Concession minière de Laveissière

 

 

Concession minière de Laveissière

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Situation géographique

La concession de Laveissière (ou la Veyssière selon les documents) s'étend sur 1 007 ha sur les communes de Laveissière, Murat et Albepierre-Bredons. Le gisement, est également appelé « mine de Chambeuil ».

Deux sites miniers étaient exploités dans la concession de Laveissière :

  • le site de Fraisse-Bas, le plus important ;
  • le site de Chambeuil.

La concession de Laveissière est située à une altitude moyenne de 920 m.

La rivière de l’Alagnon traverse la concession d’est en ouest. Elle est de nature torrentueuse.

La concession est également traversée par la voie de chemin de fer reliant Aurillac à Arvant et qui gravit le versant nord du massif du Lioran.

Situation géographique de la concession minière de Laveissière

Cadre géologique

 (figure 1) Coupes montrant les différences entre les deux couches minéralisées

Contexte géologique

Ce gisement stratiforme repose sur les calcaires oligocènes. Les niveaux à lignites alternent avec des argiles à diatomées et des cinérites qui constituent les formations d’un bassin lacustre Tertiaire. Elles sont recouvertes par des dépôts d’origine volcaniques : basaltes, trachytes, cinérites.

Le gisement de Laveissière a une forme anticlinale dont il ne reste plus que les flancs s’enfonçant dans les deux versants de la vallée de l’Alagnon, la selle ayant disparu par érosion au cours du creusement de la vallée.

Le gisement est constitué de 5 couches de lignite de 0,4 à 0,7 m de puissance dont deux furent exploitées (figure 1).

Ces deux couches (couche n° 1 à la base et couche n° 2 au sommet) ont été exploitées sur la rive droite de l’Alagnon. Les couches y sont orientées Est-ouest avec un pendage de 15 à 20° vers le Sud.

La couche n° 1 a une puissance de 40 à 80 cm. Le mur est constitué d’un banc de 15 cm de schistes siliceux reposant sur des cinérites. Le toit est constitué de marnes vertes.

La couche n° 2 a également une puissance variant de 40 à 80 cm qui repose directement sur un banc de schistes ligniteux de 1 m de puissance. Le toit est constitué de marnes vertes.

L’intercalaire entre les deux couches minéralisées a une puissance de 12 m.

Historiques des sites miniers

La concession de Laveissière a été instituée le 4 juillet 1885 au profit de 7 particuliers.

En 1886, sous la direction de M. Dufrasne (domicilié en Belgique), les travaux ne font encore que commencer. Quelques chantiers de dépilage ont été organisés dans la couche n° 2 de la mine de Fraisse-Bas (couche de 50 cm de puissance), sur la rive droite de l’Alagnon en contrebas du chemin de fer de Murat au Lioran.

Une société anonyme a été instituée le 1er juin 1885 sous la dénomination de « Société Houillère de Murat ». L’exploitation du gîte s’est poursuivie jusqu’au 5 décembre 1897.

Le 1er juillet 1901, la société exploitante a été mise en demeure par arrêté préfectoral de reprendre l’exploitation de la concession. Elle a cédé ses droits à un groupe de personnes qui ont constitué une nouvelle société d’exploitation dénommée « Compagnie des Houillères de l’Aveyron et du Cantal ».

Cette nouvelle société a entrepris des travaux d’exploitation à partir du 17 septembre 1902 mais qui se sont définitivement arrêtés en mars 1903. La société a été déclarée en faillite le 21 août 1903. C’est en liquidation de cette faillite que la concession des mines de la Veissière a été mise en vente et adjugée à Denis Lucien Hugnin le 9 novembre 1917.

La mutation de la concession à M. Hugnin a été décrétée le 13 août 1918. Il l’a exploitée entre 1917 et 1934.

Les travaux reprirent entre 1941 et 1943 avec M. Daude en vue de la création d’une usine de distillation, jusqu’à l’arrêt des travaux le 29 juillet 1943, à la suite de la déclaration de faillite de M. Daude.

