission.

A partir de 19 heures, le Mont-Mouchet est sous le feu des canons qui s’acharnent sur son PC évacué depuis le matin. Tout le matériel est sauvé. Les compagnies qui avaient tenu leurs positions se replient dans la nuit sur les points prévus où elles se reformeront.

A 22 heures, les colonels COULAUDON (Gaspard) et GARCIE (Gaston) quittent les derniers le réduit du Mont-Mouchet.

Le corps franc des « Truands », le bataillon du colonel THOMAS, la 14ème et la 3ème compagnie sont les plus éprouvés et nous dénombrons 160 morts et 80 blessés environ.

Mais l’ennemi à 200 morts et 100 blessés. De nombreux camions stoppés le matin par nos bazookas ont été détruits et les Allemands mettrons plus d’une journée à atteindre le PC, ne trouvant devant eux qu’un vide total, aucun matériel ni réserve.

Ce fut pour l’état-major de la Wehrmacht, finalement, une véritable « journée de dupes ».

 
 

Le 15 juin 1944, le colonel COULAUDON (Gaspard), chef de la Résistance d’Auvergne, adressait aux officiers, sous-officiers et soldats de la division volontaire des FFI d’Auvergne l’ordre du Jour suivant :

«  Chers Camarades, 

» Au lendemain des premiers combats pour la libération de notre territoire, je tiens à vous faire un bref exposé de la situation.

» Je vous rappelle d’abord le bilan des trois premières batailles :

» Le 2 juin, attaque des Allemands : 700 SS venant de Mende montent à l’assaut de nos positions. La 2ème compagnie subit le premier choc à elle seule mais se défend admirablement. La 3ème compagnie vient l’appuyer ; les Truands empêchent l’enveloppement sur la gauche, et enfin le groupe LAURENT intervient magnifiquement avec la 12ème compagnie sur les revers de l’ennemi, jetant la plus grande panique chez celui-ci, qui se retire en abandonnant ses morts. L’adversaire a perdu plus de 100 hommes et avec eux la première bataille de la Margeride. Nous avons 3 blessés légers.

» Le 10 juin, après de longs préparatifs, contre-attaque allemande sérieuse avec blindés, canons et à peu près la valeur d’une division comme effectif. But : gagner à tout prix le Mont-Mouchet et anéantir l’EM des FFI. Les colonnes blindées montent sur Clavières, où 68 véhicules sont arrêtés par la 4ème et sur Saugues où les compagnies de la Haute-Loire et la 12ème arrêtent également plus de 100 véhicules. Des deux côtés la batailles fait rage. Les Truands font eux aussi merveilles, soutenant vers Pinols, à 34, un combat contre une colonne entière ; et au soir, pour la deuxième fois, les boches se retirent avec plusieurs centaines de morts, abandonnant trois canons à Saugues, une auto-mitrailleuse à Clavières, un nombreux matériels. Chez nous, une quarantaine de morts à la 3ème compagnie où l’ennemi a achevé 9 blessés, et chez les Truands dont la résistance héroïque a coûté la vie à 25 d’entre eux.

» Pourtant, il faut s’attendre à la contre-attaque allemande sous 48 heures. L’ennemi reçoit des renforts importants. Nos munitions sont épuisées. Le 10, il nous apparait difficile de tenir une journée entière encore sans sacrifices inutiles. Aussi, le matin du 11, l’état-major décide d’opérer un glissement vers le réduit voisin où nous trouverons des renforts d’hommes frais, armes et munitions encore intactes, déroutant du même coup les prévisions allemandes.

» Le matériel est donc évacué méthodiquement dès le matin, les compagnies sont prévenues d’avoir à se préparer au décrochage, chacune ayant un nouveau point fixé à rallier. A 9 heures, tout laisse présager une réalisation parfaite du plan. Mais à ce moment-là, les blindés allemands, repliés la veille à plus de 20 kilomètres reviennent à l’attaque.

» Une unité attaquée doit renoncer provisoirement au décrochage. La troisième bataille de la Margeride est commencée avec une violence inouïe. Les boches attaquent sur Clavières et Lorcières, faisant donner tour à tour artillerie et blindés.

» Toutes les compagnies engagées se défendent avec ardeur et contiennent les Allemands aussi bien à Pinols, à Saugues que vers Clavières.

» L’artillerie ennemie appuie l’attaque et aide à une avance qui ne pourrait se faire à égalité d’armement. A 16 heures, plus d’une division allemande est engagée. Les effectifs boches sont quatre fois supérieurs aux nôtres. Plusieurs de nos compagnies n’ont presque plus de munitions. A partir de 19 heures, le Mont-Mouchet est sous le feu des canons qui s’acharnent sur un PC évacué depuis le matin. Tout le matériel est sauvé. Toutes les compagnies qui ont tenu leurs positions se replieront dans la nuit sur les points prévus où elles se reformeront.

» Nous avons seulement 150 morts au total et une centaine de blessés, grâce à la manœuvre réalisée.

» Par contre, l’ennemi a plus de 1.400 morts et plus de 1.700 blessés, de nombreux camions ayant été le matin stoppés par les bazookas et ayant été détruits.

» C’est la troisième victoire de la Margeride démontrant que des troupes intérieures en nombre et en matériel peuvent, lorsqu’elles ont un idéal, tenir tête à l’ennemi avec Gloire et Honneur.

» Et maintenant ?

» Toutes nos compagnies terminent leur regroupement.

» L’Allemand n’ose plus attaquer, les soldats ne marchent plus !

» Notre infériorité en matériel n’existe plus. Depuis deux nuits, la RAF nous a parachuté des tonnes d’armes et de munitions ; les effectifs du Mont-Mouchet ont doublé.

» Partout en France, la guérilla fait rage, immobilisant les unités allemandes déjà gênées par les coupures des routes et des voies ferrées.

» La défaite d’HITLER et de ses brutes va être consommée.

» Les FFI d’Auvergne vont bientôt attaquer à fond pour précipiter cette défaite et libérer nos villes.

» Camarades, à la veille de la Victoire, recueillez-vous.

» Pensez à notre lutte menée depuis quatre ans contre la Gestapo, contre la Wehrmacht, contre la Milice du traitre DARNAND, contre la clique de PETAIN et de LAVAL.

» Pensez à nos camarades morts dans la lutte clandestine de tous les jours, de toutes les nuits, à ceux torturés par les bourreaux de la Gestapo, à ceux déportés en Allemagne ou dans les camps de concentration.

» Pensez à ceux des FFI tombés les 10 et 11 juin au Mont-Mouchet.

» Dans tout cela, c’est la Résistance, c’est le désir exacerbé de chasser le boche exécré et infâme, c’est la volonté du peuple de châtier les traitres et de rétablir en France un régime de Liberté qui se sont exprimés. Dans quelques jours, nous descendrons sur les villes. Rien n’arrêtera la marée humaine qui déferlera des Montagnes d’Auvergne. Nous serons vainqueurs, nous serons vengés et la IVème République pourra être fière des luttes menées et des sacrifices consentis par ses enfants ».

(Cet ordre du jour fut inséré dans le n° 6 du « MUR clandestin », imprimé au maquis dans les bruyères de Saint-Martial).

De son côté, Radio-Vichy, par la voix de Philippe HENRIOT, annonçait au lendemain du Mont-Mouchet, l’anéantissement complet de la Résistance d’Auvergne et de son état-major, 6.000 tués, disait-il, et dans les milieux collaborateurs de Clermont-Ferrand, l’on apprenait presque avec satisfaction les nouvelles terribles qui venaient du Cantal : « 10.000 FFI ont été exterminés... les Allemands sont les grands vainqueurs... ».

Le réduit de la Truyère

 

Depuis le 10 avril 1944, est implanté dans le Cantal, dans la commune de Deux-Verges au sud de Chaudes-Aigues, le maquis MUR « Revanche » formé d’anciens militaires.

Il est l’un des premiers maquis du Cantal, composé de sous-officiers et d’hommes du rang qui, après la dissolution en novembre 1942 de l’armée d’armistice, avaient été maintenus dans la 4e compagnie des travailleurs pour les transmissions.

Trois sous-officiers de cette compagnie avaient pris contact avec la Résistance de Chaudes-Aigues (M. Henri FOURNIER, chef cantonal des MUR et André LACOSTE puis avec René AMARGER, chef des MUR de St-Flour) le 27 septembre 1943, et, le 9 octobre 1943, était créé le maquis « Revanche » (40 hommes) implanté à Maurines.

« Revanche » a comme mission d’organiser un réduit et de l’encadrer. Les premiers volontaires arrivent aux Deux-Verges peu avant le 26 avril, mais c’est à partir du 28 que le mouvement va prendre toute son ampleur. Toutes les nuits, pendant plus d’un mois les camions du groupe Revanche vont chercher les volontaires (sédentaires ; ou maquis), regroupés dans les maquis relais des Cheires de Pontgibaud (Puy de Dôme) et de Vins Haut près d’Ardes-sur-Couze, dans le même département, et les intègrent dans les trois compagnies en formation qui progressivement s’organisent. Son territoire est soigneusement délimité au Nord et à l’Ouest jusqu’au Pont de Lanau par les gorges de la Truyère, à l’Est par celles du Bès, vallée sauvage aux pentes abruptes. Au Sud par la RN 921 de Fournels à Chaudes-Aigues, il affecte donc la forme d’un triangle équilatéral dont le sommet serait le confluent des deux rivières.

Prévu pour recevoir l’effectif de cinq bataillons ce réduit a pour mission d’intervenir éventuellement en direction de celui du Mont-Mouchet et de monter des embuscades sur les nationales RN9 et 921. L’ensemble représente un périmètre de 45 km.

Le PC s’installera dès le 20 mai à la mairie de Fridefont où le colonel d’active Charles MONDANGE (Thomas) en est le responsable militaire, le commandant Henri FOURNIER, des MUR, le responsable civil.

Le 24 mai 1944, le retranchement de Deux-Verges ayant été jugé trop étroit et insuffisant pour y loger les 3.000 hommes prévus par le plan Koenig, le groupe « Revanche » et la 21ème compagnie (capitaine Jean BERNHEIM, dit Bernet) se déplacèrent vers la Truyère, c’est-à-dire au Nord, conformément aux ordres du colonel Emile COULAUDON (Gaspard), chef de la Résistance d’Auvergne.

Le PC du nouveau centre de résistance s’installa dans la mairie de Fridefont. Le commandant André LACOSTE, responsable du 4ème Bureau ; Lucien FRANOUX, responsable du 3ème Bureau ; Alix HOAREAU (Christian), responsable du 1er Bureau, et du capitaine « Gilles », responsable du 2ème Bureau.

Le médecin capitaine Jean ALCALAY dirigeait le Service de Santé, et le lieutenant Etienne DURAND (Hurricane) les transports et le ravitaillement.

Les 1.500 hommes qui avaient rejoint le réduit de la Truyère furent répartis en 14 compagnies échelonnées sur un front circulaire de 45 kms.

Il avait été convenu entre le colonel COULAUDON (Gaspard) et le colonel Charles MONDANGES (Thomas) de numéroter de 1 à 20 les compagnies du Mont-Mouchet et de 21 à 40 celles de la Tuyère. La dernière arrivée à Fridefont portera le numéro 35.

Ordre de bataille du centre du réduit de la Tuyère, à la date du 10 juin 1944 :

  • 21ème compagnie : capitaine Jean BERNHEIM (Bernet)
  • 22ème compagnie : capitaine Victor MICHON (de Chevigny)
  • 23ème compagnie : capitaine Adolph GOT (Denis)
  • 24ème compagnie : est devenue 21ème compagnie
  • 25ème compagnie : capitaine HUMBERT
  • 26ème compagnie : capitaine Auguste OSTERTAG
  • 27ème compagnie : capitaine André GARREL (Fontaine)
  • 28ème compagnie : capitaine Pierre JUNQUET
  • 29ème compagnie : capitaine Pierre DURIF, capitaine Paul MALASSAGNE (Guy)
  • 30ème compagnie : capitaine DELACHE (Rémy)
  • 31ème compagnie : capitaine Jacques MOREAU
  • 32ème compagnie : capitaine Albert COMBROUZE (Albert)
  • 33ème compagnie : capitaine Lucien COLLANGE (Nimbus)
  • 34ème compagnie : capitaine Jean RODDE
  • 35ème compagnie : capitaine Jean MEYNIEL (Sphynx)
  • Le groupe « Revanche » : capitaine Albert MENCARELLI (Marius)

Le chef de bataillon Henri CREVON (Pasteur) avait été désigné comme commandant du 1er bataillon mobile (21ème, 22ème et 23ème compagnies).

