Histoire du Valagnon

La Commune a vu son avènement le 26 mai 1836 par une ordonnance royale qui érigea la section du Valagnon en Commune de LAVEISSIERE.

C'est au cours de l'époque de création de territoires communaux, grâce au démembrement de vastes ressorts du découpage paroissial de l'ancien régime, qu'a été instituée la Commune de Laveissière.

C'est le procès de la forêt du LIORAN qui fût l'élément déclencheur de la transformation en commune de la très étendue section du Valagnon de Bredons (actuellement Albepierre-Bredons). Celle-ci grande possession paroissiale, avant la révolution, n'était pas entièrement concernée par le conflit de 1877, motivé par le refus de M. de La Roche-Lambert de reconnaître les droits d'usage et de pâturage des habitants dans sa forêt.

Les habitants des hameaux (Laveissière, la Remise, Fraisse-haut, le Chauzier, le Chambon, le Meynial, le Meynialou, Malpertuis, la Bastide, Ampalat, Granchamp, Combrelles, Fraisse-bas, les Cheyrouses, la Chassagne, les Gouttes, la Grange de Ganilh et Chambeuil, qui alors faisaient partie de la commune de Bredons, exigèrent en 1835, que celle-ci soit divisée en deux parties égales.

En effet, le fait que le chef-lieu (Bredons) soit excentré et que les 1200 habitants du Valagnon soient en procès depuis très longtemps afin de défendre leurs droits sur la forêt, justifiait que ceux-ci puissent accéder à leur autonomie paroissiale.

Ce qui fut fait au mois de juin 1835 par l'acceptation du conseil municipal de Bredons de scinder le territoire et de permettre la création d'une commune nommée Laveissière. La condition émise par Bredons de conserver Ampalat dans son fief ne fut pas acceptée.

Les avis des assemblées et administrations locales consultées furent toutes favorables. Ainsi était née la Commune de Laveissière.

Ordonnance Royale n° 6299 du 26 mai 1836

Extrait du procès de la forêt du Lioran

Histoire du Valagnon

Les premières traces de vie attestées remontent au VIème siècle. À l'époque, le Valagnon est un haut-lieu de pèlerinage sur le chemin de Saint Jacques de Compostelle. Des foules de pèlerins venait recevoir la bénédiction, et parfois la guérison, d'un ermite reclus dans une grotte sur les hauteurs de Fraisse-Haut : saint Calupan. (cf. Grégoir de Tour dans "la Vie des Pères" chapitre 9)

Dés le XIVème siècle, la vie s'est peu à peu développée grâce aux fours à chaux, exploitant la seule carrière de calcaire de la région, et aux forêts environnantes, recouvrant alors la totalité de la vallée. Elles sont peu à peu exploitées et parfois défrichées pour pouvoir faire pâturer le bétail.

Mais la région est marquée par une grande pauvreté et les Valagnons survivent grâce à une importante population de chèvre peuplant les forêts, la chèvre beige rosé du Lioran, d'où le surnom que les habitants des autres vallées leur donnent, les mandza cabre (littéralement mange chèvre). Le Valagnon dépendait alors de la seigneurie ecclésiastique de Bredons, mais dépendait également au fil du temps, de la seigneurie de Chambeuil, de la seigneurie de Combrelles puis de la seigneurie d'Anterroches.

 

Guerre de Cent Ans (1337 à 1453)

Ce conflit entre le royaume d'Angleterre et le royaume de France a de lourds impacts sur le Valagnon. En effet, la région est largement piétinée et pillée par les Anglais.

Mais à la guerre étrangère s'ajoutent les conflits internes. Après 50 ans de lutte pour l'hégémonie sur la cité murataise, les Cardaillac, devenus vicomtes de Murat, entament une lutte contre leurs suzerains, les vicomtes de Carlat. En effet, Renaud II de Murat refuse de rendre hommage à Bernard VII d'Armagnac, chef du parti des Armagnac soutenant les Orléans et les intérêts français face à la maison de Bourgogne alliée aux Anglais.

Renaud n'hésite pas à attaquer Bernard, un des hommes les plus puissants du royaume de France, et pille la région de Carlat en janvier 1414. Bernard réplique aussitôt et envoie son fils Jean IV, à la tête d'une armée de 6000 hommes, qui assiège le château de Murat et oblige Renaud à se rendre. Fait prisonnier pendant 18 mois au château de Carlat, Renaud arrive à s'échapper et se réfugie auprès du duc de Bourgogne Jean Ier. Pour se venger, Renaud ravage toute la vicomté de Carlat y compris la vicomté de Murat. Il enlève 10 000 têtes de bétail dans le Carladès, brûle le château de Brezons et les nombreuses personnes qui s'y sont réfugiées, ravage les domaines des seigneurs d'Estaing, de Dienne et de Combrelles.

Les guerres de religion

À l'issue de la Guerre de Cent Ans, la seigneurie de Combrelles et le Valagnon sont ravagés, ils peinent à se reconstruire et voient arriver un nouveau conflit, cette fois religieux, entre catholiques et huguenots.

La catholique et peu fortifiée Haute-Auvergne constitue une proie facile pour les protestants. Ceux-ci entre dans la région de Murat à la fin du XVIe siècle, brûle le couvent des Cordeliers de Saint-Gal et ses malades à la sortie de Murat (emplacement du cimetière) et s'emparent du château de Combrelles le 28 octobre 1579.

C'est à la fin de l'hiver, le 10 avril 1580, que le seigneur d'Anteroches, dont le château est sur l'autre versant de la vallée, aidé des gens du pays, reprend Combrelles et chasse les huguenots.