Le 19 août 1944, les troupes allemandes incendièrent les installations du jour de la mine, détruisant la plus grande partie du matériel, ce qui amena à l’arrêt définitif des travaux.

Extrait du rapport de l’Ingénieur des Mines pour 1944 : « dès le début du mois de juin 1944, la mine a perdu la quasi totalité de son personnel. Plus tard, au cours d’opération de police dans le région, les forces allemandes ont incendié le carreau et le matériel obligeant la mine à cesser toute activité ».

La conduite de la mine était médiocre et le Service des Mines a dû intervenir plusieurs fois sur le plan technique.

La concession a été renoncée le 11 mars 1965. Tous les orifices au jour des travaux souterrains avaient été obturés par des éboulis y compris la galerie d’écoulement qui a été rouverte il y a quelques années par la commune de Murat.

Plan de demande de concession de 1884

Plan de bornage de la concession

Plan des galeries

Tableau des gîtes et indices minéraux

 (figure 2)Coupe selon le travers-banc principal

( figure 3) Plan montrant le projet de creusement de deux descenderies (08-01-1942)

(figure 4) Coupe montrant le projet de descenderies passant sous la voie ferrée (15/04/1942)

(figure 5) Dimensions des galeries principales

(figure 6) Coupe montrant le projet d'allongement du travers-banc principal (1942 ou 1943)

 

Les travaux miniers

Le gisement de Laveissière a été exploité pour le lignite, les schistes ligniteux et accessoirement la diatomite à partir de deux sites miniers : Fraisse-Bas (ou Fraysse-Bas) et Chambeuil.

Le site de Fraisse-Bas

Un travers-banc (G7) au niveau 905,06 (6 m au-dessus du niveau de l’Alagnon) a été creusé sur 215 m de longueur. Il a recoupé 4 couches de lignite numérotées de 1 à 4, respectivement à 0, 100, 125 et 160 m de l’entrée (figure 2).

Les couches n° 3 et n° 4 ont une puissance de seulement 20 cm, et la couche n° 4 est constituée de lignite terreux.

La couche n° 1 a été reconnue par 350 m de galerie et deux dépilages de très faible étendue. Elle n’avait pas encore été exploitée en 1930 parce qu’elle est située au-dessous du niveau hydrostatique de l’Alagnon, ce qui posait des problèmes d’exhaure.

Au niveau de la couche n° 2, la presque totalité de l’amont-pendage des galeries du niveau 905,06 a été exploitée. Il en est de même pour le panneau à l’Est des galeries à partir du travers-banc, ainsi que pour une bande de 5 m de largeur en aval-pendage de la galerie du niveau 902,50.

La principale galerie, longue de 940 mètres, se situait 400 mètres à I'WNW de Chambeuil ; en 1902, elle fournit 85 tonnes de lignite. Au 31/12/1920 les effectifs sont de 21 personnes (Fond : 18), en 1921, ils s’élèvent à 6 personnes et en 1922, à 7 ouvriers.

La mine ne possédait pas de pompe d’épuisement. Les venues d’eau, atteignant 350 à 400 l/mn, s’évacuaient par des rigoles creusées dans les galeries de base.

La proximité de la voie de chemin de fer a imposé un stot de protection de 80 m de largeur au-dessous de la voie. D’après un rapport de 1923, le travers-banc principal passerait à seulement 55 m au-dessous du niveau de la voie ferrée.

Sur un des plans de travaux du 08 janvier 1942 (figure 3), figure le tracé de deux descenderies en projets. Une coupe de ce projet de descenderie est représentée sur les figures  4 et 5. La descenderie située le plus à l’Ouest devait passer sous la voie de chemin de fer.

Également, le projet de prolongement du travers-banc principal n° 2 de 180 m au-delà du stot de protection de la voie ferrée est représenté sur la figure 6. Étant donné que la mine a fait faillite en juillet 1943, il est probable que ces travaux n’aient pas été réalisés en totalité.