L’infanterie du réduit était installée dans une ferme de la Brugeire.

Le parc auto comprenait :

  • 5 motos
  • 10 tractions avant
  • 60 camions
  • 2 ambulances.

La mission Freelance du SOE du Capitaine John FARMER assure les liaisons avec Londres. Elle dispose de cinq terrains de parachutage situés non loin de Jabrun et du Pont Rouge, qui recevront du 1er au 19 juin, 150 containers et 163 colis.

Dès le 12 juin au matin, la petite station thermale de Chaudes-Aigues est totalement envahie par les forces du maquis qui ont décroché au cours de la nuit du Mont-Mouchet.

L’établissement thermale est transformé en hôpital provisoire et l’on peut voir des files interminables de véhicules circuler sur l’artère principale.

Les compagnies qui ont évacué le Mont-Mouchet en bon ordre gagnent rapidement leur nouveaux points de stationnement fixés sur le territoire des communes de Fridefont, Maurines, Saint-Martial, Anterrieux, Deux-Verges et Chaudes-Aigues.

L’effectif du centre du réduit de la Tuyère se trouve ainsi porté à environ 4.500 hommes.

Le colonel COULAUDON (Gaspard), dont le PC s’est établi à Saint-Martial, décide de recompléter d’urgence en matériel et en munitions les compagnies. Aussi du 14 au 18 juin, les parachutages s’intensifient : de jour comme de nuit, des tonnes d’armes sont parachutées et aussitôt réparties.

Une région encore plus vaste est entièrement contrôlée et des embuscades sont de nouveau tendues à l’ennemi.

Activités du réduit de la Truyère

Dans la nuit du 10 au 11 juin, deux compagnies (300 hommes) des 26e et 27e compagnies, à la demande du colonel Jean GARCIE, chef d’état-major du colonel « Gaspard », poussent sur Clavières et Lorcières avec mission d’attaquer au petit jour l’ennemi qui occupait ces deux localités.

La contre-attaque tombe dans le vide créé par le repli dans la soirée sur sa base de départ du groupement tactique allemand.

Dans la matinée du 11 juin, ce même groupement reprend à 8h30 sa progression sur l’axe Saint-Flour - Clavières - Paulhac en Margeride.

À 10 heures, il atteint les avants postes de la 26e compagnie. Un violent combat s’engage. La bataille fait rage pendant plus de trois heures. Le lieutenant BORIES et ses hommes résistent de maison en maison dans Clavières. C’est seulement vers 13h35 que le groupement allemand qui a dépassé ce village et stoppé à 2 kilomètres au Nord-Est de celui-ci par une forte résistance qui finalement cédera, ne pouvant pas s’opposer à la progression de l’ennemi. Les maquisards blessés sont achevés, aussi nos pertes sont élevées ainsi que celles de la population, 35 maisons sur 48 sont réduites en cendres. La 27e compagnie qui était restée en réserve, prévenue à temps, put regagner Fridefont sans perte.

Le 14 juin à Garabit, un élément de l’ostlegion tombe dans une embuscade de la 23e compagnie qui fait 8 prisonniers dont 3 officiers.

Le 15 juin, l’effectif du réduit se trouve brutalement renforcé par les compagnies du Mont Mouchet qui avaient réussi à briser l’encerclement et à s’échapper lors des combats du 10 et 11 juin. Il s’élève alors à 4000 hommes répartis en 21 compagnies.

Dès le 16 juin, le réduit est localisé par l’ennemi. Le journal de guerre du 588e état-major principal de la Wehrmacht note : « Vastes concentrations de terroristes vers Chaudes-Aigues - Cantal... ». Le 17 juin, des reconnaissances aériennes leurs confirment « d’importants rassemblements région de Chaudes-Aigues... ».

Ce même jour, commence des mouvements de troupes allemandes « pour l’opération contre le centre de bandes de Chaudes-Aigues... ».

Le 18 juin, le journal de guerre de l’état-major principal de liaison 588 précise « une action est en préparation sur Chaudes-Aigues ».

 
 

La bataille de la Truyère

Ayant regroupé de nouvelles forces, l’ennemi revient à l’attaque, bien décidé cette fois à anéantir les maquis d’Auvergne retranchés dans le réduit de la Truyère.

Les 20 et 21 juin, le réduit est attaqué avec une violence encore plus accrue en combinant l’action convergente de trois groupements tactiques renforcés d’artillerie et d’un appui aérien :

- au Nord-Ouest de Pierrefont, au Pont de Tréboul, le 1000e régiment d’infanterie motorisé,

- à l’Est de Saint-Chély-D’apcher, à Fournels la Légion azerbaïdjanaise,

- au Nord-Est de Garabit à Fridefont, la légion des Tatars de la Volga.

La prise de Chaudes-Aigues

Le 20 juin 1944, à 8 heures, les troupes allemandes pénètrent dans Lieutadès puis, continuant leur route vers Chaudes-Aigues, se heurtent une première fois à la ferme de Lacombe, à 2 kms de la Maison-Neuve, à un élément de couverture qui après un bref engagement d’écroche en direction des gorges de la Truyère.

Ces mêmes troupes ayant dépassé la Maison-Neuve, sont à nouveau stoppées au lieu-dit « Le Pont-Rouge » où un combat violent s’engage qui dure environ une heure. Après cet engagement, la colonne allemande se scinde en deux parties : la première se dirige vers Chaudes-Aigues, la seconde, forte de 75 camions, revient sur ses pas et prend la route de Réquistat-Saint-Rémy, en vue d’atteindre Anterrieux par la Barre-de-Fer.

La première colonne qui trouve la route libre, occupe le plateau du Couffour qui domine Chaudes-Aigues, y installe des mitrailleuse, mortiers et pièces d’artillerie. Elle bat ainsi la périphérie de la ville, les côtes voisines ainsi que la route et les environs de Saint-Martial.

Après une heure de tir intense, les Allemands pénètrent à 12h45 dans Chaudes-Aigues. En tête, des auto-mitrailleuses, des blindés suivis d’engins camouflés de feuillage, des patrouilles explorent les rues et les maisons fermées.

Peu après l’entrée de ces troupes, une escadrilles de Stukas apparait dans le ciel, survole la ville à faible altitude et décharge sur Saint-Martial sa cargaison de Bombes.

La prise d’Anterrieux

La bataille pour Anterrieux se déroule dans la journée du 20 juin 1944. Elle fait rage pendant 8 heures. On l’a appelée la bataille de la « Barre-de-Fer ». Ce nom, qui peut paraitre étrange, désigne tout simplement un haut lieu sur le plateau qui surplombe Chaudes-Aigues et où se croisent les routes de Saint-Urcize et de Saint-Juéry. C’est de là que partaient les obus et la mitraille en direction d’Anterrieux. Le but des Allemands était de détruire les camions de la Résistance stationnés près de l’église afin de d’empêcher les défenseurs d’Anterrieux de décrocher. La 7ème compagnie (Paul COUPAT) subit là des pertes sévères, une cinquantaine d’hommes, dont le capitaine , sont tués dans une défense héroïque, surpris par la puissance de feu des blindés allemands.

La prise de Fridefont

Les Allemands, après avoir occupé le village d’Auriac, près de Faverolles, y installent des canons de 77 et de 105 et bombardent violement Fridefont par-dessus le cirque de Mallet.

Les avions allemands en rase-motte lancent des bombes incendiaires sur les principaux objectifs du maquis. L’attaque se fait surtout sentir sur les deux points principaux, à l’Ouest et au Sud du réduit. Dans certains secteurs, auto-mitrailleuses, chenillettes et chars « Tigres » lancent assauts sur assauts. Avec une abnégation sans égale, les hommes du maquis se défendent vaillamment. L’ennemi n’arrive pas à disloquer brutalement notre dispositif et ne progresse que lentement.

A 15 heures, un troisième secteur à l’Est est attaqué. Les Allemands pilonnent alors surabondamment les défenses de Mallet et de Fridefont.

A 18 heures, les bombardiers lourds attaquent de nouveau, Saint-Martial et Anterrieux qui brulent.

Toutefois, devant la disproportion des forces, pris sous le feu violent de l’artillerie et de l’aviation, il faut se résoudre à abandonner le réduit.

A la tombée de la nuit, l’ordre de décrochage « en étoile » hors du centre avec comme point de ralliement le Plomb du Cantal est alors donné par le colonel  COULAUDON (Gaspard).

La presque totalité des unités du réduit décroche sur la rive Nord de la Tuyère où, grâce à une faute de l’état-major ennemi, aucune troupe allemande n’avait pris position, et se dirige en direction de Lavastrie pour gagner finalement le Sud du Cantal, le Puy-de-Dôme, l’Aveyron ou la Haute-Loire.

Nos pertes s’élèvent à 120 morts parmi les maquisards et la population, mais nous avons de nombreux blessés. Deux colonnes de volontaires se forment pour tenter de les évacuer.

  • La première, celle de l’infirmerie du réduit de la Truyère, commandée par l’abbé JULHES, composée de brancards, quitte Fridefont sans trop de difficultés malgré l’aviation allemande, pour rejoindre le réduit du Lioran.
  • La seconde est celle de l’infirmerie de Maurines aux ordres du commandant MENUT. Transportés par camions jusqu’aux gorges du Bès, les blessés sont brancardés sur les passerelles de l’usine électrique et d’abord cachés dans les fourrés de l’autre rive à même le sol. Après plusieurs heures d’attente, des chars à bœufs viennent les charger pour les emmener par des chemins défoncés où chaque cahot entraîne d’infernales souffrances. Une partie de ce convoi échappant aux patrouilles de la Wehrmacht va mettre deux longues journées avant d’atteindre Saint-Alban à l’abri de l’hôpital psychiatrique. 56 sur 65 blessés sont ainsi sauvés, les neuf autres n’ont pas cette chance ; ils sont finalement pris et abattus en même temps que plusieurs de leurs accompagnateurs (Dr REISS, Gabriel LAFAYE, beau-père du commandant MENUT), son épouse Anne-Marie MENUT, blessée, sera capturée, emmenée à Clermont-Ferrand où le SD lui fera subir de nombreuses et inhumaines tortures avant de l’abattre, dans un trou de bombes de l’aérodrome d’Aulnat.

La guérilla finale

Ne pouvant, au lendemain des combats de la Tuyère, faute de moyens de transmissions, opérer assez vite, la troisième concentration qui avait été prévue, le colonel COULAUDON (Gaspard), dont le PC venait de se reconstituer à quelques dizaines de kilomètres de là, en plein centre des opérations de nettoyage des troupes allemandes, donnait l’ordre à toutes les unités de se déplacer rapidement et de gagner leurs zones respectives de guérilla.

Les quatre départements étaient alors divisés en plus de 20 zones, à l’intérieur desquelles le colonel « Gaspard » avait eu la sagesse de maintenir en place des « trentaines » de commandements qui allaient ainsi pouvoir assurer la réception et l’équipement des troupes qui purent sur-le-champ reprendre le combat.

C’est seulement à la veille du 14 juillet 1944, qu’après entente entre les chefs régionaux des trois mouvements (MUR, ORA et FTPF), il fut décidé d’un commun accord de placer à la tête de ces zones de guérilla, un état-major, dont les membres furent choisis parmi les trois formations de la résistance d’Auvergne.

Ainsi regroupés, les FFI d’Auvergne harcelèrent sans répit les unités allemandes s’enfuyant vers le Nord, essuyèrent çà et là de lourdes pertes.

Après deux mois de combats (Le Lioran du 11 au 14 août 1944, Rueyre du 15 au 20 août 1944, Saint-Flour du 21 au 24 août 1994).

Les FFI d’Auvergne boutaient finalement hors de son sol les divisions de la 1ère armée allemande qui se rendaient un peu plus au Nord, à Saint-Pierre-le-Moûtier la brigade d’Auvergne unie à celles de Toulouse et du Limousin.

C’est ainsi que sans aucune intervention des Alliés, toute l’Auvergne fut libérée par la seule action des FFI.

 

 

 

 

 

La SS Panzer Division "Das Reich", laisse une traînée de sang à travers la France

La SS Panzer Division"Das Reich"

 

 Ordre n° 1 : mobilistation générale des maquis d'Auvergne (signé "Gaspard")

 

La « Bataille du Lioran »

 

La « Bataille du Lioran » est un ensemble de combats, qui eurent lieu du 7 au 13 août 1944, entre des troupes allemandes venues d'Aurillac et des détachements de la Résistance Française.

 

L'opération comprend les Combats du Pas-de-Compaing (le 7 août) et les Combats du Lioran (les 11, 12 et 13 août 1944).