Atlas de Trudaine XVIIIè

St Jacques - le Lioran

Le Lioran - Laveissière

Laveissière - Pignou

Paroisse de Bredons

Jusqu'au XVIIIème siècle, le Valagnon demeure une terre inhospitalière et une impasse, forêt ténébreuse , climat très rude et l'infranchissable Lioran.

La création à la fin du XVIIIème siècle de la route royale no 126 (aujourd'hui RN 122), délaissant la Via Celtica et traversant dans sa longueur le Valagnon, va non seulement faire de lui un lieu de passage mais aussi lui permettre de développer ses filières agricole et sylvicole.

Laveissière était, avant 1789, de la Haute-Auvergne, du diocèse, de l'élection et de la subdélégation de Saint-Flour. Régie par le droit coutumier, elle dépendait de la justice seigneuriale de Chambeuil, et ressortissait au bailliage de Vic, en appel de la cour royale de Murat.

Après la Révolution, le Valagnon est rattachée à la commune de Bredons (actuellement Albepierre-Bredons).

Son église, dédiée à saint Louis, était une annexe de Bredons. Elle a été érigée en succursale par ordonnance royale du 5 janvier 1820.

Puis en 1836, suite au procès de la forêt du Lioran, opposant les Valagnons à M. De La Roche-Lambert (dernier descendant de la branche ainée de la famille d'Anterroches) qui ne reconnaît pas leur droit d'usage et de pâturage dans sa forêt, les Valagnons demandent leur autonomie. La commune de Bredons est alors coupée en deux parts égales et ainsi est né la commune de Laveissière, par ordonnance royale le 6 mai 1836.

 

 Le XIXème siècle s'annonce comme étant le siècle de l'essor économique pour le Valagnon.

En 1839, pour faciliter la circulation et désenclaver le Cantal, il est décider de construire le tunnel routier du Lioran, le premier de France et le plus long du monde. Des centaines d'ouvriers vont venir des quatre coins de l'Europe pour construire cet ouvrage considéré à l'époque comme titanesque. Il est inauguré en 1843 et permet la facilitation des échanges et la naissance de nombreuses auberges.

En 1865, la révolution industrielle donne au Valagnon un véritable élan avec l'arrivée du chemin de fer. De nouveau, des centaines d'ouvriers contribuent à la construction, jusqu'en 1868, du tunnel ferroviaire qui fut le plus haut tunnel ferroviaire d'Europe. Les échanges sont davantage facilités pour notamment la production agricole et surtout la production forestière qui va faire la prospérité de la commune jusqu'à l'élever au rang de plus riche commune de France. De plus, l'ouvrage permet la naissance d'une nouvelle économie : le tourisme. De riches touristes bourgeois, des intellectuels, des poètes, des botanistes et des géologues viennent en villégiature au Lioran. C'est le début de l'ère touristique du Valagnon.

Carte des maquis dans le Cantal

Positions des Cies "Bruno" et "Bernard" lors des Combats du Lioran

Gare du téléphérique en août 1966

Un territoire durement touché par la Seconde Guerre mondiale

Dès 1940, plusieurs familles de réfugiés du nord de la France arrivent à Laveissière. Fuyant la zone occupée, et pour certains même la persécution croissante de leur peuple (juifs), la plupart ne possède plus rien mais ils vont pouvoir compter sur le soutien de la population locale et de l'abbé du village (abbé Combes) qui leur fournissent des vêtements, le couvert et un toit.

L'importance de son maquis fait du Valagnon un des haut-lieux de la résistance française. En effet, depuis la création du STO, beaucoup de jeunes rejoignent le maquis. Les maquisards établissent refuges dans les forêts ainsi que sur les hauteurs de la commune, dans les burons (Lissarts et Peyre Gary). Ils se livrent à une lutte acharnée contre la Milice et les nazis avec le soutien de la population qui les approvisionne en nourriture (les maquisards n'ayant pas de ticket d'approvisionnement) et financièrement. Plusieurs actes de sabotage vont être menés contre l'ennemi durant l'Occupation.

À la nouvelle du Débarquement, le Valagnon (au même titre que le Mont-Mouchet et les réduits de la Truyère) est choisi par les Forces Françaises de l'Intérieur pour être le lieu de pénibles combats contre les troupes ennemies du sud en évacuation.

La "bataille du Lioran" du 7 au 13 août 1944. Au cours des combats, onze maquisards trouvèrent la mort contre probablement une vingtaine du côté des nazis. Mais la tragédie des combats ne s'arrêta pas là. Les forces allemandes appelèrent en renfort la Luftwaffe qui bombarde le 13 août la vallée. On constate de nombreux dégâts : au buron de Vassivière, au buron de Peyre Gary, mais aussi et surtout à Fraisse-Haut, où de nombreuses maisons furent détruites lors de terribles incendies, et à Laveissière où le bâtiment de la Poste fut touché. Les bombardements ne firent pas directement de tués puisque la population s'étant réfugiée dans la forêt du versant sud de la vallée. Lorsque les Allemands parvinrent au village de Laveissière, ils s'installent dans l'hôtel du Bellevue et terrorise la population. Soupçonnés d'être à l'origine de cette embuscade au Lioran, le maire et ses conseillers ont même failli être fusillés, adossés au monument aux morts, si des preuves les innocentant n'avaient pas été présentées.

Après la guerre, la commune de Laveissière se développe au fil des investissements touristiques du Lioran et tirent toujours de sa forêt une ressource importante.