Le site de Chambeuil

Un travers-banc Est-ouest a été creusé au niveau 920,60. Il a traversé une couche de lignite, à 20 m de l’entrée, qui semble être la couche n° 2 de Fraisse-Bas. La couche a un pendage de 18° à ce niveau. Une descenderie de 22 m en couche prolonge le travers-banc. Des petits dépilages peu importants ont été effectués de part et d’autre.

Les installations extérieures de la mine comprenaient un hangar métallique de 10 x 30 m sous lequel s’effectuait le grillage des schistes ligniteux et le broyage des produits grillés.

Méthodes d’exploitation

Sur les deux sites miniers, l’abattage se faisait à la pioche sans le recours à l’explosif. Les travers-bancs étaient boisés.

Le remblayage était complet, tout du moins dans certains dépilages. Il était réalisé avec les déblais provenant du creusement des galeries de base ou du travers-banc.

Les travaux souterrains situés au-dessous de la cote 901 sont ennoyés.

Production

On peut estimer la production totale des trois substances extraites :

  • 10 000 t de lignite ;
  • 25 000 t de schistes ligniteux ;
  • 17 000 t de diatomite.

L’essentiel de l’exploitation s’est faite entre 1886 et 1897 puis entre 1918 et 1934, année qui marque l’arrêt complet des travaux. La production en 1887 se monte à 450 tonnes de lignite. Les travaux sont concentrés dans la couche supérieure de Chambeuil (couche n° 2).

La production en 1887 se monte à 450 tonnes avec un déficit d’exploitation de 303 francs. Le prix de revient d’une tonne sur le carreau, non compris les frais généraux, est de 5,10 francs et le prix de vente de 13 francs. Le lignite est vendu aux chaufourniers et aux briqueteries.

Les travaux sont concentrés dans la couche supérieure de Chambeuil (couche n°2). Ils occupent 4 ouvriers et un maître-mineur (qui s’occupe également de la vente et de l’expédition des produits).

Les conditions de travail sont difficiles ; le procès-verbal de la visite de l’Ingénier de mines pour 1887 la décrit : « le mineur, couché sur le côté, creuse dans les schistes du mur une entaille de 25 cm de hauteur qu’il pousse le plus loin possible puis il fait tomber la veine sur toute son épaisseur au moyens de coins en fer qu’il enfonce dans la première assise du toit. La matière combustible tombe par gros morceaux ». Les mineurs sont payés au mètre carré de dépilage, 1,66 francs, ils font le roulage, les remblais, le boisage et arrivent à gagner 2,50 francs par jour, ce qui correspondant à peu près à une tonne. Il y a deux chantiers d’abatage, un chantier d’avancement et un chantier en remonte.

En 1888, le maître-mineur est alors M. Neyret, la production est de 596 tonnes.

En 1889, le personnel est réduit à deux mineurs en plus du maître-mineur.

En 1890 la situation reste précaire : la production est d’environ 200 tonnes par an vendue 12 francs sur le carreau par un maître-mineur payé 4 francs par jour et 3 ouvriers (1 piqueur, 1 rouleur et 1 manœuvre) payés jour 2,75 francs par jour. Le charbon est destiné à la consommation locale.

En 1891, la production est encore plus faible 126 tonnes avec le même personnel ; faute de clients la mine est restée fermée pendant les 5 premiers mois de l’année.

En 1892, la production est de 114 tonnes, la mine n’a fonctionné que 5 mois.

En 1893 la mine n’a été ouverte que du 10 octobre au 18 novembre (60 tonnes). Les ouvriers sont ensuite occupés à des travaux de recherche près d’Anterroches. Elle ne fonctionne pas en 1894 et 1895. un dépilage a lieu en 1896 et un autre en 1897 avec 3 ouvriers ; les travaux sont à nouveau arrêtés le 5 décembre 1897.