 

Le verrouillage du Massif Central

Une des tâches importantes et délicates de l'état-major des Forces Françaises de l'Intérieur (EMFFI) était de persuader les chefs militaires Alliers que la Résistance pourrait être efficace dans les combats et leur apporter un appui utile notamment lors du débarquement.

Un cas typique est celui de l'action des Forces de la Résistance dans le Massif Central, qui s'est étendue d'ailleurs sur plusieurs mois. Elles avaient reçu pour mission de bloquer les unités allemandes stationnées dans le Sud, notamment la SS Panzer Division "Das Reich" qui était dans la région de Bordeaux et dans les Landes, pour les empêcher de rejoindre la poche de Normandie, ou au moins de les retarder le plus longtemps possible.

Les destructions des voies ferrées préparées dans le cadre du Plan Vert ont été remarquablement efficaces ; le film « La bataille du Rail » en a illustré certains épisodes. On peut dire que, pratiquement, les trains transportant les blindés ne sont pas arrivés à passer. Ces unités ont donc été contraintes de se déplacer sur routes, dans des régions où elles se sont heurtées constamment à des attaques menées par l'ensemble des maquis, au fur et à mesure que la coordination et l'encadrement s'amélioraient et que l'armement devenait progressivement plus important.

De ville en ville, ces forces ennemies étaient obligées de refluer vers l'Est ; Aurillac, Saint-Flour, Le Puy, Clermont-Ferrand, Thiers, Vichy, Montluçon, Moulins, furent en R6 par exemple, les étapes de ce repli, où les garnisons et colonnes allemandes subirent de façon ininterrompue une série d'agressions allant de la simple embuscade à un harcèlement continu par des éléments très mobiles, ou même à de classiques manœuvres d'infanterie, comme ce fut le cas au Lioran, où après trois jours de combat, la garnison d'Aurillac finit par être dégagée par la colonne mécanique Jesser, envoyée de Clermont-Ferrand.

Il y a eu là, un ensemble d'actions à porter au crédit des Forces Françaises de l'Intérieur (FFI). Ces actions montrent la valeur de la coordination qui avait pu être assurée avec les opérations d'ensemble et aussi l'efficacité de commandement et d'orientation qui avait été mis en place.

Les Alliés se rendirent compte que l'intervention de la Résistance pesait d'un poids sérieux sur l'équilibre des forces en présence, surtout après que la division SS Das Reich, stationnée dans les Landes, eut été retardée de 17 jours pour se présenter sur le champ de bataille. Cette division de 20 000 hommes avait pris part à la plupart des combats de la guerre : elle avait combattu en Hollande, elle avait pris Belgrade, elle avait enfoncé le front Russe à Smolensk, elle avait défendu victorieusement le bassin du Donetz.

Son intervention en Normandie aurait pu être décisive, si celle-ci s'était produite à J + 3 comme chacun s'y attendait. Au lieu de cela, elle fut stoppée à maintes reprises par les embuscades des maquis, ses réserves d'essence brûlèrent, le rail fut coupé, des tunnels s'effondrèrent, et elle ne put atteindre son objectif en Normandie dans les délais qui l'auraient rendue très redoutable.

Les forces en présence :

À la suite des accords du 28 mai 1944 entre l’Organisation Polonaise de lutte pour l'indépendance (POWN ou réseau Monika) du "colonel Daniel" (Daniel ZDROJEWSKI) responsable de la Résistance Armée Polonaise en France et les Forces Françaises de l'Intérieur représentées par Jacques CHABAN-DELMAS, les groupes de combat Polonais sont placés sous l’autorité des FFI. Le lieutenant-colonel Janusz GORECKI, ancien responsable des Groupements de travailleurs étrangers (GTE) convertit ses 2 425 soldats ouvriers en groupes de combat FFI qu'il met à la disposition d'Émile COULAUDON "colonel Gaspard". Le 2e Bataillon Lwów (400 hommes) basé à Mauriac est commandé par le capitaine Alfred THEUER (ex GTE 417 de Mauriac). Il est mis à la disposition du capitaine FFI ROUGIER. La 4e compagnie du bataillon (185 hommes) commandée par le lieutenant KIERWIAK est mise à la disposition du groupement "Eynard". Elle participera aux combats du Lioran (avant de s’impliquer ultérieurement avec brio dans les combats de Clermont-Ferrand, Moulins, Lyon, Châlons-sur Saône et Dijon).

Lors des Combats du Lioran :

L'ensemble des opérations est coordonnée par le chef d'Etat-Major des F.F.I. d'Auvergne, le Colonel Roger FAYARD, dit "Mortier" et dirigé personnellement sur le terrain par le Commandant Anselme ERULIN, dit "Carlhian".

Pour les FFI :

  • Le groupement "Renaud", commandé par le Commandant Robert THOLLON, composé de 4 compagnies "ANTOINE-MICHARD" - "GOAILLE" - "OSTERTAG" et "OLIVIER" aux ordres du Lieutenant LISBONIS.
  • Le groupement "EYNARD", commandé par le Commandant Roger PLAYE, composé des compagnies "BONNEVAL" (commandée par le lieutenant DUTTER Michel) et "BERTRAND" (commandée par le lieutenant SOULAS Raymond).
  • Le groupement "ALLARD", commandé par le Commandant Auguste MERLAT, composé de la compagnie "BRUNO" commandée par le lieutenant Robert POIRIER et de la compagnie "BERNARD" commandée par le Lieutenant MEYER "Lorrain"...
  • Le groupement "MELBOURNE", commandé par le Commandant Alex HOAREAU "Christian"
  • Le groupement "DIDIER", commandé par le Commandant André DECELLE.

Pour les Allemands :

     la garnison d'Aurillac

  • 700 hommes aux ordres du Oberst  (colonel) Ulrich BORMANN et de son Adjoint "Opérations", le Commandant KRANISCH
  • 40 miliciens
  

Emile COULAUDON "Colonel Gaspard" , Chef des F.FI. d'Auvergne

 

Roger FAYARD "Colonel Mortier", félicité par Henry INGRAND, chef des M.U.R. d'Auvergne

Robert THOLLON et l'historique du Groupement "Renaud"

Kurt Von Jesser et l'historique de la Brigade "Jesser"

Composition de la section "Warluzel" (2ème section de la compagnie "Bertrand", engagée à la Pierre Taillade)

En renfort :

  • Aviation : 3 chasseurs-bombardiers Junker 88 le 12 août et 2 Dornier 17 le 13 août, basés et ravitaillés à Aulnat.
  • La Brigade JESSER, composée d'une colonne motorisée d'une centaine de véhicules, avec de l'artillerie tractée, venue de Clermont-Ferrand. Cette division des forces Allemandes était, pendant l’été 1944, destinée à la répression de la résistance et à l’élimination des maquisards en Auvergne et dans le Limousin.

Carte des maquis dans le Cantal

Récit de la  "Bataille du Lioran"

Sous les ordres du commandant THOLLON, le Groupement "Renaud", formé dans le Cantal, a livré plusieurs combats à l'ennemi ; successivement au Pas de Compaing, au Col du Lioran, à Mur de Barrez, à Saint Flour et à Lyon.

Henri LAURENT, Officier proche du Colonel THOLLON, a rédigé, entre autre, dans l'ouvrage "Souvenirs d'Auvergne", l’historique de la "Bataille du Lioran" d’après le Journal des Marches et des Opérations (J.M.O.) de la C.R. 6, qu’il tenait en septembre 1944.

En voici quelques extraits :

« Le 5 août, je me rendis en compagnie de BOURDEREAU, en mission à la "Centrale Lafayette" (centre de liaison des P.T.T. des F.F.I. du Cantal, implanté à Mauriac) où le Capitaine VINCENT, adjoint de PUTZ "Florange", me mis au courant de rumeurs de préparatifs de mouvements Allemands à partir d'Aurillac... mais vers où ?

En tout cas, l'alerte était générale et nous devions nous tenir prêts à intervenir sur l'itinéraire Aurillac / Murat. J'en rendis compte à THOLLON qui, justement, se préparait à partir pour le secteur du Lioran en compagnie de COULAUX et d'un Officier du Génie ("Renard") dépêché par le Colonel FAYARD "Mortier" ; tous trois ne devaient revenir que le lendemain matin, après avoir reconnu sur place les destructions à opérer pour neutraliser la route de Murat. (Je pense que c'est au cours de cette mission que fut choisi le pont de la Pierre Taillade, enjeu capital des prochains combats).

En fin d'après-midi le Service de Renseignements de Mauriac nous informa que demain matin, un groupe motorisé (une demi-douzaine de camions et deux voitures légères) de la garnison Allemande d'Aurillac était rassemblé et devait faire mouvement demain vers Murat. Nous fûmes chargés de l'intercepter. Immédiatement, l'E.M. se réunit autour de THOLLON et les Commandants de Compagnie furent convoqués. Les décisions suivantes étaient prises : "une embuscade sera tendue entre Thiézac et Saint-Jacques-des-Blats, immédiatement au dessus du Pas-de-Compaing, à partir des positions tenues par la Compagnie ANTOINE-MICHARD, renforcée par les Sections MALIGNAS (de la Compagnie GOAILLE) et MICHEL (de la Compagnie LISBONIS) ; le restant de ces deux Compagnies seront envoyé en soutien éventuel au-dessus de Mandailles, à proximité du col de Perthus ; ANTOINE-MICHARD aura le commandement de l'opération, secondé par le capitaine AUBRY "Père" et le Sous-lieutenant BONNAMOUR. Dans la nuit du 06 août 1944, la mise en place du dispositif était réalisée ».

L'opération "Cadillac"

Le grand parachutage, connu sous le nom de code "Cadillac", a lieu sur le terrain "Serrurier" à proximitée de Pleaux (15). Les maquisards reçoivent 120 containers pour 90 tonnes d'armement : 75 fusils mitrailleurs, 400 fusils, 200 mitraillettes, 9 bazookas et 300 000 cartouches.

 

 

Le Pas-de-Compaing (route du Lioran)

 

Le Pas-de-Compaing et la vallée de la Cère

 

 

Les tunnels du Lioran, côté Saint-Jacques-des-Blats

 

Soldat de la La Wehrmacht - Mitrailleuse MG 34

 

Les Combats au Pas-de-Compaing

Les hostilités commencèrent au Pas-de-Compaing, entre Thiézac et Saint-Jacques-des-Blats, le matin du 7 août 1944.

Laissons la parole au Lieutenant ANTOINE-MICHARD qui rédigea le lendemain, le Compte-rendu ci-après :

« Suivant l'ordre donné par le Commandant du "Groupement Renaud" en date du 2 août, une embuscade permanente était tendue au Pas de Compaing et occupée par ma Compagnie.

Le 6 août dans la soirée, un renseignement signalait pour le lendemain, le départ d'une colonne d'Aurillac.

Le détachement de renfort qui devait assurer normalement la relève de ma Compagnie le lendemain, fut mis en route dès le 6 au soir afin de pouvoir arriver sur les lieux de l'engagement éventuel le 7 août à 5 heures. Des retards dans les transports ne permirent l'arrivée de ce détachement qu'à 7 h 30.

Le nouveau dispositif d'attaque fut mis en place rapidement. A 8 h 15, l'agent de liaison, placé à Saint Jacques, m'informait du passage d'une colonne Allemande à Vic-sur-Cère.

A 8 h 30, un camion et deux voitures légères s'engagèrent dans le secteur battu par les feux, le feu déclenché à l'instant sur la première voiture passant à l'endroit prévu. Les occupants de ces véhicules furent mis hors de combat en quelques minutes.

Trois autres camions, contenant également des troupes, arrivèrent à leur tour sur le lieu de l'embuscade, 7 à 8 minutes après. Le feu fut déclenché sur eux immédiatement. Les résultats furent aussi excellents ; néanmoins la densité des feux fut moins forte du fait de la position de ces véhicules à l'extrémité droite de notre dispositif, dans le secteur occupé par la Section MICHEL. L'ordre de repli fut donné, vers 9 heures. Ce repli devait s'effectuer sur un terrain découvert et en glacis, mais protégé par le tir des armes automatiques de la Section MALIGNAS.

Malgré la densité du feu, quelques Allemands réussirent à mettre en batterie un mortier et tirèrent six coups au jugé sur le glacis avant d'être réduits au silence par un F.M. Le Sergent FOURNEL fut blessé gravement par un de leurs projectiles. Une balle blessa, d'autre part, le Soldat GAZE. L'évacuation difficile de FOURNEL retarda longtemps le repli définitif en direction du cantonnement.

Dès l'ordre de repli, la majorité des détachements situés immédiatement au-dessus de la route, se dirigèrent vers la ligne de crête terminant le glacis, une partie fut acheminée vers le cantonnement, tandis que l'autre s'occupait des blessés sur un terrain particulièrement difficile. Quelques grenadiers restèrent cependant sur la route pour continuer le combat de destruction sous la protection des F.M. placés sur la crête et à la gauche du dispositif. Après le repli de ces éléments, la Section MALIGNAS reçut l'ordre de se replier et l'exécuta.

A 11 heures, des renforts ennemis arrivèrent par le train et mirent en batterie des mitrailleuses et des mortiers sur la voie ferrée, à l'entrée du tunnel. Cet élément fut pris à partie par un détachement de F.T.P. qui me prévint de son arrivée, vers 11 h 30, par un agent de liaison.

Les mitrailleurs ennemis, continuant néanmoins à tirer, permirent à des éléments arrivés dans des camions de renfort, de progresser sur le flanc droit de notre dispositif, menaçant le détachement qui évacuait les blessés dans la vallée située derrière la crête. Les mitrailleuses qu'ils amenèrent à l'extrémité droite de la crête, blessèrent à nouveau le soldat GAZE et touchèrent le Soldat LABROUETTE qui faisait office de brancardier. Les brancardiers se replièrent à couvert. L'élément de protection qui restait encore sur la crête, fut pris à parti à son tour par des armes automatiques et se replia sous un feu très dense. Le Chef de Groupe FAUBERT fut alors blessé grièvement et évacué sous le feu, vers un buron. Le Sous-Lieutenant BONNAMOUR fut blessé à la main près de FAUBERT. A 13 h 30, le décrochage était terminé.

L'évacuation définitive des blessés fut impossible pendant plusieurs heures : ils se trouvaient en terrain découvert et sous le feu rapproché de mitrailleuses. A 15 h, le Sergent FOURNEL put être ramené dans un buron ; les deux autres blessés avaient été achevés par des rafales de mitrailleuses. Des chars à bœufs amenèrent le Sergent FOURNEL et le Chef de Groupe FAUBERT à Saint-Jacques-des-Blats où des automobiles devaient les emmener à Riom-ès-Montagne. FAUBERT mourut pendant le transport.

Après regroupement de mon Unité et dissimulation des stocks de matériel, j'ordonnai le repli vers le col de Perthus. Nos pertes s'élèvent à trois morts et un blessé grave. Les pertes de l'ennemi semblent être d'une vingtaine de morts et des blessés en nombre supérieur. Trois camions et deux voitures légères ont été détruits ».

Henri LAURENT reprend :

« Depuis notre P.C. de Fontanges, THOLLON, De NERVO et moi, suivons par téléphone le déroulement de cette opération, conçue initialement comme un simple "accrochage". En apprenant le débordement de notre dispositif par des renforts Allemands arrivés par voie ferrée, THOLLON nous dit : « Cà se gâte ; j'y vais ; De NERVO, vous me suivez ; LAURENT et COULAUX, vous restez ici, en liaison avec Mauriac ; vous recevrez vraisemblablement le Colonel ou un de ses adjoints ; vous me joindrez, si nécessaire, auprès de GOAILLE ». Je devais rester pendu au téléphone tout l'après-midi, rejoint par le Colonel SCHMÜCKEL "Chabert " envoyé par l'E.M. de Mauriac, et suivre avec lui, minute par minute ou presque, toutes les péripéties relatées par ANTOINE-MICHARD.

SCHMÜCKEL était soucieux : que pourraient tenter les allemands, s'ils étaient renseignés, du côté de Mandailles ? Lorsque nous apprîmes, vers 17 h, que la colonne Allemande renonçait à forcer le passage et se repliait sur Aurillac, aucun mouvement vers le Nord ne s'esquissant, nous fûmes soulagés. SCHMÜCKEL nous dit, en reprenant le chemin de Mauriac : « C'est gagné, bravo, les "Renaud" ! ». Nous attendîmes jusqu'à minuit le retour de THOLLON, accompagné de BONNAMOUR (le bras en écharpe), d'AUBRY, de THIRY et de CLAVERIE. Pendant deux heures, nous fîmes le point de ce premier engagement. Il avait été plus sévère que prévu du fait de l'utilisation de la voie ferrée par l'ennemi - une voie que les éléments F.T.P. de la zone 5, contiguë à la nôtre à l'Est, devaient neutraliser ; ce qu'ils firent, mais trop tard...

Deux jeunes Cantaliens étaient tombés, et avec eux, le Saint-Cyrien FAUBERT, adjoint d'ANTOINE-MICHARD ainsi que notre ami FOURNEL qui était grièvement blessé : il fut cité à l'ordre de l'Armée par le Colonel FAYARD "Mortier" pour avoir fait preuve d'un cran magnifique pendant une évacuation particulièrement difficile... "C'était donc gagné" - mais le bilan de ce baptême du feu était lourd et nos cœurs, malgré le succès, l'étaient aussi.

Le 8, la Compagnie ANTOINE-MICHARD, si éprouvée la veille, arrivait au repos à Fontanges. Dès le lendemain, le Père AUBRY célébrait en présence de tous, en l'église de Fontanges, un service funèbre à la mémoire de ses trois morts. Et le soir, au cours d'une sympathique soirée "estudiantine", à laquelle furent conviés les "grands anciens" d'entre nous, en qualité de "parrains", la Compagnie s'efforça de sourire, avec un courage qui nous toucha. THOLLON avait vu juste : « Ils sont bien ces gars ! ».

Une courte accalmie nous permit, pendant les journées du 8 et 9 août, de nous regrouper et surtout de fêter, le 8 au soir, la promotion de Robert THOLLON au grade de Commandant. Nous fûmes d'autant plus sensibles à cette nomination d'un Officier Supérieur qu'elle était, à notre connaissance, la première décidée par l'O.R.A. en "R6" : fidèle aux règles militaires, elle avait demandé à chacun de servir avec son grade, ne procédant que parcimonieusement à des nominations d'Officiers Subalternes (ce qui ne fut certes pas le cas dans d'autres mouvements !). Notre "Capitaine Renaud" désira que son 4e galon lui fût remis dans l'intimité de ses proches compagnons. En ce soir du 8 août, seuls le Commandant ERULIN "Carlhian" et le Commandant VALETTE "Valy" de l'A.S. du Cantal, accompagnés du Chef du Génie "Renard", participèrent avec nous à un dîner - auquel THOLLON avait aussi convié "Varenne", successeur du malheureux FAUBERT.

 

 

 

 Le Bataillon "Didier"

 

Instruction sur l'armement

 

Le 10 au matin, THOLLON, devenu le "Commandant Renaud", me demanda de l'accompagner à Saint-Martin-Cantalès où était restée provisoirement la Compagnie OSTERTAG, en protection du P.C. de "Carlhian" et aussi en flanquement du Groupement "Ambort-Didier".

Raymond MALAN, notre major de la Promotion "WEYGAND", secondait OSTERTAG. Il s'agissait d'organiser le mouvement de cette Compagnie plus à l'Est, dans notre zone ».

 

 

Infanterie allemande armée du fusil Mauser 98k

Les Combats au Lioran

« Les événements d'Aurillac bousculèrent les choses: le 9 à midi, un coup de fil du S.R. nous apprenait que les Allemands quittaient en force la ville.

A 13 heures, deux agents de renseignement d'HOAREAU (Adjoint du Groupement "Melbourne" qui avait en charge la zone 5) arrivaient hors d'haleine : la colonne Allemande avait évacué la ville et prenait la route du Lioran. Presque simultanément, GUILLARD arrivait de Fontanges, ayant conduit en trombe : le Commandant ERULIN "Carlhian", convoquait de toute urgence THOLLON à son P.C. Tous deux partirent aussitôt, me laissant avec OSTERTAG et les siens, avec mission de rejoindre Fontanges dans l'après-midi et de nous tenir aux ordres. Lorsque nous arrivâmes, vers 17 heures, le branle-bas était général : toutes les Unités se préparaient à partir pour le secteur du Lioran, qu'elles avaient pour instruction de contourner par le Nord via le Pas de Peyrol, Dienne, le Col d'Entremont, La Chevade, Laveissière et Fraisse-haut.

Les Compagnies ANTOINE-MICHARD et GOAILLE partirent les premières ; les Compagnies LISBONIS et OSTERTAG les suivirent le lendemain matin. Je ne vis THOLLON qu'un court moment. En quelques mots, il me mit au courant des décisions prises avec "Carlhian", puis ajouta «Je vous laisse ici avec AUBRY et De NERVO qui me rejoindront demain. Votre mission : contact permanent avec "Lafayette" et avec le P.C. "Carlhian" ; point à faire heure par heure : ordre est donné à tous de vous joindre si le contact est rompu avec moi. Je vous ai fait connaître tout le monde et on vous sait proche de moi ; c'est pourquoi je vous laisse la maison avec deux Sections. Bien sûr, vous accueillerez les arrivants ; nous en attendons ». « Mais..., vous m'avez habitué à être à vos côtés, pas à l'arrière  ! ». «Je vous place là où vous m'êtes utile, comme je l'ai fait depuis le début avec chacun. Le moment viendra, je vous le promets, où vous vous retrouverez à l'avant, à mes côtés».

Je n'avais qu'à m'incliner. C'est donc en homme d'État-Major que j'ai vécu les Combats du Lioran, au bout du fil et sur des cartes. Je n'y ai joué qu'un rôle secondaire, à quelques reprises, lorsque j'ai été amené à répondre à des appels angoissés ou à préciser ce que je savais des mouvements Allemands en cours. 

Notre ami Robert DUPUY, dans ses "AILES D'AUVERGNE", en a apporté un témoignage vécu très vivant. J'en ai recueilli d'autres qui me permettront de préciser, dans la relation qui suit de l'ensemble des opérations (synthèse de ce qu'ont écrit les Colonels FAYARD et SCHMÜCKEL et, après eux, des historiens) la part qu'y a prise le Groupement "Renaud".

THOLLON lui-même n'en a écrit que ce qui suit dans son Rapport d'ensemble, adressé le 30 septembre 1944 au Général REVERS, Commandant de l'O.R.A. :

« La garnison d'Aurillac décroche au milieu de la journée du 11 août pour faire mouvement vers l'Est. Dès la veille, nos éléments sont en place au Lioran, aux alentours de la route Aurillac-Murat. Le Groupement "Renaud" est ainsi appelé à participer à une action d'ensemble, entreprise au Lioran par les F.F.I. de la Région et dirigée personnellement par le Commandant "Carlhian".

Un sévère accrochage dura trois jours, au terme desquels la colonne Allemande, puissamment armée et secourue par l'aviation put, au prix de lourdes pertes, forcer le passage. Cette action, qui avait été préparée en fonction des possibilités du terrain, revêtit un caractère tactique qui en fit le premier véritable combat d'infanterie ayant opposé, dans la Région, des F.F.I. et la Wehrmacht.

Au terme des combats, l'ennemi avait été fixé pendant 72 heures au Lioran, ce qui permit à des éléments amis, situés plus à l'Est, de préparer une action importante.

Les pertes ennemis étaient lourdes ; nous comptâmes dix morts au cours d'une contre-attaque dans ses lignes. 

Positions des Cies "Bruno" et "Bernard" lors des Combats du Lioran

Entrée du tunnel du Lioran, côté St Jacques

A l'estimation du Sous-Préfet de Saint-Flour, ce chiffre doit être quadruplé et soixante blessés environ furent évacués par les voitures sanitaires de la colonne en retraite - sans compter les blessés légers. Nos pertes étaient sérieuses aussi : la Compagnie "Bertrand", mise à notre disposition par le Groupement "Eynard", avait une dizaine de tués et son Chef était fait prisonnier ».

Allemands dans la Forêts du Lioran

Pont de la Pierre Taillade

 

Le pont de la Pierre Taillade

 

En détails : « Le jeudi 10 août, la garnison Allemande d'Aurillac commençait, à midi, l'évacuation de la ville : toute la journée y sera employée, les derniers éléments quittant Aurillac à la nuit.

Au total, 700 hommes environ (auxquels s'ajoutèrent quelque 40 miliciens) aux ordres du Colonel BORMANN et de son Adjoint "Opérations", le Commandant KRANISCH qui devait se révéler un remarquable tacticien. BORMANN avait rendu compte, à son commandement de Clermont-Ferrand, de ses appréhensions après l'affaire du Pas-de-Compaing.