La principale galerie, longue de 940 mètres, se situait 400 mètres à I'WNW de Chambeuil ; en 1902, elle fournit 85 tonnes de lignite. La production qui reprend de 1918 à 1934 est, en 1920, de 1.750 tonnes, les effectifs, au 31 décembre sont de 21 personnes (Fond : 18), en 1921 de 525 t avec 6 personnes et en 1922 de 2.076 tonnes (schistes ligniteux) avec 7 ouvriers.

Un rapport du service des mines de 1923 note la présence de huit ouvriers qui exploitaient par galeries à flanc de coteau.

En 1929, la mine produit 109 tonnes de lignite seulement avec 9 ouvriers.

En 1932, l’exploitation utilisait 4 personnes.

La production entre 1941 et 1944 a été de 6 478 tonnes de schiste ligniteux. Le degré d'évolution de la matière organique est assez faible.

Les utilisations étaient très locales : chauffage domestique et industrie de la chaux. Le schiste ligniteux est calciné à l’air libre puis broyé comme produit calorifuge.

Précisons que les schistes ligniteux de Laveissière, après calcination, donnent du kieselguhr. C’est un résidu de calcination qui est en fait une variété de diatomite à fort pouvoir absorbant.

Les réserves du gisement sont estimées à 65 000 t de lignite et 25 000 t de schistes ligniteux.

 

Croquis des travaux, échelle d’origine à 1/5 000 (1923)

Travaux en couche n° 2, échelle d’origine à 1/1000 (date inconnue)

Plan des travaux en couche n° 2, échelle d’origine à 1/1 000 (1931)

Plan schématique des travaux, échelle d’origine à 1/1 000 (1944)

Le tableau montre que le tonnage extrait entre 1925 et 1934 baisse régulièrement jusqu'à l’arrêt des travaux.

 

Galerie d'écoulement G1 vue de l’extérieur et de l'intérieur avec son captage d'eau potable pour la ville de Murat

Etat actuel du site

Les réserves y sont de 65.000 tonnes de lignite auxquelles s'ajoutent 25.000 tonnes de schistes ligniteux.

Les ouvrages débouchant au jour

La liste des ouvrages débouchant au jour est fournie dans le tableau ci-dessous sur lequel a aussi été précisée la commune sur laquelle est situé l’ouvrage.

Le site de Fraisse-Bas

Plusieurs descenderies ont été creusées pour tenter d’exploiter les couches n° 1 et 2. La plupart a dû être arrêtée au bout de quelques mètres à cause des venues d’eau.

Sur le terrain, la seule entrée de galerie encore visible est celle où se situe le captage d’eau de la ville de Murat. C’est le travers-banc G1.

Vers 1986, les services de la ville de Murat ont remarqué une émergence sortant de terre. Après dégagement, on s’aperçut qu’un important volume d’eau sortait de la galerie minière. Après analyse, la ville de Murat a aménagé le captage au niveau de l’orifice de la galerie et construit une canalisation jusqu’à la ville de Murat.

Cette galerie a environ 2 m de hauteur sur une largeur d’1,5 m. Elle produit de l’eau à 9°C toute l’année. Tous les autres orifices de galerie ne sont plus visibles actuellement, une ancienne décharge obstrue les orifices.

Le site de Chambeuil

Les deux entrées de galeries du site de Chambeuil ne sont plus visibles actuellement. Elles sont situées dans un champ très pentu, en bordure d’une ferme dont le bâtiment principal est représenté sur le plan.

Les autres sites de recherche

Sur le plan de bornage de la concession au 1/ 20 000 était reporté 8 sites de recherche anciens. Trois d’entre eux ont été recherchés sur le terrain (4, 5, 8) ; aucun d’entre eux n’a été retrouvé. Le voisinage n’a plus mémoire de ces travaux de recherche peu importants, très anciens et mal localisés. Il est peu probable qu’il en subsiste actuellement une trace.