Une avant-garde, confiée en partie aux miliciens, ouvrait la route. Arrivée le soir à Vic-sur-Cère où elle passa la nuit ; elle fut rejointe le 11 au matin par le reste de la troupe et reprit sa progression en fin de matinée.

Elle progressait très lentement, en une colonne unique composée d'éléments à pied précédés de motocyclistes et suivis d'une centaine de véhicules automobiles, de cyclistes et de quelques voitures à chevaux. C'est vers 16 heures qu'elle arriva en vue de l'entrée Sud du tunnel routier du Lioran. Elle y était attendue !

Dès le 10 à midi, l'E.M. du Cantal avait pris les dispositions suivantes : une action serait entreprise autour du col du Lioran pour tenter de bloquer le passage obligé de la colonne par le tunnel routier (le tunnel ferroviaire qui lui est parallèle ne pouvant être utilisé que par des éléments de reconnaissance pédestres, ses issues seraient simplement surveillées et, par surcroît de précaution, des coupures de la voie ferrée seraient pratiquées, du côté Sud).

L'embuscade à tendre au Lioran serait confiée aux deux Groupements "Renaud" et "Eynard". Deux autres Groupements étaient mis en alerte : au Nord-Est, le Groupement O.R.A. "Allard" (MORLAT) responsable de la zone 6 (Saint-Flour) - qui n'aura pas à intervenir ; au Sud, le Groupement "Melbourne" (SILBERT) responsable de la zone 11 (Aurillac-Maurs) avec mission de talonner l'arrière de la colonne et d'empêcher tout repli.

Les historiens relatent unanimement que c'est sur les Groupements "Renaud" et "Eynard" que pesa le poids essentiel de cet engagement, le Groupement "Melbourne" ayant fait preuve d'un flottement qui entraîna, en cours d'opération, le limogeage de son Chef et son remplacement par "Christian" (Alex HOAREAU avec lequel nous avions précédemment pris contact, THOLLON et moi). "Christian", renforcé un peu plus tard par une Compagnie du Groupement "Didier" menée par son Chef André DECELLE, redressera efficacement la situation.

La mission impartie au Groupement "Renaud" était de tenir, sous son feu, le plus longtemps possible, l'entrée Sud du tunnel - pour y exercer une action retardatrice - tout en évitant de se laisser déborder, pour pouvoir se joindre ensuite, en réserve d'appui, au Groupement "Eynard". Ce dernier avait, pour sa part, la mission de préparer, puis de déclencher une embuscade à quelque deux kilomètres après la sortie Nord du tunnel (vers Murat), au site encaissé de la Pierre Taillade, là où la destruction programmée d'un pont enjambant le profond ruisseau du même nom permettrait une nette coupure de la route.

Dans la nuit du 10 au 11 août, les nôtres rejoignirent, via le Pas de Peyrol et Murat, les positions imparties. THOLLON installa un P.C. avancé à proximité du col du Lioran et de la ligne de crêtes, au-dessus de l'entrée Sud du tunnel, avec une antenne à proximité immédiate de cette entrée même, d'où un cheminement permettait de rejoindre le col : CLAVERIE en fut chargé.

De son côté, dès le 11 août, en fin de matinée, le groupement "Eynard" avait terminé la mise en place de son dispositif : La Compagnie "Bertrand" avait pris position dans les hauteurs de la Pierre Taillade avec 2 sections dont la section "Warluzel" placée sur la berge gauche du ravin, juste au dessus du pont, la section "Jacquin", de l'autre coté de l'Alagnon, le long de la voie ferrée. Pour compléter ce dispositif, 2 sections supplémentaires étaient fournies par la Compagnie "Bonneval". Elles étaient embusquées à la tête Nord du tunnel, prêtent à faire sauter la voûte de la sortie Nord.

Le Lieutenant "Bertrand" était installé avec son P.C. à mi-pente, 100 mètres en arrière de la section "Warluzel".

Le vendredi 11 à 16 h 30, le feu fut ouvert sur les avant-gardes de la colonne Allemande arrivée à environ 1 km au Sud du tunnel. Immédiatement, les Allemands ripostèrent à l'arme lourde. Au bout d'une demi-heure, la position avancée devenant intenable, THOLLON ordonna le repli des avant-postes. Les Allemands, comprenant qu'une souricière leur était tendue, partirent à l'assaut des crêtes, par l'Est : ils furent vite au contact des avant-postes de GOAILLE et des tirs au jugé sur les couverts forestiers appuyèrent leur progression. GOAILLE devait reculer pied à pied : au bout de deux heures, il devint évident qu'il allait être débordé. "Carlhian" donna alors à THOLLON l'ordre de décrocher et de replier ses Unités sur Laveissière, à 6 km en aval du tunnel - sauf la Compagnie LISBONIS qui resta toute la nuit du 11 au 12 en flanc-gardé dans les pentes Est de la forêt du Lioran.

Le Groupement "Eynard" qui passait ainsi en première ligne, fît sauter la voûte de la sortie Nord du tunnel. Les patrouilles Allemandes, devenues maîtresses du col et des crêtes environnantes, continuèrent à progresser, tandis que le gros de la colonne, talonnée au Sud par les hommes de "Christian", s'engouffrait dans le tunnel et se heurtait à l'éboulement de la voûte de la sortie Nord : il lui fallut plusieurs heures pour dégager la sortie du tunnel, avant de s'engager sur la route de Murat... Mais "Eynard" les y attendait au pont de la Pierre Taillade encore intact.

 

Plan du pont de la Pierre Taillade

Junker 88

Ce pont avait été miné, dans la nuit du 10 au 11, par un de nos amis de Mauriac, l'Ingénieur des Travaux Publics Ernest REVERSAC. THOLLON l'avait envoyé quérir d'urgence lorsqu'il avait appris l'indisponibilité du Capitaine du Génie "Renard" (avec qui il avait reconnu les lieux le 5 août, mais qui était occupé ailleurs, sur les routes au Sud d'Aurillac). REVERSAC (que nous allions retrouver à nos côtés lors des opérations de la Loire) improvisa cette destruction avec des explosifs et un matériel qu'il fournit. Il devait en assurer lui-même la mise à feu et il resta toute la journée du 11 en embuscade avec les nôtres - car il avait reçu "d'Eynard" l'ordre de ne procéder à la destruction qu'au tout dernier moment, lorsque la colonne aurait commencé à déboucher.

Fraisse-Haut

Incorporation de maquisards

 

Pont de la Pierre Taillade

Pont de la Pierre Taillade

Détachement de la Wermacht

Section de maquisards

Dans la soirée du 11 août, Le Lieutenant "Bertrand" était descendu aux nouvelles à Fraisse-Haut où le Commandant PLAYE "Eynard" passait la nuit. Personne ne savait exactement ce qui se passait. L'opinion générale était que les Allemands n'oseraient pas se risquer, dans la nuit, au delà du Lioran. "Bertrand" s'attarda, tout était calme. Vers minuit, il pris congé et comme la voiture du docteur tournait encore devant la porte et qu'il était assez fatigué, il se fit reconduire à son P.C.

Après son départ, tout le mode se tut, on somnolait autour du téléphone. « Si l'on dormait un peu ? On est tout de même levé depuis plus de quarante heures ! Et comme on sera tranquille jusqu'à l'aube ».

Soudain le calme était brisé. Un coup de feu claqua tout près. Un coup de feu suivi immédiatement d'une dizaine d'autres. Que se passait-il ? On n'entendis plus rien. Tout de même, il fallait aller voir.

Une patrouille partis en reconnaissance, composée du Sergent-chef MARCEL et de 3 volontaires dont le téléphoniste du P.C. Passé le premier tournant, ils virent une lumière, droit devant. Une auto était en travers de la route, lanternes allumées. De près, MARCEL reconnu la 402 du docteur. Il s'approcha, la voiture était vide mais il entendit du bruit derrière. Etait-ce le Lieutenant "Bertrand", ou le chauffeur, ou quelqu'un d'autre ?

A mi-voix, MARCEL lança le mot de ralliement : « Napoléon ! ». « Halt Maul » fut la réponse Allemande, immédiatement ponctuée par la rafale d'un fusil-mitrailleur.

« Planquez-vous » cria MARCEL, qui avait compris et sans mollir, par dessus le capot, entre deux rafales, déchargea son Colt dans la direction du FM qui se tut brusquement. C'était le moment de filer en douce et d'alerter le P.C., mais, trop tard ! Un, deux, trois éclairs rouges ; trois détonations fracassantes ! MARCEL était blessé à la jambe, il s'assit par terre brutalement. A coté de lui, un de ses hommes était touché.

« Tire-toi si tu peux avec les autres », commande le Chef, « et prévenez le Commandant ! ».

Puis il tâta autour de lui pour retrouver son Colt qu'il avait laisser choir. Il entendit des pas qui s'approchaient. Aurait t'il le temps de gagner le fossé ? Non, ils étaient trop près. Doucement il se coucha sur le dos et rampa sous la voiture, tandis-que les Boches vinrent tourner autour, à la recherche de quelques blessés. Voila qu'à nouveau, un tonnerre d'éclatements se déchaina, de rouges lueurs embrasèrent la nuit. Cette fois c'était plus sérieux ! Grenades, mortiers, armes automatiques, donnèrent de la voix en même temps. Cela se passait à la hauteur de la Pierre Taillade, dans le dos des Allemands. Précipitamment, ils abandonnèrent la voiture et se sauvèrent à toutes jambes. Le Sergent-chef MARCEL, était sauvé, il put regagner Fraisse-Haut d'où il fut évacué sur l'hôpital de Cheylade. Il avait, entre la cheville et la hanche droite, huit éclats de grenade.

Mais en fait, que signifiait tout ce bruit ? Simplement ceci : l'État-Major avait fait un programme d'opérations qui comportait une attaque à l'aube après une nuit paisible. L'ennemi n'avait pas respecté le programme et, en pleine nuit, avait lancé sur la route nationale un détachement cyclo-pédestre. Une compagnie cycliste, le vélo à la main, cheminait dans les fossés de la route, en direction de Murat. Certainement pour s'assurer de certaines positions clés, par exemple, le pont de la Pierre Taillade... Après avoir traversé sans dommage le tunnel du Lioran, cette compagnie cyclable atteignit la Pierre Taillade, sans rencontrer âme qui vive. Tout allait bien ! Des éléments n'avaient plus qu'à se glisser dans le ravin pour gagner les crêtes qui commandaient le pont. Mais il était prudent aussi de se couvrir ; d'autres éléments poussèrent vers Fraisse-Haut. Pas inutile non plus de savoir si le village était occupé !

A minuit, "Bertrand" était sur la route, où, à 600 mètres du P.C. du commandant "Eynard" et il percuta les cyclistes Allemands. Un coup de volant jeta la voiture en travers de la route, "Bertrand" sauta à terre et, coudes au corps, sous les balles, fonça dans la nuit, au hasard...

Le charme était rompu ! Les allemands surent qu'il y avait du monde par là et s'arrêtèrent pour attendre les événements. Fraisse-Haut, alerté, envoya la patrouille du Chef MARCEL et enfin "Warnuzel", dressa l'oreille, inquiet de ces coups de fusils venus d'une direction insolite... Il s'approcha du bord de la falaise, ne vit rien, mais entendit... "un pédalier qui grince" ! Accompagné de son meilleur grenadier, il descendit le plus bas possible. Ils avaient tous deux, dans chaque main une grenade dégoupillée. Ils virent des Allemands dans les fossés de la route, sur le pont, partout... Des deux mains, ils balancèrent leurs grenades dans le bas. Les Allemands, en panique, firent demi-tour en laissant derrière eux : 9 cadavres autour du pont et de nombreux blessés.

Ce fut le moment où, à minuit quinze exactement, REVERSAC déclencha l'explosion : le pont était détruit et la route coupée !

Immédiatement, les Allemands, se voyant bloqués, prirent l'offensive, leurs mortiers arrosèrent la position, mais le tir trop long, se révéla inefficace. Ils commencèrent alors à s'infiltrer dans les forêts escarpées, de part et d'autre de la route, au milieu des Compagnies "Bertrand" et "Bonneval" (du Groupement "Eynard") et LISBONIS (du Groupement "Renaud"). Des groupes amis et ennemis s'entrecroisèrent ainsi pendant tout le reste de la nuit, sans accrochage notable. Après 20 minutes de vacarme, l'action se ralentit et, peu à peu, s'éteignit.

Quant à "Bertrand", responsable de ce tapage nocturne, il erra dans la nuit, s'égara, se retrouva, tomba sur les Allemands en plein désordre, s'égara à nouveau et finalement, retrouva son P.C.

Au petit jour, il envoya un gradé en reconnaissance, "Warluzel" avait décroché, les Allemands aussi. Il n'y avait personne aux abords du pont détruit. Fraisse-Haut était vide, "Bertrand" se replia alors sur Lavigerie.

Le samedi 12 août vers midi, on fit le bilan des opérations. En ce qui concerne la Compagnie "Bertrand", il était exceptionnellement bon : la section "Jacquin", presque encerclée, avait décrochée sans perdre un seul homme et la section "Warluzel", qui avait fait un excellent travail, n'avait ni un tué, ni un blessé.

En ce matin du 12, il apparut que les Allemands se regroupaient vers la sortie du tunnel tandis que nos Compagnies se déployaient "en éventail" de part et d'autre de la vallée, d'une crête à l'autre, à la hauteur de la coupure de la Pierre Taillade.

Nous n'allions pas tarder à comprendre la cause de cette apparente inactivité. Vers 14 heures, trois chasseurs-bombardiers Junker 88 apparurent, venant du Nord. Ils se mirent à mitrailler et à bombarder tout ce qui paraissait bouger dans la vallée et sur les pentes.

La section "Warnuzel" fut envoyé en surveillance sur les crêtes Nord qui dominent la vallée et à la nuit fit mouvement sur La Chevade ou elle cantonna.

Dans le courant de la nuit, l'E.M. de "Carlhian" avait été informé que la Brigade Mécanisée JESSER se mettait en mouvement depuis Clermont-Ferrand : une colonne motorisée d'une centaine de véhicules, avec de l'artillerie tractée, empruntait la RN 9 et passait à Lempdes où elle faisait halte. Ordre fut donné au groupement "Allard" de la zone 6, de tenter de freiner son avance et à THOLLON de lui prêter main forte.

Nous voici à l'aube du dimanche 13 août, la journée s'annonçait radieuse, les hommes étaient reposés et plein d'allant. Mais ce fut un dimanche tragique, qui fût pour la Compagnie "Bertrand", un terrible jour d'épreuve.

En ce matin du 13, ce sont les Allemands qui reprirent l'offensive avec, à nouveau, l'appui de son aviation. Celle-ci détruisit partiellement les villages de Laveissière et Fraisse-Haut.

La section, conduite par HOUBRE de la compagnie "Bonneval", était particulièrement visée par les tirs des deux DO 17 car elle était proche du tunnel d'où les Allemands venaient de sortir. Et voici ce qu'HOUBRE nous en dit :

« Bien sûr, à chaque passage, nous nous faisions tout petits, mais sans cesser de tirer sur eux et c'est une rafale de mon meilleur élément, Charles LAMPLE dit Charlot (braconnier professionnel, deux fois plus âgé que nous, combattant en 14, volontaire en 39/40, fait prisonnier, évadé et à nouveau volontaire avec nous - un marginal pacifique au possible mais grand cœur épris de liberté, qui avait tout à perdre et rien à gagner dans son engagement à nos côtés), qui a mis le feu au moteur droit de l'un des avions, lequel abandonnait immédiatement le combat, l'autre prenant prudemment de l'altitude et se mettant à tirer systématiquement à balles incendiaires sur les fermes de Fraisse-Haut et les burons de Vassivière et Peyre Gary ».

Dans la vallée, un peu avant 9 heures, un autocar vint chercher la section "Warnuzel". Du cantonnement de La Chevade, par Le Meynial, Laveissière, elle descendit à Fraisse-Haut. Les avions Allemands qui tournaient dans le ciel avaient repéré l'autocar et l'escortèrent.

On retrouve "Bertrand" avec le Commandant OSTERING qui a reçu la direction des opérations dans le secteur. Le Lieutenant était sombre, avait les traits durcis par la fatigue. Depuis sa course dans la nuit, il boitait légèrement.

La section "Warnuzel" devait se porter sur la position au dessus du pont de la Pierre Taillade. La place du Lieutenant "Bertrand" était au P.C., mais cette section représentait pour lui, maintenant, toute sa compagnie. Alors, derrière lui, en colonne par un, à cinq mètres d'intervalle, les 30 hommes s'engagèrent sur la route. Les deux avions rodaient toujours.

La section quitta la route, en ordre dispersé, les hommes commencèrent à gravir le talus. Il n'était pas tout à fait 10 heures, quand une fusée rouge lancée par un des avions, tomba sur le pont détruit... Alors, ce fût le drame, atroce, terriblement rapide. Sur ces hommes qui montaient péniblement à découvert, plusieurs mitrailleuses Allemandes, se démasquèrent et fournir un feu nourri, parfaitement ajusté. En 10 secondes, 5 hommes étaient touchés. Le Lieutenant, qui était près à atteindre le couvert, s'y jeta d'un bond. Un volontaire l'imita. Les autres plus près de la route se laissèrent glisser dans le fossé.

"Bertrand" et son compagnon, miraculeusement indemnes, s'abritèrent comme ils purent. Les balles pleuvaient autour d'eux. Les avions continuaient de tourner au dessus de leur têtes, piquaient sur le bois, lâchaient plusieurs chapelés de grenades.

Plus rien ne bougeait sur le glacis, ni dans le bois. Le feu cessa. "Bertrand examina la situation, elle était terrible mais pas désespérée. Ils auraient pu essayer de fuir, à tous risques vers les crêtes, ou se mettre en boule et rouler jusqu'au fossé. Mais là, tout près, à quelques mètres au dessous de lui, les blessés, ses blessés gémissaient et râlaient. Certains, sans doute, n'étaient que légèrement atteints. "Bertrand" ne se sentit pas le courage de les abandonner. Il leur parla et essaya de les soutenir en attendant des renforts par les hauts.

En effet, les camarades étaient déjà en route pour leur porter secours, mais ils n'eurent pas le temps d'atteindre la position. On les rappela d'urgence, on leur intima l'ordre de revenir, et vite car des Allemands descendaient en nombre des crêtes et allaient les encercler. On ne pouvait plus rien pour les malheureux, sinon se faire prendre ou mourir avec eux.

"Bertrand" entendant venir vers lui, dans le bois, ceux qu'il croyait être des amis, espérait et dans la même seconde, se vit perdu. Son immense fatigue l'écrasa, il était seul, il renonça et Il ne se défendit pas, peut être pensait-il pouvoir faire encore quelque chose pour ses blessés... Mais les Allemands ne relèvent pas les maquisards blessés, ils les achèvent. Lorsque deux jours plus tard, le médecin du bataillon examinera les six corps des maquisards tombés ce matin là, il trouvera, sans aucune contestation possible, sur deux d'entre eux, les traces accusatrices des balles de petit calibre, tirées à bout-portant dans la tête.

A 14 heures, on apprenait de Murat, que les Allemands avaient fait deux prisonniers dont un Officier, le Lieutenant "Bertrand". Plusieurs tentatives pour le libérer, dont la proposition d'échange contre un Sous-officier Allemand prisonnier, furent tentées sans succès. Il sera déporté fin août à Buchenwald et plus tard, libéré par les Américains en avril 1945.

En cet après-midi du 13, les Allemands ayant réparé la coupure du pont de la Pierre Taillade avec des troncs de sapins, la colonne d'Aurillac put enfin prendre la route de Murat - non sans subir des harcèlements d'arrière-garde de la part des Groupements "Melbourne" (HOAREAU "Christian") et "Didier" (DECELLE). Après leur passage, les Allemands détruisirent le pont qu'ils avaient provisoirement rétabli...

Lorsqu'ils parvinrent au village de Laveissière, ils s'installèrent dans l'hôtel Bellevue et terrorisèrent la population. Soupçonnés d'être à l'origine de cette embuscade au Lioran, le Maire et ses Conseillers ont même failli être fusillés, adossés au Monument aux Morts, si des preuves les innocentant n'avaient pas été présentées.

De son coté, la Colonne JESSER, partie de Clermont, continuait une progression inexorable vers Murat, en dépit des abattis réalisés par "Allard". La Compagnie LISBONIS, qui s'était retrouvée le matin sur les crêtes Est (aux burons d'Albepierre), reçut l'ordre de descendre rapidement à Murat et d'y placer deux embuscades sur les routes venant de Saint-Flour et de Neussargues ; ce qui fut fait le soir dès 20 heures.

Le Commandant Erulin "Carlhian", plutôt que de risquer de lourdes représailles sur Murat - ville déjà si éprouvée - donna dans la fin d'après-midi du 13 août, l'ordre de décrochage général. Ce décrochage ne fut ni facile ni rapide tant les Unités engagées étaient dispersées et les moyens de liaison rudimentaires.

Citation à l'ordre des F.F.I. de la section Warnuzel

 

Aurillac le 11 août 1944, l'Hôtel de Ville est pavoisé

 

 

03 septembre 1944 à Aurillac

03 septembre 1944 à Aurillac

03 septembre 1944 à Aurillac

Le 14 août, vers midi, la colonne Allemande, fit à Murat la jonction avec les avant-gardes de la Brigade JESSER.

Dans l'après-midi, ce fut le retour échelonné des Compagnies, leur accueil et leur réinstallation dans leurs cantonnements.

THOLLON lui-même n'arriva qu'à 23h30. Tout l'État-Major se réunit à table autour de lui, jusqu'à 3h du matin. Chacun apportait son témoignage. Tous étaient fourbus, affamés... mais rayonnants.

Les combats du Lioran durèrent trois jours et trois nuits. Nos Unités rejoignirent leur cantonnement initial, épuisées mais quelque peu aguerries et satisfaites de la mission remplie.

Ce même jour, nous apprîmes le débarquement Allié sur les côtes de Provence... La mission, déjà donnée à toutes les Forces Françaises de l'Intérieur, de freiner - à défaut de pouvoir les arrêter - tous les replis des forces Allemandes vers l'Est, allait se trouver amplifiée ! ».

Lieux de mémoires

Stèle Pas de Compaing

Au Pas-de-Compaing :

Une croix et une stèle en souvenirs des 5 maquisards tués :

  •  le 7 août au Pas-de-Compaing (André Rouchon, Fernand Schuster (dit Jacques Rollin) et Jean Fauthoux),
  •  le 13 août sur le versant de la Cère (Laroussinie René et Savary Marcel).

A la Pierre-Taillade :

Une stèle en souvenirs des 6 maquisards tués :

  • le 13 août (Bonnat Hugues, Escalon Jules, Gouny Roger, Lelong Maurice, Morvan Robert et Valade René)

            Détails de la stèle

 

La plaque commémorative est

surmontée d'une croix

de Lorraine insérée dans le V  de Victoire

Inscription :

ICI

Le 13 AOUT 1944

BONA Hugues

ESCALON Jules

COUNY Roger

LELONG Maurice

MORVAN Robert

VALADE René

VOLONTAIRES F-F-I

sont Tombés Glorieusement

Pour la Libération

de la

FRANCE

 

Stèle de la Pierre Taillade

 

 

Plaque apposée au Monument aux Morts de Laveissière

Détails de la plaque

 

Stèle du Lioran

Au village du Lioran

Une plaque en souvenirs de l'ensemble des combats.

 

Cette plaque sans nom était fixée à l'origine sur l'un des murs de la chapelle Notre-Dame des Neiges au Lioran et se trouve maintenant sur la stèle commémorative du Lioran.

La genèse du groupe « Auvergne »

et des Réduits du Massif Central

La situation des mouvements de Résistance en Région 6 (R6) en 1943-1944.

Les trois grands mouvements de la région 6 (Combat, Libération, Franc-tireur) avaient fusionné le 26 janvier 1943 dans les Mouvements Unifiés de la Résistance (MUR) et « versé leurs troupes » à l’Armée Secrète (AS).

C’était en ce début d’année 1944 la plus importante organisation de résistance de la région 6 (Auvergne). Elle était dirigée depuis novembre 1942 sur le plan régional par Henry INGRAND "Rouvres" et depuis le 15 février 1944, son armée secrète par Émile COULAUDON "Gaspard". Les maquis étaient encore en ce début d’année mal armés et principalement implantés dans le Puy-de-Dôme et la Haute-Loire, peu nombreux dans l’Allier et le Cantal, ce département restant une zone réservée en vue d’éventuelles opérations. Le 12 avril 1944, l’ensemble des maquis du Puy-de-Dôme (2500 hommes) rejoignaient dans la Margeride, le réduit du Mont Mouchet.

L’implantation du Front national de l’indépendance de la France (FN) et des Francs-tireurs et partisans français (F.T.P.F.), son élément armé avaient été plus tardive.