Les autres ouvrages miniers

Il n’y a plus de dépôts résiduels de surface significatif sur les sites miniers de la concession de Laveissière ni aucun bâtiment minier.

ID Nom Commune Type Rôle Etat tête Visible Incertitude (m) Commentaire X (Lamber t 93) Y (Lambert 93)
G1 901.84 Laveissière Galerie Emergence Murée  OUI 5 Emergence minière captée par la ville de Murat pour l'eau potable. 686634 6445540
G2   920.60 Laveissière Galerie Exploitation Eboulée NON   15   686803 6445318
G3   909.65 Laveissière Galerie Exploitation Eboulée NON  15   686822 6445325
G4 902.90 Laveissière Galerie Exploitation Eboulée NON 15 Lu sur plan "plan_couche_11" 686618 64455
G5 903.05 Laveissière Galerie Exploitation Eboulée NON  15   686599 6445545
G6     Laveissière Galerie Exploitation Eboulée NON  15   686652 6445538
G7  905.06 Laveissière Galerie Travers-banc  Eboulée NON   15   686516 6445564
G8 902.89 Laveissière Galerie Exploitation Eboulée NON  15 Lu sur plan "plan_couche_11"  686505 6445568
G9 905.06 Laveissière Galerie Exploitation Eboulée NON 15 Lu sur plan "plan_couche_11" 686538 6445559
G10  905.50 Laveissière Galerie Exploitation Eboulée NON 15 Lu sur plan "plan_couche_11" 686572 6445551
G11  905.06 Laveissière Galerie Exploitation Eboulée NON 15 Lu sur plan "plan_couche_11" 686600 6445541
G12 Galerie n°6 Laveissière Galerie Recherche Etat inconnu ouvrage non visible NON 30 Lu sur plan de demande de concession des archives départementales d'Aurillac 684879 6446438
G13 Galerie n°4 Murat Galerie Recherche Etat inconnu ouvrage non visible NON 30 Lu sur plan de bornage de la concession à 1/20 000 et Lu sur plan de demande de concession des archives départementales d'Aurillac 688011 6444724
G14 Galerie n°3 Albepierre Bredons Galerie Recherche Etat inconnu ouvrage non visible NON 30 Lu sur plan de demande de concession des archives départementales d'Aurillac 688998 6443599
G15 Galerie n°5

Albepierre

Bredons

Galerie Recherche Etat inconnu ouvrage non visible NON 30 Lu sur plan de demande de concession des archives départementales d'Aurillac 690216 6444235
G16 Galerie n°7 Murat Galerie Recherche Etat inconnu ouvrage non visible NON 30 Lu sur plan de demande de concession des archives départementales d'Aurillac 688586 6445596
G17   Laveissière Descenderie Exploitation Eboulée NON 15 Lu sur plan d’exploitation de 1931 (travaux en couche n°2)  686533 6445519
P1 Petit puits Laveissière Puits Recherche Etat inconnu ouvrage non visible NON 30 Lu sur plan 686511 6445289
P2 Puits de recherche Laveissière Puits Recherche Etat inconnu ouvrage non visible NON 30  Lu sur plan de bornage de la concession à 1/20 000 (point 8) 684699 6445942
P3 Puits de recherche Murat Puits Recherche Etat inconnu ouvrage non visible NON 30 Lu sur plan de bornage de la concession à 1/20 000 (point 7) dans propriété privé du chateau d'Anterroches 688274 6446076
P4 Puits n°5 Murat Puits Recherche Etat inconnu ouvrage non visible NON 30 Lu sur plan de bornage de la concession à 1/20 000 (point 5) 688298 6444281

 

 

 

Compte rendu des travaux des ingénieurs des mines : de 1834 à 1845

Cantal - « l'attention de l'ingénieur du département s'est portée sur les gites de lignite de Mandailles et de Chambeuil, dont les positions géologiques sont essentiellement différentes.