Il a fallu attendre le 14 juillet 1943, date de l’arrivée à Clermont-Ferrand de son nouveau responsable régional, Pierre GIRARDOT "Négro", pour qu’il prenne une certaine importance. Ce dernier a aussitôt axé son effort principalement dans les villes de R6 mais il a aussi commencé à implanter également dans le Puy-de-Dôme des maquis (camps Gabriel Péri, Guy Moquet etc...).

Dans un câble du 14 avril 1944 le DMR, Alexandre DE COURSON DE LA VILLENEUVE "Pyramide" signale à Londres « suis en parfaite entente avec les chefs MUR, union complète avec les FTPF, effectif deux mille maximum. Mouvement prisonniers évadés (du Docteur Guy FRIC) deux cents, total six maquis, quatre mille sédentaires récupérables... ».

Quant à l’Organisation de résistance de l’armée (ORA), grâce à son chef le lieutenant-colonel Jacques BOUTET (fusillé le 10 mai 1944) et à son équipe régionale, elle avait eu jusqu’à la fin septembre 1943 d’excellents rapports avec les MUR, les FTPF, les mouvements des « Ardents » et des « prisonniers évadés » du docteur Guy Fric. Elle sera complètement démantelée par le Kommandant du SIPO-SD de Vichy le 1er octobre 1943, puis en pleine reconstitution en février 1944 à nouveau par ce même KDS.

En avril 1944, l’ORA comptait seulement deux maquis, l’un dans l’Allier (commandant Marcel COLLIOU "Roussel"), l’autre, un maquis refuge dans le Cantal (commandant André DECELLE "Didier") constitué dès janvier 1943 par le capitaine Michel DE LA BLANCHARDIERE "l’abbé".

L’ORA se trouvait ainsi en situation de grande faiblesse et hors d’état d’intervenir trois mois avant le débarquement.

Henry Ingrand "Rouvres" (1908-2003)

Emile Coulaudon "Gaspard" (1907-1977)

Alexandre de Courson  "Pyramide" (1903-1944)

Jacques Boutet (1890-1944)

Marcel Colliou "Roussel" (1897-1963)

André Decelle "Didier" (1910-2007)

 

Michel de la Blanchardière "l'Abbé" (1915-1944)

Alain Grout de Beaufort "Pair" (1918-1944)

Yves LEGER "Évêque" (1919-1944)

Gabriel Montpied "Monique" (1903-1991)

Organisation et structure en R6.

Dans l’organisation intégrée de la région 6 on distinguait des structures horizontales, région, départements, arrondissements, villes, et des structures verticales, les maquis, groupe franc, action ouvrière, résistance fer, service de santé etc...

À ces divers éléments il convient d’ajouter, car cela faisait partie intégrante de l’appareil militaire de la région, la section d’atterrissages et de parachutages (SAP) de la France libre.

Depuis son parachutage en R6, le 14 avril 1943, en remplacement de Paul Frédéric SCHMIDT "Kim" muté en zone Nord, Alain GROUT DE BEAUFORT "Jacou, Pair" y formait équipe avec deux officiers qui seront malheureusement arrêtés par le SD. L’un fut emprisonné à Fresnes, l’autre se suicida. Ils furent aussitôt remplacés par Yves LEGER "Evêque" et Charles LE BIHAN "Trirem, Larivoire".

Paul RIVIERE "Galvani, Marquis", responsable de la S.A.P. de la R1 (Lyon), assurait la coordination de zone.

À cette époque, le plus grave problème reste celui de l’armement ; les parachutages ont été rares au cours de l’été. Ils le restèrent durant tout l’automne et l’hiver. Dans un câble daté du 20 septembre 1943 adressé à Londres par GROUT DE BEAUFORT, ce dernier fait le point du manque d’armement, d’équipement et d’habillement des maquis de sa région.

  • Puy-de-Dôme : 900 hommes, besoins complets en armement lourd pour le tiers des effectifs, armement léger assuré mais manque de munitions. Besoins en équipement et en habillement pour la moitié des effectifs.
  • Haute-Loire : 500 hommes, besoins complets en armement lourd et léger (deux tiers lourds et un tiers léger).
  • Cantal : 150 hommes. Besoins complets en toutes matières.
  • Allier : 60 hommes. Besoins en toutes matières pour la moitié des effectifs.
En octobre, sur les 35 terrains proposés par GROUT DE BEAUFORT à Londres, « il n’y a pas eu une seule opération de parachutage ». Lors de la réunion des chefs régionaux de la zone sud du service national maquis, tenue à Paris du 25 au 27 octobre 1943, Gabriel MONTPIED "Jean, Monique", représentant de la région, signale que celle-ci comprend un effectif de 1301 hommes dénombrés et contrôlés dans les camps organisés en R6 et il indique : « Nous pouvons faire peur et c’est tout. Nous avons reçu quelques mitraillettes mais pas assez. Nous avons beaucoup d’explosifs. Nous sommes les fournisseurs d’explosifs des autres régions. Nos hommes qui font des coups de main sont armés mais les maquis ne sont pas encore armés de mitraillettes. À titre d’exemple, en ce qui concerne l’armée secrète (A.S.) de la ville de Clermont-Ferrand, elle compte environ 3000 hommes pour qui nous disposons de 35 mitraillettes. » (Procès verbal de réunion des responsables régionaux maquis zone sud à Paris du 25 au 27 octobre 1943).

La section d’atterrissages et de parachutages (SAP) de la France combattante.

De janvier à mars 1944, il n’y a toujours pas de délégué militaire régional en R 6. Le chef de la S.A.P., Alain GROUT DE BEAUFORT, en assume l’intérim. Mais il n’a fait encore aucune preuve d’activité en ce qui concerne cette mission. D’ailleurs, celle-ci ne lui a pas encore été précisée. Il a de bons contacts avec les mouvements de résistance et n’a pas encore tous les plans, mais il a commencé début février à mettre en place le plan "vert".

Dans la nuit du 24 au 25 février 1944, Robert KOENIG (Africain), radio du délégué militaire régional, est parachuté près de Montluçon sur le terrain "Sarrail". De là, il gagne en voiture Clermont-Ferrand, puis par le train Issoire, puis le château de Langlade à Meilhaud où il reste quelques jours. À la suite de l’arrestation du radio André FURELAND "Arménien" et de la saisie de ses quartz et du plan "guignol violet", "Africain" est mis « au vert » chez Paul RIVIERE "Marquis" responsable de la S.A.P. en R1 (Lyon).

Début avril 1944, il s’installe à Neussargues tout d’abord à l’hôtel Chapat puis, à la suite de l’arrestation de son propriétaire, le 16 mai 1944, chez Raymond Boudon, boucher en gros au même lieu, ceci jusqu’au 5 juillet 1944 où il doit s’enfuir avant l’arrivée de la Gestapo.

Le 1er mars, GROUT DE BEAUFORT "Pair" prend contact à Lyon avec Maurice BOURGES-MAUNOURY "Polygone" qui lui passe les consignes de délégué militaire de la région 6. "Pair", dans un câble adressé à Londres, rend compte « qu’il aura mis les plans en place dans une quinzaine de jours, il a passé ses consignes d’officier opérations à "Évêque" et avait commencé à mettre en place le plan "Vert"... »

Le 15 mars, il signale à Londres qu’il a quitté Clermont-Ferrand pour Lyon où il attend "Pyramide" pour lui passer les consignes de sa région et il compte « que le plan "Vert" est maintenant en place dans les meilleures conditions » (Rapport mensuel d’activités de la région 6 des 28 février et 27 mars 1944.).

De son côté, toujours sans nouvelles de son délégué militaire, le nouveau chef opération de la R 6, Yves LEGER "Évêque" expédie le 16 mars un câble : « Attendons cas échéant "Pyramide" sur ce terrain (Câble n° 31 du 16 mars 1944) ».

 

Maurice Bourgès-Maunoury "Polygone" (1914-1993)

Fernand Dutour "François"

Organisation géographique de la Résistance française

opérateur radio clandestin

Émetteur Récepteur Radio utilisé par les résistants

 

La R6 a enfin son délégué militaire.

Le 17 mars, Alexandre DE COURSON DE LA VILLENEUVE "Pyramide" embarque à Dartmouth (Cornouaille) à bord d’une vedette lance-torpilles et débarque vers deux heures du matin sur la plage de Kerroulou, dans le Finistère, à 4 kilomètres au nord de Guimaëc. De là, par le train, il gagne Paris puis Lyon où il arrive dans la matinée du 21 mars.

"Pyramide" y rencontre "Titin", un radio parachuté de Londres, qui réussit à le mettre en rapport avec "Pair" qui lui passe les consignes de la région 6. "Pyramide" arrive enfin à Clermont-Ferrand le 25 mars. Sa mission lui a été définie à son départ ; il est chargé de l’organisation et de l’action des FFI, de la répartition des armes et des fonds aux mouvements de Résistance, de l’instruction et de l’encadrement des maquis, de la mise en place des plans du jour « J », des sabotages stratégiques et des liaisons avec Londres (radio et courrier par opérations aériennes).

Le 30 mars, il adresse à Londres son premier rapport où il indique : « Matériel : Les premiers renseignements semblent encourageants. Je dois avoir des rencontres cette semaine qui me donneront une situation exacte. Je vous donnerai des précisions numériques dès que possible en même temps que le point où en est la fusion des mouvements ; ce que je sais est encourageant.

Plan vert : Une partie doit être en place. En donnerai situation exacte après vérification ».

Dans le câble du 4 avril, il rend compte « qu’il a pris contact avec "Pair" et "Évêque" après longues recherches - stop - travail poursuivi malgré graves difficultés et certaine lassitude- ensemble en bonne voie ».

Dans sa région, début avril, "Pyramide" disposait d’"Évêque" chargé des opérations atterrissage et parachutage d’armement et de sabotage et de deux officiers instructeurs, Charles LE BIHAN "Trirem, Larivoire" et Michel COUVREUR "Tondeuse" (Yves Léger avait établi avec les autres membres de son équipe, Fernand DUTOUR "François", Maurice DEROCKER "Dorval", Henriette MERMET "Marianne", Philippe COMTE "Yvonne", André BIET "Henry", Jean CHAPPUY "Noël", son PC dans la commune de Chastel (Haute-Loire), à Moulergues, avec une importante zone de réception proche du Mont-Mouchet (terrain "Plongeon") ».)

Au point de vue radio, il disposait d’un groupe de réception composé d’un opérateur radio, Auguste LEFEUVRE  "Languedocien", spécialiste dans l’écoute de la réception Angleterre-Auvergne, suivant le système broadcast (chaîne Y, plan "Oran") et des deux opérateurs radios émissions, Robert KOENIG "Africain" et de "Thaïlandais", chargés d’assurer le trafic Auvergne-Angleterre (chaîne Y, plan "Guignol, Noir et Violet").

Ces deux opérateurs radios émissions disposaient de 5 hommes, d’un chef d’équipe aide et protection, de deux hommes chargés de l’aide et de la protection du radio, d’un homme chargé du transport du matériel, d’un homme chargé de la recherche des emplacements d’émissions.

Le 1er avril 1944, se tient à Paris une nouvelle et dernière réunion des responsables régionaux maquis, à laquelle pour la première fois assistent ensemble les chefs des maquis des zones Nord et Sud.

Successivement, après le mot de bienvenue du colonel REBATTET "Cheval", chef national maquis, le colonel DEJUSSIEU "Pontcarral", chef de l’État-major national FFI, Maurice CHEVANCE "Bertin", du Comac et William SAVY "Régis", officier arrivé de Londres le 3 mars 1944, chargé de l’installation des emplacements des futures missions « Jedburgh » (équipes « Jedburghs » composées d’un officier britannique, d’un officier français, d’un officier américain et d’un radio, tous en uniforme), prennent la parole. "Régis", après la réunion, rencontre tous les chefs régionaux afin de leur demander de lui préciser le point de chute souhaité pour ces missions « Jedburgh ».

Gabriel MONTPIED "Monique", responsable R6 Maquis, lui donne les coordonnées dans la Margeride du terrain "Plongeon".

En ce début d’avril 1944, Claude CHAYET et sa future épouse, Mlle Marie Élise CASSET "Louise", secrétaire du Mouvement de Libération nationale (MLN) de Jacques BAUMEL, sont chargés par les responsables nationaux d’une mission de reconnaissance dans la partie ouest du Massif Central (région d’Aurillac) pour repérer des emplacements pour y établir un réduit national.

Le 15 avril 1944, Émile COULAUDON "colonel Gaspard", chef régional de l’armée secrète, rencontre à Montluçon, 16 rue du Rimard, le squadron leader Maurice SOUTHGATE "Hector", chef du réseau « Stationner » du Special operation executive (SOE), auquel il fait part de ses difficultés, de ses inquiétudes, du fait de son manque d’armement, d’équipement de munitions.

Le 17 avril, "Hector", adresse un câble à son chef, le colonel Maurice BUCKMASTER, chef de la section française du SOE, où il lui relate sa rencontre avec "Gaspard" : « Suis en contact avec un colonel qui dirige un groupe composé de 2 500 hommes sans tenir compte de ceux qui vivent dans la légalité dans le centre de la France, région approximativement de la même grandeur que la East Anglia. Ceux-ci attendent du matériel et seraient prêts à entrer en action au signal du Général Pierre-Marie KOENIG ».

Le 18 avril, "Pyramide" reçoit l’instruction P3/249 du 31 mars 1944 sur l’action militaire de la Résistance française, transmise sous forme de micro-photos pour exécution. Elle s’accompagnait d’instructions précises et impératives, ayant valeur de règlement et d’une instruction particulière destinée au DMR6, adaptant l’instruction générale aux conditions et aux caractéristiques spéciales de la région R6.

G-L Rebattet "Cheval" (1907 -1976)

Maurice Chevance "Bertin" (1910-1996)

Maurice Buckmaster  (1902-1992)

Pierre Dejussieu "Pontcarral" (1898-1984)

Maurice Southgate "Philippe" (1913-1990)

Pierre-Marie Kœnig (1898-1970)

 

Colonel Dejussieu "Pontcarral", Henri Ingrand "Rouvres",  et Claude Serreulles "Clovis"


Jean Garcie "Gaston"

Le déclenchement des opérations est prévu par le passage de messages conventionnels à la BBC : un premier message d’alerte ; pour R6 « le coup d’envoi est à 15 heures » confirmé quarante-huit heures plus tard par les messages d’exécution des quatre plans destinés à R6:

  • Le plan "vert" (paralysie des mouvements ennemis voies ferrées), message BBC : « son costume est couleur billard ».
  • Le plan "rouge" (Guérilla Généralisée), message BBC « que dit la petite pomme d’api ? ».
  • Le plan "tortue" (entrave aux déplacements des Panzers), message BBC : « Ils confondent carapace et carapaçon ».
  • Le plan "violet" (contre les moyens de transmissions de l’ennemi en particulier les lignes souterraines à longue distance), message BBC : « La parole est d’argent et le silence est d’or ».

En cas de contre-ordre, le message suivant devait être diffusé « Rengainez vos baïonnettes ».

L’instruction P3/249 sur « l’action militaire de la Résistance française » parvient au futur commissaire de la République et chef du MUR de R6.

Entre le 20 et 25 avril 1944, Henry INGRAND "Rouvres", le chef du MUR de la région 6, reçoit par l’intermédiaire du délégué militaire régional Alexandre DE COURSON DE LA VILLENEUVE "Pyramide" l’instruction P3/249 du 31 mars 1944 du BCRAL. Il la transmet aussitôt à l’État-major régional de l’armée secrète (colonel Émile COULAUDON "Gaspard" et à son chef d’État-major, le lieutenant-colonel Jean GARCIE "Gaston".

Son introduction commence sur les buts de guerre du peuple français :

« La déclaration du Général de Gaulle du 18 juin 1942, fixe les buts de guerre du peuple français :

  • dans l’ordre extérieur, restauration de la complète intégrité du territoire et de l’Empire.
  • dans l’ordre politique, restauration de la souveraineté complète de la Nation sur elle-même et rétablissement de toutes nos libertés intérieures.

La même déclaration proclame : « Chacun a le devoir sacré de faire tout pour contribuer à libérer la patrie par l’écrasement de l’envahisseur. Il n’y a d’issue et d’avenir que par la victoire ».

Organiser la victoire, c’est préparer à la fois l’action militaire qui chassera l’envahisseur et l’action politique qui renversera le régime sorti d’une criminelle capitulation. Cette tâche ne pourra être menée a bien que si les chefs de la Résistance françaises peuvent se faire dès maintenant une préfiguration suffisamment exacte du cadre militaire général de leur action et se préparer moralement et matériellement au combat le plus difficile.

Prévoir le détail des évènements, il n’en saurait évidemment être question, mais imaginer les divers aspects possibles d’une bataille de France, supputer sa durée probable, désigner les grandes régions naturelles qui pourraient en être le théâtre, esquisser le rôle militaire de la résistance française dans la libération est possible si l’on veut bien tenir compte des facteurs prédominants, matériels, militaires, géographiques, qui fixent d’ordinaire la forme et le sort des batailles. Telle est le but de la présente instruction.

Elle ne tient évidemment pas compte de la possibilité d’un effondrement politique allemand. « Rien ne nous autorise à penser que les "Boches" ne se battraient pas... ».

Les formes diverses de l’action sont alors énumérées dont : « les sabotages généralisés par lesquels la Résistance s’efforcera d’interdire les transferts, les transmissions, le ravitaillement de l’armée allemande » ainsi que l’action de zones hors d’opération. Ce sont les zones d’accès difficiles, montagneuses, recouvertes de forets, les zones de maquis par excellence, et l’instruction précise que le rôle des maquis sera à la fois offensif et défensif... ».

Le rôle offensif : Les maquis seront des bases de départ pour les raids effectués rapidement dans les zones des arrières des armées et dont le rayon d’action variera avec les circonstances.

Ces raids pourront avoir pour but :

  • L’attaque d’installations importantes utilisées par l’ennemi.
  • L’interdiction de nœuds de communication.
  • La destruction de certains ouvrages sur routes ou voies ferrées.
Le rôle défensif : Les maquis seront les réduits de la Résistance chaque fois qu’il s’agira de préserver la vie, le ravitaillement des troupes de l’armée de l’Intérieur. C’est en eux nécessairement que devront se regrouper en partie les commandements principaux, se créer de nouveaux centres de transmissions, se situer des dépôts d’armes, de vivres, de médicaments, s’organiser des terrains de parachutage et d’atterrissage qui alimenteront les patriotes.

 

 

En résumé, c’est dans les zones hors d’opération que se rassembleront d’instinct tous les résistants. C’est vers elles que dès maintenant les chefs de guérilla doivent tourner leurs regards. C’est en elles qu’il faut constituer en avance des maquis mobilisateurs. L’expérience actuelle des consommations de la guerre monte que jamais on ne constituera dans ces régions des réserves trop fortes pour armer tous les patriotes qui viendront s’y rallier... »

Enfin voici le rôle dévolu à R 6 dans cette instruction :« Constitution d’un groupement du Massif Central pouvant aller jusqu’à quinze mille hommes. » Il y aura trois groupes : « Causse-Rouergue », « Auvergne » et « Forez-Beaujolais ».

  • Activité vers l’Est jusqu’au Rhône s’exerçant sur une partie des régions 1 et 2.
  • Activité vers le Nord et l’Ouest jusqu’à la Loire et l’ancienne ligne de démarcation s’exerçant sur R 5 et R 6 et se combinant peut-être avec l’activité d’un maquis vendéen en B 2 dans l’hypothèse d’un débarquement à l’Ouest n’intéressant pas le Sud de la Loire.
  • Activité vers le Sud jusqu’à la Garonne et le canal du Midi s’exerçant sur une partie de R 3 et R 4.

Bien entendu, dans les idées générales on insiste sur la souplesse nécessairement recherchée et il est souligné qu’avant le déclenchement de l’action des armées alliées, on devra surtout s’efforcer de « réaliser rapidement l’infrastructure des régions de maquis et préparer la mobilisation des forces mobiles de la Résistance ».

Au moment du déclenchement de l’action : enrôlement, équipement, instruction par les noyaux mobilisateurs des hommes qui afflueront vers les régions de maquis et viendront grossir considérablement l’effectif déjà important des troupes actuellement organisées...

En conclusion la présente instruction de 26 pages a esquissé dans son cadre général le plan d’action militaire de la Résistance française. Elle trace le programme d’évolution qui doit être réalisé dès maintenant dans les divers domaines de l’organisation du ravitaillement et du commandement.

L’application de ce programme peut seule donner à la Résistance toute sa valeur militaire.

Elle lui permettra de peser d’un grand poids dans la future bataille de France et d’assurer par ses propres efforts la libération de plus de la moitié du territoire de notre patrie. Ce document est pour les responsables de R 6 la manifestation tangible que le jour « J » est proche et qu’il convient de prendre d’urgence toutes les disponibilités à cet effet car les évènements vont se précipiter.

Le 28 avril 1944, Yves LEGER "Évêque", le chef OPS de la SAP R 6, reçoit du Comidac, une instruction concernant son rôle au jour « J ».

« Les problèmes posés par le jour « J » varieront selon les zones. Votre DMR vous donnera tous les détails possibles à ce sujet et vous exposera son point de vue en accord avec les directives qu’il aura reçues du commandement.

Les directives que nous vous envoyons envisagent une application pratique de l’étude générale sur l’action militaire de la Résistance française (P3/249 du 31 mars 1944) qui a été envoyée par micro-photo à votre DMR. Demandez-lui de vous en donner communication.

Votre région entre intégralement dans ce que nous conviendrons d’appeler la zone hors d’opérations, en raison de sa configuration géographique. Au point de vue de la clandestinité, elle tombe entièrement sous l’influence des maquis en formation qui se formeront dans toute la partie montagneuse de votre région.... »

Une mission « Maquis » de la section F du SOE est parachutée dans l’Allier ; la mission « Freelance » est larguée au Nord-est de Montluçon dans la nuit du 29 au 30 avril 1944, autour de Cérilly.

Cette mission de la section F du SOE est composée du capitaine John HIND FARMER "Hubert" et du lieutenant Nancy WAKE "Hélène". Leur radio, Denis RAKE, ne les rejoignit que le 15 mai, transporté en France dans la région de Châteauroux par Lysander (avion militaire Britannique).

S.O.E en France : Des réseaux de la Section F - août 1944

John Hind Farmer "Hubert" (1917-2012)

Nancy Wake 'Hélène" (1912-1911)

Denis Rake "Roland" (1902-1976)

 

 

 

 

Participent à cette assemblée : Henry INGRAND "Rouvres", chef des MUR et commissaire de la République pour l’Auvergne ; Georges CANGUILHEM "Laffond", chef régional de Libération Sud ; Émile COULAUDON "Gaspard", chef régional action de l'Armée secrète ; Raymond PERRIER "Brioude", responsable régional de la CGT ; Jean BUTEZ "Albert", représentant le parti socialiste SFIO ; Pierre GIRARDOT "Roger Vallon", responsable régional du PCF et du Comité militaire des FTPF.

Sont absents : les représentants du mouvement Franc Tireur, du Mouvement paysan et du Front national. "Rouvres" expose tout d'abord le plan pour le jour « J » qu’il a reçu fin avril par les instructions de l’État-major du Général de Gaulle, transmis par l'intermédiaire du délégué militaire régional (DMR), puis on arrive aux discussions techniques. "Gaspard" rend compte de son entretien à Montluçon avec le major SOUTHGATE, du réseau "Stationner" du SOE. "Rouvres" propose de procéder à une mobilisation des sédentaires dans quelques villages du Puy-de-Dôme, Cantal et Haute-Loire, choisis en fonction des trois concentrations envisagées.

"Roger Vallon", après avoir émis quelques réserves sur les promesses du major SOUTHGATE, fait remarquer qu'il faudrait retarder de quinze jours la mobilisation et, si l'on souhaite la réussite complète de ce plan, il faut envisager et décréter :

  • Des opérations de diversion ;
  • Le déclenchement de grèves générales au moins dans les villes ;
  • La paralysie des transports sur toutes les voies ferrées et le plus grand nombre possible de routes ;
  • La paralysie du ravitaillement.

Plusieurs membres ne sont pas d'accord avec "Roger Vallon". Le débarquement est proche, le temps presse. Il faut, comme le précise l'instruction de l'État-major du Général de Gaulle, constituer le groupement « Auvergne » du réduit du Massif central.

Finalement, "Rouvres" indique que la concentration des maquis d'Auvergne était de toute façon décidée, même sans l'accord des représentants des mouvements absents ce jour-là à la réunion. Aussi, "Roger Vallon", avant de se séparer, tient à préciser qu'il donnera l'ordre aux sédentaires et aux combattants FTPF :

  • De ne pas rejoindre les rassemblements mais d’exécuter la part des instructions demandées par le quartier général allié qui revient aux FTPF.
  • De gêner au maximum la Wehrmacht par des actions de guérilla effectuées dans toute l'Auvergne et il conclut : « Que, si les sédentaires et combattants FTPF ne rejoindront pas les rassemblements, il ne s'opposera pas à ceux qui en décideraient autrement. »