Le gite de Mandailles se trouve au pied du Puy de Batze, à plus de 200 mètres au dessus du fond de la vallée de Mandailles, et appartient à la grande formation trachytique qui constitue le groupe central du Cantal. Le combustible qu'il fournit est un véritable lignite, qui a l'éclat gras de la houille, et donne à la distillation 40% de coke pulvérulent.

Le combustible de Chambeuil est contemporain du terrain basaltique, qui est plus moderne, et il doit être regardé comme un bois fossile plutôt que comme un lignite, car on y retrouve presque tous les caractère du bois ».

Eploitation des substances minérales dans le Cantal

Extrait de M. Tournayre, ingénieur des mines en 1912

« Le département du Cantal est un de ceux où l'exploitation des mines et carrières à pris le moins de développement. La cause doit en être attribuée non à une pauvreté réelle, mais à l'absence de voies de communication et de débouchés, au petit nombre des recherches et des entreprises, au peu de persévérance des explorateurs.

Le terrain primitif renferme des substances métalliques et fournit des matériaux de constructions ; nous parlerons d'abord des exploitations et des recherches de métaux.

Des explorations de minerai de fer ont été faites, en 1839 et en 1840, par MM. Mignot, au village de Caleau, près Pleaux, et auprès de Thinières, commune de Beaulieu. Elles se rattachaient à la création du petit haut-fourneau d'essai de Saint-Thomas, près Bort. Elles n'ont pas donné de bons résultats ; mais un filon a été exploité avec quelque avantage auprès d'Embrousse et d'Estrades, villages situés dans la Corrèze, non loin de Pleaux et tous près des limites du département. Le haut-fourneau de Saint-Thomas s'est aussi alimenté du minerai primitif du Deveix, exploité sur les montagnes qui bordent, dans le voisinage de Bort, la rive droite de la Dordogne.

La mine de plomb argentifère de Fournial  commune de Molèdes

En 1847 et 1848, un filon de fer peroxydé de belle apparence a été reconnu à Fondevial, commune de Molèdes, en même temps que d'autres gisements de minerai de fer disséminés dans les montagnes du Cézallier. Le but de cette étude était la création d'usines de fer dans le bassin houiller de Brassac. Les explorations n'ont pas été poursuivies.

La mine de Cazaret à Saint-Santin-Cantalès

Massiac fonderie d'antimoine

Parmi les gîtes de plomb connus, le plus important est celui de Cazaret, commune de Saint-Santin-Cantalès. D'après M. Becquerel, la richesse moyenne de la galène massive en argent est de 489gr aux 100kg. La mine de Saint-Santin-Cantalès, découverte en 1835, a été concédée à une société en 1839 et ont été suspendues cette même année. Le minerai du Cazaret est célèbre par des essais et des études de traitement électrochimique faits par le savant M. Becquerel.

Parmi les gîtes qui ont donné lieu à des travaux, nous citerons, Verteserre ; Bonnac ; St Poncy ; Chazelles, commune d'Auriac ; Chalet, près Massiac ; Luzer, et Ouche : ces deux dernières mines ont été l'objet d'exploitations plus considérables.

L'extraction de l'antimoine parait avoir pris quelque développement dans le Cantal, de 1783 à 1788. Depuis, elle ne s'est perpétuée d'une manière un peu continue que dans la mine d'Ouche : encore les travaux dans cette mine ont-ils été plusieurs fois suspendus. Le gîte de Luzer a été réexploité de 1810 à 1812, et pendant cette période, c'est montré très productif.

Une des causes qui ont le plus contribué à la cessation presque complète des exploitations d'antimoine en Auvergne, est la concurrence des antimoines de la Toscane et de l'Algérie, et la baisse des prix qui en est résulté.

Le granite s'emploie comme pierre de taille, comme meulière : le granite et le gneiss, comme moellons : le quartz, le granite, certains gneiss, comme roches d'empierrement : les schistes micacés et talqueux, comme pierres tuilières. Les environs d'Anterrieux fournissent de belles pierres de tailles : on les extrait des gros blocs détachés dont les champs sont couverts.

Les calcaires saccharoïdes de la Forestie sont exploités pour pierres à chaux : ils donnent une chaux grasse et très pure. On a exploité aussi pour le même usage le calcaire primitif de Druilhes et au Montel. La cuisson de la pierre se fait généralement au bois ; car le combustible végétal abonde dans la contrée.

Mineur de la mine d'Ouche avant 1912

Le puits Madeleine aux environs de Saint Simon

Le terrain houiller est le plus important par ses richesse minérales, quoique les travaux d'exploitation n'aient pu y prendre encore qu'un développement extrêmement minime. Le principal gisement de houille est celui de Lempre. Les couches y sont très irrégulières, mais atteignent parfois une assez grande épaisseur.

L'exploitation de la mine de Pradelles à été plus misérable encore. En 1838, un puits a été foncé sur les affleurements d'une couche et a desservi une petite extraction, suspendue en 1840.

Le calcaire tertiaire est exploité comme pierre à chaux aux environs d'Aurillac : à St-Paul, Crandelles, Teissières, Jussac, St-Santin, Montmurat, Laveissière (Four-à-Chaux), Dienne. Les carrières de Montmurat fournissent aussi de la castine pour les hauts fourneaux de l'Aveyron.

Les roches volcaniques fournissent les matériaux de construction les plus estimés. La plupart des trachytes sont d'une taille facile et très peu susceptibles de se désagréger sous l'influence des agents atmosphériques. Les bancs de cette roche, ainsi que les blocs détachés qu'on trouve au milieu des conglomérats, sont exploités en grand nombre de points. Les principales carrières se trouvent auprès des centres importants de population, tels qu'Aurillac, Murat, Mauriac. Saint-Flour tire ses pierres de construction de Bouzentès et des Ternes. Certains tuf scoriacés sont recherchés à cause de leur très grande légèreté spécifique, pour des usages spéciaux, par exemple pour la construction des voûtes : tels sont les tufs de la Chevade, près Murat.

Paysans-mineurs

Carreau de la mine de conche

Usine et fonderie de Massiac

Les scories et les cendres volcaniques fournissent des pouzzolanes excellentes pour la fabrication des mortiers.

Les phonolithes et certains basaltes tabulaires sont exploités comme pierres tuilières. La plus importante de ces carrières est celle de Dienne : il en existe aussi près de Montgreleix, à Niermont.

La dureté et la pesanteur très grande des basaltes empêchent qu'on ne les emploie comme pierre de taille : ils ont en outre le défaut de se lier mal au mortier. On s'en sert quelquefois comme moellons. Ils conviennent bien aux murs en pierres sèches et aux constructions massives. Ils forment les meilleurs matériaux d'empierrement.

Les nombreux et puissants gisements de tourbe qu'on trouve sur les plateaux qui s'étendent entre les montagnes du Cantal et du Cézallier, fournissent le combustible à une vaste région presque entièrement dépourvue de bois, qui comprend les commune de Montgreleix, de Marcenat, de Landeyrat, de Ségur, une partie de celles de Dienne et de Condat. L'extraction, limitée par les besoins de la consommation locale, est intermittente et irrégulière, et n'atteint qu'un chiffre assez faible.

En diverses localités, notamment auprès de Laroquebrou, du Pont-du-Vernet, des argiles de décomposition sont employées par les fabricants de tuiles et de poteries.

Les galets et les cailloux d'alluvion ne sont utilisés que pour l'empierrement des routes.

Les sables de la Jordanne roulent une petite quantité d'or, provenant, soit des roches volcaniques, soit peut-être de roches primitives. L'extraction de cette substance formait autrefois une branche d'industrie très peu lucrative. Depuis un siècle environ, elle à complètement cessé ».